‹ Le Gouvernement de la defense nationale a ToursChapitre 27 sur 44 · EAUX. — LE MOULIN-SAQUET · texte numérisé non relu

EAUX. — LE MOULIN-SAQUET

LE PORT DISSY.

. MOULIN EAliX. LE NOULIN-SAQUET.

Les journées des 2, 3 el 4 avril avaient été employées' à repousser le coup de main leaté sur Versailles. Nous avions consacré la quinzaine suivante îk reprendre intégralemeDllapresqu'IledeGennevitliersetùnous forliQer dans les positions conquises. Un cliamp nouveau s'offrait 1 nos soldats, qui allaient, suivant l'expression du gouvernement, commencer les opératiom actives.

Les journées du 30 au 24 avril se passèrent en importants travaux, exécutés, sous le feu, par les sapeurs du génie, et en diverses concentrations de troupes. Nos soldats prisonniers en Allemagne revenaient peuA peu en France , et l'on prenait soin de les réunir à Cherbourg, h Cambrai, à Auxerre. Dès qu'ils furent surfisamment compactes, ces trois groupes de forces vives furent dirigés sur Versailles. Là, en vertu d'un ordre daté du 24 avril, nos braves gens furent répartis en deux corps (4' et 5' corps

de l'armée active ], Clînchant.

Le V corps fui formé des divisioas Bertbaut el ["Siriller.

La première (Berthaut) se composa de la brigade Gandil (lO* bataillon de chasseurs, 2C* d'înfanlerîe el 5' d'iofioterie pi'ovùoire) et de la brigade Carteret-Trécourl(9(' d'infanterie et 6' d'infanterie provisoire). Elle eut pour artillerie les 2' el 12" batteries, de i, du 15* régiment, commandant Bodin; pour génie, la i' compagnie (frùjdD 1" régimenl, commandant Guichard. — La seconde division ( l'Hériller) fut également formée h deux brigades : l'une (53' et 58" d'infanleriej commandée par le généni Leroy de Dais; l'autre (détachement du 27° d'infanterie et troupes diverses venant de Cherbourg), par le génïnl Nayral. On lui attacha deux batteries de 4, sous les<udres du commandant Rebillot : la 5' batterie du IS" régiment, et la 27" du 2". Le service du génie (commandant Peaucellier) fut confié à la 11' compagnie (ftw) du 2' régiment, — Le 4' corps eut, en outre, pour s'éclairer, deux escadrons de lanciers et le \' hussards. Enfin, u réserve d'artillerie fut d'une batterie à balles et de deui batteries de iS.

Le 5' corps comprit les deux divisions Duplessts et Ganiier.

La première (Duplessis) réunit la brigade Roussel de Courcy [ 1" et 3' d'infanterie provisoires ) et la brigade Blot (2* et 4' provisoires). Son arlillerie fut formée de

deuxbaUericGde4, les l"el2'(&M)dui3' régiment, sous les ordres ducommandanlPutz; son génie, de la IT compagnie du 3* régimenl, commandée par le chef de bataillon Darillon. — La seconde division (Garoier) fut composée de la brigade Brauer ( 13' et 14" d'infanterie provitoirea) et de la brigade Cotirets {15' provisoire el détachement du 17'). L'artillerie fut représentée par les 28' et 31* batteries du 14* régimenl (commandant Lebas), toutes deus du calibre de 4; et le génie, par la 19' compagnie du 2' régiment , sous les ordres du commandant Varaîgne. — Le o' corps eut pour s'éclairer le 6' chasseurs à cheval, et sa réserve d'artillerie fut formée de deux bBt*a teries de 12 et d'une batterie à balles. '

Tel était le complément d'organisation de l'armée |i»ctive.

Le jour même ( 24 avril ) où paraissait la décision mi- DÎstérielle relative à cette formation nouvelle, les insurgés Utaient nos positions du sud. Déjà, dans la journée dn 23, ils avaient, à deux reprises, attaqué les retranche* mcnts du village de Bagneux, défendus par deux compagnies du 46' de marche, et leurs attaques avaient été infractueuses. Ils revenaient à la charge, éclairés par une petite bande que commandait un sergent. L'audace dccette avaot-garde ne fut point précisément couronnée de succès, car elle tomba sur une embuscade de nos tirailleurs du 70* de marche, et fut en totalité détruite h bout portant. Encore une fois, ces gens de la Commune, dépooniis de toute solidité au feu, faisaient preuve d'une

lénacité comparable à celle de nos ennemis les Prussiens,

Le lendemain , 23 avril , toutes nos batteries du sud Turent démasquées, et le feu commença.

Tandis que nos troupes se concentraient et que le génie poursuivait ses travaux, notre artillerie n'était pas, tant s'en Taut, restée inactive. Mettant habilement à profit les tristes et singuliers hasards de la guerre, elle avait ditposé ses moyens d'action derrière la plupart des épaulements récemment élevés par les Prussiens, et plus de cent-cinquante bouches à feu allaient concourir à l'attaque des défenses de l'insurrection parisienne. On comptait , sur la terrasse de Meudon, 8 canons de 34 et 8 canons de 12, rayés, de siège; à ChdtiUon, 9 canons de 34, rayés, de place; 8 canons de 24, rayes, de siège; 6 canons de 7; 20 canons de 12, rayés, de siège; et 13 canons de 13 rayés, de campagne; à la station de Meudon (chemin de fer de l'Ouest), 5 canons de 7; & Beltevue (maison des Tourelles), 5 canons de 34, rayés, de place ; au Parc crénelé, 2 canons de 31, rayés, de siège; 1 canon de 24, rayé, de place; 3 canons de 12 rayés, de siège; à l'établissement hydrothérapique, 3 canons de 24, de place; h Brimborion, 6 canons de 7; au pavillon de Breteuil , C canons de <Sr,{& rayés, de la marine; h. la batterie de brèche ^Issy ( Moulin-de-Pierre}, 6 canons de 34, rayés, de siège; à la lanterne de Démosthènes, 3 canons de 12, rayés, de campagne; hm pont de Sèvres, 3 pièces sera-

EMables, dont une enfilant le pont de bateaux jeté sur la Bdne. Tontes ces batteries étaient servies par Tartillerie ^la Sf corps , placée sous le commandement supérieur du lénéiai de Berckheim. Le 2* corps avait, en outre^ à sa ^"^ifisposition 8 canons de 4, rayés, de montagne; 4 mor- ^ Hm de 0",i5 et 4 de 0",22.

De son côté , l'artillerie du 1*' corps (général Lafaille), * manoravrait 6 canons de 24 , de siège ; 6 de 12 , de siège ; ' S canons de 4, rayés, de montagne; 6 mortiers de 0",15 et 9 mortiers de 0",2â.

Enfin, an moment oii tout ce matériel entrait en action, on allait commencer à Montretout une batterie ' de 70 pièces de gros calibre, dont il sera parlé plus loin, et l'on formait le projet d'établir dans le parc dlssy une batterie de 20 pièces de 24.

Dès l'ouverture du feu , le 23 avril , nos batteries du centre endommagèrent notablement le fort dlssy et le réduisirent momentanément au silence. Mais ce premier succès nous coûta quelques morts, parmi lesquelles celle du capitaine d'artillerie Masson, frappé d'un obus sur le terre-plein de la batterie n** 3, située au-dessus de la •ablonnière de Châtillon. Le lendemain, 26, nos bouches à feu maintinrent très-heureusement leur supériorité, et le fort se vit littéralement écrasé sous nos projectiles. Malgré tout, nos adversaires faisaient rage. Montrooge et Vanves soutenaient vigoureusement Issy; le Point-du-Jour ne cessait de nous inquiéter. Le bastion 85, armé de 4 pièces; la courtine 65-66, le bastion 68

et U b&tlerie de l'octroi (près de la station iluct de fer de ceioture), disputaient au Trocadéro U de loucber le Mont- Valérien. Les pièces de roclroi i battaient, ea même temps, MendoQ et la laateme i mosthëoes. Quatre locomolives blindées, en panaei viaduc, eu arrière du ba^lion 65, tiraient sans reti sur notre batterie de fireteuil. Enlin, la canoi: Parcy, flanquée de i autres canonniëres et de la ne flottante n" 5 , attaquaient alternativement BreloAt^ Serres et Brimborion. La batterie flottante, descendiDl jusqu'à Billancourt, eut même un jour l'audace de i> tablir pour canonner Meudon.

Au nord-ouest de Paris, le feu n'élût pas moins violent. Asniëres se trouvait en butte aux coups d'une batterie établie à l'imprimerie Paul Dupont, et à ceux d'oM locomotive blindée sans cesse en mouvement sur la voie. Bécon était canonné par Levaliois et la gare de Sûth Ouen; Courbc\oie, par les fronts de l'enceinte SH^Sk EnBn, muilres de quelques pièces de marine, que les Prussiens leur avaient laissé prendre k Saint-Ouen, ki insurgés procédaient de nouveau il l'armement de HodImarlre, afin de couvrir de feux la presqu'île de Genitf- «llîers.

Malgré cet acharnement, et tant de dispositions comminatoires, nos artilleurs éteignaient Issy, et le gfnie poussait activement ses cheminements vers le fort, qui , réduit décidément au silence, ne faisait plus guère lire qu'un coup de canon d'heure en heure. Dansl

du ÎG an 21, nos tranchées du côlé de la Seine étant assez arancécs pour ne plus permettre à l'ennemi de retours offensifs, on résolut de brusquer une attaque sur les Moulineaus.

Prenant en inainquatre compagnies du ^ô^d'inranterie, auxquelles s'étaient joints 300 hommes du 110' et 100 marias fusiliers, de la division Bruat, le général Faron aborda frauchement cette position difticile, que dérendaient deux bataillons d'insurgés. Des barricades, des maisons furent lestement enlevées, et la majeure partie du Tillagetombaviteennotre pouvoir. Le succès de celle brillante opération était pour nous d'une haute iniporlance ; nousétionsdébarrasséa des batteries installées sur la roule 18!!, lesquelles gênaient beaucoup le tir des nôtres; nous n'étions plus qu'à 8 ou 000 métrés du but; enfin, du village des Moulineaux, nous pouvions facilement cheminer jusqu'au parc d'issy, qui s'incline vers la Seine, eu contre-bas du fort, et échappe ainsi à ses vues.

Les 27, â8 cl 29 avril, noire artillerie continua son feu, ell'orcille atlenlive du public ne fui distraite que par la nouvelle «i'one razzia d'insurgés due à l'adresse des éclaireors du 70*; les débris épars de la bande ainsi surprise avaient été menés battant jusqu'aux Hautes-Bruyères.

Nos projectiles pleuvaienl sur le parc d'issy, qui devenait inbabîlable , et le génie, travaillant sans relâche, le serrait de plus en plus près. Les approches paraissant tuniïammcitl avancées sur le parc, on résolut de tenter une action de vigueur dans la nuit du 29 au 30 avril. Celte

nuit donc, vers une heure, les balleries de Mea CMlilloD et des Moulineaiix se turent tout d'i nos colonnes (ombèrentà ['improviste surles insurgé),^ surpris de cette attaque, s'enTuirent aussitôt dansleploi granil désordre, abandonnant canons, milraillenses (1 fusils. Une dépêche du général de Cissey, commandint le 2* corps, rend exactement compte de ce nouveia s«cës de DOS armes.

• R«l-Air, 3D avril. 6 b. SônnliiL Il Je reçois du général Faron la dépêche suivante :

n Pleury, le 30 avril, à 6 h. malin. — Opéralioo bin Il réussie. Le cimetière, les trancbées, les carhëresctl* " parc d'Issy ouf été enlevés avec beaucoup d'élan pM Im I' bataillons des brigades Derroja, Pâture) etBerlhe,afK » le concours des marins Tusiliers,

H Nous occupons Tortement les nouvelles poMlions, Il trés-rapprochées des saillants de l'entrée du fort.

a Le parc est relié au chemin de fer par une IrancWe Il passant en avant du cimetière.

« De notre cûté, peu de morts; une vingtaiae de ble** •' ses.

Il Les insurgés, en très-grand nombre, se sont préeipin lamment retirés, laissant de nombreux morts et des 'I blessés ainsi qu'une centaine de prisonniers, huitpiècn <' d'artillerie, beaucoupdemunilionsetbuitcbev3ux.il

pendant que nous prenions ainsi possession du cime- Ijère, des tranchées, des carrières clduparcdTssy, une diversion s'opérait sur la ferme de Bonnaniy, sise en a^'anl de Chltillon, et, dans une seconde dépêche adressée au chef du pouvoir exécutif, le général commandant le 3* corps faigait le plus grand éloge des troupes auxquelles cette opération avait élé confiée. Une compagnie du 70* et la compjignie d'éclaireurs du 11' avaieni, en s'emparant de la ferme, mis 30 insurgés hors de combat el fait 75 prisonniers.

Le soir.verscinqheures, ces prisonniers, et ceux qu'on avait faits au parc d'Issj, dénièrent à Versailles, par l'avenue de Paris. Leurs mitrailleuses et leurs canons suivirent, ornés par nos soldats de lilas en fleurs et de quelques-uns de ces guidons rouges que la Commune plantait à profusion sur tous les points qu'elle occupait. Une foule compacte ne cessait d'applaudir k grands cris, et les amateurs d'éphémérides militaires ne manquèrent pas d'observer que cette fête tombait à point pour faire oublier l'anniversaire d'un échec de nos •rmes.

En effet, vingt-deux ans auparavant, le 30 avril 1849, nous éprouvions un premier mécompte sous les murs d'une autre grande ville, d'une capitale qui servait alors d'a&ile aux bandits des deux mondes, et nous étions forcéfi d'en entreprendre le siège... le siège de Rome!.. Aujourd'hui c'est celui de Paris qu'il nous fallait faire!... de Dotre Paris, corrompu parles malfaiteurs de la presse et

devenu le repaire de quelques scélérals , chargés d'y organiser la jacquerie moderne!..

L'affaire du 30 avril méconlenla singulièrement les chefs de l'insurreclion parisienne, qui décrétèrent, ab irato, la création d'un comité de salut public, et firent disparaître Cluseret. «L'incurie et la négligence du délégué u à la guerre ayant, disaient-ils, failli compromettre notre (I possession du fort d'issy, la commission executive acni « de son devoir de proposer l'arrestation du citoyen n Cluseret à la Commune, qui l'a décrétée, n Ainsi la Commune, après chaque dêsasire, croyait guérir ses plaies originelles en sacrifiant son ministre de la guerre; mais, fort heureusement pour notre ordre social, le salut des coupables ne devait pas dépendre de l'étrange ap* plication d'un procéilù carthaginois.

Il faut cependant reconnaître que, en ces circonstajices, le gouvernement communeux faisait preuve de certaine puissance d'intuition. Il venait de s'ourdir ua complot entre les nommés BourgeL, de Vlnternationalti Billioray, membre delaCommune; et Cerisier, ancien séphyr, alors capitaine au lOr bataillon de la garde nillonale insurgée. Ces messieurs devaient, moyennant finances, livrer le fort d'issy au général Valenlin, préfet dft police; mais l'arrivée de Kossel h la guerre déjoua tous leurs projets, Ui chute du fort et la fuite dudit Rossel devaient bienliJt démontrer aux conspirateurs qu'ils n'étaient pas seuls k battre en brèche l'instable édifice de la Commune de Paris.

U SOMX&TION.

Il nous eûl certaioemeol été possible de nous rendre mallres du Tort d'Iâsy dans la journée du 30, si nous ne nous étions laissé arrêter par des considérations d'humanité. A cinq heures du soir, le feu do- I Tort avait été complètement éteint, et les insurgés, ar- j tKirant le drapeau parlementaire , demandaient à négo-J cief avec nous. Nos batteries cessèrent alors de tirer. ] A sis heures et demie, un parlementaire leur fut envoyé I par le général Faron, avec cette sommation du major de ! tranchée :

^H o Au nom et par ordre de M. le maréchal comman- ' danl en cbefrarmée, nous, major de tranchée, sommons le commandant des insurgés réunis en ce moment au fort d'Issy d'avoir k se rendre, lui et tout le personnel enfermé dans ledit fort.

u Un délai d'un quart d'heuri est accordé pour répondre i la présente sommation.

« Si le commandant des forces insurgées déclare, par | écrit , en son nom et au nom de la garnison tout entière du fort d'IssT, qu'il se soumet, lui et les siens, à la présente sommation, sans autre condition que d'obtenir la vie sauve et la liberté, moins l'autorisation de résider dans Paris, cette faveur sera accordée.

a Faute par lui de répondre dans le délai indi-

• Ik^Aén **vl le iMl 41«^, » aiTil 1*71.

■ Le colonel d'état-major, « major de tranchée,

a E. Lkfebcbe. ■

Lu insargés deniuidèrent nae demi-Iieure pour iëi- 'bénr^ Duis, ce délai expiré, ils n'éUient pas parveniui se mettre d'accord , bien que l'altitude de la grande majfuité des gardes oationaui indûiu&t risiblement le détir de mettre bas les armes. La nuit qui survint inlerrompil les négociations entamées, mais elle fui singulièrement miseàprofilparlescommuneux, qui remployèrent à reiK forcer leurs défenses, à relever par des troupes fralcbo la garnison du fort, à opérer des rechanges de mat^ riei,à réoccuper solidement le château d'Issy. Mal^ celte violation des lois de la guerre, leur drapeau parl^ mentaire fut de nouveau hissé le lendemain. 1" mai, nn dix heures du matin. Nos orficiers d'élat-major, répondant à l'appel du pavillon blanc, se trouvèrent alorï en présence du fameux Eudes, qui leur déclara vouloir continuer la résistance, attendu que, disaîl-il avec aménité) la Commune ne li-ailait pas avec » des assassins'. Il leur remit d'ailleurs ce factum de Rossel, le successeor de Cluseret à la délégation de la guerre :

'BbCnE, lUMR DES TRA^NCIIÉES DEVANT LE FOBT D'ISSÏ.

n Mon cher camarade ,

La prochaine fois que vous vous permetlrei de nous envoyer une sommation aussi insolente que votre lettre autographe d'hier, je Terai Tusiller votre parlementaire l'fOBforméinenl aux usages de la guerre.

m Votre dévoué camarade ,

<t délégué de la Commune de Paris. »

La rupture des négociations venait, dit-on, de ce que, les conditions de la capitulation oiTerte ne concernaient ni Builes, ni Mégy, assassins sérieux, auxquels on rantissait point la vie sauve. Toujours est-il que les hostilités durent être immédiatement reprises, et que le feu, ■-«commençant avec fureur, ne s'interrompit plus un seul instant de la journée.

La nuit du 1" au 3 mai fut témoin de deux faits importants : la prise de la gare de Clamart et celle du chiteau d'hsy.

A oue heures, le ii' hataillon de chasseurs & pied, de la brigade Derthe, embusqué depuis 8 heures du soir,

s'approcha de la gare en silence. « — Qui vive? « M la sentinelle ennemie. — '■ 22' bataillon de la garitut' ttonale! » réj>ondit ud louslîc. La sentinelle fut alon sopprimée par un procédé sans réplique, et le 22' chasseun enleva la gare à. l'arme blanche, sans tirer un seul coup de fusil, mais semant sans bruit la lerreur el la mort parmi deux bataillons de gardes nationaux et une compagnie de francs-tireurs comniuneux.

Presque à la mPmc heure, deux bataillons d'infanlfrie de la brigade de la Mariouse, l'un du 35*, l'autre du 1?, emporlaienl vigoureusement le châleau d'Issy. Sur ce point, la résistance fut de beaucoup plus énei^qne qal la gare de Clamart, et nous dûmes conquérir le iemlB pied à pied, au prix de quelques sacriDces. On eut, enlN autres, à déplorer la mon du capitaine du génie Buad, atteint d'une balle en pleine poitrine, au moment oA il enlevait une barricade. Ces deux afnkires ccAlbndt bien plus cher aux communeux , qui nous laissèreol 300 morts eHOO prisonniers.

La journée du 2 rulsignalée.au sud de Paris, par quelques petits retours offensifs, et de folles mousquelades de l'ennemi; dans la région nord-ouest, par une csMfmouche qui égaya les troupes du général Monlaudon. Un détachement d'insurgés, ayant tenté d'enlever l'un de nos avant-postes de Neuilly, y laissa 35 morts ou blessés tt une vingtaine de prisonniers, dont une canliaière en co^ tume d'opéra-comique.

Le fort d'Issy se trouvait investi et, en partie, isolé delà

8 nous D'en clioDs pas encore mallres, et il était permis de reclierclier une prompte solution do la question capitale- M. Tliiers s'était ménagé quelques inlelligences, à la faveur desquelles il se flattait d'entrer dans Paris. On lui avait donné des indications précises et, croyant à la réussite des projets que d'adroits agents lui laissaient concevoir, il fit mettre sur pied toute l'armée active, ainsi que l'armée de réserve, dans la nuit du 2 au 3 mai. Il alla, de sa personne, coucher à Sèvres; quant auK troupes, elles se portèrent vers le bois de Boulogne, se massèrent à la hauteur du front 3i-5a de l'enceinte et se tinrent prêtes k passer par la porle Dauphîne, qu'on devait leur ouvrir. Celte entrée par la limite des 3* et 6* secteurs était habilement combinée. Malheureusement, et pour des raisons encore obscures, les gardes nationaux de Passy et d'Auteuil (38* et 72* bataillons) ne purent faire les signaux convenus, et l'opération avorta. C'était la deuxième fois, depuis dix jours, qu'on tentait une surprise de ce genre.

La trace de cet échec Tut vite effacée par la nouvelle de la réussite d'un coup de main (rès-élégant. Le 4 mai, dés sept heures du matin, le commandant du 2' corps télégraphiait au chef du pouvoir exécutif :

u Succès complet h, la droite des attaques.

a La redoute du Moulin-Saquet a été prise d'assaut, I avec beaucoup d'entrain, par les troupes du général ■ Lacretelle.

II 300 insurgés tués sont restés sur le lerraju; nous II avons ramené beaucoup d'officiers insurgés et 300 pri- II sonniers, 8 canons et plusieurs fanions.

II S canons ennemis, renversés dans un fossé, ont été, « en outre, abandonnés, n

Et M. Thiers ajoutait malicieusement, en sa circulaire du mfimejour : — « Telle est la victoire que la <i Commune pourra célébrer demain dans ses bulletins. »

L'issue de cette petite affaire avait, eo effet, de quoi réjouir les cceurs les plus sombres tle l'Assemblée aationale. Quatre compagnies du 39' de marche, soutenues par les éclaireurs du 41' et du 71' , étaient parties, vers sept heures du soir, des environs du Plessis-Picquet, et avaient gagné la haute Seine par l'Hay, Chevilly et Tbiais. Après s'être fait reconnaître des avant-postes de cavalerie du 3' corps, elles avaient suivi la route de Choisy-le-Roi ù Vitry, puis traversé ce village à la h&te; et, vers deux heures du matin, le gros du détachement était tombé sur la gorge de l'ouvrage , tandis que quelques assaillants résolus en escaladaient, sur divers points, les parapets. Les défenseurs de la redoute, appartenant aux 55' et 120' bataillons communeux. avaient été surpris dans un sommeil alourdi par les libations, et aucun d'eu.i n'avait opposé de résistance. Le 4 mai, k 3 heures, leurs drapeaux rouges et leurs canons, paroisés de litas, arrivaient triomphalement devant l'hôtel de la

préfecture et, vers six heures, les acclamations de la foule saluaient une longue chaîne de prisonniers, défilant la tête basse. Une Toiture^ bourrée d'officiers, de médecins et de cantinières, fut surtout accueillie par les huées d'un public dont la dignité n'est malheureusement pas la Tertu dominante.

Les journées des 3^ 4 et 5 mai n'avaient pas été perdues pour les troupes chargées d'éteindre le feu du fort d'Issy et d'en couper les communications avec l'enceinte et le Ibrt de Vanves. Mais ces troupes avaient rencontré quelques difficultés à l'attaque du redan destiné à relier les deux forts : la tuilerie, l'hospice des aliénés, le passage Ml dessus du chemin de fer (point coté 64 sur la carte an -fvjnns) '^^^ avaient été vivement disputés.

C'est seulement dans la nuit du 5 au 6 qu'elles purent s'emparer de ces positions et s'installer définitivement à h gare de Clamart.Nous ne saurions mieux faire, à ce sujet, que de reproduire le texte de la dépêche officielle :

a Cette nuit (du 5 au 6 mai), 240 marins et deux com- I pagnies du 17* bataillon de chasseurs à pied, conduits a par le général Paturel, se sont résolument élancés sur t le chemin de fer et sur le passage voûté qu'on se disc pute depuis trois jours. Les marins , accueillis par un a feu très-vif, ont été vaillamment soutenus par les deux I compagnies du 17* , et la ligne du chemin*de fer, ainsi c que le passage voûté, sont restés en notre pouvoir. Ce-

c penifauit, la garnison de Vanves, cherchant, en ce mois

^M K me ^H a SOI ■ «

ment, à prendre nos soldats à revers, était pr£le k sortir de ses positions, lorsque le colonel Vilmette s'est jeté sur elle à la lôle du 2' régiment provisoire, a enlevé les Irancbées des insurgés, a pris le redon où ils se logeaient, en a tué et pris un grand nombre, et a terminé ce brillant engagement par un coup de main décisif,

u On a tourné aussitôt le redan contre l'ennemi; on y a pris quantité d'armes, de munitions, de sacs, de vivres, abandonnés par la garnison de Vanves, et le drapeau du 1 19' bataillon insurgé. »

Ce succès nous coùtnit malheureusement assez cher. Nous avions Tait des pertes sensibles, surtout parmi nos marins et nos sapeurs. On eut fi déplorer la mort du capitaine du génie LaTosse, atteint d'une balle au ventre, h l'allaque du redan. C'était la deuxième fois qu'on voyait un camarade de l'indigne Hosscl tomber bravement au vrai champ d'honneur. D'autres orficiers avaient encore été mis hors de combat pendant ces opérations. Le major de tranchée Lepercbe, les lieutenants Parot et de Droglie avaient été gravement blessés.

11 était temps d'arrêter l'elTusion d'un ssng géoéreuK, et l'heure des mouvements décisifs allait enfin sonner. Toutefois, avant de frapper les grands coups, le gouvernement résolut de faire un dernier appel aui Parisiens égarés. Pendant que les ballons lancés par les insurgés laissaient tomber sur leur passage une foule d'impriméi;

ÎQceodiaires , M. Thiers faisait répandre dans Paris la proclamatioQ suivante :

k 0 LE GOCVEElNEÏIBnT DE tA RËPUBUQUE FBAKÇAISE P AUX PABISIENS.

■ La France, librement consultée par le suffrage universel, a élu un gouvernement qui est le seul légal, le seul qui puisse commander l'obéissance , si le suffrage universel ii'esl pas un vain mot.

a Ce gouvernement vous a donné les niâmes droits que ceux dont jouissent Lyon, Marseille, Toulouse, Bordeaux, et, à moins de mentir au principe de l'égalité , TOUS ne pouvez demander plus de droits que n'en ont toutes les autres villes du territoire.

€ En présence de ce gouvernement, la Commune, c'est-à-dire la minorité qui vous opprime et qui ose se coumr de l'infâme drapeau rouge , a la prétention d'imposer à la France ses violences. Par ses œuvres vous pouTo juger du régime qu'elle vous destine. Elle viole les propriétés, emprisonne les citoyens pour en faire des otages, transforme en déserts vos rues et vos places publiques, où s'étalait le commerce du monde, suspend le travail dans Paris, le paralyse dans toute la France , arrête la prospérité qui était prête k renaître, retarde l'évacuation du territoire par les Allemands cl vous expose & une nouvelle attaque de leur part, qu'ils i se déclarent prêts à exécuter sans merci , si non» I

ae venons pas nous - mômes comprimer l'insurrection. ' oNous avons écouté toutes les délégations qui nous ont élé envoyées , et pas une ne nous a oITerl une condition qui ne fût l'abaissement de la souveraineté nationale devant la révolte , le sacriftcc de toutes les libertés et de tous les intérêts. Nous avons répété & ces délégations que nous laisserions la vie sauve à ceux qui déposeraient les armes, que nous conlinuerions le subside aux ouvriers nécessiteux. Nous l'avons promis, nous le promettons encore; mais il faut que cette insurrection cesse, car elle ne peut se prolonger sans que la France y périsse.

a Le gouvernement qui vous parle aurait désiré que TOUS pussiez vous affrancbir vous-méraes des quelques tyrans qui se jouent de voire liberté et de votre vie. Puisque vous ne le pouvez pas, il faut biea qu'il s'en cbarge, et c'est pour cela qu'il a réuni une armée sous vos murs, armée qui vient, au prix de son sang, non pas vous conquérir, mais vous délivrer.

a Jusqu'ici, il s'est borné h l'attaque des ouvrages extérieurs. Le moment est venu oîi , pour abréger votre supplice, il doit attaquer l'enceinte elle-mCme. Il ne bombardera pas Paris, comme tes gens de la Commune et du Comité de salut public ne manqueront pas de vous le dire. Un bombardement menace toute la ville, la rend inhabitable, et a pour but d'intimider les citoyens et de les contraindre à une capitulation. Le gouvernement ne tirera le canon que pour forcer une de vos portes, et

s'elforcerâ de limiter au point attaqué les ravages de cette gaerre dont il n'est pas l'auteur.

a II sait, il aurait compris de lui-même, si vous ne le lui aviez fidi dire de toutes parts , qu'aussitôt que les soldats auront franchi l'enceinte, vous vous rallierez au drapeau national, pour contribuer, avec notre vaillante armée, i détruire une sanguinaire et cruelle tyrannie.

c 11 dépend de vous de prévenir les désastres qui sont inséparables d'un assaut. Vous êtes cent fois plus nombreux que les sectaires de la Commune. Réunissez-vous, ouvrez-nous les portes qu'ils ferment à la loi, à Tordre, à votre prospérité et à la France. Les portes ouvertes, le canon cessera de se faire entendre; le calme, Tordre, l'abondance, la paix, rentreront dans vos murs; les Allemands évacueront votre territoire, et les traces de vos maux disparaîtront rapidement.

a Mais, si vous n'agissez pas, le gouvernement sera obligé de prendre, pour vous délivrer, les moyens les plus prompts et les plus sûrs. 11 vous le doit à vous, mais il le doit surtout à la France, parce que les maux qui pèsent sur vous pèsent sur elle , parce que le chômage qui vous mine s'est étendu à elle et la ruine également; parce qu'elle a le droit de se sauver, si vous ne savez pas vous sauver vous-mêmes.

c Parisiens, pensez-y mûrement : dans très-peu de jours, nous serons dans Paris. La France veut en finir avec la guerre civile. Elle le veut, elle le doit, elle le peut. Elle marche pour vous délivrer. Vous pouvez con-

tribuer à vous sauver vous-mêmes, en readant l'assaul inutile , et en reprenant votre place, dès aujourd'hui, au milieu de vos concitoyens et de vos frères. »

C'est le dimanche,! mai, que ce document Tul connu du puhlic; le lendemain, 8, à dix heures du matin, la grande batterie de Montretout ouvrait son feu et battait l'escarpe du corps de place, du bastion C3 au bastion 72.

Cette batterie, qui demeurera célélire dnns l'histoire du siège de 1871, n'était pas installée, comme la plupart des autres groupes de bouchesà feu, derrière des épaulements d'ancienne date, car les Prussiens n'avaient rien construit dans celte région. Elle venait d'être organisée de toutes pièces , et les travaux, poussés avec la plus grande activité, n'avaient demandé que six jouis et sis nuits, du 39 avril au i mai. M. Thiers était venu, chaque jour, visiter ces travaux, qu'exécutaient 600 ouvriers, terrassiers et charpentiers, habilement dirigés par MM. Hunebelle frères, dont le nom, l'intelligence et le dévouement sont bien connus de ceux qui ont pris part à la défense de Paris. Dans ce court espace de temps, 15,000 mètres cubes de terre avaient été remués; les embrasures, les magasins à poudre, les abris, les communications couvertes, tout avait été terminé.

Établie entre le chemin de fer de Paris h Versailles et laroulede Ville-d'Avray auMonl-Valérien, ta batterie de Montretout était, en réalité, un ensemble de huit batteries distinctes , savoir : les deux bitlleries du parc Pozso

di Boigo; la batterie de la route (de Yille-d'Avray au Honl-Yalérien); la batterie du Puits; les deux batteries des Vignes; la batterie située en avant du chalet Mathieu (de la Gorrèze); enfin, la batterie en avant de la maison du docteur Vivier, laquelle était convertie en grand magasin à poudre. Les crêtes de ces divers épaulements présentaient un développement total de plus de 1,500 mètres courants.

L'armement, commencé le 4 mai , était terminé le 8 au matin. Il se composait de 70 pièces de gros calibre, approvisionnées chacune à 500 coups , savoir : 30 canons ' rayés, de place; 32 canons de O'^yiO de la marine {eMàs canons de 30) ; et 8 canons de 0",22, rayés et frettés, de la marine, vulgairement appelés pièces de 80, à raison du projectile^ qui pèse elTectivement 80 kilogrammes.

En prise aux premiers coups de ces 70 bouches à feu, renceinie de Paris demeurait silencieuse et comme étonnée de ce formidable concert de détonations. Seul, le bastion 7â envoyait, de temps à autre, quelque obus inutile.

Quant au fort dlssy, il ne tirait presque plus, car nous étions maîtres de l'église et d'une partie du village; nos tirailleurs arrêtaient ou culbutaient ses convois sur

la route de Vanves à Clamart, et toutes ses communications allaient être coupées. Quelles résolutions les défenseurs furent-ils alors conduits à prendre? Quel genre de discussion s'éleva-t-il entre les divers commande-

— 17fi —

ments militaires des communcux ? Il serait difficile de le préciser. Ce qu'on sait, c'est que dans la matinée du 9 mai, à l'heure où s'allumait un incendie au fart de Vames, les insurgés du fort d'issy, ofQciers entête, s'esquivèrent par divers chemins pour se replier partie sur le couvent des Oiseaux, partie sur le lycée de Vanves. Cinq gardes Dationaux, chargés de mettre le feu aui poudres pour faire sauter le fort, se gardèrent d'obéir et suivirent prudemment les camarades qui veDaient de se déGler.

Vers dix heures du matin, le fort paraissait inerte; rien ne remuait plus derrière ses plongées... On voulut connaître la cause de cet étrange silence. Suivi de quelques sapeurs du génie, le chef de bataillon Barillon s'avança vers la porte... le pont-levis en était baissé. Il entra. Le fort était vide.

Nos batteries ayant cessé le feu, le 38'' de marche accourut prendre possession des défenses que nous venions de battre si rudement depuis huit jours... et le lieutenantcolonel Biadelli reçut les récompenses dues au commandant Barillon. Contrairement à leur attente, nos soldats Irouvèrent dans le fort abandonné une quantité d'approvisionnements considérable : des munitions, des vivres, principalement des spiritueux. Ils purent constater, à cet égard, le fait d'une préparation singulière : le contenu de la plupart des barils était mêlé d'une assez forte proportion d'infusion de tabac. Cet odieux mélange avait pour effet de surexciter les courages, d'allumer des

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ivresies belliqaeases , mais produisait aussi plus d'un résultat filial: grâce ila nicotine, tout homme blessé était un homme mort. Les membres du Comité de salut public n*aTaient, du reste, aucun souci de ces accidents inéritables, car ils ne professaient pour la vie humaine qu'un respect très-modéré.

La (Commune, cette manière de gouvernement punique, avait, on le sait, pris l'habitude de se venger de chacun de ses échecs en brisant le rouage principal de s^délégation de la guerre. A Bergeret sacrifié avait succédé Cluseret; & Cluseret, Rossel ; à Rossel devait succéder Delescluze.

Ce Rossel , qu'une éducation d'honnête homme eût dâ détourner de l'idée de se faire chef de gueux, avait-il vraiment des convictions? Ce protée qu'on appelle République avait-il revêtu quelque forme qui lui pût inspirer une foi? Ou bien, était-ce un vulgaire ambitieux, que ne tourmentait la recherche d'aucune panacée sociale? L'histoire nous le dira plus tard; aujourd'hui, nous ne tenons que le fait. Soit dégoût, prudence, ou vénalité, Rossel eut l'esprit de quitter la scène qu'il occupait depuis huit jours à peine, et trouva plaisant de disparaître en envoyant sa démission.

La lettre en laquelle il exposait les motifs de sa retraite spanianée jette une éclatante lumière sur les événements qui font l'objet de ce récit et sur l'anarchie à laquelle étaient alors livrés les divers pouvoirs insurrectionnels qui tyrannisaient la capitale d'un grand pays. Il convient donc de la reproduire en entier.

Paris, le 9 mai lITi

Citoyens membres de la Commune,

a Chargé par vous, à titre provisoire, de la délégation de la guerre, je me sens incapable de porter plus longtemps la responsabilité d'un commandement où tout le monde délibère et où personne n'obéit.

M Lorsqu'il a fallu organiser l'artillerie, le comité cetitral d'artillerie a délibéré et n'a rien prescrit. Après dent mois de réTolulion, tout le service de vos canons repose sur l'énergie de quelques volontaires dont le nombre est insuffisant.

B A mon arrivée au ministère, lorsque j'ai voulu favoriser la concentration des armes, la réquisition des cbevaux, la poursuite des réfractaires , j'ai demandé à la Commune de développer les municipalités d'arro^^^ sèment. ^^H

u La Commune a délibéré et n'a rien résolu. ^^| (1 Plus lard, le Comité central de la fédération est venu offrir presque impérieusement son concours à l'administration de la guerre. Consulté par le Comité de salut public, j'ai accepté ce concours de la manière la plus nette, et je me suis dessaisi, en faveur des membres de ce comité, de tous les renseignements que j'avais sur l'organisation. Depuis ce temps-IA, le Comité central délibère, et n'a pas encore su agir. Pendant ce délai, l'ennemi enveloppait le fort d'Issy d'attaques aventu-

reuses et imprudenles, dont je le punirais si j'avais la moindre force militaire disponible.

0 La garnison, mal commandée, prenait peur, et les officiers délibéraient, chassaient du fort le capitaine Dament, homme énergique qui arrivait pour les commander, et, touten délibérant, évacuaient leur fort, après avoir sottement parlé de le faire sauter, chose plus impossible pour eux que de le défendre.

0 Ce n'est pas assez. Avant -hier, pendant .que chacun devait être au travail ou au feu, les chefs de iégioDS délibéraient pour substituer un nouveau système d'organisation à celui que j'avais adopté, afin de suppléer à l'imprévoyance de leur autorité toujours mobile et mal obéie. 11 résulta de leur conciliabule un projet, au moment où il fallait des hommes, et une déclaration de principes, au moment où il fallait des actes.

« Mon indignation les ramena à d'autres pensées, et ils ne me promirent pour aujourd'hui, comme le dernier terme de leurs efforts, qu'une force organisée de i 2,000 hommes, avec lesquels je m'engage à marcher à l'ennemi. Ces hommes devaient être réunis à onze heures et demie ; il est une heure, et ils ne sont pas priHs; au lieu

d'être 12,000 , ils sont environ 7,000. Ce n'est pas du

tout la môme chose.

(f Ainsi, la nullité du comité d'artillerie empêchait

l'organisation de l'artillerie; les incertitudes du Comité

central de la fédération arrêtent Tadministration; les

préoccupnttons mesquines des chefs de légions lysenl la mobitisalion des troupes,

a Je ne suis pas homme à reculer devant la répressioo, et, hier, pendant que les chefs de légions discutaieot, If peloton d'exécution les attendait dans la cour. Mais je ne veux pas prendre seul l'initiative d'une mesure éne^ gique, endosser seul l'odieux des exécutions qu'il faudrait faire pour tirer de ce chaos l'organisation, l'obéissance et la victoire. Encore si j'étais protégé par U pu* blîcité de mes actes et de mon impuissance, je poarr^ conserver mon mandat. Mais la Commune n'a pas en le courage d'affronler la puhlicité. Deux fois déjà, je vous ai donné des éclaircissements nécessaires, et deux fois, malgré moi , vous avez voulu avoir le comité secret.

« Mon prédécesseur a eu le tort de se débattre au milieu de cette situation absurde.

n Éclairé par son exemple, sachant que la force d'un révolutionnaire ne consiste que dans la netteté de ta situation, j'ai deux lignes à choisir : briser l'obstacle qui entrave mon action, ou me retirer.

« Je ne briserai pas l'obstacle, car l'obstacle, c'est vous et votre faiblesse : je ne veux pas attenter & la souveraineté publique.

Il Je me retire, et j'ai l'honneur de vous demander une cellule h Mazas.

Le 10 mai, tandis que Hossel disparaissait de la wiat,

après avoir jetéi comme un trait de Parthe, ce singulier adiea à la Commune, une fête patriotique mettait en émoi toute la population de Versailles. Nos soldats ramenaient, par l'avenue de Paris, 28 des 109 bouches à feu trouvées dans le fort d'Issy, ainsi que les loques rouges qui, naguère, servaient de drapeaux aux 5% 94% 99" et 115^ bataillons insai^és. Ce cortège se composait de délégations prises parmi les troupes de toutes armes qui avaient concouru aux opérations sous le fort dlssy. Le génie des divisions Susbielle etFaron marchait en tête de colonne. Puis venaient : la brigade Paturel, représentée par des détachements du 17* bataillon de marche de chasseurs à pied, des 38*^ et 76^ de marche; le 39^ de marche, de la brigade NoCl. On remarquait ensuite et Ton acclamait presque toute la division Faron : le 35° d'infanterie, de la brigade de la Blariouse ; les 109*^ et 1 10^, de la brigade Derroja ; le 22** bataillon de marche de chasseurs et le 65® d'infanterie, de la brigade Bertbe; enQn, le 75^ de marche, de la brigade de Langourian. A la suite, roulaient les canons^ couverts de feuillage. Il y avait des aubépines aux tambours, des lilas aux fusils, et la joie brillait dans tous les yeux. A trois heures, la colonne s'arrêtait devant l'hôtel de la préfecture; les clairons sonnaient aux champs. Le chef du pouvoir exécutif» accompagné du général en chef, vint recevoir au perron les chefs de cette députation militaire et leur adressa des félicitations chaleureuses. Les troupes répondirent en acclamant M. Thiers ainsi que le maréchal deMao-Mahon.

De là, le cortège se dirigea vers la cour duchilteaa. Ln ' divers détacbemenis vinrcnl se ranger autour de la statue de Louis XIV, et demandèrent à offrir h l'Assemblée les , trophées que l'armée venait de conquérir. Plus de deni cents députés quittèrent aussitâl la séance, et se rendirent dans la cour de Marbre pour y saluer les représentants de l'armée. Les tambours battirent aux champs, puis le silence se fit. C'est alors que M. Léon de Malleville, viceprésident de l'assemblée nationale, adressa aux troupes réunies l'allocution suivante :

« Soldats ! héroïques enranis de laFrancel,

o néléf^ué par [c président de l'assemblée nationale, a accompagné des membres de son bureau et d'un grand (I nombre de mes collègues, je viens, non vous remercier n d'avoir fait votre devoir, — vous n'avez besoin des en- R courageraents de personne pour le bien remplir, — a mais vous féliciter de l'immense service que vous reriu dez à ta France, en prouvant au monde qu'elle veut cl H qu'elle saura rester maîtresse d'elle-même.

<i Non, la France ne courbera la tête sous le joug d'au- « cune faction; non, elle ne livrera pas ses destinées au « caprice insolenl de quelques-uns de ses enfants rebelles, u qu'on dit égarés et que, à trop juste titre, elle nomme H criminels.

a Vous avez, au pris de votre sang, reconquis ces ar- 1 mes, ces canons, qui vous appartiennent, qu'une

ft

— isa —

t odieuse surprise vous avait ravis, etqui, dans vos mains» u ne serviront désormais qu'au triomphe del 'ordre, d& < la liberté et de l'indépendance de voire pays.

ri Puissions-nous, quand nous aurons cicatrisé les plaias> '< delà pairie, neconserver de nos malheurs présents que « l'impérissable souvenir de voire héroïsme et de voire • dévouement I

■ Soldats! c'est au nom de l'assemblée nationale, c'est a au nom de la France qu'elle représente, que je vous « adresse ces félicitations 1 0 Vivei'armée ! vive la France! »

Le discours officiel de M. de Mallevîlle ne devait pas ^Ire l'unique récompense de noire armée, car le maréchal de Mac-Mahon lui adressait cet ordre en date du jour ;

I Soldats I

€ Vous avez répondu h la confiance que la France n avait mise en vous, a Par voire bravoure, votre énergie, vous avez vaincu

• les obstacles que vous opposait une insurrcclion dispo- <■ unt de tous les moyens préparés par nous contre l'é-

• Innger.

• Vous lui avez enlevé successivement les positions de ■ Mendon, Sèvres, Rueîl, Courbevoie, Décon, Asni&reg, <■ letMoutincaun et le Moulin-Saquet. Vous venez enfin « d'entrer dans le fort d'Issy.

<i Dans ces dilTércnts combaLs, plus de 3,000 prison- 1 «niersetde 130 bouches àfcusoiil restés entre vos mains. 1

H Lepnysapplauditàvos succùs, ety voitle préssgede 1 u la fin d'une lutte que nous déplorons tous. I

ic Parisnousappellepourlc délivrerdu prétendu gou- | ■ vemcmenl qui l'opprime. Avant peu, nous planterons 1 « sur SCS remparts le drapeau n.Ttional, et nous obtien- ] ic drouï le rétablissement de l'ordre réclamé par la France « et l'Europe entière.

Il Soldats I vous avez mérité la reconnaissance de la « patrie. »

Elle n'était pas encore terminée la mission de nos braves soldats, mais ils étaient prfils à la bien remplir jusqu'au bout. Ils marchaient résolument, presque avec entrain, heureux de servir Tbomme émincnl dont ils sentaient la profonde affection. — « Ils trouvaient en moi , dit lui-rnSme M. Tbiers, à la séance du 8 juin, un ami invariable de l'armée, un homme qui aime le soldat, comme on aimerait son propre enfant,

Oui, quand je vois ces Gis de nos champs, étrangers à nos passions, étrangers souvent Jk cette instruction qui relève le patriotisme; quand je les vois, songeant uniquement ù l'honneur militaire qu'on a fait entrer dans leurs cœurs, mourir pour vous, pour nous, pour le pap. je suis touche profondément et j'éprouve un besoin indicible de les environner de toute ma sollicitude... " Paroles touchantes qui ont remué tous les ctriirs et que l'armée n'oubliera jamais !

LE FORT DE VANVES. — L'ATTAQUE DU CORPS DE PLACE. — L'ENTRÉE DANS PARIS.

LE FORT DE VANVES. l'aTTAQCE DU CORPS DE PLACE.

l'e>*TRÉE dans PARIS.

La chute du fort dlssy n'était pas le seul événement qui nt alors hausser les fonds publics et décréter Rossel d'accusation , du chef de trahison ou de vénalité. La nuit du 8 au 9 mai était encore signalée par d'importants progrès obtenus sur l'autre rive de la Seine. Pendant que la brave division Faron terminait honorablement son tour de service, le 4* corps de l'armée active débutait par une heureuse opération. Soutenu par une vigoureuse canonnade de la batterie de Montrelout, et favorisé par la nuit sombre, le général Douay venait de passer la Seine et de s'établir en avant de Boulogne, devant les bastions 67, 66 et 65, qui forment le Poinl-duJour, Vers dix heures du soir, la brigade Gandii(l*^ de la division Berthaut, composée du 10^ bataillon de chasseurs , des 26*^ d'infanterie et 5* provisoire ) commença l'ouverture de la tranchée, Mée, dans cette tâche, parle 26^ bataillon de

s et le 3T de marche, de ta 1" brigade de la 3* ilivisios (Vergé) de l'armée de réserve. l.WO travailleurs, guidés par les ofûciers du génie , creusèrent une parallèle qui s'élendil de la Seine aux dernières maisons de Boulogne, à la distance de moins de 300 mètres de l'enceinte. Grâce à leur activité, ces braves gens étaient, i quatre heures du malin, parfaitement couverts et à l'abri des feux de l'ennemi. Et le lendemain, 10 mai, h la séance de la chambre. M, Thiers, répondant lune interpellation, insistait sur cet événemeut militaire, prélude d'un siège en règle. « Quand notre armée , àH-i\ , owre » la Iranthée à 300 mètres de Parit, cela ne signifie pai <i çue nous ne roulons pas y entrer. » A la séance <li) mardi. Il mai. séance orageuse s'il en ffil, H. Thiers, reprenant cette question du siège, exprima l'espoir que huit jours devaient suffire à faire brèche au corps de place. Il annonça d'ailleurs aux députés que la paix avec rAllemagiic venait d'être dénnitivement signée; que, par conséquent, nous n'avions plus à craindre son immixtion directe dans nos affaires Intérieures. Les Prussiens renonçaient ostensiblement à l'idée de pénétrer une seconde fois dans Paris ; il suffisait A leur joie de voir commencer la démolition de la colonne Vendôme. Nous saurons sans doute plus tard le prix qu'ils ont oITerl de ce bronze qu'ils n'auront pas.

Les insurgés de Paris avaient des instincts pervcr!"; ils n'étaient animés que de l'esprit de haine et de dévastation. Nos premiers cbcminemenls ne tardèrent pasi

surexciter la rage de leur comité de salut public^ qui ût ifBcher, le iO mai, le décret suivant :

0 Art. i". — Les bieus meubles des propriétés de Thiers ic seront saisis par les soins de l'administration des do* 0 maines.

« Art. 2. — La maison de Thiers, située place Saint- « Georges, sera rasée. »

Odieux et pitoyable décret qui ne fait qu'honorer un grand citoyen! Triste et misérable parodie des rigueurs de la Rome antique par quelques grands hommes des ruisseaux de Paris ! £n attendant que Thistoire s'empare de ces exploits et rende à chacun la justice due, l'Assemblée nationale exprima, par un ordre du jour motivé, en date du 11 mai, que le proscrit dont on démolissait la maison faisait preuve d'un patriotisme et d'un sens politique qui lui inspiraient toute confiance en l'avenir.

L'Assemblée avait bien raison, car, dès le lendemain, on inaugurait les premiers services qu'était appelée à rendre une grande création de M. Thiers. Ayant à pourvoir aux besoins d'une armée considérable, et ne disposant, à cet effet, que d'une seule ligne de chemin de fer, desservie , à Versailles, par l'unique gare de la rue des Chantiers, le chef du pouvoir exécutif avait conçu l'idée d'une gare nouvelle, aux vastes proportions. Il en avait conféré avec la compagnie de l'Ouest, à la date du 19 avril; les projets, dressés par MM. Delaltre et Pages,

Ingénieurs de la compagaie, avaient été arrétéâ e prouvés le 22. Le 13 mai, c'est-à-dire vingl jours apris, une parlif de l'œuvre était parachevée, et l'exploitation commençait.

Cette gare, dite des IdaUlols, de ce qu'elle est établie sur des terrains de l'ancienne liste civile, avoisJoaiit l'avenue de ce nom, entre Versailles et Saint-Cyr, cette gare, ainsi crtïée, représentait une quantité de travail considérable. Dans le court intervalle de vingt jours, les frères Hunebtlle, entrepreneurs de la compagnie de l'Ouest, avaient remué 50,000 mètres de terre, posé 9,000 m&tres de ballast, mis en place 3,000 mètres courants de voie, fait toutes les maçonneries et les charpentes, les empierrements, les quais et les chemins d'accès. Desservie par un quai de 300 mètres, l'œuvre se composait de sept voies parallèles, de 400 mètres de longueur chacune, soit de plus de 2 kilomètres courants de garage. Les approvisionnements réguliers de l'arméf de Versailles étaient désormais assurés.

Mais ce n'est pas seulement à l'administration militaire que la gare des Matelots doit servir. Elle reçoit une destination plus large, et c'est là que se manifestera tout le mérite de la conception. Les travaux qui se poursuivent vont lui donner 35 voies parallèles, de I kilomètre de longueur chacune, soit ensemble 35 kilomètres de garage; deux fois la distance de Paris à Versailles I Ce dock immense ne sera pas uniquement le réceptacle des arrivages du chemin de l'Ouest ; mais deux raccordements le met-

tronf, parPontoise et Chevreuse, en relation directe avec tcms les chemins de fer de France. De celte façon , Paris sera , dès qa*on le voudra, déshérité du privilège de centraliser les mouvements commerciaux, d'être Vétoile nécessaire de nos communications, l'entrepôt forcé des marchandises de toute provenance ^ en un mot, le grand marché du monde. Cette épée de Damoclès saura peutêtre, dans l'avenir, trancher toutes les complications démagogiques, et le génie politique de M. Thiers mérite notre franche admiration.

Le vendredi, 12, à midi, les troupes du 2* corps (de Cissey) faisaient, à leur tour, hommage à M. Thiers d'un succès des plus brillants. Le A^ bataillon de chasseurs à pied (brigade Lian) et les partisans du 113^ d'infanterie (brigade Osmont) eùlevaient le groupe de maisons situées à l'intersection de la route stratégique avec la route de Montrouge à Châtillon, et coupaient ainsi toute communication entre les forts de Yanves et de Montrouge. Quelques heures plus tard, le commandant de Pontécoulant à la tête d^in bataillon du 46' de marche (brigade Bocher) s'emparait, à Issy, du couvent des Oiseaux. « A la « suite de cette affaire , dit le rapport officiel , les inu surgés, comprenant qu'ils ne pouvaient plus tenir en « dehors de l'enceinte, ont successivement abandonné « toutes les parties du village qu'ils occupaient encore , « laissant entre nos mains un grand nombre de prison- « niers. »

L'occupation du lycée de Vanves, effectuée dans la

nuit du \i au 13, amenait nos troupes k quelques centaines de mètres de l'euceinte.

Cette même nuit, on agissait également dans une autre direction, non loin du point où nous avions ouvert une parallèle. Dans la soirée du 13, on nvaît fait partir de Ve^ saiiles plusieurs voitures chargées d'engins spéciaux, échelles, ponts-roulants, tout un matériel de franchissenient et d'escalade. Divers détachements s'étaient dirigés vers le Point-du-Jour, et loule l'armée avait été tenue sur pied, prête à partir. Le gouvernement espérait, i l'aide d'intelligences, la faire entrer dans la place par la porte Dauphine... Mais celte troisième tentative n'eut pas plus de succès que les deux premiers essais de surprise, et la déconvenue Tut complète. Accueillis par une vive Tusiliade et quelques décharges de mitrailleuses, nos soldats durent rebrousser chemin.

Ils se consolèrent vite de ce mécompte, car la journée du 13 fut témoin de l'arrivée triomphale des drapeaux et des huit canons pris aux insurgés du couvent des Oiseaux, à Issy. Ce fui, comme toujouis, fêle à Versailles: défilé par l'avenue de Paris; station devant l'hâlel delà préfecture; chaudes réiicitations de M. Thicrs; formation en bataille dans la cour de Klarhrc du chAleau, et, enfin, allocution aux troupes par un membre du bureau de l'assemblée nationale. Voici le discours de M, Benotsl d'Azy :

« Soldats 1

« Chargé par le président de l'assemblée de venir au « milieu de vous pour vous exprimer les sentiments qui ce nous animent tous en présence de vos glorieux faits Cl d'armes, je suis heureux d'avoir à vous féliciter de vos o succès, et à vous remercier au nom de la patrie tout a entière.

o Ce sera une gloire pour l'armée française que ces no- Cl blés efforts pour rétablir l'ordre et mettre fin à une Cl guerre odieuse. La Providence vous a protégés et con- « duits^ elle vous guidera encore. Espérons que, dans 0 peu de jours, nous verrons la fin de ces combats contre

Cl des misérables ; les uns^ étrangers à notre pays, les auc très, entraînés par la séduction ou la violence aux plus « détestables crimes.

Cl Unissons tous nos efforts pour délivrer notre patrie c de tant de calamités, et ayons la ferme confiance que { la France retrouvera sa gloire, sa paix, sa sécurité , sa c prospérité, et elle le devra à sa noble armée.

«I Vive l'armée 1 vive la France ! »

Cette journée du 13 mai fut témoin des plus vigoureux engagements soutenus par la division Susbielle, du 2^ corps, engagements qui entraînèrent l'évacuation complète du village d'Issy et du lycée de Vanves. Les projectiles employés, parmi lesquels se trouvaient des gre-

nades au picrate de potasse , traDsformëi'ent en un vérU Inble amas de décombres la grande rue d'Issy et un grand nombre de maisons des rurs latérales. Le couvent des Oiseaux el le petit séminaire, dans lesquels les insurgés opposèrent une grande ré!>istance, furent littéralement bouleversés de fond en comble, ii L'infortunée poputi lalion d'Issy, njoutait le rapport ofliciel , a salué avec « joie ses libérateurs. Malgré la ruine totale qui l'accable, « malgré ses dernières souffrances, elle a témoigné de << la façon la plus toucliaiitc ses sympathies à nos braves u soldats. ))

Le lendemain dimanche, 14 mai, un télégramme du ministre de l'intérieur annonçait à Versailles que le fort de Vaoves venait d'fitre pris, à midi el demi, et qu'il était occupé par nos troupes. Depuis le matin, l'inveslissemenl en était complet; mais cette opération nous avait fait faire des perles sérieuses, entre autres, celles des capitaines du génie Rosheim, disparu, el Durand de Vil- 1ers, tué, le matin même, à 0 heures et demie, alors que, la pioche à la main, il dirigeait une sape volante en avant de la gorge du fort.

Quant aux défenseurs, ils avaient fui, pendant la nuit, par une galerie souterraine qui, de la poterne do la courtiae 1 '2 du fort, aboutit aux carrières Dardan et Micbau, situées sur le chemin de Paris Si Châtillon, h la hauteur du senlier de la l'nsse du pied d'âne. Ceux qui parvinrent à déboucher dans ces carrières à ciel ouvert gagnèrent, par le chemin précité, la route de Paris à Chevreuse,

traversèrent le village de Montrouge, et rentrèrent dans la place par cette porte de Ch&tillon, dont le nom fut si bien chansonné durant le siège précédent, avec le nom de M. de Bismarck. &fais la plupart des insurgés s'égarèrent dans le dédale des catacombes.... et ils y eussent tons péri sans le dévouement d'un sieur Chollet , agent du service des mines, qui parvint à en sauver quelques centaines. Pendant ce temps , la communication souterraine était coupée dans le fossé du fort, et tout retour offensif devenait impossible, même pour un homme isolé. Cette opération, dirigée par M. l'ingénieur Descos, eut, d'ailleurs, un résultat inattendu : elle nous fit faire prisonniers une cinquantaine de communeux, qui n'avaient pas en le temps de s'enftiir et n'avaient plus le courage de Cadre sauter la maçonnerie des escarpes.

On trouva le fort de Yanves dans un état déplorable. Les casernes en étaient incendiées ; les casemates, éventrées'; la majeure partie des bouches à feu, hors de service; le sol, inondé de vins et de spiritueux qui noyaient les décombres; et, çà et là, dans un infernal chaos, émergaient des blessés râlant encore, et des cadavres depuis longtemps en putréfaction. Un spectacle plus affreux était fait pour nous glacer d'horreur : dignes émules des sauvages du lac Tchad , les insurgés de Paris avaient cloué & on poteau l'un des nôtres, fait prisonnier. Le malheureax soldat avait payé d'un long martyre l'honneur d'être resté fidèle à son drapeau.

La nuit du 14 au 15 fut témoin d'une opération im-

porlaate. Nos batteries de Courbevoie, de Bécoaetd'A»pitres canonoèrent vigoiireiisemenl LevatloU et Clichj, ainsi que le corps de place , du bastion i3 au bastion 47. Les insurgés durent évacuer les deux villages qu'ils tentèrent en vain de reprendre au petit jour. Quant ànous, profilant de l'eiïet produit par l'artillerie, il nous fui possible de réparer sur la Seine le pont de bateaux qui avait été rompu te jour de la prise d'Asnières. Nos communications se trouvaient ainsi complètement rétablies. La conséquence première de la prise du lorl de Vanves fut de nous permettre d'ouvrir une parallèle, abonne distance de la place. Il y eut dès lors deux attaques di^ tinctes : l'une, sur la rive droite; l'autre, sur la rire gauche de la Seine ; combinaison d'autant plus heureuse que nos cheminements du bois de Boulogne étaient asiiez vivement contrariés par les Teux d'écharpe du bastion 50; et ceux de Morlemart, par les bastions 64 et 63. Pour relier les deux attaques, le i' corps détacha qu^ques forces à l'effet d'occuper l'Ile Saint-Germain. Le général Séré de Rivitre, commandant le génie, n'eut besoin que d'une nuit pour jeter le pont et construire une batterie , qui coula bientôt deux canonnières communeuses, embossées en avant du viaduc d'Auteuil. Cette batterie, prenant, d'ailleurs, à revers le terrain compris entre l'enceinte et les forts du sud, en lit déguerpir toutes les bandes qui s'y étaient logées, et, dès lors, il nous devint possible de pousser r-ipidemcnt nos cheminementen avant de la parallèle.

C'est à partir de ce moment que se dessinent les opéniions du siège proprement dit de l'enceinte, et les difers corps assiégeants sont distribués sur les fronts d'attaque de la manière suivante : Le 1*' corps de l'armée active ( de Ladmirault; — quartier général àRueil, villa Beaupréau ) surveille Asnières et Neuilly ; le V corps (de Cissey; — quartier général au château du Bel-Air, près Bièvre ) occupe les forts et les villages de Vanves et d'Issy; le 3* corps (du Barail; — quartier général au château de Yillebon, près Palaiseau) fouille la campagne, de Versailles à Choisy-le-Roi ; le 4** corps (Douay; — quartier général à Villeneuve-l'Étang) a pris position de la route de Saint-CIoud au grand lac du bois de Boulogne ; le 5* corps ( Clinchant ; — quartier général à Marnes ) sert de réserve au 4** corps, et s'échelonne jusqu'à Neuilly, par derrière le grand lac.

Quant à l'armée de réserve (Yinoy), elle est répartie de la manière suivante :

La i" division (Paron; — à Issy) opère avec le 2* corps; la 2*^ (Bruat; — à Rueil et Sèvres), avec le 4* corps; la 3® division (Vergé), flanquant le général Douay, s'étend de la route de Saint-Cloud à la Seine, en enserrant le Point-du-Jour.

A la même époque, c'est-ù-dire vers le 45 mai, le service de l'artillerie modifie l'action du matériel dont il dispose. Pour armer les batteries de brèche en construction dans le bois de Boulogne et à Billancourt , il prend : à Montretout 20 pièces de 2i long; au 2"" corps, 4 pièces

de 21 court; de plus, il expédie de Vcreailles 30 pièces de il long, et réunit ainsi Ai pièces de gros calibre, que doivent appuyer 10 mortiers de 0™, 27, 12 de 0*,22, el 14 mortiers de O^.IS ; ensemble, 80 bouches à feu. L'armement du Mont- Yalérien est, en m^mc temps, renforcé de 16 canons de 0™,16, de la marine; on envoie cinq autres pièces de 0'",16 au château de Bécon; et, pourque la batterie de Monireloul ne cesse point de produire ses eiïets imposants, on lui expédie 10 canons de même calibre, destinés à remplacer les pif-ces de SI long qu'on lui a enlevées. Elle sera donc encore armée de 60 bouches à feu, tirant chacune plus de 10 coups par 21 heures, en attendant l'arrivée de dix autres pièces deO"',li), delà marine , à grande portée, c'est-à-dire capables d'une charge de 3 kilogrammes de poudre. Confié aux soins intelligents du commnndantCary, le service de l'artitleric de la place de Versailles déploie une activité prodigieuse : il reçoit et expédie chaque Jour des quantités con»idémble£ de bois de plate-forme, de sacs à terre, de projectiles, d'engins et de munitions de toute espèce; il a, chaque jour, sur pied plus de 130 attelages .1 six chevaux.

L'attaque de gauche, c'est-à-dire celle de la rive droite de laSeine, avait heureusement disposé trois batteries de brèche : deux derrière les lacs du bois de Boulc^ne el la troisième à la butte Mortcmart. L'atlaque de droite, ou de la rive gauche, en avait deux au lycée de Vanves.

Les batteries de la rive droite tiraient en brèche sur les portes de la Muette (courtine 51-38), d'Auleuîl (cour-

ÛDB 63-63 ), de SaintrGloud (courtine 65-66 ) et du Pointdohlour (courtine 66-67). Celles de la rive gauche battaient la porte d'Issy (courtine 70-71). Leur tir continu avait déjà produit des effets de ruine très-prononcés au SI maiy date de notre entrée dans Paris.

Les journées du 15 au 21 ne sont signalées que par des éyénements d'une importance secondaire, mais qu'il est néanmoins utile de mentionner à leur date. Pendant que nos soldats poursuivent leurs cheminements sur les fronts d'attaque, la batterie de Montretout continue d'envoyer au rempart ses coups d'écharpe et d'enfilade ; le Mont-Valérien la seconde énergiquement; quelques mitrailleuses prennent, çà ou là, position, au moment du besoin; et cet ensemble d'efforts combinés contrarie singulièrement la défense. Chaque jour, le feu des insurgés, à peine ouvert, s'éteint; leurs essais de fusillade n'aboutissent à rien de sérieux; il leur devient impossible d'entreprendre des travaux de contr'approche. Aussi évacuent-ils successivement tous les terre-pleins del'enceinte, pour se porter en arrière et organiser des retranchements intérieurs mieux à l'abri de nos projectiles.

Le 15 mai, on apprend qu'ils ont réarmé les buttes Montmartre et qu'ils battent Gennevilliers. Ils occupent encore Levallois et une partie de Neuilly; leurs locomotives blindées font assez de mal à Asnières et à Colombes.

Le 16 mai fut pour Versailles un nouveau jour de ftte militaire. L'avenue de Paris vit défiler les troupes qui ve-

naienl de s'emparer Uu Fort de Vanves. Elles s'airètèreBi;, suivant l'usage, ilevant l'Iiàlel de la préfecture, oii le maréchal de Mac-Mahon les présenta ù M. Thiers. Le maréchal crut devoir faire, totit particuliëremcat, l'élo^je des sapeurs du génie, nqui, dit-il, se conduisent admi- II rablemcat, sous la direction de braves officiers qui ne i( marchandent à t'Ëtat ni leurs fatigues ni leur sant;. H IJuatre officiers du génie ont déjà succombé. »

La colonne se rendit ensuite dans la cour de Marbre, oîi, rangée en bataille, elle l'ut haranguée par M. Grévy, président de l'assemblée nationale. Elle était encadrée par les bouches à feu ramenées du fort de Vanres , au nombre de trenle-deux, de divers calibres.

A ce propos, il n'est pas inutile d'énumérer les trophées déjil conquis, et qu'on voyait, au IG mai, dans le parc des Grandes-Écuries. A cette date, oo avait pris aux insurgés et amené à Versailles .■ 14 canons de là. rayés, de siège; 1 canon de 12, rayé, de campagne; Xï canons de 7; S mitrailleuses de Reffye; 3 canons de A, rayés, de montagne; 28 obusiers de 0'",15; 3 mitrailleuses système Gatling; nne.syslème Frey; une, Monligny; et une, Henricq; en tout, 96 bouches à feu.

Pendant qu'un public enthousiaste admirait ces belles rangées de pièces reprises aux insurgés, ceus-cî commettaient un crime odieux el insensé : ils renversaient la colonne Vendôme.

Des officiers prussiens assistaient & ce spectacle.

En apprenant quel prix certains personnages avaient

mis à leur place, afta de se repaître , à Taise, de toutes les scènes d'une cérémonie abominable et dégoûtante, M. TbierSy cruellement ému, s'était écrié : — si Je suis € honteux f maintenant, (Tétre Français/..,. » Mais ce cri de désespoir devait bientôt se perdre dans un concert de clameurs patriotiques.

Le 18 mai, le maréchal de Mac-Mahon adressait à l'armée cet ordre du jour :

« Soldats!

ce La colonne Vendôme vient de tomber.

« L'étranger l'avait respectée. La Commune de Paris «c Ta renversée. Des hommes qui se disent Français ont ce osé détruire, sous les yeux des Allemands, qui nous « observent, ce témoin des victoires de vos pères ce contre l'Europe coalisée.

a Espéraient-ils, les auteurs indignes de cet attentat a à la gloire nationale , effacer la mémoire des vertus a militaires dont ce monument était le glorieux syma bole?

c( Soldats! si les souvenirs que la colonne nous rapa pelait ne sont plus gravés sur l'airain, ils resteront du a moins vivants dans nos cœurs, et, nous inspirant d'eux, u nous saurons donner à la France un nouveau gage de a bravoure, de dévouement et de patriotisme. »

Et le 22 mai, l'Assemblée nationale adoptait, à l'unanimité, ce projet de loi :

colonne de la place N'endâme sera réublie t n frais de l'État. Bile sera surmonta d'une slataen Il sentant la France],.. Il

Le lendemain de la chute de la Colonne, et commepg punir Paris de son crime, une horrible explosion, qiflÉ entendit de Versailles, se produisit, vers sis li«irail'l soir, aux abords du Champ- de-Mars. C'était la c chérie de l'avenue Rapp qui sautait, en coûtant la râà ' quelques centaines de femmes et d'enrants.

Les chefs de la Commune étaient fui'ieux de voir ui brèche s'ouvrir, déjà béante, à la porte d'Auteuil. lit exhalèrent leur rage en nous accusant d'être les auteon de cette catastrophe', et tentèrent de faire accepter cette monstrueuse imposture.

Quant aui catholiques, îh observèrent que l'explcsion de la cartoucherie avait lieu moins d'une heure après le sac de l'église Notre-Dame des Victoires. Le mercredi , 17 mai, disent-ils, un commissaire de police, du nom de Le Moussu, env.ihil l'église à la tête du l.ïîK bataillon de la garde nationale, appartenant au 20' arrondissement (quartier de Belleville), fi cinq heures moins un quart, au moment où finissait l'exercice du mois de Marie. Pendant qu'il expulsait brutalement, mats non sans peine, les fidèles restés dans la chapelle de la Viense. M. l'abbé Delacroix, sous-directeur de l'Archiconfrérie, sauvait les espèces consacrées, qu'il emportait, dans l'église de Saint'Rocb. Le citoyen Le Moussu, après

îivoir mis en éial d'arrestation deux vicaires de la paroisse, les abbés du Cuurroy et Amodru, el deux membres du conseil de fabrique, ordonna le sac de l'église. L'ne rage vraiment infernale Tut déployée dans cetteorgie cominuneuse : les labernacles furent arrachés ; les autels, démolis; les confessionnaux, renversés; les dalles du temple, brisées. Le corps de sainte Aurélie, qui reposait sous l'aulel de la Vierge, el celui du vénérable Des Genetles, ancien curé de la paroisse el fondateur de l'Archiconfrérie , inhumé au pied du mCme autel, furent profanés. Les caveaux renfermant lesossements desséchés des religieux Augustins qui étaient morts dans cet ancien couvent furent violés. En mSnic temps, on volait l'argent des troncs; on dépouillait l'église de tous ies ornemenis taiis excfplion ; on dévalisait les sacristies; «t la fureur de ces misérables ne s'arrêta que lorsque le

r actuaire ne présenta plus que l'aspect d'une ruine. Alors commença une autre orgie non moins navrante. L'argent trouvé dans l'église avait été partagé entre ces héros du pillage. II servit à payer les frais d'une ripaille jt b(|ueile prirent part des cuntinières el d'autres femmes de mœurs douteuses. Ces revenants de 93 se revêtirent de» ornemi'nts sacerdotaux et simulèrent des cérémonies rcligieuies OÙ l'odieux se mClait au grotesque. La saturn.Ue ne cessa que lorsque la fatigue et l'ivresse eurent couché les pillards sur le carreau. Le lendemain, ils firent sur le seuil de la porte une exposition des ossements des religieux trouvés dans les caviMux, et ils montré-

rent, de loin, au peuple assemblé sur la place, la t&~«t cire, ornée de cheveux recouvrant le crâne, de sainle Aurélie, qu'ils présentèrent comme la If te d'une jeune Qlle assassinée récemnicnl par les praires de l'église. Puis, pour compléter ce hideux tableau, ils firent sur la place publique le simulacre de se donner réciproquement la communion, au moyen de pains azymes non consacrés, qu'ils avaient Irouïés dans les sacristies, et doot ils jetèrent les restes au vent.

La nuit du 17 au 18 mni vit encore échouer une leih lative de surprise de notre part. Les citoyens Boarget, Billioray, Mortier, Cerisier et le dessinateur Pilotett : telle était l'ime de la conspiration. Ces hoonttei communeux devaient, à une heure après minuit, ouvrir le Poinl-du-Jour A nos soldats, déguisés en gardes nalionauit. Mais, à l'heure convenue, Cerisier prit peur et se contenta de garder l'argent qui lui avait été remis i compte sur le prix de sa trahison (23,000 fr. ). Quand nos troupes se présentèrent , force leur fut de battre en retraite sous un feu nourri de mitrailleuses.

Le 18 mai , les troupes du 2" corps, s'avantjant toujours vers le corps de place, repoussèrent vivement l'ennemi jusqu'aux dernières maisons du Petit- Vanves , de Malakoff et du Grand-Montrouge. Contrairement à leur habitude, les bommesde la Commune tenaient assez solidement, mais sans pouvoir cependant résister à l'clan de nos troupes, lis étaient soutenus par les bastions 72 el TJ, qui envoyaient des bombes de 0",32 jusque dans le

fort dlssy. Un de nos ofOciers d'artillerie y fut liltéralement coupé en deux et, de treize hommes réfugiés dans une casemate, cinq Furent tués, et les autres, blessés. Nos batteries N'appliquaient aussitôt à éteindre le feu des bastions... En moins d'une heure le résultat l'ut atteint. Le mtme jour, et dans le but de resserrer les défenicurs sur tout le pourtour de l'enceinte fortiliée, nous des- J sinioDs un mouvement sur la redoute des Hautes-Bruyères, et nous délogions l'enDemi du moulin de Cach.m : on y fit une cinquantaine de prisonniers, qui arrivèrent à Versailles le lendemain, 19, vers quatre heures de l'aprèstnidi.

Pendant ce temps , nos cheminements se poursuivaient arec la plus grande activité, et nos batteries liraient toujounen brèche. Onélatt en droit d'espérer que la semaine duâlauâT mai ne s'écouleraitpas sans qu'on put donner l'assaut au corps de place; mais, lasse enlin de nouj frap- ' per, la fortune permit à l'événement de dépasser nos pré- ■ visions. Lajournée du dimanche, 21 mai, vit commencée J le «lernieracte du drame de l'insurrection commuiieuseT et elle est, h ce titre, très- mémorable.

Oàs la veille, on avait appris l'arrestation de Ituchefort,'] ce pamphlétaire- vaudevilliste , devenu le noir apàtrs-1 d'une guerre sociale. Triste compère des Peaux rouges 9 de Paris, il les avait abandonnés h l'heure du danger, et 4 cet acte de lAcheté prévu lui valut les huées aiguës de laJ foule, lors de son arrivée h Versailles, le dimanche, deux heures.

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Ccl événement n'élait, d'ailleurs, lui même que le précurseur d'un fait considérable. Vers cinq heures du soir, UQ ofllcier de marine apportait ù ^'i-isailles la aourelle de l'entrée de nos troupes dans Paris. A six heures, le maréchal de Mac-Mabon télégraphiait au général Vinfty:

a Le corps Douay entre h Paris par la porte du front « 63-60. — La division Bruat suivra et occupera sespoàu lions. — Faites prendre les armes à la division Faron. ■

Et, à six heures et demie, le gouvernement adressùl cette dépêche aux autorités de toutes les communes de France ;

H La porte de Saint-Cloud vient de s'abattre sons le (I feu de nos canons. Le général Douay s'y est précipité, n et il entre, en ce moment , dans Paris avec ses troupes, 0 Les corps des généraux de LadmiraultetClinchauts'é- <i branlent pour le suivre, n

Ce fut aussitôt dans Versailles une joie indicible.

M. Thiers n'était pas à l'hôtel de la prérecture lorsqu'on y apportait cette nouvelle inattendue : il visitait alors les chantiers de la gare des Maltlots. Quand ilreiiot chez lui, vers sept heures, et qu'il y apprit l'heurcus événement, on le vit pâlir et tomber avec effusion dans les bras de ceux qui l'entouraient.

Quelques instants aprta, il parlait pour le Mont-Valérien.

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Aiosi tombait Paris, ce Paris que les Prussiens avaient récemment honoré d'un vain bombardementi et que les insurgés croyaient probablement imprenable I Sa chute était due à une surprise y ou plutôt à la retraite de ses défenseurs ; mais ce résultat n'était lui-même qu'une conséquence de la bonne conduite des opérations. Car, à la guerre, on ne saurait trop le répéter, c'est un jeu serré qui prépare ces circonstances favorables, qu'on impute , à tort , au hasard. Nous venions de prendre une forteresse que nos ennemis n'avaient pas essayé d'assiéger suivant les règles admises, et l'armée prussienne pouvait reconnaître, une fois de plus, notre supériorité dans l'art de l'attaque des places.

Quant à l'armée française , l'insurrection du 18 mars, venant à la suite d'une guerre désastreuse , l'avait empêchée de tomber dans le découragement et le marasme. La prise de Paris lui rendait son prestige, et les Prussiens eux-mêmes admiraient cette résurrection.

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