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LES PRUSSIENS AUX CHAMPS-ELYSÉES

Le 30 janvier 1871 , le ministre de la guerre faisait afficher cet ordre du jour à l*armée de Paris :

« Soldats, marins et gardes mobiles,

u Tant qu'une bouchée de pain a été assurée à Paris , vous avez défendu cette grande cité qui a été, pendant cinq mois, le boulevart de la France; vous Tavez défendue au prix de votre sang , qui a coulé à pleins bords.

« Aujourd'hui que des malheurs inouïs, que votre courage et vos sacrifices n'ont pu conjurer, vous ramènent dans son enceinte, de nouveaux devoirs, non moins sacrés que ceux que vous avez accomplis déjà, vous sont imposés.

« A tout prix, vous devez donner à tous l'exemple de la discipline, de la bonne tenue, de l'obéissance. Vous le devez par respect de vous-mêmes, par respect pour

notre patrie en deuil , dans l'intérêt de la sécurité publique.

Il Vous ne faillirez pas, j'espère, ï cette obligation sacrée ; y manquer serait plus qu'une faute, ce serait un crime.

H Officiers, sous-offîciers et soldats, restez unis dans un seotiment commun de patriotisme passionné; soutFnez-vous, fortifiez-vous les uns les autres, afin qu'après avoir versé tant de sang pour l'honneur de Paris et le* plus grands intérêts de la patrie, vous méritiez qu'on dita de vous : Ils ne sont pas seulement de braves soldats, ils sont aussi de bons citoyens, n

Tous les vœux exprimés par le général le Flô ne devaient malheureusement pas être exaucés. On n'allait pas respecter longtemps la patrie en deuil, ni consultei' l'intérêt de la sécuritépublique. Dés le lendemain, 31 janvier, M. Gambetla semait sur notre sol les premiers germes de guerre civile en cette circulaire restée célèbre :

(1 Citoyens,

fi L'étranger vient d'infliger à la France la plus cruelle injure qu'il lui ait été donné d'essuyer dans cette guerre maudite, châtiment démesuré des erreurs et des faiblesses d'un grand peuple.

i Paris inexpugnable à la force , vaincu par la famine, n'a pu tenir en respect plus longtemps les hordes aile-

mandes. Le 28 janvier, il a succombé. La cité reste encore iîiLicte, comme un dernier hommage arraché par sa puissance et sa grandeur morale à la barbarie.

u Les forts seuls ont été rendus à l'ennemi. Toutefois^ Paris, en tombant, nous laisse le prix de ses sacrifices héroïques. Pendant cinq mois de privations et de souffrances, il adonné à la France le temps de se reconnaître, de faire appel à ses enfants, de trouver des armes et de former des armées, jeunes encore, mais vaillantes et résolues, auxquelles il n'a manqué, jusqu'à présent, que la solidité qu'on n'acquiert qu'à la longue. Grâce à Paris, si nous sommes des patriotes résolus, nous tenons en main tout ce qu'il faut pour le venger et nous affranchir.

« Mais, comme si la mauvaise fortune tenait à nous accabler, quelque chose de plus sinistre et de plus douloureux que la chute de Paris nous attendait.

u On a signé, à notre insu, sans nous avertir, sans nous consulter, un armistice dont nous n'avons connu que tardivement la coupable légèreté , qui livre aux troupes prussiennes les départements occupés par nos soldats, et qui nous impose l'obligation de rester trois semaines pour réunir en repos , en les tristes circonstances où se trouve le pays, une assemblée nationale.

« Nous avons demandé desexplications à Paris, et garde le silence, attendant, pour vous parler, l'arrivée promise d'un membre du gouvernement, auquel nous étions déterminés à remettre nos pouvoirs. Délégation du gouvernement , nous avons voulu obéir, pour donner un gage

r remplir

— aide modéralion et de bonne foi, po qui coRicnande de ne quitter le poste qu'après en «Toir été relevé; enfin, pour prouver il tous, amis et dissidents, par l'exemple, que la démocratie n'est pas seulement le plus grand des partis , mais le plus scrupuletu des gouvernements.

i( Cependant personne ne vient de Paris etilfauta^r; il faut, coule que coûte, déjouer les perfides combinaisons des ennemis de la France.

(I La Prusse compte sur l'armistice pour amollir, énerver, dissoudre nos armées; la Prusse espère qu'une assemblée, réunie à la suite de revers successifs et sous l'effroyable cbute de Paris, sera nécessairement tremblante et prompte à subir une paix honteuse.

« Il dépend de nous que ces calculs avortent, et que les instruments mCmes qui ont été préparés pour tuei l'esprit de résistance le ramènent et l'exaltent.

« De l'armistice faisons une école d'instruction pour nos jeunes troupes; employons ces trois semaines à préparer, à pousser avec plus d'ardeur que jamais l'oi^aoisation de la défense , de la guerre.

H A la place de la chambre réactionnaire et lâche que rêve l'étranger, installons une assemblée vraiment nationale, républicaine, voûtant la paix, si la paix assure l'honneur, le rang et l'intégrité de notre pays, mais capable de vouloiraussi la guerre, et prôte h tout plutôt que d'aider à l'assassinat de la France.

<c Français ,

a Songeons à nos pères, qui nous ont légué une France compacte et indivisible; ne trahissons pas notre histoire» n'aliénons pas notre domaine traditionnel aux mains des barbares. Qui donc signerait? Ce n'est pas irous^ légitimistes , qui TOUS battez si vaillamment sous le drapeau de la République, pour défendre le sol du vieux royaume de France ; ni vous, fils des bourgeois de 1789, dont Tœuvre maîtresse a été de sceller les vieilles provinces dans un pacte d'indissoluble union; ce n'est pas vous, travailleurs des villes, dont l'intelligent et généreux patriotisme sait toujours représenter la France dans sa force et son unité, comme rinitiatrice des peuples modernes; ni vous, enfin, ouvriers propriétaires des campagnes, qui n'aver jamais marchandé votre sang pour la défense de la Révolution, à laquelle vous devez la propriété du sol et votre titre de citoyens I

« Non, il ne se trouvera pas un Français pour signer cet acte infâme; l'étranger sera déçu; il faudra qu'il renonce à mutiler la France , car tous , animés du même* amour pour la mère patrie , impassibles dans les revers , nous redeviendrons forts et nous chasserons l'étranger.

a Pour atteindre ce but sacré, il faut dévouer nos cœurs, nos volontés, notre vie, et, sacrifice plus difficile peut-être, laisser là nos préférences.

a II faut nous serrer tous autour de la République, faire preuve surtout de sang-froid et de fermeté d'âme ; n'ayons

ni passion ni faiblesse; jurons siniplemenl, coromejl hommes libres, de défendre envera et contre tous la FI et la République.

« Aux armes ! h

Il ne manquait plus que des armes !... Et le gouveni^ ment avait lui-m&me pris la peine d'en munir les enMrais du pays. — « C'est après les plus laborieux elTotls, u publiaiL-il le 3 février, qu'il a été possible d'obteoir <i pour la garde nationale de Paris les conditions consa- H crées par la convention du 28 janvier. » Ainsi M. Jq!« Favre s'était mis aux genoux du comte de Bismarck pour que la garde nationale conservât ses fusils I Ainsi, cet avocat illustre dont les erreurs nous coûtent deux provinces et pr^s de cinq milliards, cet émincnt auteur de notre ruine se faisait naïvement le complice de M. Gambclta, et nous préparait, avec lui, une formidable insurrection 1 Le i février, le gouvernement qu'on a, par dérision, nommé sc/*(efn6/'i'se«r, faisait publier dans le Monileiir iini- \ verset de Bordeaux ces explications touchant la défense et la capitulation de Paris : ,^l

■( Citoyens,

u Nous venons dire à la France dans quelle situation I et après quels efforts Paris a succombé. L'investissement a duré depuis le 10 septembre jusqu'au 26 janvier. Pen- I dant tout ce temps, sauf quelques dépCches, nous ajo]

vécubolés riu reste ilu monde. La population virile tout entière a pris les armes, les jours à Texercice elles nuits aux remparts et aux avant-postes. Le gaz nous a manque le premier, et la ville a été plongée le soir dans l'obscurilé; puis est venue la disette de bois et de charbon. Il a fallu, dès le mois d'octobre, suppléera la viande de iKHicherie en mangeant des chevaux; à partir du 15 décembre , nous n'avons pas eu d'autre ressource.

« Pendant six semaines , les Parisiens n'ont mangé par joor que 30 grammes de viande de cheval; depuis le ifljanvier, le pain, dans lequel le froment n'entre plus que poornn tiers, est tarifé à 300 grammes par jour; ce qui fait en tout, pour un homme valide, 330 grammes de oourriture. La mortalité, qui était de 1,300, a dépassé 5,000, sous l'influence de la variole persistante et de privations de toutes sortes. Toutes les fortunes ont été atteintes, toutes les familles ont eu leur deuil.

(( Le bombardement a duré un mois , et a foudroyé la ville de Saint-Denis et presque toute la partie de Paris située sur la rive gauche de la Seine.

<c Au moment où la résistance a cessé, nous savions que nos armées étaient refoulées sur les frontières et hors d'état d'arriver à notre secours. L'armée de Paris, secondée par la garde nationale, qui s'est courageusement battue et a perdu un grand nombre d'hommes, a tenté, le 19 janvier, une entreprise que tout le monde qualifiait d'acte de désespoir. Cette tentative, qui avait pour but de percer les lignes de l'ennemi, a échoué, comme aurait

échoué toute tentative de l'ennemi pour percer lesnfi- (res.

H Malgré l'ardeur de nos garde s nationaux, qui, ne consultant que leur courage , se dfclaraient prftts à retourner au combat, il ne nous restait aucune chance de débloquer Paris, ou de l'abandonner en jetant l'armée au dehors el la transformant en armée de secours,

<( Tous les généraux déclaraient que cette entreprise ne pouvait Cire essayée sans folie ; que les ouvrages des Allemands, leur nombre, leur artillerie, rendaient leurs lignes infranchissables; que nous ne trouverions au delà, si par impossible nous leur passions sur le corps , qu'un désert de trente lieues ; que nous y péririons de faim , car il ne fallait pas penser h emporter des vivres, puisque déjà nous étions à bout de ressources.

<i Les divisionnaires fbrent consultés après les che^ d'armée , et répondirent comme eus. On appela , en présence des ministres et des maires de Paris, les colonels et les chefs de bataillon signalés pour les plus braves. Mfime réponse. On pouvait se faire tuer, mais ou ne pouvait plus vaincre.

(t A ce moment, quand on avait perdu tout espoir do secours et loule chance de succès . il nous restait du pain assuré pour huit jours et de la viande de cheval pour quinze jours, en abattant tous les chevaux. Avec les chemins de fer détruits , les routes effondrées, la Seine obstruée, ce n'était pas, tant s'en faut, la certitude d'aller jusqu'à l'heure du ravitaillement Aujourd'hui même nous trcm-

blons de voir cesser le paiii el tes autres provisions avant l'arrivée des premiers convois.

u Nous avons donc lenu au delà du possible, nous avons alTronUi 1a chance, qui nous menace encore, de soumettre aux horribles éventualités de la famine une population de deux millions d'âmes.

u Nous disons hautement que Paris a Tait, absolumeat ij et uuis réserve, tout ce qu'une ville assiégée pouvait faire» Nous rendons à la population, que l'armistice vient deJ sauver, ce témoignage qu'elle a été, jusqu'à la lin, d'u counge et d'une constance héroïques. La France , quj reboaTe Paris aprds cinq mois , peut être Hère de sa ca^ I pilal«.

• ItouB avons cessé la résistance , rendu les foiis , dé% I larmérenceinte; nolregarnison est prisonnière de guerrCiJ lUMH payons une contribution de deux cents millions.

■ liais l'ennemi n'entre pas dans Paris; il reconnaît le principe de la souveraineté populaire; il laisse ù notre pni« nationale ses armes et son organisation; il laisse intacte une division de l'armée de Paris.

V Nos régiments gardent leurs drapeaux, nos ofllciers (ardent leurs épées. Personne n'est emmené prisonnier bon de l'enceinte. Jamais place assiégée ne s'est rendue dan» des conditions aussi honorables, et ces conditions toni obtenoea quand le secours est impossible, et le pain épuisé.

« Enùn, l'armistice qui vient d'être conclu a pour effet inimédial la convocation , par le gouvernement de la Ué-

puUJqoe, (i'uBC Assemblée qui alécidera souvcraincoieDl de b paix on de b goerre.

• L'einpJn,9oassesdiTerses formes, oITrailà l'cnoeoii de eoauiteacer des Dégociatioas. L'Assemblée anivera li temps pour mettre h néant ses intrigues et pour s»\mgarder le principe de la souveraineté nationale. La Franri' seule déridera des destinées de la France. Il a fallu !>ibater; le relard, dans l'état où nous sommes, était le plii> grand péril. En huit jours, la France aura choisi ses mandataires. Qu'elle préfère les plus dévoués, les plus disiMéressé», les plus intégres!

> Le grand intérêt pour nous, c'est de revivre et de panser les plaies saignantes de la pairie. Nous somme» convaincus que cette terre ensanglantée et ravagée produira des moissons et des hommes, et que la prospérité nous reviendra après tant d'épreuves , pourvu que aou> sachions mettre à prollt, sans aucun délai , le peu de jourque nous avonspour nous reconstituer et nous consulter.

« Le jour mOme de la réunion de l'Assemblée, legniivememenl déposera le pouvoir entre ses mains. Cejour-liï, la France, en se regardant, se retrouvera profondément malheureuse; mais, si elle se trouve aussi retrempée p»i le malheur et en pleine possession de son énergie et de s:i souveraineté , elle sentira renaître sa foi dans la grandcii: de son avenir, »

Le 4 féviîer était vraiment néfaslc, car les citoyens français se virent inlliger en ce jour une seconde procla-

UMlion des gens au cœur brisé, qui ne savaient que filer des phrases et dont le manque d'énergie a fait tous nos malheurs. Bien qu'il soit un peu long, nous devons encore transcrire ce document qui fera certainement un jour les délices de l'histoire :

a Français ,

c Paris a déposé les armes , à la veille de mourir de faim.

a On lui avait dit : Tenez quelques semaines , et nous vous délivrerons. Il a résisté cinq mois, et, malgré d'héroïques efforts, l'es départements n'ont pu le secourir.

« Il s'est résigné aux privations les plus cruelles. Il a accepté la ruine , la maladie , l'épuisement. Pendant un mois, les bombes l'ont accablé, tuant les femmes, les enfants. Depuis plus de six semaines, les quelques grammes de mauvais pain qu'on distribue à chaque habitant suffisent à peine à l'empêcher de mourir.

« Et quand, ainsi vaincue par la plus inexorable nécessité , la grande cité s'arrête pour ne pas condamner deux millions de citoyens à la plus horrible catastrophe ; quand, profitant de son reste de force, elle traite avec l'ennemi au lieu de subir une reddition à merci , au dehors on accuse le gouvernement de la défense nationale de coupable légèreté, on le dénonce, on le rejette.

a Que la France nous juge, nous et ceux qui nous

comlilaicnl hier de témoignages d'amilié et de respect, et qui, aujourd'hui, nous insidlentl

<i Nous ne relèverious pas leurs attaques si le devoir ne nous commandait de tenir jusqu'à la dernière heure, d'une main ferme , le gouvernail que le peuple de Paris nous a confié au milieu de la tempËle. Ce devoir, nous l'accomplii'ons.

Il Lorsque, à la fin de janvier, nous nous sommes nj- Eîgnés fk essayer de traiter, il était bien tard. Nous n'avions plus lie farine que pour dis jours , et nous savions que la dévastation du pays rendait le ravitaillement tout à fait incerlaio. Ceux qui se lèvent aujourd'hui conlre oous ce connaîtront jamais les angoisses qui nous agitaient.

« Il fallait cependant les cacher, aborder l'ennemi avec résolution, paraître encore prêts à combattre et munis de vivres.

<i Ce que nous voulions , le voici :

K Avant tout, n'usurper aucun droit. A la France seule appartient celui de disposer d'elle-mOme. Nous avons voulu le lui réserver. Il a fallu de longues luttes pour obtenir la reconnaissance de sa souveraineté. Elle est le point le plus importaot de notre traité.

N Nous avons conservé à la garde nationale sa liberté et ses armes.

Il Si, malgré nos efforts, nous n'avons pu soustrun l'armée et la garde mobile aux lois rigoureuses de U guerre, au moins les avons-nous sauvées de la captivité

m Allemagne, et de rintemement dans iin camp retranché , sous les fusils prussiens.

« On nous reproche de n'avoir pas consulté la délation de Bordeaux ! On oublie que nous étions enfeimés ians un cercle de fer que nous ne pouvions briser.

« On oublie, d'ailleurs, que chaque jour rendait plus probable la terrible catastrophe de la famine, et, cependant, nous avons disputé le terrain pied à pied , pendant six jours, alors que la population de Paris ignorait et devait ignorer sa situation véritable, et que, entraînée^ par une généreuse ardeur, elle demandait à combattre.

a Nous avons donc cédé à une nécessité fatale.

a Nous avons, pour la convocation de l'Assemblée, stipulé un armistice, alors que les armées qui pouvaient nous venir en aide étaient refoulées loin de nous.

tt Une seule tenait encore, nous le croyions du moins. La Prusse a exigé la reddition de Belfort. Nous l'avons refusée, et, par là même, pour protéger la place , nous avons, pour quelques jours, réservé la liberté d'action de son armée de secours. Mais , ce que nous ignorions, il était trop tard. Coupé en deux parles armées allemandes, Bourbaki, malgré son héroïsme , ne pouvait plus résister, et, après l'acte de généreux désespoir auquel il s'abandonnait, sa troupe était forcée de passer la frontière.

a La convention du 28 janvier n'a donc compromis aucun intérêt, et Paris seul a été sacrifié.

Cl II ne murmure pas. Il rend hommage à la vaillance de ceux qui ont combattu loin de lui pour le secourir. II

n'accuse pas niËme celui qui est aujourd'hui â înju&lë et si téméraire, M. le ministre de la guerre, qui a arr<t|é le général Chauzy voulant marcher au secours de Paris, et lui a donné l'ordre de se retirer derrière la Mayecme. H Non I tout était inutile , et nous devions succomber. Mais noire liMineur est dehout, et nous ne soufTrirons pas qu'on y touche.

Il Nous avons appelé la France h élire librement une assemblée qui , dans cette crise suprême , fera connaître sa volonté.

(( Nous ne reconnaissons à personne le droit de lui en imposer une, ni pour la paix ni pour la guerre.

« Une nation attaquée par un enuemi puissant lutte jusqu'à la dernière extrémité ; mais elle est toujours juge de l'heure h. laquelle la résistance cesse d'CIre possible. Il C'est ce que dira le pays consulté sur son sort. " Pour que son vœu s'impose h tous comme une loi respectée, il faut qu'il soit l'expression souveraine du libre sulîrage de tous. Or, nous u'admetlons pas qu'on puisse imposer h ce suITrage des restrictions arbitraires.

(I Nous avons combattu l'empire et ses pratiques; nous n'entendons pas les recommencer en instituant des randidalures oflicielles par voie d'élimination.

Il Que de grandes fautes aient été commises, que de

louixles responsabilités en dérivent, rien n'est plus vrai ;

mais le ntalheur de la patrie eiTace tout sous son niveau :

et, d'ailleurs, en nous rabaissant au rôle d'hommes de

* parti pour proscrire nos anciens adversaires, nous au-

rmns la douleur et la honte de Trapper ceux qui conilial--*| tint et versent leur sangà nos c&Us.

« Se souvenir des dissensions passées quand l'enaenû I foule notre sol ensanglanté, c'est rapetisser par ses rancunes la griinde œuvre de la délivrance de la pairie. Noug ' mettons les principes au-dessus de ces expédients.

<' Nous ne voulons pas que le premier décret de convoration de l'Assemblée républicaine, en 1871, soit un acte àa défiance contre les électeurs.

u A eux appartient la souveraineté; qu'ils l'eiercent sans faiblesse, et la patrie pourra être sauvée.

■A Le gouremenient de la défense nationale repousse <1(»DC et annule, au besoin, le décret illégalement rendu par la délégation de Bordeaux, et il appelle tous les Prançaifi à voter, sans catégories, pour les représentants qui leur parallront les plus dignes de défendre la France.

■ Vive la République! Vive ta France! u

Pendant que les murs de Paris se tapissaient de cette prose, M. Oambetla se relirait doucement de la scène politique. — u Ma conacience, écrivait-il le G février, me ■ fait un devoir de résigner mes fonctions de membre

d'un gouvernement avec lequel Je ne suis plus en corn- ■I muQJcation d'idées ni d'espérance. »

El le dictateur de Bordeaux s'en était allé.

Il avait eu beaucoup de fktigues depuis son voyage du 1 octobre, à bord du ballon l'Armand Barbes. Il s'était ilunoé bien du mal à préparer nos défaites, et des travaux

insensés avaient surmené sa jeunesse, te besoio du repos se faisait vivement sentir.... en attendant des événemeQta qui permissent de ressaisir le pouvoir.

Ses amis comptaient beaucoup sur le résultat dei élections du 8 février; mais, à leur grand désappointement, il n'y eut guère que Paris et les grandes villes qai acceptèrent les hommes de leur choix. Paris, la cité intelligente, avait hien écrit sur ses murs : k Plus d'avocalt! plus ^avocats! » Elle avait bien éliminé, parmi les trois ou quatre cents candidats qui se présentaient, les personnages excentriques, tels que le gymnasiarque Paz el Murinoni, l'homme au portrait, et ce capitaine de la garde nationale émettant le vœu que les hommes de sa compagnie touchassent indéQnimeut trente sous par jour, jusqu'à la consommation des siècles. Mais Paris , la Tille folle, était alors en carnaval , et ses aspirations joyeuses consacrèrent les élus que l'on sait. En tête de liste émergea M. Louis Blanc, le metteur en scène de la république de droit divin, d'une république au-dessiaia suffrage vnii-erse/. L'élite de la troupe se composa lie M. Victor Hugo , de MM. Garibaldi, Gambelta, Rocbelbrt, Delescluze, Pyat, Lockroy, Floquet, Millière, Tolatn, Malon. Ce Tut une immense plaisanterie, de sinistre augure. Par l'effet naturel de ce principe métaphysique qui veut partout le contact des extrêmes, la province vint à Urer de l'urne dos noms qui formèrent une singulière antithèse avec ceux des élus de Paris. On pouvait, dès ors, espérer une heureuse pondération d'idées et de

— yi —

eatiments, une utile résultante d'efforts exercés en sens iODtnires. Rôyes trompeurs ! on comptait sans les gens pi jadis ont inventé le suffrage universel, et l'ont dépendu vingt ans comme une vieille arche sainte; mais pii ne veulent plus se soumettre à ses lois dès que la n^orité leur échappe. Ces honnôtes républicains s'empressent alors d'insulter les hommes de bonne foi qui, subissant ledit mode de suffrage, tiennent à en respecter les résultats, quelque bizarres qu'ils soient. Puis.... ils prêchent sourdement ou, mieux encore, ouvertement la révolte, en réservant expressément la dénomination le patriotes aux déclassés qu'ils embauchent pour le succès de leurs entreprises insurrectionnelles.

L'événement devait fatalement se produire en 1871. L'assemblée nationale venait de se réunir à Bordeaux le 12 février et, dès ses premières séances, elle s'entendit outrager par le public des tribunes. Les députés de prorince furent, on se le rappelle, flagellés du nom de ruraux... c'était la déclaration de guerre du parti dit sofnaliite.

A la même époque, la police saisit à Paris dix mille bombes Orsini, et quelques milliers d'appareils d'un modèle analogue, chargés de fulminate de mercure. Les pillages recommencèrent sur tous les points avec une extrême intensité, et les citoyens prolétaires exercèrent le droit de visite des propriétés avec l'ardeur qu'ils avaient mise, le 29 janvier, à piller les Halles centrales et les chantiers de gabionnage de l'avenue d'Orléans. De vio-

lenls murmures éclatèrsDt dans les rangs de la gnrdens- Uonale qaand les décrets des 15 et 18 février essujèrenl de réglctnenler sa solde; surtout, quand un ordre de l'état-major général lui prescrivit la rêinlégralioD de ses objets de campement dans les magasius de l'Ëtal. Le» caricaturistes de bas étage qui, depuis quinze jours, crayonnaient ignoblement le général Trochu , le délaissèrcat subitement pour charger la personne de M. Thieiî, nommé chef du pouvoir exécutif par un vote de l'Assemblée nationale du 18 février. Une presse sans Dom, U presse du ruisseau, se mit à éclabousser les passants inûffensirs, et le Cri du peuple, d'un nommé Vallès, fil, sans détour, appel aux instincts sauvages que le cœur parisien nouml toujours à l'état latent. Enfin, à l'occasioo de l'anniversaire du 34 février, les assassinats commencèrent. Nous empruntons au Journal des Débals ce récit des événements de la journée du 36 :

Depuis vendredi, des manifestations ayant pour but de célébrer l'anniversaire de la révolution du 24 février lUB ont lieu place de la Bastille ; mais, jusqu'ici, l'afflue&ee n'avait pas été aussi considérable que celle que nous aTOU constatée pendant toute la journée d'aujourd'hui, dimanche, au pied de la colonne de Juillel.

Depuis dix heures du matin jusqu'à six heures du soir, on n'a pas cessé de voir dériler les détachements de gardes nationaux, accompagnés de leurs officiers, précédés, les uns, de la musique du bataillon ; les autres, des tambours ou des clairons.

Vers midi , les quatre faces de la base de la colonne commencent à se garnir de couronnes d'immortelles disposées en croix, de fanions et de drapeaux. A chacun des mascarons qui se trouvent sur les bandeaux du fût , et qui servent à donner du jour dans l'escalier^ on voit des couronnes suspendues.

Sur la plate-forme du chapitea\i, les grilles du pourtour sont complètement garnies de drapeaux ornés d'un crêpe. Une couronne a été passée dans le bras droit du génie de la liberté; une autre, entourée d'un long crêpe noir flottant au gré du vent, est posée sur la tête du génie.

Nous voyons défiler successivement des détachements des 209*, 93% 60«, 56* et 21 !• bataillons de la garde nationale. Personne n'était armé. Quelques officiers seuls portaient leurs sabres.

Pour tous les bataillons, la manifestation s'accomplit absolument de la même manière : les délégués, précédés des tambours et des clairons, ou des musiques, et accompagnés des officiers et des drapeaux, pénètrent par la porte faisant face à la rue Saint-Antoine; ils défilent autour de la colonne, à l'intérieur des grilles, et arrivent sur le pourtour du socle en marbre , en gravissant des échelles de gazier. Des commissaires, portant sur la poitrine, en guise de signe distinctif , une cocarde rouge, prennent les couronnes et les drapeaux sur lesquels sont inscrits les numéros des compagnies et du bataillon qui viennent participer à la manifestation.

Lorsque les couronnes et les drapeaux sont fixés à

V&droil indiqué, le commandant du dclacbËl rouvre, on bal aux cLamps, la musique, — quaad celleci accompagne le délachemenl, — exécute un air patriotique, el les cris de : I ïre la République! sont répétés de toutes parts. ParTois il arrive que l'un des orflciers prononce ou lit un ■^eXiispeech, qui a généralement pour objet de déclarer « que le peuple de Paris, par respect pour la mémoire des illustres victimes qui ont succombé en défendant la liberté, entend défendre la République jusqu'à la mort! «

Chacun redescend par l'une des deux échelles qui servenl à monter sur le socle, puis on se range sur la place «t l'oD re^gne son quartier en bon ordre.

A notre arrivée, un ofGcicr du 134' bataillon exaile n la république universelle , qui seule doit régénérer le monde. » Un olUcier du 5G' bataillon traite en deux mots le m*me sujet.

Apr{-s lui, un officier du 338' bataillon prononce une allocution qui obtient un certain succès dans la foule : « Les exploiteurs du monopole, dit-il, semblent croire que le peuple est toujours en tutelle. Ils paraissent onblier qu'il s'est quelquefois réveillé subitement, et qu'il a su faire acte de majorité quand il s'est affirmé en 93, en IB30, en 1818, ainsi qu'en 1870. »

II termine son discours en décbrant que le peuple Ae Paris (i veut lutter £k outrance, au nom de la République, afin de n'être pas Prussien. »

A ce moment, un individu, coiffé d'un képi à bande

rouge, assez semblable à ceux que portent les gardiens de la paix mobilisés, et Têtu d'une capote grise dont diaque manche est ornée de deux galons d'or, insignes du grade de sergent-major, apparaît au dedans de la grille et attire l'attention de Tofllcier du 23^ bataillon ; on chuchote en se le désignant. Quelques gardes nationaux se dirigent vers lui et l'interpellent assez rivcment sur le motif de sa présence. Immédiatement les cris : c C'est un mouchard! c'est encore un agent de Piétri! enlevezle donc ! » se font entendre.

Ala suite d'un court colloque, pendantlequel onpar^ienl difficilement à faire taire ceux qui accusent le sergentmajor d'être un agent de police, celui-ci demande la parole. Le silence s'établit; l'orateur se découvre et explique a qu'il est arrivé hier soir des départements. Il pourrait presque se dire délégué des départements, car il a beaucoup vu et sait beaucoup de nouvelles ; en outre, par les renseignements qui lui sont parvenus de tous les côtés, car il connaît énormément de monde » Ce début paraît étonner la foule. L'orateur s'en aperçoit et s'écrie : « Ce que je vous dis ne doit pas étonner les personnes qui me connaissent; elles ne vous étonneront pas davantage quand j'aurai fait connaître mon nom. Je m'appelle Budaille. »

L'orateur est immédiatement l'objet d'une démonstration sympathique de la part de ceux qui, un instant auparavant, le traitaient de mouchard. Quant à son discours, il peut se résumer ainsi : « Si Gambetta n'a pas

réussi, ni Aos lioupes u'oiil pas élé vicloricuses «n pnv ]

ice et à Paris, si l'ennemi c'a pas été repoussé, rt«i la capitale o'a pas été débloquée, c'est parce que le gouvernement lie la défense nationale a trahi. i>

Le citoyen Budaille annonce qu'il a les mains pleines de preuves à l'appui de sou assertion ; il les produira Il une autre Tois et autre part qu'à cette tribune en pleîa air, parce qu'il n'a pas assez de temps pour le faire ».

A cet instant, des clameurs, des vociférations sinistres, parlant du calé de la rue Sainl-Anloine, viennent faire diversion. Nous vojons un.groupe composé de 2 à 300 personnes conduire ou plutôt traîner un individu assez bien vêtu, ayant la liMe nue, et que tiennent au coUel deus chasseurs ù pied. Cent voix crient à la fois : n A i'eau I à l'eau I c'est un roussin ! c'est un mouchard de Piélri ! » D'anlres crient : « Ah ! Us se figurent qu'ils vont recommencer leurs jeux de easse-fôtel pas de pitié! il faut faire un exemple qui nous débarrasse des moucbanUI * S'il faut en croire les on-dit de la foule, cet iuditidu avait été vu, un crayon ù la main, prenant note des numéros des bataillons arrivant sur la place. Interpellé à ce sujet par des chasseurs à pied, il aurait répondu que cela ne les regardait pas. Ceux-ci l'auraient appelé mouchard, et il aurait fiiippé un des militaires avec un casseléte. On se serait jelé sur lui, on l'aurait fouillé et on aurait alors trouvé dans les poches de son paletot un revolainsi que des papiers émanant de la préfecture el indiquant qu'il apparlenail à la police. Cette découverle

Evileicit^ une colère qui ii'nv.iiL pas lariif 1 iiégfiin''i-er nue exaspérât ioD furicufir, qu'il devenail extrémemen L Bcile de calmer.

I.c malheureux fut Irainé du côlé du canal, et l'urriH <I« la roule allait ôtrc exécuté sans miséricorde, lorsque des citoyens plus calmes eurent la bonne pensée de pousser la foule devant le poste, ofi pénétrèrent l'individu arrêté et quelques-uns de ceux qui le conduisaient. L'ofQcier RorniDaudait la.compagnie de garde nationale de ser- (dV bataillon) fit fermer les grilles.

s deux quais se garnissaient de milliers de curieux. Un millier d'autres stationnaient devant le poste, et réclamaient le prisonnier ou l'exécution de la sinistre sentence. L'otficier monta sur la grille et expliqua à la Toule qu<> son devoir était de garder le prisonnier, afln de le Taire envoyer h la préfecture ; il engageait donc le public \ se calmer. On ne tint aucun compte de ses exhortalions. On cria : » C'est cela, ils vont le faire écbapperl Ou'on nous le rende ! »

Des Hiasseurs à pied escaladèrent la grille c\ s'introduisirent dans le poste, d'autres citoyens en firent aa- I tant. Le poste ne tarda pas à Olre envahi, et on reprit lel prisonnier, que l'un put encore sauver en l'entraînant del l'autre cAté de la place, prés de la rue de la Doquettetl Mais les furieux, s'exritatil les uns les autres, n'étaierd point satisfaits; ils poussaient les cris de : n Tapez des* fusl il faut l'assommer! Ne le laissez donc pas aller pti L|U II faut le noyer! »

Pendant ce leinps, les coups de poing cl les coups de pied pteuvaient sur le prisonnier, qui était plus mort que vif, et donl l'altitude aurait cependant dû exciter la commisération de ceux qui le mal traitaient.

Chose inouïel à cette heure-li, une heure, il pouTail j avoir sur la place de la Bastille environ vingt mille personnes. Les forcenés qui réclamaient la mort de la victime n'élaîent pas plus de quatre ou cinq cents, et encore y avait-ii parmi eux deux cents gamins. Eh bien! celte minorité l'a emporté. On a repoussé le prisonnier vers le boulevard Bourdon. Là, il a supplié qu'on lui permit de se brûler la cervelle. Les chasseurs à pied, qui n'avaient pas cessé de le tenir au collet , le firent monter sur un banc un peu plus loin que le bAtiment du grenier d'abondance, et postrenl ù la foule celle question : « Voulez-vous permettre au prisonnier de se brûler la cervelle avec sou revolver? — Non, non! répondirent deux cents voix éraillées, à l'eau , à l'eau ! il n'aurait qu'à tirer sur quelqu'un ! ne lui rendez pas son revolver! »

Le cortège s'avan(;a par le quai Henri IV. La rage des forcenés avait redoublé. Ils poussèrent la cruauté jusqu'à prévoir le cas où la victime pourrait savoir nager et, par suite, échappera la mort. Ils prirent la précaution, sur la berge, de garrotter leur prisonnier et de lui attacher so- 'lideraent les bras et les jambes. On le porta comme un véritable paquet en passant sur les péniches amarrées ii cet endroit , et on le lança h une assez grande distsace dans la Seine.

Noos ne saurions trop le répétoc, un pareil nctf a pu Cire rommis impunément en préseoce de plu.sieurs mil I lî«rs de spectateurs, qui se bornaient h assister poi'^, Iblement h toutes les péripéties de ce drame émoi

Le courant n'a pas lardé à entraîner le corps du mal-

iureux. Des misérables, poussant la férocité jusqu'à ses -nières limites, lui jetaient des pierres et s'armaient

t bâtons pour repousser le corps que le courant r

^nail près des bateaux.

.A plusieurs reprises, les pilotes de deux bateaui

juches se sont approchés de laçon .\ pouvoir jeter I

Hiée de sauvetage, maïs chaque fois on leur criait de ft retirer. Et, comme ils ne tenaient pas compte de ces cris, on leur adressait des menaces violentes. Ne paraissant

t bien comprendre ce qui se passait, ils ont fini par

loigDer.

[La victime de ce crime odieux a été entraînée sous VtA

ade qui existe li la pointe de l'Ile Saint-Louis, où elle a ispani. Les recherches qui ont été faites ensuite pour

pouïcr le corps sont restées infructueuses. ^Ces horribles scènes n'ont pas duré moins de deui

Sur le quai Henri IV, deux personnes ayant liaule-l menl blâmé ce qui venait de se passer, sont huées eu poursuivies par une bande de gamins. Ce n'est p peine que ces honoriibies citoyens paniennent à écbap* per aux cris de : « A l'eau, ii l'eau! c'est un mouchard I h

proférés coulreeui:. RueduPetil-Musc el me BeauLreillîs, OD poursuit d'autres individus que l'on accuse encore d'appartenir à la police; presque au ml^me moment, un bit semblable se produisait boulevard Beaumarchais.

Nous revenons place de la Bastille, et nous voyons successivement déliler les détachements des TV, 164', 77', 2)9' bataillons, la 7' compagnie du 183'', qui est précédéed'un fanion vert, au milieu duquel figure le bonnet rouge phrygien, avec une cocarde tricolore; le 133*, précédé d'un drapeau noir sur lequel sont inscrits ces mots : « La république ou la mort ! » Ce drapeau est hissé à la grille du chapiteau, ù côté d'un autre également noir, appartenant à nn bataillon dont nous ignorons le numéro, et qui porte cette inscription : « Libre pensée. — Deuil politique! »

Viennent successivement des détachements du lOà', , du 5° bataillon de guerre; des 57% 19*, 207% 65', 191', 27", IGO', US', nO", 182'; la loge de rAlliance, du rite écossais; des gardes mobiles du 5" bataillon de la Seine, des zouaves, des francs-tireurs, douze soldats du 4' bataillon du 20* de ligne ; des gardes nationaux du IV arrondissement (Monlrouge), des détachements des 6V, 52', 158', 19Cr, IIV, 86', 144'.

Vers cinq heures, on attache au bras droit du génie de la liberté un drapeau rouge qui vient d'être apporté par des gardes nationaux.

lA foule qui envahit la place, l'entrée du faubourg SaintrAnloine, la rue Saint-Antoine et les boule^'ards,

augmente à tel point que la circulation des voitures devient extrêmement difficile. Les chevaux sont forcés d'aller ao pas; malgré cette affluence, nous trouvons la rue de Rivoli remplie de monde se dirigeant vers la colonne delà Bastille.

Les cafés, les marchands de vins et les marchands de fleurs d'immortelles sont les seuls qui n'aient pas lieu de se plaindre de la journée.

Tel est le récit du Journal des Débats.

Ce même jour, 26 février, des officiers de zouaves, passant place de la Bastille sans saluer la colonne , étaient arrêtés par la foule, maltraités et laissés pour morts.

Ainsi, dès cette époque, sous prétexte de patriotisme et de républicanisme à outrance, les Parisiens en étaient à l'assassinat!.... Ils n'avaient plus rien à envier aux scélérats de la Dordogne qui, le 16 août précédent, avaient brftlé vif, à Hautefaye, le jeune M. deMoneis, convaincu de professer des opinions politiques qui déplaisaient au peuple.

La nuit du 26 au 27 fut extrêmement agitée, et , le 27 au matin, le général commandant la garde nationale et l'armée de Paris faisait afficher cet ordre du jour qui n'a besoin d'aucun commentaire :

« Le rappel a été, cette nuit, battu sans ordres, a Quelques bataillons, la plupart trompés, ont pris les armes et ontseni, à leur insu, de coupables desseins. « Il n'en est pas moins constant que l'immense majo-

rite de la garde nationale i-ésiste h ces excîîàUons, « qu'elle a compris les devoirs imposés en ce monicat S tout bon citoyen, à tout Français digne de ce nom.

<i Le gouvernemeut lui confie donc sans hâsitatioa la garde de la cité; il compte sur son dévouement, sur son intelligence, pour maintenir, dans ses quartiers, un ordre scrupuleux dont elle comprend plus que jamais la nécessité. La moindre agitation peut fournir des prétextes et amener d'irréparables malheurs. La garde nationale aidera ainsi la ville de Paris à traverser une crise douloureuse et elle la préservera de périls que le calme et la dignité peuvent seuls conjurer. Les auteurs des désordres seront recherchés activement et mis dans l'impuissance de nuire.

(I Le gouvernement s'est adressé à la population tout entière et il lui a fait connaître la situation générale.

■' Le général commandant supérieur fait appel à la garde nationale, et, au nom des intérêts les plus sacrés de Paris et de la France, il attend d'elle un concours actif, dévoué et patriotique. «

Malgré cet appel pressant et pas moins grande que les jours de la Bastille. Plus que jamais, les drapeaus rouges pavoisèrent dont la disparition serait moins du fût de la colonne VendAme.

cendiairps sortirent de la bouchi

digne, l'arfluence nefut précédents sur la place les couronnes jaunes el cette colonne de Juillet, regrettable que la chute Les discours les plus iodes énergumènes de In

rue, et la foale y applaudit avec firénésie. C'était Taurorc d*ime févolution nouvelle... et les chefs du parti socialiste se promettaient, cette fois, de travailler Paris jusqu'à la mort. Les circonstances favorisaient singulièrement leui^s projets, car, ce môme jour, 27 février, le gouvernement aux Parisiens la proclamation qui suit :

« Le gouvernement fait appel à votre patriotisme et à votre sagesse ; vous avez dans les mains le sort de Paris et de la France elle-même. Il dépend de vous de les sauver ou de les perdre.

o Après une résistance héroïque, la faim vous a contraints de livrer vos forts à l'ennemi victorieux; les armées qui pouvaient venir à votre secours ont été rejetées derrière la Loire. Ces faits incontestables ont obligé le gouvernement et l'Assemblée nationale à ouvrir des négociations de paix.

a Pendant six jours, vos négociateurs ont disputé le terrain pied à pied; ils ont fait tout ce qui était humainement possible pour obtenir les conditions les moins dommageables. Ils ont signé des préliminaires de paix qui vont être soumis à l'Assemblée nationale.

« Pendant le temps nécessaire à Texamen et à la discussion de ces préliminaires, les hostilités auraient recommencé et le sang aurait inutilement coulé sans une prolongation d'armistice.

c Cette prolongation n'a pu être obtenue qu'à la condition d'une occupation partielle, et très-momentanée,

d'un quartier de Paris. Celte occupation sera limitée au quartier des Champs-Elysées. 11 ne pourra entrer dans Paris que trente mille hommes, et ils devront se retirer dès que les prélimluaires de paix auront été ratifiés, ce qui ne peut exiger qu'un pelît nombre de jours.

(i Si celle convention n'était pas respectée, l'armistice serait rompu : l'ennemi , déjft maître des forts , occuperait de vive force la cité tout entière ; vos propriétés, vos chefs-d'œuvre, vos monuments, garantis aujourd'hui par la convention, cesseraient de l'être.

li Ce malheur atteindrait toute la France. Les afTreox ravages de la guerre , qui n'ont pas encore dépassé la Loire , s'étendraient jusqu'aux Pyrénées.

<i 11 est donc absolument vrai de dire qu'il s'agit du salut de Paris et de la France. N'imitez pas la faute de ceux qui n'ont pas voulu nous croire , lorsque, il j a huil mois, nous les adjurions de ne pas entreprendre une guerre qui devait être si funeste.

« L'armée française, qui a défendu Paris avec tant de courage, occupera la gauche de la Seine pour assurer la loyale exécution du nouvel armistice. C'est à la garde nationale de s'unir ji elle pour maintenir l'ordre dans le reste de la cilé.

fl Que tous les bons citoyens qui se sont honorés à sa tête, et se sont montrés si braves devant l'ennemi, reprennent leur ascendant, et cette cruelle situation d'aujourd'hui se terminera par la paix et le retour de la pr rilé publique. »

Et le> chefs soci;iliste> , toujuuis pivts à tirer bon parti de- rrsiillals dus aux talents diplomatiques de M. Favre, pensèrent que, grâce à cet habile négociateur, ils allaient pouvoir jouer les victimes.... les victimes animées d'unespritd'indignation patriotique!... et, en conséquence de ce saint courroux, agiter leurs bandes armées. Les Prussiens entrer dans Paris!.... jamais le peuple ne le souffrirait. Et le peuple tapait sur les fusils, et il caressait les canons qu'il ne voulait pas laisser tomber aux mains des soldats de l'empereur Guillaume. Et l'agence prussienne de Paris collaborait, comme par un accord tacite y avec les socialistes et les gens de l'Internationale. Elle jetait des flots d'huile sur un brasier déjà rouge et incandescent. M. de Bismarck niera sans doute toute participation aux préludes d'une guerre feivile qu'il lui importait tant de faire naître. Soit! il est sans doute trop galant homme pour se commettre avec la populace de Paris. Qu'il veuille donc bien nous faire connaître pourquoi, lorsque nous avons combattu l'insurrection, les Prussiens nous ont empêché de compléter en temps utile nos opérations d'investissement.

La soirée du 27 laissa percer des symptômes non équivoques des dispositions hostiles de la garde nationale, et de l'état d'insubordination dans lequel elle entendait se maintenir. L'amiral commandant supérieur du 3^ secteur ayant demandé à quelques chefs de bataillon s'il pouvait compter sur eux : a Nom relevons du « comité central^ répondirent-tls, et nous avons pris tenga"

a gemetit de n'agir f/>ie d'ajjrh ses iiulruch'ons. ■> L'amintl, comprenanl les ilangers d'une telle situation, lit rentrer dans l'intérieur de Paris ses troupes désarmées en rertu des clauses de l'armistice; et les Bellevillois en profitèrent pour piller les magasins à poudre qu'on avait eu l'imprudence de confier à leur garde.

La journée du 28 février fut témoin d'une agiUitioD tout aussi inquiétante que celle de la veille. Une troupe de Bellevillois, précédée de clairons et de lambours, se dirigea vers la caserne de la Pépinière pour inviter les marins à prendre pari aune manifestation dite ;>afrtotique, qu'on avait projetée pour la nuit. Voici comment le Journal officiel rendit compte de l'échec de celte nouvelle tentative , assez adroitement machinée parler délégués du peuple :

« Vivement attaquées, les portes cédèrent, et la fouitentra dans la cour, où déjà les marins avaienl pu élrc mis en rangs par les soins de leurs officiers. Toutes les tentatives faites pour les entraîner restèrent impuissantes jusqu'au moment où leur commandant, voyant les chambres et les magasins aux vivres envahis, crut devoir permettre aux bataillons qui n'élaient pas de senice de sortir de la caserne.

Cl Animés d'abord par l'idée d'empêcher les Prussiens d'entrer dans Paris, un certain nombre de matelots se mêlèrent à la foule qui se dirigeait, en suivant les boulevards , vers la place de la Bastille ; mais bientôt , com-

prenant ce qu'on espérait d'eux, la plupart se séparèrent Tokntairemeut des agitateurs. Quelques amiraux qui les lencontrèrent leur signalèrent le danger de pareilles manifestations, et cet énergique appel fut entendu.

« Trente matelots environ arrivèrentjusqu'à la place de la Bastille et furent, tout d'abord, invités à prendre part à an banquet en plein air : mais, comprenant enfin qu'on cherchait à les embaucher pour le désordre , ils se retirèrent peu à peu et rentrèrent à leur caserne; ce matin, il ne manquait que huit hommes à l'appel.

« Quant aux marins casernes, au nombre de six mille, à l'École militaire, aucun d'eux ne s'est absenté. )>

Ce même jour, 28, vit s'affirmer au grand jour l'influence d'une société secrète qui avait béatement adopté le nom de Comité central de la garde nationale. Elle donnait à la population des ordres encore timides, mais des ordres !.. Nous reproduirons l'affiche de ce pouvoiinouveau, qui déjà battait en brèche l'autorité régulièrement constituée.

ccCOMrrÉ CENTRAL DE LA GARDE NATIORALS.

(c Citoyens,

« Le sentiment général de la population parait être de ne pas s'opposer à l'entrée des Prussiens dans Paris. Le Comité central, qui avait émis un avis contraire, déclare qu'il se rallie à la résolution suivante :

M 11 sei'a (iubli, tuiil auluiir des quurliers que doil occuper rennemi , une série de barricades propres à isoler complètement cette partie de la ville. Les habitants de la région circonscrite dans ces limites devront l'évacuer immédiatement.

H La garde nationale, de concert avec l'armée formée en cordon tout autour, veillera à ce que l'ennemi, ainsi isolé sur un sol qui ne sera plus notre ville, ne puisse, en aucune façon, communiquer avec les parties retranchées de Paris.

a Le Comité central engage donc toute la garde nationale à prêter son concours à l'exécution des mesures nécessaires pour arriver à ce but et éviter toute agression qui serait le renversement immédiat de la République, h

Une autre afllcbe, anonyme et manuscrite, donnait d'ailleurs des indications précises touchant i'élat d'avancement de l'organisation des bandes qui devaient, moins de vingt jours après, se ruer en sauvages sur le pauvre Paris. Ce faclum était curieux, et nous en avons alors pris copie sur les mui's :

« Une convention a permis aus Prussiens d'occuper les Champs-Elysées, de la Seine au faubourg Sainl-Uo- Doré jusqu'à la place de la Concorde.

« Soit! plus grande sera l'injure, plus terrible sera la vengeance.

a Cependant, si quelque pandour ose sortir du périmé-

oo

lie de notre honte, qu'il soit aussi tôt déchiré traitrc; qu'il devienne à l*instant cible pour nos balles, mèche pour notre pétrole, but pour nos orsinienneSy gaîne pour nos poignards!

(' Qu'on se le dise I

ce Par décision des Horaces,

« Le scribe : Populus. »

Le lendemain, I*' mars, fut vraiment un jour de deuil public, et l'attitude de Paris put un instant faire espérer que les nuages sombres allaient enfin disparaître de son horiioa. C'était le jour où, conformément aux stipulations des pgéliminairesde paix, l'armée prussienne devait faire 800 entrée. Dès le matin, les édifices publics (la Bourse dle*mème), les magasins, les cafés, les boutiques, tout Ait fermé, sur les quais, sur les boulevards, dans les rues des quartiers les plus reculés. Partout des drapeaux trieolores aa crêpe noir, ou des drapeaux noirs aux fenêtres; d'autres crêpes noirs au chapeau des passants; des voiles noirs au visage des statues de la place de la Concorde !.. Un journal annonçait que, suivant la décision prise par toute la presse, il ne paraîtrait plus durant l'occupation prussienne, et terminait ainsi son article sur l'aspect de Paris :

a Paris a volontairement suspendu sa vie. Il sent la resp<Misabilité qui pèse sur lui en ces jours doulou-

reus. Il comprend qu'il dépend du lui de ne pas Bjoti^ ' 1er aux malheurs qui accablent la pairie des malheuis plas terribles et peut-être irréparables; il comprend qu'il se doit à lui-mëtne et à tous ceux qui, dans le mondi; entier, lui ont témoigné et lui témoignent tous les jours tant de respect et de si touchantes sympathies, de supporter avec une dignité fi6re cette nouvelle épreuve; il comprend cnlin qu'apiés ces derniers mois, où il a é\é héroïque devant le danger, devant la Taim, devant les misères de toutes sortes, il lui restait à se montrer capable d'nn coui-age plus difQcile encore : Paris est calme. •>

Les Prussiens devaient entrer à dix heures du malin ; à neuf heures et demie, ils se répandaient déjà dans les Champs-Elysées, et, à trois heures, on les vil déboucher, musique en tête , sur la place de la Concorde. Cette musique barbare chatouilla désagréablement les oreilles des Parisiens, qui,jusqu'alors,étaientdemeuréssilencieux. De violents coups de sjfllels et des huées prolongées accompagnèrent jusqu'au soir les indécents concerts d'un plat vainqueur.

Ce soir du 1" mars , à sept heures et demie, un télégramme de Bordeaux nous annonça que l'assemblée nationale venait, à la majorité de 5iG voix contre 10", de ratifier les préliminaires de paix. L'occupation prussienne ne devait donc pas être de longue durée. Le lendemain S mars, à six heures du matin, le minisire des alTaires

itrangères partait pour Versailles^ et rechange des ratifications avait lieu. Le soir, à neuf heures, tout était réglé entre les généraux français et allemands pour l'évacuation des troupes du roi Guillaume.

La journée du 2 fut monotone pour les Prussiens. arqués sur la pkce de la Concorde, ils y tournoyaient comme des bêtes baves, et considéraient, d'un œil ennuyé, la statue de Strasbourg, trop honorée de quatre factionnaires bavarois. Pour opérer une distraction, leur musique reprit son tapage de la veille et ne fit que soulever, dans la nie Royale, des tempôtes de sifflets. Les officiers qui chevauchèrent au jardin des Tuileries se firent huer par une foule menaçante ; ceux qui tentèrent de visiter le Louvre eurent un désappointement complet. Jamais l'armée prussienne ne pardonnera à M. de Bismarck de ne lui avoir offert que ce triste aperçu de Paris.

Le 3 mars, la proclamation suivante était adressée aux habitants :

a L'armée allemande a évacué ce matin à il heures les quartiers où elle avait pénétré. Pendant son séjour, la tenue de Paris a été au-dessus de tout éloge ; partout, les lieux publics, les établissements industriels, les magasins des commerçants se sont fermés spontanément.

0 Des cordons de ligne et de garde nationale, soigneusement disposés, ont formé, entre les troupes allemandes et la population, des frontières provisoires qu'ils ont fait respecter.

H Les occupants, laisses à eux-mêmes, ont pu comprendre que, si le droit succombe parrois devanl la forc«, il n'est pas si facile de dompter les âmes, et que la fortune de la guerre ne domine pas seule le monde.

(i Nous devons un juste tribut de reconnaissance aux habitants des arrondissements qui ont supporté la présence de l'étranger; ils ont racbeté leurs concitoyens, présené la cité de malheurs imminents et conserré Belfort à la France.

« Les municipalités du viii", du xvi* et du wa' arrondissement ont fait leur devoir avec autant de zËle que d'abnégation. Paris n'aura jamais assez de respect pour ces magistrats dévoués qu'il trouve auprès de lui ù toutes les heures de danger et de douleur.

(1 Le gouvernement de la République les remercie; il comptera toujours sur eux, comme il compte sur la population, pour faire que Paris reste l'une des premières villes du monde, n

Toutes les causes de désordre semblaient donc devoir disparaître; mais le départ précipité des Prussiens ne faisait l'affaire ni de la secte socialiste, ni des Prussiens eux-mêmes, surtout des officiers, furieux de n'avoir fait k Paris qu'une apparition dérisoire.

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