‹ Le Gouvernement de la defense nationale a ToursChapitre 22 sur 44 · L'INSURRECTION · texte numérisé non relu

L'INSURRECTION

L*l>SLRRECTION.

L'insurrection de 1871 était le fruit d'une vaste conspiration, élaborée de longue main à la faveur de six mois de guerre. Préparée et mûrie jusque dans les moindres détails d'exécution, ses proportions ont dépassé celles de toutes les crises analogues dont nous savons l'histoire. Elle nous offre, d'ailleurs, un caractère à part. Ce n'est pas une simple émeute parisienne, mais un grand mouvement social, organisé par l'armée permanente de la Révolution cosmopolite. V Internationale, le Garibaldisme, le Mazzinisme, le Fenianisme se sont donné rendez-vous à Paris, et Ton compte , dans cette immense tourbe d'insurgés, des Américains, des Italiens, des Polonais, des Allemands. On y voit aussi des Belges, et 8,080 Anglais ou Irlandais, ainsi que le constate M. de Bismarck en son discours au parlement du 2 mai 1871 , et M. de Bismarck doit le savoir. L'Américain Cluseret, le Prussien Frankel, le Russe Dombrowski, le Lithuanien Brunswick,

l'Italien Romanelli, le Polonais OkotowiU, le Belge Spilt- Ihorn; et la Ceciîia, et Wroblewski, et Wenzel, Hertzfeld, RozycskijSyneck, Prolowitz, et cent autres Illustres épées venues de tous les coins des deux mondes; tels sont les ardents coopcrateurs des Flourens, des Eudes, des Henry, des Duval et tutti quanti, tous gens de guerre de l'école française, démocratique et sociale.

Cette armée, étrange et sinistre, relève d'un chef suprême, personnage rauet, qui demeure dans l'ombre, et elle obéit ostensiblement aux Pyat, aux Delescluze, aux Rochefort, hommes politiques qui, n'étant pas généraux, ne se battent jamais.

Aux premiers jours de mars, tout est préparé pour une explosion prochaine, et, malgré le départ des Prussiens, le parti socialiste veut qu'ellcse produise. Pour ce faire, il faut que Paris soitagité quand même.... et l'agiLition continue. Aussi voit-on , dôs la soirée du 3. afficher cette note du ministère de l'intérieur :

« Les faits les plus regrettables se sont produits depuis quelques jours et menacent gravement la paix de la cité. Des gardes nationaux en armes, obéissant, nonà leurs chefs légitimes, mais à un comité central anonyme, qui ne peut leur donner aucun ordre sans commettre un crime sévèrement puni par tes lois, se sont emparés d'un grand nombre d'armes et de munitions de guerre, sous prétexte de les soustraire à l'ennemi dont ils redoutaient l'invasion. 11 semblait que de pareils actes dussent resscr

a]»rès la retraite de ^armcepr^Is^ienne. Il n'en a rien été : ce soir le poste des Gobelins a été forcé et des cartouches ont été pillées.

a Ceux qui provoquent ces désordres assument sur eux une terrible responsabilité ; c'est au moment où la ville de Paris y délivrée du contact de l'étranger, aspire à reprendre ses habitudes de calme et de travail, qu'ils sèment le trouble et préparent la guerre civile. Le gouvernement fait appel aux bons citoyens pour étouffer dans leurs germes ces coupables manifestations.

a Que tous ceux qui ont à cœur l'honneur et la paix de la cité se lèvent; que la garde nationale, repoussant de perfides instigations, se range autour de ses chefs et prévienne des malheurs dont les conséquences seraient incalculables. Le gouvernement et le général en chef sont décidés à faire énergiquement leur devoir, ils feront exécuter les lois; ils comptent sur le patriotisme et le dévouement de tous les habitants de Paris. »

Pour parer au danger, M. Thiers confiait, ce jour môme 3 mars, le commandement supérieur des gardes nationales de la Seine au général d'Aurelle de Paladines, dont l'énergie bien connue était de nature à donner de sérieuses garanties de sécurité. Le 5, le général s'empressait de porter à la connaissance des soldats citoyens cet ordre laconique , vrai modèle d'éloquence militaire :

a Le président du conseil des ministres, chef du pou-

Toîr exécutif de IaKcpublique française, vient de me confier le commandement supérieur de la garde nattoniilc de la Seine.

« Je sens tout le prix d'un tel honneur. Il m'impose de grands devoirs. Le premier de tous est d'assurer le maintien de l'ordre et le respect des lois et de la propriété.

<c Pour réussir, j'ai besoin du concours de tous les bons citoyens. Je fais donc appel au patriotisme de la garde nationale et de tous ses officiers.

M Pendant le siège de Paris, elle a partagé avec l'armcc la gloire et les périls de la défense : c'est it elle, dans lf> douloureuses circonstances que nous traversons , de donner l'exemple des vertus civiques , el h moi de la diriger dans ses nobles efforts.

Il Ma règle de conduite sera la justice, le respect des droîtsacquisetde tons les services rendus.

u 11 est nécessaire que le travail rép<irc , le plus tôt possible, les malheurs de la guerre. L'ordre seul peut Dous ramener ù la prospérité. J'ai la ferme volonté de réprimer avec énergie tout ce qui pourrait porter atteinte à la tranquillité de la cité, »

Il était malheureusement tard pour prendre des mesures efficaces. Le déchaînement des passions mauvaises était universel , et le général devait Cire prochainement débordé. Symbole odieu.v ilu meurtre et de l'anarchie , le drapeau rouge déshonorait toujours la place de h Ba<i-

UUe. L*ainîral Polhuau avait beau le faire enlever par ses mirins, il reparaissait presque aussitôt et souillait le génie doré de la Liberté. Vingt-six bouches à feu , aux mains du peuple , étaient déjà rangées en bataille sur la place d'Italie, et, nouveau mont Aventin de la démagogie, la butte Montmartre se transformait en forteresse.

a On fait de la butte un véritable camp y écrivait , le 8 mars, un témoin oculaire.

a Ils sont là trois ou quatre cents gardes nationaux, peut-être plus , appartenant en partie aux 61* et 168^ bataillons, qui veillent jour et nuit. Ils se relèvent régulièrement d'heure en heure , comme s'ils étaient vraiment en campagne.

a Ils ont deux tambours et quatre clairons^ qui battent le rappel ou qui sonnent la charge quand l'envie leur en prend, sans que l'on sache pourquoi.

«Les officiers, le ventre orné de larges ceintures rouges, chaussés de grandes bottes , paradent sur la place , traînant de longs sabres, le cigare ou la pipe aux dents.

a Ils regardent les passants d'un air dédaigneux, et semblent avoir une grande idée de la haute mission qu'ils croient être appelés à remplir.

« Cette mission, voici quelle elle est :

0 Au moment de l'entrée des Prussiens dans Paris , les gardes nationaux de Montmartre, craignant qu'on ne voulût leur enlever leur artillerie pour la livrer aux ennemis, se réunirent et traînèrent leurs pièces, au nombre

«le vingl à peu près, sur le plateau qui s Ueu des bulles Montniarlre.

« Puis ils organisi-renl un poste pour les garder.

V. Aujourd'hui que les Prussiens sont partis, ils pensent l'uliliser pour défendre » la République contre les me- 0 nées des léactionnaires. ji

« Les pièces soûl braquées sur Paris , el ob veille sans reldcbe.

Il II y a quatre postes principaux : deux sur les flancs de la colline, un traisiëme sur le plateau où se trouvent les canons, et le quatrième au pied, sur la place Saint-Pierre. C'est le plus important.

« On bivouaque en plein air, auprès des fusils rangés en faisceaux.

ullyades sentinelles au coin de chaque rue. Une chose il noter, c'est qu'on ne voyait hier soir, comme i'eDtinelles, que des gamins de seize à dix-sept ans, qui prenaient laur rC>le au sérieux et rudoyaient terriblement les passants.

« Toutes les rues qui débouchent sur la place Sainltierre sont ù demi fermées par des barricades composées de gros pavés.

nLe plus sérieux de ces obstacles est celui qui se trouve au coin de la rue des Acacias. 11 est formé d'une grosse charrette renversée, que l'on a remplie de moellons. Audessus on a attaché , en guise de drapeau , un lambeau d'étoffe noire,

ti Malgré tout cela, ou peut-ûtreù cause de tout cela.

il règne autour des buttes Montmartre un silence de mort. 11 y a peu de passants. On ne voit absolument que des gardes nationaux qui vont et viennent, le fusil au bras.

a La physionomie change complètement sur les boulefards de Clichy et Rochechouart. Les cafés regorgent de monde. Tous les concerts sont ouverts. Hommes et femmes se promènent tianquillement , sans s'inquiéter des bouches de cuivre qui sont braquées à cent pas de là. »

Tel était Taspect des buttes Montmartre, au 6 mars.

Le gouvernement, on le voit, avait à prendre des mesures sérieuses. Mais , avant d'en venir à la répression , il crut devoir faire appel au bon sens public et s'empressa d'afficher ce document, qui porte, au Joumai officiel , la date du 8 mars 1871 :

« Au moment où vont s'ouvrir les négociatious qui nous conduiront à la conclusion d'un traité de paix définitif, chacun de nous doit se pénétrer de la gravité de notre douloureuse situation et de l'importance capitale des pénibles devoirs qu'elle nous impose. Nous traversons une des plus cruelles épreuves qui puissent être infligées à une nation. Nous ne pouvons nous en sauver que par le bon sens et la ferme volpnté d'en finir avec les faiblesses et les chimères.

« Après avoir follement abdiqué au profit d'un pouvoir infatué de lui-même, la France a reconnu trop tard qu'elle était menée à Tabime ; maintenant qu'elle y est tombée ,

c'est en eilc stiilp qu'elle doit chercher la forot qui l'rn tirera. Aussi s'esl-elle tout d'abord constituée en BÉpublique , parce que la République , c'est-à-dire le gouvernement de tous par tous et pour tous, peut seule oûr les âmes et les préparer il de nécessaires sacrîGccs. O serait donc un crime contre le pays que de l'attaquer par des intrigues ou des violences ayant pour but lu t^urcèi d'une minorité monarchique ou dictatoriale. Ce ne serait pas un moindre crime de semer la division, de fomenter des troubles, de créer des agitations au profil de quelques ambitieux. Nous sommes à une heure où le plus grand patriotisme consiste à se soumettre à la discipline sociale et h l'obéissance aux lots. Ceux qui se font un j«i de les transgresser deviennent des ennemis publics, méritant toutes les sévérités de l'opinion d'abord, de la répression légale ensuiU.\ Ceu^iqui veulent le maintien ie la République et le retour à la prospérité veulent par là même le travail régulier, l'ordre dans la rue, l'obéissanciT aux chefs légitimes, le respurt du droit de chacun. Au contraire, prCcher et pratiquer le mépris des lois, déshonorer la presse par l'injure et la calomnie, substituer des pouvoirs occultes à l'autorité légale, c'est taire (BWfre de mauvais citoyen, c'est ruiner la République el ramener le despotisme.

(i C'est pis encore, c'est retarder l'évacuation étrangère et peut-èlre nous exposer à une plus compR-tc et pluterrible occupation. Sachons, en effet, envisager noire situation sans illusion. Nous avons été vaincus. Près de l'i

Dioîlié de QOlre koI a élé au pouvoir d'uu millioQ il'Allêmaxids : ils nous oiil imposé la charge d'une indemnîli^ érrasante de cinq milliards; iUn'abandonaerotit pas leur f;agearftnt d'avoir été payés. Or, nous. ne pouvons trouver des ressources que dans le crédit, et ce crédit nous ne pouvoDS l'obtenir qii'ù force d'économie, de sagesse, de bonne conduite. Nous n'avons pas une minute ù perdre pour nous remettre au travail, notre seul salut. C'est à ce moment suprême que nous aurions la triste Tolic de nous li- Trerâ des dissensions civiles I Nous souffririons que quelques hommes, incapables de dire ce qu'ils veulent, troublassent la cité par des entreprises criminelles I Nous fai- 100 s on appel à la raison de nos concitoyens, et nous sommes sûrs qu'elle rendra impossibles de pareilles IraUlirCB.

« Nos négociateurs vont avoir à débattre de gnives , de difficiles , de douloureuses questions. Avec quelle autorité le pourront-ils faire, si on leur répète cette objection Lint de fois opposée parnos adversaires : Vous n'i'les pas un gouvernement; on vous insulte, on vous di'^sobéit, lin vous tient en échec; vous ne pouvez offrir aucune garantie sérieuse de slabilitù? Si, alors qu'ils se réunissent pour traiter, nos négociateurs ont h redouter des séditions, ils échoueront, comme au 31 octobre, lorsque l'émeute de l'Hùtel de ville a autorisé l'ennemi à nous refîner l'armistice qui eût pu nous sauver.

« Aujourd'hui encore, nonsavonshesoin de toute notre totee pour lutter contre un adversaire habile et victo-

rieus; cette Torce, nous la puiserons surtout dans ro{ù* nîon, qui ne nous sera Tavorable qu'unlant que nous saurons nous la concilier par noire union, notre sagesse, notre dignité dans le mallieur. Jamais une nation n'a ea un intérêt plus direct ù pratiquer les vérilables vertus civiques. C'est pour l'avoir oublié que nous soufrrons ; et, par la grandeur mCme du mal qui nous accable, nouf devons comprendre la nécessité absolue de proGler de U Jcçon et de placer notre refuge dans la connaissance elle respect de notre devoir.

Il Le gouvernement met son honneur à Toniler la République. 11 la défendra énergiquemcnt , avec le femu dessein de lui donuer pour base le crédit, sans lequel It ricbesse publique ne peut renaître ; le maintien de l'ordre et l'exécution des lois, qui seuls lui permettront de pr^ parer une éie de réparation et de paix. »

Le gouvernement avait alTaire, hélas là des gens surlesiquels la logique n'a point prise et dont on n'a raison que pir les moyens de rigueur. Il le comprit, et donna l'ordit de hâter l'arrivée à Paris des restes de l'armée du Nord. Quelques jour» après, le 13 mars, il résolut de museler la presse démagogique, et suspendit, d'un seul coup, b Vaigeur, le Mot d'Ordre , le Cri du Peuple, la Caricature, Je Père Dvchesne et la Bouche de Fer, EnQn , le chef dn pouvoir exécutif donna des instructions précises pour la destruction des barricades de Montmartre et l'enlèvement des canons dont elles étaient armées. Après avoir ffij^

tn batterie les mitrailleuses et les pièces de 7 TabriquéeE sur les fonds provenant des souscriptions publiques , les gardes nationaux avaient aussi traîné aux buttes des bouches à feu appartenant à l'Ëtat, et ils en possédaieal ] une centaine. C'est ce matériel qu'il s'agissnit, tout d'abord, de faire rentrer dans les arsenaux. It fut prescrit au général commandant l'armée de Paris de prendre telles dispositions qu'il jugerait convenables alïn que le n ment projeté fût irrésistible, et l'opération, décisive. 11 1b4 J était, en outre, expressément enjoint de demeurer im^ I mobile , de ne rien tenter, s'il n'était ft l'avance assuré du nccès, s'il n'avait la certitude absolue de pouvoir balayer k fond l'Aventin démagogique et de rétablir d5' flDiti\en)ent l'ordre dans Paris.

L'année de Paris, suivant ces instructions, s'apprêta potir rexpMition qui devait avoir pour effet de prévenir une guerre civile, et, durant quelques jours, il y eut dans U situation une sorte d'accalmie. Mais ce n'était, bêlas [ que le catme précurseur des tempêtes. Les gardes nationaux eontinuaient leurs manifestations à la Bastille et promeoaient des canons dans tous les quartiers de Paris : dn Cbamp de Mars au Luxembourg; du parc de Montnage h Notre-Dame; de la place des Vosges à la place dtlalie; des buttes Montmartre aux buttes Chaumont. Ce» alKeft et venues, inoffensives en apparence, mais, nu fond, lrt»M]angereuses , l'aulorilé les laissait faire. Elle nesem- Mail pasavoir l'air de prendre garde à ces invites perfides, mais elle poursuivait ses préparatifs. Quand tout fut prêt,

el avaul d'employer la force, le gouvernemeot touIuI, on dernière fois, en appeler au patriotisme éclairé des Parisiens. H fit, en cûnséqnoiice, afficher, le 17 mars, les proclamations qu'on va lire :

Il H;il)iliinlsde Paris,

'i Nous nous adressons encore à vous, à votre raison el à votre pilriotisme, el nous espérons que nous sei-ons écoulés,

(I Votre grande filé , qui ne peut vivre que par l'ordre, est profondément troublée dans quelques quartîen, et le trouble de ces quartiers, sans se propager dans les autres, sufllt cependant pour y empêcher le retour du travail et de l'aisance.

« Depuis quelque temps, des hommes malintentionnél, sous prélexle de résister au\ Prussiens , qui ne sont plu dans vos rauis, se sont constitués les maîtres d'une partie de la ville, y ont élevé des retranchements, y mon* tent la garde , vous forcent à la monter avec eus , par ordre d'un comité occulle qui prétend commander senl a une partie de ia garde nationale, méconnaît ainsi l'autorité du général d'Aurelle, si digne d'être à votre tète, et veut former un gouvernement en opposition au gouvernement légal, institué par le suffrage universel.

Il Ces hommes, qui vous ont causé déjà tant de mal, que vous avez dispersés vous-mêmes au 3î octobre , affichent la pri^lenlion de vous défendre contre les Pnw-

siens, qui n'ont fait que paraître dans vos murs , et dont ces désordres retardent le départ définitif , braquent des eanOQS qui , s'ils faisaient feu , ne foudroieraient que vos maisons, vos enfants et vous-mêmes; enfin, compromettent la République au lieu de la défendre; car, s'il s'établissait dans Topinion de la France que la République est la compagne nécessaire du désordre, la République serait perdue. Ne les croyez pas, et écoutez la vérité que nous vous disons en toute sincérité !

<i Le gouvernement institué par la nation tout entière, aurait déjà pu reprendre ces canons dérobés à l'État et qui, en ce moment, ne menacent que vous ; enlever ces retranchements ridicules qui n'arrêtent que le commerce, et mettre sous la main de la justice les criminels qui ne craindraient pas de faire succéder la guerre civile à la guerre étrangère; mais il a voulu donner aux hommes trompés le temps de se séparer de ceux qui les trompent.

tt Cependant le temps qu'on a accordé aux hommes de bonne foi pour se séparer des hommes de mauvaise foi est pris sur votre repos , sur votre bien-être, sur le bien-être de la France tout entière. Il faut donc ne pas le prolonger indéfiniment.

« Tant que dure cet état de choses, le commerce est arrêté, vos boutiques sont désertes, les commandes qui viendraient de toutes parts sont suspendues, vos bras sont oisifs, le crédit ne renaît pas, les capitaux dont le gouvernement a besoin pour délivrer le territoire do la

présence de l'ennemi, hésilent à se présentei voire intérêt môme, dans celui de votre cîtC-, comnit dans celui de la France , le gouvernement est résolo \ agir. Les coupables qui ont prétendu instituer UDgouv«tnemenl à eux vont être livrés à la justice ré^lièrt. Les canons dérobés àl'ËUkt vont être rétablis dans les arsenaux, et, pour exécuter cet acte urgent de justice et de raison, le gouvernement compte sur votre «moours.

<' Que les bons citoyens se séparent des mauvais; qo'ik aident à la force publique au lieu de lui résister. Ils hlteronl ainsi le retour de l'aisance dans la cité, et rendront service à la République elle-même, que le désordre minerait dans l'opinion de la France.

(I Parisiens, nous vous tenons ce langage parce que dooi estimons votre bon sens, votre sagesse, votre patriotisme; mais, cet avertissement donné, vous nous approuverei de recourir à la force, car il faut à tout prix, et sans un jour de retard, que l'ordre, condition de votre bien-être, e entier, immédiat, inaltérable. »

ikRilE .NATIONALE DE LA :

(i Le guuvernemenl vous appelle h défendre votre cité, vos foyers, vos familles, vos propriétés.

N-Quelquesbommeségarés, se mettant au-dessusdeslois, n'obéissant qu'à des cticrs occultes, dirigent contre Paris les canons qui avaient été soustraits aux Prussiens.

ff Ils résistent par la force à la garde nationale et à Tar-

mfe.

t Toolez-Yous le souffrir?

c Voalez-Yous, sous les yeux de l'étranger, prêt à profiter de nos discordes, abandonner Paris à la sédition?

« Si TOUS ne rétouiTez pas dans son germe, c'en est fait de ia République et peut-être de la France !

a Vous ayez leur sort entre yos mains.

a Le gouvernement a voulu que vos armes vous fussent laissées.

« Saisissez-les avec résolution pour rétablir le régime des lois, sauver la République de l'anarchie, qui serait sa perte; groupez-vous autour de vos chefs : c'est le seul moyen d'échapper à la ruine et à la. domination de l'étianger. »

Dès qu'il fut informé des résolutions bien arrêtées du gouvernement, le parti du désordre se mit, suivant ses os, à jeter les hauts cris. — « On veut égorger nos frè- « res!... on veut détruire la République!... proclamer a an roi !... la réaction est sans pitié ni vergogne !... a On va tirer sur le peuple !... » et autres clameurs bien connues. Pour en atténuer autant que possible l'effet, le pouvoir fit afficher encore cet avis qui porte la date du 18 mars :

( Gardes naliouaux de Paris

Il On répnnii le bruit absurde que le gouvernement prépare mi coup d'État.

<i Le gouvernement de la République n'ii et ne peut avoir d'autre but que le salul de la République.

« Les mesures qu'il a prises ëlaient indispensables au maintien de l'ordre ; il a voulu et il veut en finir avec un comité insurrectionnel dont les membres, presque tous inconnus à la population , ne représentent que les doctrines communistes, et mettraient Paris au pillage et la France au tombeau, si la garde nationale et l'armée ne se levaient pour défendre , d'un commun accord, la patrie et la llépublîque, n

C'était la journée du 18 mars, sis mois, jour pour jour, après l'arrivée des Prussiens sous Paris, que le gouvernement venait de choisir pour réprimer l'émeute. Le drame allait avoir pour principale scbne cette butte Montmartre jadis si bien nommée mont des martyrs, et digne aujourd'bui de reprendre le nom grotesque de mont Marat, qu'elle portait au temps de la Terreur. Les entrepreneurs de l'insurrection parisienne s'y étaient organisés militairement; ils y avaient nommé un commandant supérieur de leurs Torces réunies, et leur fameux Comifè centi-al siégeait au numéro 8 de la rue des Rosiers, flanqué d'une cour martiale et d'un bureau de l'état-major do la /ilacel Quant aux bouches à feu qui armaient la

batte, elles ne meDaçâient pas le^ Prussiens, comme en 1814, mais bien les Parisiens eux-m<?mes, ainsi qu'il adrint au temps de Henri IV. Le roi assiégeant sa bonne »ille mit, en effer, deux pièces en batterie à l'abbaye de Uonlmartre et n Vesmpelerie commença sur la tninuict et

fedura deux grandes heures... n ainsi que le raconte Sully, sgensde la Commune savaient-ils donc rhistoire?Est' en mémoire de ce fait de guerre qu'ils ont , avant le jour de l'incendie, brisé cette statue de Henri IV, qui décorait, en ha ut- relief, le porche de l'Hôtel de ville? Le 18 mars, à quatre heures du matin, les troupes de ruée de Paris, reçurent l'ordre d'aller occuper les «tions qui leur avaient été assignées. Toutes devaient t part à l'action ; mais il est juste de dire que la epart des fatigues de la journée incomba à la n Snsbielle, composée de la brigade Paturcl ( 17' bataillon de chasseurs, 31' etlC de marche) et de la brigade Leoomte ( 18' bataillon de chasseurs , 88° et 136' de marche ).

Trois régiments d'infanterie furent chargés du soin de garder tes abords de l'Hûtel de ville; un autre, le 89' de rcbe, les Tuileries. La place de la Bastille fut occupée 1 baUillon du 6t* et deux compagnies du 2i'. Les "113*, lli* et 120' restèrent consignés à la caserne du PrtDce-Eugène. Les rues de Flandre, de Puebla, de Crimée virent arriver de forts détachements d'infanterie;

t bataillon de la garde républicaine et le 35' régiment ibnterie eurent l'ordre de se placer aux alentours des

buUes Chauniont. La place Clichy, la place Blanche, la place Pigalle; les boulevards des Batignolles, deClichjr et de Rochecbouarl furent occupés par la garde répoblir caine, le 1" bataillon de chasseurs h pied , le 136' régiment de marche, la gendarmerie à cheval, un détachement de chasseurs d'Afrique et une demi - batlerie d'artillerie. Appuyées surcetle base d'opérations, d'autres troupes, parmi lesquelles le 88' de marche, furent, en outre, commandées pour aller prendre position sur les hauteurs de Montmartre avec des escouades de gardien de la paix.

Dès six heures du matin, ces premiers ordres étaient exécutés. Les gardiens de la paix cernaient )âO ou SOO gardes nationaux préposés i^ la défense du parc d'artillerie des insurgés, et les troupes de soutien étaient mal' tresses de tous les points importants. 11 ne restait plus qu'à emmener, les pièces et le succès était complet. Malheureusement, les attelages qui avaient été commandés & cet effet n'arrivèrent pas en temps opportun. La cause de ce fatal retard est Jusqu'à présent restée obscure ; mais un fait certain, qu'il est douloureux de rappeler, c'est que les avant-trains étaient encore sur la place de 1» Concorde à l'heure où l'on aurait eu besoin de les atteler aux bouches à feu de la tour Solférîno. Pendant qu'on attendait les conducteurs , l'émoi naissait et se propageait dans tout le p.lté des huttes. Une population turbulente s'indignait tout haut de se voir interdire la circulation sur les boulevards; elle injuriait les faction-

nitires posés au débouché des rues; elle menaçait )p<> caoonniers qui la suneiliaient. En même temps, le Comilé centrai faisait battre le rappel et, vers scpl heures du malin, les boulerards étaient envahis par dix ou douze mille gardes nationaux des arrondissements des Dalignolles , de Montmartre, de la Villette et de Belleïille. Des groupes de curieux, des femmes, des enfanta entouraient les soldats qui gardaient les pièces reconquises, les cajolaient, les amadouaient, leur demandaieul s'ils auraient bien le cœur de tirer sur leurs frères !....

Cependant une dizaine d 'avant-trains étaient panenus jusque sur les hauteurs de la butte et en ramenaient des canoDS. Ils descendaient tranquillement, lorsque, à l'angle de la rac Lepic et de la me des Ahbesses , ils furen t arrélé» par un rassemblement de quelques centaines d'habitauls du quartier, principalement des enfants et des femmes. Le détaebement d'infanterie venu pour les escorter, oubliant alors tous ses devoirs , se laissa disperser par La foule> et cédant à des séductions perfides , Bnit par lever la crosse en l'air. Ces misérables soldats apparteuieiitau88* régiment de marche, de la brigade Lecomtc. Le premier effet de leur défection fut de laisser les condurlrurs d'artillerie noyés dans les Ilots d'une foule toujours grossissante, et dans l'impossibililë absolue de reculer ou d'avancer. Qu'arriva-t-il? Les gardes natio- UBS leur reprirent leurs pièces, 11 était alors neuf heures dn mfttin.

Jugeant que l'entreprise était nianquée , el n'avait plus

chance de réussir par le raoyeo d'un retour offensif, le général Vinoy donna l'ordre de battre en retraite el se relira par les Ternes. Celte ilélermination ne Tut d'ailleurs prise qu'à raison des mauvaises nouvelles arrivant , en ce moment, des autres quartiers de Paris.

L'opération n'avait pas mieux réussi à Bellcville que sur les hauteurs de Montmarlrc. Un détachement du 35" avait . il est vrai , pu s'emparer, dès le matin , des bulles Cbaumoat, défendues par un poste d'une vingtaine de gardes nationaux. Mais , dès que la nouvelle de ce coup de main se fut répandue dans le quartier, le rappel et la générale s'y firent entendre de toutes parts, el les braves tirailleurs de Belleville parvinrent ù fraterniser awc la troupe. Us reprirent donc possession des buttes, des pièces qu'on voulait leur enlever el de celles que l'artillerie avait amenées au coin de la rue d'Allemagne pour appuyer le mouvement de l'infanterie. En môme temps, le 120" se laissait honteusement désarmer par le peuple, el les insurgés devenaient maîtres de la caserne du Prince- Eugène. La retraite du général Vinoy n'était, on le voit, que trop bien motivée.

Telle esl l'histoire succincle de celle funeste matinée du 18 mars, dont les conséquences devaient 6tre si terribles.

La guerre commence el les premiers épisodes en sont navrants. A dix heures du malin, place Pîgallc , le capitaine de Sainl-James, des chasseurs d'Afrique , est tué à bout portant par quelques gardes nationaux, el ce meurtre

.est le signal de tous les excès. Le général Lecomte est Ait ptwmniet' du peupk, emmené au Château-Rooge, puis traîné par-devant la cour martiale qui siège rue- des Rosiers. A cinq heures et demie du soir, après un jugement sommaire et dérisoire, le général est fusillé avec CSément Thomas , qu'on vient d'arrêter sur le boulevard Bochechouart. Et ce ne sont pas les seules victimes ! des gendarmes, des gardiens de la paix sont arrêtés dans toutes les rues , conduits rue des Rosiers , jugés et exé- .cutés! Paris entrevoit le retour de la Terreur, et, à l'ouverture de la Bourse , la rente baisse de deux francs.

Pendant que l'armée de Paris venait se masser tout entière sur la rive gauche de la Seine, l'insurrection naissante perfectionnait et étendait ses moyens de défense. Partout s'élevaient ces barricades si chères aux plèbes parisiennes... et les barricades, cette fois, étaient armées d'artillerie. On en voyait construire à Montmartre : rue des Martyrs, à son intersection avec le boulevard; au haut de la rue Germain-Pilon; au carrefour des rues Lepic, des Abbesses et des Dames; place Blanche, au débouché des rues Blanche et Fontaine; place des Abbesses; rue Gabrielle; au pourtour de la tour Solférino et du moulin de la Galette, etc.

A Belleville : rue de Paris; au haut de la rue du Faubourg-du-TempIe ; rue de Belleville, à la hauteur de la rue de Tourtille ; au carrefour des rues Piat et Rebeval ; à l'angle des rues Clavel , de la Mare , de la Yillette ; au carrefour des rues Dupré, des Lilas, des Bois; aux

— isa —

angles des rues de Crimée, des Fêtes, des Solif rues d'Allemagne, de Flandre, Lafayette, el Faut Saiut-Martin.

Dans le onzième arrondissement, où rinsurrectÎMi ■ propageait rapidement ; rues Saint-Scbastîen , Saînt'Sd bin; nieSedaine, me du Chemin- Vert, partout oiile|l nie du mal inspirait l'immense émeute.

Pendant que ces travaux s'esécutaient dans les r l'insurrectlûn prenait vigoureusement l'ofTensive. EHe I descendait des hauteurs de Montmartre el de Bellerille, roulait comme un torrent et débordait en lous senspoar inonder la ville entière. Vers quatre heures de l'aprtsmidi, trois bataillons de gardes nationaux ivres prirent par la me des Martyrs ; trois aulrcs suivirent le boulevard Itochechouart et la rue du Faubourg-Poissonnière; elles deux colonnes se dirigèrcnl vers l'Hùtel de ville, Quelles se Joignirent à une dizaine d'autres bataillons venus des quartiers de la rive gauche. A la rafime hettre. des gardes nationaux de Qelleville occupaient llmpri- 1 merie nationale, la caserne Napoléon , l'iîtal-mnjor d« ' la place Vendûme , les gares de chemin de fer — et ^«^ restalion du général Chanzy était comme le prélude des saturnales dont l'ère venait de s'ouvrir. I

A l'exception des hommes de quelques bataillons débauchés par les insurgés, toutes les troupes de l'armée de Paris se trouvaient cantonnées sur la rive gauche de la Seine ; mais on les sentait molles, hésitantes, accessibles h la contagion ; et, à moins qu'un événement ira-

prévu ne vlat & surgir, on ne pouvait plus raisonnablement compter sur leur concours. Cet événement^ on essaya de le faire naître en appelant au secours la partie saine de la population ^ les gardes nationaux amis de l'ordre. On leur demanda de faire acte de bonne volonté et de donner l'exemple à des soldats qu'on peut entraîner encore plus facilement qu'on ne les pervertit. Le parti de Tordre , déjà terrorisé ^ subissait les atteintes d'une lâcheté folle, n ne mit sous les armes qu'un effectif dérisoire.

Dans cette situation critique , qui mettait en jeu le salut de la France, M. Thiers prit courageusement un grand parti, celui d'abandonner Paris à son sort mérité. Il battit donc en retraite devant l'insurrection menaçante, sans se laisser intimider par les horreurs possibles d'une guerre qui semblait devoir rappeler la révolte des mercenaires de Carthage , et celle de Spartacus à Rome.

Paris avait besoin d'une leçon, mais, hélas I qu'elle fut dore ! Isolés du reste de la France , ses habitants devaient subir un joug odieux. Le despotisme abject des gens qui s'installaient à l'Hôtel de ville allait enfin châtier des excès anarchiques et des tendances trop révolutionnaires.

Page 1