‹ Le Gouvernement de la defense nationale a ToursChapitre 28 sur 44 · LE TROCADÉRO. — MONTMARTRE. — L'INCENDIE · texte numérisé non relu

LE TROCADÉRO. — MONTMARTRE. — L'INCENDIE

LE TBOCàDÉRO. MONTMARTRE. l'iMCEMDIE.

Peu de temps avant rentrée de nos troupes dans Paris, le chef du pouvoir exécutif écrivait aux préfets : — uCeux tt qui s'inquiètent ont grand tort... nous battons en « brèche... jamais nous n'avons été plus près du but. » M. Thiers avait alors une parfaite intuition de l'issue des événements, mais il lui était difficile de prévoir et d'indiquer les circonstances mêmes de la solution qui allait intervenir. Le lendemain , 22 mai, il put seulement rendre compte i l'Assemblée nationale des faits qui s'étaient accomplis dans l'après-midi du 21.

a Grâce i la puissance de l'artillerie dont nous disposions, nous avons pu , dit-il, cheminer avec une rapidité peu ordinaire soit contre les forts, soit contre les parties de l'enceinte que nous devions franchir.

a C'était chose bien difficile de traverser i la sape un espace aussi considérable que le bois de Boulogne.

H Ce travail a élê fuil en cinq jours ; nous ne peasioos pas donner l'assaut av-ant trois ou quatre jours.

u Celle cruelle nécessité nous a clé épargnée ; le sang généreux de nos soldais n'a pas coulé, ou du moins a coulé dans une proportion bien moindre qu*un ne pou- ^t le craindre.

■ Hier, dans l'après-midi, le brave général Douay s'est aperçu que notre artillerie avait fait plus de ravages qu'il ne le supposait, et que la brèche de la porte de Saint- Cloud était abordable.

n Des officiers du génie avec des compagnies se sont précipités; l'armée a suivi. »

U est permis d'ajouter quelques traits à ce récit nécessairement sobre de détails. On savait, en elTet, que, grâce à l'action efficace de nos boucbes à feu, les bastions du Poinl-du-Jour n'étaient plus lenables; que, cédant, à nos efforts multipliés, les défenseurs en avaient abaDdonoc les terre-pleins, pour oi^aniser en arrière des retranchements intérieurs. On continuait néanmoins les approches aussi méthodiquement que si le feu de l'enceinte n'eût pas été , depuis quelques jours , éteint. Les opérations se poursuivaient régulièrement, quand le dimanche ai , vers midi , le capitaine du génie Garnier, de service à la tranchée, aperçut, sur la plongée voisine de la porte de Saint-CIoud, un homme agitant un mouchoir blanc et faisant des signaux. C'était, comme on le sut plus lard , M. Duc atel , employé du service des ponts

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et chaussées. Le pays reconnaissant devra garder précieusement le souvenir du nom de ce courageux citoyen.

Le capitaine Garnier, s'étant approché, apprit de M. Dncatel que les défenses étaient désertes, et qu'une action de vigueur avait chance de succès. Une reconnaissance rapide lui permit de vériGer l'exactitude de, l'assertion : quelques insurgés seulement gardaient la porte de Saint-Gloud, et ne paraissaient pas devoir opposer grande résistance à nos efforts. Cela étant, M. Gamier franchit bravement la porte à la tête de ses sapeurs, s'en empara, et s'y établit solidement en attendant des renforts. A trois heures et demie, le capitaine de frégate Trêves, qui se trouvait là par hasard, s'empressa de télégraphier à Versailles, et fut ultérieurement promu capitaine de vaisseau^ en récompense de la belle conduite du trop modeste Gamier.

Les batteries de brèche ayant cessé le feu^ la division Vergé (3* de l'armée de résen'e), placée provisoirement sous les ordres du général Douay, commença le mouvement en avant. Elle franchit la porte à trois heures et demie et prit immédiatement position au Point-du- Joor. A dix heures du soir, elle occupait, de concert arec la division Berthaut (1" du V corps de l'armée active), tout le massif compris entre la fortification et le chemin de fer de ceinture.

En même temps, le i"' corps (de Ladmirault) pénétrait dans la place par les portes d'Auteuil et de Passy.

corps ( de Cîssey ) tenait, comme l'on sait, le ^ lage deMalakofTou de la Nouvelle-Californie. Il avait m, de son cAlé, arborer un diapeau blanc sur le rempart désert, el les Communeux qui occupaient le Grand-MoD- Irouge se diriger précipitamment vers la porte d'Orléans, atln de rentrer dans Paris. Quand, vers le soir, le général apprit l'événement de la porte de Sainl-Cloud, il donna, sur-le-champ, aux troupes, l'ordre de se porter eo avant. Quelques hommes montèrent à la brèche, mais le gros descolonnes pénétra par la porte de Versailles et la Irooét du chemin de l'Ouest qui s'ouvre sur la face gauche du bastion 75.

Trois de nos corps d'armée {les 1" et 2* de l'armée active et le corps de réserve) se trouvaient ainsi dan:- Paris. Le quartier gcnénil fut installé h l'église d'Auteuil.

Avant de poursuivre le récit de ces événements, il est nëcessaiie de mentionner le brillant combat sonteou, dans la journée du 21, par la cavalerie du 3* corps (du Barail). Dès le matin, quatre bataillons d'insurgés formés sur trois colonnes tenlatenl de s'échapper par la ligne d'Orléans. Soutenus par le fort d'Ivry et le canon d'une locomotive blindée, ils se dirigeaient vers Choisy-le-Boi, dans l'intention de poursuivre vers Juvisy, quand ils se heurtèrentà la brigade LajaîUe {V et 11' chasseurs), de la division Ilalna du Frelay, et à la brigade Dai^ntolle (ff et 9' dragonsi, de la division du Preuil. Les dragoos mirent pied à terre, occupèrent les maisons de Choisj et firent un feu tellement nourri que, malgré plusieurs

retours offensifs, les Communeux durent rétrograder dans leurs li^es. A midi, le combat était terminé , ne nous coûtant que trois hommes tués et une dizaine de blessés. Le T chasseurs s'était emparé d'un drapeau rouge, celui du 23T bataillon de la garde nationale insultée.

La nuit du 21 au 22 miiî et la mutinée du 2â furent employées ea mouvements préparatoires et < meots divers, conformément au plan d'ensemble arrêté { par le maréchal de Mac-Mahon.

Une colonne, composée de troupes appartenant à la ., division Vergé, monLi la rue du rempart jusqu'au bas- \ lion 38, emporta l'énorme barricade de l'avenue daj Ran-;lagh et prit possession du château de la Muette. ElWI protégea ainsi le débouché des !" et 1" corps. Une a colonne, franchissant les obstacles qui garnissaient le I toas-œavre du viaduc d'AuteutI , passa par l'usine à gaz,,| la rue Kaynouard, la rue Franklin, et s'empara du Tro^â cadéro, où le quartier général fut immédiatement transféré. La 3* colonne d'attaque fila le long de la rive droîteJ en amont, prit, en passant, la maison du docteur Blanche ' el panînl au pont d'iéna. Là elle se mit en communiealion avec les troupes qui opéraient sur sa gauche, et DOS trois colonnes se donnèrent la main. Nous étions ainsi maîtres de toute la rive droite jusqu'à la ligne prolongeant le pont d'iéna par le phare du Trocadéro et la porte de la Muette.

En mftme temps, une quatrième colonne, celle des ma-^l

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rins de Langounan (2* brigiide de ia divUion Bnut^a vait le quai de Grenelle et pénétrait dans le Champ- de- Mars. Après un engagement fort viT soutenu daos les baraquenients du nord, les insurgés, pris en front et de flanc, se retirèrent en désordre... et le drapeau tricolore fut planlé sur le pavillon de l'École miUlaire, Non contents de ce résultat, les marins poursuivirent li^oureusèment l'ennemi par les décombres de la cattoncberie ÎQcendtée de l'avenue Rapp, et se virent bientôt, grtce au concours opportun de l'artillerie, maîtres del«ut le pSté de maisons compris entre le Champ-de-Mars et la Seine, du pont d'Iéna au pont des Invalides. Ils marchèrent de là sur le ministère des jifTaires étrangères et le Corps législatif, et nous donnèrent ainsi la rlTe gauche de la Seine jusqu'au pont de la Concorde.

Pendant que ces choses se passaient, le généra! de Cissey n'était pas resté inactif.

Il avait tendu la main à l'armée de résernî (Vînoy), qnî débouchait par lepont de Grenelle, et lancé ses colonnes'eli avant: l'une, parla rue de Vaiigiranl ; l'autre, parla ligne du chemin de fer de l'Ouest; une troisième, sur le 8" secteur, te long de la rue du rempart, en allant vers la Blêvre.

A quatre heures du matin , le â' corps orcupait fortement les positions qui lui avaient été désignées, et les communaux évacuaient celles qu'ils s'ét.«ent chargés de défendre. Les braves citoyens de Plaisance et les farouches de la Fosse-aux-Lions commençaient décidément h croire à la solidité de notre armée.

Ceux de nos détacbcmeiils qui suivaient la me de Vaugînrd ae renconti-èrent point d'obstacles sérieux, avant d'élre arrivés à hauteur de l'hâpital des EaranLs-Malades. A partir de ce point, ils poussèrent au nord-ouest pour aller appuyer leur gnucbe à l'hâlel des Invalides. La colonne qui filait le long du chemin de fer prit facilement possession de la gare Montparnasse , après en avoir délogé 150 fédérés vétérans qui ne se firent pas trop prier pour lâcher pied. Quant aux troupes qui tenaient les portes de Chàliilon, de Montrouge et d'Orléans, elles emportaient ù la mCmc heure, c'est-à-dire vers dix heures du matin, les bamcades du carrefour des Uuatre-Cbemins, clé des quartiers compris dans le 8' secteur de l'enceinte. Le général de Cissey occupait, dès lors, un grand triangle ayant pour sommets Grenelle, l'hôlel des In^-alides et le carrefour des Quatre-Chemlns. Dans cette situation, il observait facilement le faubourg Saint-Germain et pouvait entreprendre franchement l'attaque des défenses des XIV" et VI' arrondissements.

La mairie du XIV* était devenue un centre de résistance ayant pour réduit le cimetière du Montparnasse, elles insurgés l'avaient, en conséquence, couverte sur les deux flancs : sur la chaussée du Maine, par deux barricades élevées place Saiut-Pîerre et rue de Vanve.=, Oanquéea elles-mêmes par les trois bamcades de la rue du Cblleau et celle de la rue du Gëorama; sur l'avenue d'Orléans, par les barricades du Carrefour, de la rue llrezÎQ et de la place d'Enfer. Dans le Vr arrondissement

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passage étaîl ubsirné pfti' les barricades <lc la rue Vnvin; celles de la rue de Yaugicard, ii son intersection avec les rues de Madame et Bonaparte ; celles de la rue de Hennés, £L la hauteur de la rue du Vieux-Colombier et di- Saint-Germain-des-Prés; eiilîn, par les di^renses Ir^s-respeclables de la Croix-ltouge.

Tels élaient les prcn[iiersohsLirles opposés ii la mairliLdnS" uorps.

D'autres mouvements, exécutés par les troupes dit Ô" corps, devaieut encore contribuer au succès de la journée. Entre pai- la porte de Passy, le général Clinclianl était heureusement allé prendre i^ revêts les énormes barricades qwi défendaient raec5»derAirc-de-Triomphe, entre la porte Maillot et l'ÉloiLe. Ceb fait, le général si; répandit dans le porc Monceaux pur l'aivenue delà Reine- HortensCj l'avenue de Wagram et le bouievard de CoiirecUes. ]1 suivit de là les boulevards Malcsherbcs et Ilausmann et paninl au nouvel Opéra, où il établit son quartier général. Une de ses colonnes descendit, en même Lemps, le faubourg Suint-Honoré, afin de tendre la main aux détachements du \' corps qui remontaient la tîtl'^ dcoite de la Seine jusqu'au quai de BiUy, et à la division Vergé qui venait de gagner les Champs-Elysées — et deptcndre le palais de l'Industrie, malgré un feu très-vif des batteries installées sur la terrasse des Tuileries.

Tels étaient les résultats obtenus par les armées de Versailles i, la lin de la journée du 32 mai. )U étaient couhdÀrables, et M. Tbiers put exposer ù la chambre que le

Lut de ses efforts était atteint. — « Nous sommes fondés « i croire, dit-il, que bientôt Paris sera rendu à son véri- <( lable souverain, c'est-à-dire à la France. .. » et il ajouta :

« La cause de la justice, de Tordre, de Thumanité, de l:i civilisation a triomphé, grâce à notre brave armée.

(( Général en chef, généraux de division, tous les généraux et les officiers de tous grades, et les soldats surtout, tout le monde a fait son devoir.

tf Vous me permettrez donc de féliciter notre brave ;irmée, qui n'a pas hésité à verser son sang vertueux, soa :^ang généreux, pour Taccomplissement de son devoir. )»

Jalouse d'exprimer à tous sa reconnaissance , l'Assemblée déclara, séance tenante, que les armées de terre et <Ic mer et le chef du pouvoir exécutif avaient bien mérité de la patrie.

Cette motion fut adoptée à l'unanimité moins deux voix, dont celle du député Tolain, membre de Y Interna- Konak.

La subite irruption de nos soldats dans Paris avait, dès la soirée du dimanche 21, produit l'effet d'un coup de foudre parmi les défenseurs de la Commune. La plupart <!es chefs , glacés de terreur, ne songeaient plus qu'à la fuite, et se dispersaient dans la ville, abandonnant leurs postes de combat ou leurs ministères, oubliant leurs papiers sur leurs bureaux, ou laissant un dîner à moitié ^enî. C'était un désarroi complet

La nuit rendit un peu de ralmeaux plusalinnfeet.le lendemam, on lisait sur les murs celte proclamation du fameux Comité de salut public :

n Que tous les bons citoyens se lèvent! <i Aux barricades! l'ennemi est dans nos murs. n Pas d'hésitation!

« En avant pour la République, pour la Commune et pour la Liberté I H Ans armes !

<i Paris, 22 mai 1871.

ne et

Les chefs communeux avaient, une fois encore, recoun aux mensonges ofllciels et lançaient cette proclamation :

« Hier soir, les Versaillais ont lente l'entrée de Paris, du c6té de Neuilly, en comblant les fossés avec des fascines.

(i Immédiatement, les fédérés, au moyen de pompes i pétrole, incendièrent les fascines et brûlèrent tout vifs les royalistes.

(1 Rien ne peut dépeindre, paralt-il , l'efTct produit par ces engins d'un nouveau genre ! «

D'autre part, la terreur rendait furieux quelques répnblicans très avancés. Le journal le Salut Publie pnUitit, par exemple, ce qui suit : ^^H

« CitoyeDs,

tt La trahison a ouvert les portes à rennemi ; il est dans Paris ; il nous bombarde ; il tue nos femmes et nos enfants I

« Citoyens, l'heure suprôme de la grande lutte a sonné. Demain, ce soir, le prolétariat sera retombé sous le joug, ou affranchi pour Téternilé. Si Thiers est vainqueur, si l'Assemblée triomphe, vous savez la vie qui vous attend : le travail sans résultat, la misère sans trêve. Plus d'avenir! plus d'espoir! Vos enfants, que vous aviez rôvés libres, resteront esclaves; les prêtres vont reprendre leur jeunesse; vos filles, que vous aviez vues belles et chastes, vont rouler flétries dans les bras de ces bandits I

« Aux armes! Aux armes!

(( Pas de pitié ! — Fusillez ceux qui pourraient leur TKKDRE UL iiAi!t ! Si VOUS éticz défaits, ils ne vous épargneraient point Malheur à ceux qu'on dénoncera comme les soldats du droit; malheur à ceux qui auront de la poudre aux doigts ou de la fumée sur le visage.

« Feu! Feu!

a Pressez-vous autour du drapeau rouge sur les barricades, autour du Comité de salut public. — Il ne vous abandonnera pas.

(( Nous ne vous abandonnerons pas non plus. Nous nous battrons avec vous jusqu'à la dernière cartouche, derrière le dernier pavé.

« Vive la République ! ' Vive la Commune ! Vive le Comité de salut public ! »

F.iul-il allribuer ft l'cxuspéi-alion de quelque c ncux fauatique l'explosion des poudres earermées dans le manège de l'école dV'lal-major et qui, dans celle journi^edii 22, vers midi, ébranla la région oiiesl du faubourg Sainl-Gennain? Était-ce là le préhide de tous les forfaits qu'allailcommeltrc une bande de misérables? Élail-ccun premier acte de leur vengeance? Il est cerLiin que la situiLliou desinsurgés élaitdéjà grave, dÈs le soir du2:f nui, et que le succôs de leur sysièroc de défense semlilail .'inguliërement compromis.

L'insurrection suivait ua plan bien arrûlé, et l'on peut reconnaître, dans l'ensemble des barricades dont les rues de Piiris étaient hi^rissc^es, une sorte de sysli>me général assez intelligemment ordonné. Était-ce une conception de Gluseret? Un plan de Gaillard père? Vn souvenir d'étude deRossel? Nul ne saurait le dire aujourd'hui, mais, d'après les faits connus, il est, dès à présent, possible de restituer, comme il suit, l'édilice communeux :

En deçà de la ligne des fortifications, les insurgés avaient organisé une deuxième enceinte passant, sur la rive droite, par le Ti-ocadéro, l'Arc-de-Triomphe, k^ boulevards de Courcelles, des Datiguolles, de Hocbechouart; sur la rive gauche, par le ponld'léna, Tavenue de la Bourdonnaye , l'École militaire , les boulevards des Invalides et du Montparnasse, et la gare de l'Ouest. Sur tout le développement de ces retrancbements iutérieurs, les têtes de mes étaient barricadées, elles places J maîent réduits.

Goncentriquementi ces deux enceintes fortifiées , les communeux avaient orçanisé défensivement la ligne des booieyards , la rue Royale, le ministère de la marine, la terrasse du jardin des Tuileries, le pont de la Concorde, le palais du corps législatif, la rue de Bourgogne et la me de Yarenne. Cette troisième ligne d'obstacles faisait l'orgueil des insurgés : ils ne se lassaient point d'admirer leur fameuse barricade de la rue Saint-Florentin, et celle qui fermait le quai, en prolongement du parapet des Tuileries regardant la place de la Concorde.

Ce n'est pas tout. Cette troisième enceinte étant supposée forcée, les insurgés n'étaient pas encore à bout de ressources. Sur la rive gauche, ils défendaient successivenfient les rues de Grenelle, Saint-Dominique, et de Lille, fermées par des barricades à leur intersection avec celles de Bellechasse , du Bac et des Saints-Pères. Sur la rive droite, ils soutenaient la lutte parla rue Neuvc-des-Petits- Champs, la rue de la Paix, la place Vendôme. Chassés de cette dernière position, ils pouvaient encore défendre la me Saint-Uonoré, et opérer une retraite par le palais des Tuileries, le Louvre et l'Hôtel de ville.

Telles sont, vraisemblablement, les bases du projet des biiricades de 1871.

Ces obstacles eux-mêmes, il ne pouvait s'agir de les aborder de front, car ils étaient, pour la plupart, très-respectables, et solidement armés. Avare du sang de ses soldats, le maréchal de Mac-Mahon prescrivit aux généraux sous ses ordres de ne chercher à emporter de vive force

qae te» buTÎcsdes considérées comme c/ec de positiçnt: ^auA i toalesles aatres, il était ordonaé de les tourner. C'tsl ainsi qae, dès la soirée du ââ mai, l'arrivée du gétténl CUnrhaal sur les boulevards va faire tomber \ei dêJotses des Tbileries et la barricade Saint-Plorentin. De Bbneaitssî, les insurgés, repliés sur le Louvre, s'eropre^scront d'évxcuer leur réduit quand ils se seoUront pris 1 revers {or le boulevard île Sébastopol. Oc comprend dooc, (tans ses dispositions d'ensemble, le projet d'al- Uqneda maréchal. Il consiste partout ùs'éteadre; àtour- Vtt, à déborder l'adversaire.

Le 33 mai,l i heures du soir, le chef du pouvoir cxëciitif adressait aux autorités celle proclamation :

■ Les éréoements suivent la marche que nous avions le drail de prévoir.

« UTa90,000 hommes dans Paris. Le général de Cisse; est établi de la gare du Montparnasse à l'ËcoIe militaire, •t achève de border la rive gauche de la Seine Jusqu'aux Tuileries. Les généraux Douaj et Yinoy enveloppent les Tuileries, le Louvre, U place VendAme, pour se diriger ensuite sur l'Hâtel de ville. Le général Clinchant, maître de rOpéra, de la gare Saint-Lazare et des Balignolles, lient d'enlever la barricade de Clichj. 11 est ainsi au pied de Sloolmartie, que le général l^ailmirault vient de louroeravec deux divisions. Le général Montaudon, suivant |>ar le dehors le mouvement du général Ladmirault,aprb Keutll.T, Lenllois-Perrel, Clicby, et attaque &iiQt-<]

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n a pris 105 bouches h feu et une fonle de prisonniers.

■ La résistance des insurgés cède peu à peu, et tout Ikit espérer que, si la lutte ne Bnit pas aujourd'hui , elle sera terminée demain au plus tard, et pour longtemps.

c Le nombre des prisonniers est déjà de 5 à 6,000, et sera le double d'ici à demain. Quant au nombre des morts et des blessés , il est impossible de le fixer, mais il est considérable; Tannée, au contraire, n'a fait que des pertes très-peu sensibles.*»

Et, & trois heures et demie, cette seconde proclamation confirmait heureusement l'espoir qu'avait fait naître la première :

« Le drapeau tricolore flotte sur la butte Montmartre et sur la gare du Nord. Ces positions décisives ont été enlevées par les corps des généraux Clinchant et Ladmirault. On a fait environ 2 à 3 mille prisonniers.

a Le général Douay a pris l'église de la Trinité et marche sur la mairie de la rue Drouot. Les généraux de Cissey et Vinoy se portent sur l'Hôtel de ville et les Tuileries.»

Quelques détails sont encore ici nécessaires : Nous avons exposé plus haut comment, dès le soir du 22 mai, les insurgés se trouvaient enveloppés par les divers corps de notre armée. A ce moment, le quartier général s'installait aux Affaires étrangères. Le général de

Liidcniriiult (1"' corps) s'élablissail boulevard d'inktmunn; le pi^néral de Cissey, h l'École miliUirc. Le général Douay {\' corps) avait son qiiarlîer général avenue Montaigne; le général Clinchanl (5 "corps ), au nouvel Opéra; le général Vinoy (armée de réserve), aux Inraliiles.

Le lendemain , 23 , vit s'accomplir, sur la rive droite, les opérations suivantes : dès le matin, les buttes Montmartre furent couvertes des feux de la batterie de pièces! longue portée établie au cbilteau de Bécon, et de ceux de la division Montaufion (3' du 1" corps) qui opterait, à l'extérieur, par Levallois, Glichy et Saînt-Ouen. Cette i!ivisiou formait, au nord-ouest, l'investissement de Montmartre, dont le tir n'était pas assez plongeant pour l'inquiéter, et elle en rejetait les défenseurs sur le reicrs opposé, vers les pentes des rues Uochechouart et des Martyrs.

La canonnade Tut trËs-vive jusqu'il dix heures du matin.

Pondant ce temps, le reste du 1" corps s'avançait, à l'intérieur, par le parc Monceaux et le boulevard des Batignolles. De son cAté, le a' corps marchait par la rue de la Cliaussée-d'Antin et la rue de ClîcLy. Le géoéntl Clinchant n'emporta pas sans diflicullé les déTenses de celte fumeuse place Clicbj, jadis témoin des efforts du maréchal Moncey ; mais il l'emporta, et la possession de cette Étoile nous donna la clef des positions qu'il s'agissait d'occuper. Dès que les barricades sont prises, Ladmii-anil file par l'avenue de Saint-Ouen et va se placer

au nord de la bulle, lace eu arrière aux JVords du V* >eeteiir. Sa l""^ division (Grenier) délaehe la hri[;ade Abbatucci dans la rue des Poissonniers; et la brigade Pradier, dans la rue Marcadel. Sa 2*^ division (de Laveaucoupet) se masse en résene dans le triangle décrit par ces deux rues et la rue du rempart. Une balterie de ^2, de la réserve, et une batterie de 4, de la division de Laveaucoupet (commandant Vidal), prennent position sur le terre-plein de l'enceinte. Les feux dont elles couvrent le moulin de la Galette sont destinés à déloger les tirailleurs communeux et à aider ainsi aux mouvements du général Pradier.

Cependant la brigade Abbatucci rencontre sur la gauche une vive résistance. La brigade Hanrion, de la division Laveaucoupet, qui arrive de l'avenue d'Eylau, oii elle était en réser\'e, lui envoie le 2* bataillon de marche de chasseurs et un bataillon du 45* de marche. Les chasseurs enlèvent vivement les barricadesdes rues de

la Chapelle, Philippe-de-Girard, Pajol et Iliquet; les compagnies du 45" chassent également les défenseurs des mes. Doiideauville, Stephenson, Myrrha, Léon et Polonceau; et la division Grenier, complètement dégagée, termine heureusement son mouvement. A la môme heure. Clinchant s'empresse d'occuper solidement l'avenue de Clichy, l'avenue de Saint-Ouen , le pourtour du cimetière Montmartre; et la butte, déjà menacée par le nord, est encore assaillie à l'ouest.

Le 4* corps a\^it aussi son rôle daus cet ensemble

d'opérations combinées. Le (i;i:néi'al Douay vicnl- ik s'emparer de la ligne des boulevards , de U MadeUint au Cbilteau'd'ELau , non sans faire , au boulevard des litliens, un très-grand carnage d'insurgés. Il s'éliutce à son tour par la rue du Faubourg-Poissonnière et le boulevard Magenta, et prend position sur la chaussée CUgnaacourt. Les gares du Nord et de l'Est tombent entre nos mains, et Montmartre est enveloppé à l'est, comme il l'est déjà ù l'ouest et au nord. Quant au versant sud, ii est h la fois menacé par Douay et Clinohant, qui doivent se donner la main par les boulevards Clicby et Hochechouart.

Le nœud coulant était donc passé complètement; il ne s'agissait plus que de serrer.

Vers une heure de l'après-midi, toutes les dispositions étant bien prises, notre canon, qui, depuis dix heures, a\'ait ralenti son feu, cessa tout d'un coup de se faire entendre... et nos colonnes d'attaque s'ébranlèrent pour gravir les pentes de la fameuse butte. Elles s'élancèrent à l'assaut, de trois c6tés à la fois, avec un élan irrésistible, alors que les insurgés ne croyaient mûme pas qu'on osât les aborder,... et le drapeau national fut planté sur labour Solferino par les troupes de la brigade Wolff (I'* de la division de Lavcaucoupet : 23* bataillon de marche de chasseurs, G7% 08° et 60' de marche).

Le désordre fut immense parmi ces bandes de commuiieux en guenilles : lâO pièces de canon, de longues files de fourgons, des bataillons entiers tombèrent

entre nos mains. Ce fut un vaste coup de filet exécuté en moins d'une demi-heure. Les défenseurs du versant sud pouvaient seuls tenter une retraite par les rues Figalle, des Martyrs et Rochechouart. Us tinrent assez bien derrière des bâtiments en construction de l'avenue Tnidainè , et Ton eut quelque peine à les en déloger. Trois cents d'entre eux s'étaient retranchés dans l'église de la Trinité. On dut recourir an canon pour en enfoncer les portes. Rien de plus triste que le défilé de ces misérables lorsqu'ils sortirent entourés des soldats. En tète marchait un délégué de la Commune, à la mise soignée et à l'air réscdu ; mais le reste était un pôle-mèle sans nom d'individus aux costumes souillés, au visage exténué et défait La foule les accablait d'outrages et ne leur anrait pas épargné les mauvais traitements sans l'inter- Téntion énergique de nos officiers.

Ainsi Montmartre était'à nous ! Nous possédions l'Aventin démagogique ! le nid de vautours qui avait vu éclore la Commune rouge! le repaire d'où, le 18 mars, les hommes de proie s'étaient jetés sur le splendide Paris!

Nos pertes étaient heureusement loin d'atteindre le chiffbe qu'on pouvait craindre d'avoir à supporter. Les guerres de rues sont ordinairement désastreuses, mais la prudence de nos généraux et l'entrain des soldats surent heureusement nous préserver d'un trop grand deuil. Depuis trois jours que durait le combat, nous n'avions perdu Que très-peu d'officiers, parmi lesquels il faut

f^iter le colonel d'élat-major Piquemal cl le «^ (lu génie llaxo.

Quant aux coinmuneu\, on leur avait lue beaucoap de monde et fait un grand nombre de prisonniei^; enlK autres, le célèbre Assi, l'iincien gréviste du Creusot, supris au quai de Billy dans la journée du S3. Ce pcrsonnage conduit, le lendemain matin, à Versailles, y fui d'abord d'une insolence extrême. — « Voyez, dit^il-i! impu- (I demnientaugrand'prévût, dans qnel état vos iurdmcs u soldais ont mis Paris!... Paris!... vous n'y seriez jamiis Il entrés si la Commune n'avait pas été à bout de ressourn ces... Mais votre victoire vous coûtera cher!,,. » On le questionna pour connaître le sens de ces rëliceaces comminatoires... on lui demanda si Paris était menacé d'incendies, d'explosions... il ne voulut pas répondre et le régime du pain et de l'eau put seul calmer cette eial-

L'altiLuded'Assi étant inquiétante, le préfet de police fil aussitôt partir pour Paris plusieurs compagnies de gardiens de la pais, préalablement revêtus de coslumes civils.

Pendant que tes 1*', A" et 5' corps prenaient possession de Montmartre, le général de Cissey (2" corps] mettait aussi i!t prolit la Journée du 33. Sa droite, appuyée & la gare de l'Ouest, emportait la grande barricade de la rue de Rennes et, cet obstacle enlevé, prenait possession de Saint-Sulpice; elle s'établissait, d'ailleurs, définitivement sur la chaussée du Maine, 3U\ lieu et place du fameux

j2«'n(''ral llcni'v. Sa gauche s'i^^tallail solidcmciil l'iic de Yarenni* d'oii elle avait chassé les iiisiir<j:és, et organisait au Corps législatif une batterie destinée à conlrebattre celle de la terrasse des Tuileries. Elle était, d'ailleurs, soutenue par la division Bruat qui occupait le ministère de la guerre et la direction du senice télégraphique de la me de Grenelle. Pendant la nuit du 23 au 24, le général de Gissey, filant le long de la rue du rempart jusqu'à la courtine 83-84, s'empara du parc de Montsouris, de la ligne et de l'embarcadère du chemin de fer de Sceaux, et fit tomber, en les prenant à revers, les barricades de la place d'Enfer qui l'avaient fort gêné la veille.

Extérieurement à Penceinte , entre la porte de Vanves et la Maison-Blanche ,' la rive gauche était aussi témoin d'une grande action de vigueur. Repoussés par les soldats du 38"" de marche, les insurgés qui défendaient cette région n'avaient d'autre ressource que de se réfugier sous le canon des forts d'Ivry, de Bicôtre et de Montrouge... qui, affolés, éperdus, enragés, tiraient à toute volée sur le sud de Paris. '

Entre les quartiers de la rive droite et ceux de la rive gauche, le cours de la Seine était aussi défendu par les insurgés. Ils avaient embossé sous le pont Royal une canonnière qui lâchait de vigoureuses bordées, et installé sur le terre-plein du Pont-Neuf une batterie qui nous faisait également beaucoup de mal. Pour tenir tète à ces défenses, on eut l'idée d'organiser une flottille et, dans la journée du 23, le général Bruat entreprit cette organisation en

commençant par réarmer la Commune, batlene flôTlante prise aux insurgés dans les eaux de Grenelle.

Ainsi que l'avail dit M. Thiers, on était en droit d'espérer que la lutte serait, sinon terminée, du moins trèsavancée (16s la matinée du 21 mai , maïs d'autres épreuves nous attendaient encore. Nous avions ù subir les effets de la rage d'une insurrection vaincue. Contraints de nous céder le terrain , les misérables mirent le feu aux édifices qu'ils abandonnaient.

L'incendie se manifesta aux Tuileries dans la nuit du S3 au n.

H Je ne veux pas chercher h vous consoler, disait H. Thiers à l'Assemblée, en la séance du SI mai, car je suis inconsolable moi-même du malheur qui vient de frapper notre pauvre pays. Avant tout, laissez-moi vous dire que l'insurrection est vaincue. Le drapeau tricolore flotte sur la plus grande partie de Paris ; l'acte odieux de vandalisme, et sans exemple dans l'histoire, n'est qu'un acte de désespoir.

M Nous étions arrivés hier soir, 23, h l'Opéra, sur les hauteurs de Montmartre. Nous enveloppions la place Vendôme, les Tuileries, le Louvre. D'autre part, sur la rive gauche , le général de Cissey occupait la plupart des points et avait laissé du repos aux troupes qui avaient combattu toute la journée. Nos généraux ne voulaient pas non plus opérer de nuit dans une ville comme Paris. Quiconque a quelques notions de stratégie n'eût jamais donné un ordre

pareil. D'ailleurs, quoi qu'on eût fait , les scélérats qui ont commis ces actes abominables en avaient conçu le projet , et il n'était au pouvoir de personne d'arrêter leurs mains. Les flammes s'élevaient d'abord sur les Finances , puis sur le Conseil d'État et la Cour des comptes.

« On ne pouvait rien en ce moment; les retranchements des insurgés étaient hérissés de canons et, d'un autre côté, c'était le pétrole qui activait les flammes et qu'on ne pouvait éteindre. Ce matin, 24, les générau:^ont fait tout ce qu'ils ont pu. Mais quand, la place Vendôme prise, ils prenaient les Tuileries, les Tuileries n'étaient plus qu'un monceau de cendres. Le général Douay s'est empressé de faire une coupure pour préserver le Louvre. Nous avons toute raison de croire que le Louvre est sauvegardé. Je reçois en ce moment une dépèche qui m'en donne la plus forte espérance. Le drapeau tricolore flotte sur le Louvre. Malheureusement, j'ai une nouvelle douleur à vous infliger, malgré moi. L'Hôtel de ville est en flammes.

« Ces malheureux n'ont pas voulu lâcher leur victime , la malheureuse ville de Paris ; ils ne voulaient la laisser que détruite. Nous serons maîtres de Paris ce soir; demain, au plus tard, nous serons établis entièrement dans Paris : c'est la conviction de tous nos généraux. L'insurrection est vaincue. Nous avons la victoire , mais nous n'étions pas maîtres de la main des scélérats. C'est avec le pétrole qu'ils ont agi. Ils ont envoyé des bombes à pétrole contre nos soldats. Il y en a quelques-uns qui ont été odieusement brûlés. »

Celait le commencement des horreurs qui deraîent désoler Paris. Oui , pendant plusieurs jours , nous .-iliions voir incendier les monuments de noire pauvre chtre capilaie, l'étoile de l'Occident. Les Tuileries, la Légion d'honneur, le Conseil d'Ëtat, le Palais de justice, l'HAlcl de ville, le minislÈre des finances, le Grenier d'abondance, l'enli-epôt, et tant d'autres édifices publies, et des centaines de maisons particulières devaient fiti-e la proie dos Uammes ! Pendant toute la matinée du ii, Versailles fut couvertd'un nuage de fumée épaisse... elcelte fumée venait de notre malheureuse ville de Paris! Vers une heure de l'après-midi, une explosion terrible se fil eiilendrc... les Versaillais crurent que le Panthéon venait ile sauter. Ce n'était heureusement que la poudrière du Luxembourg, mais on peut, jusqu'à cerLiin point, comprendre les cris de mort qui furent proférés, ce jour-lù, lur le passage des coramuneus prisonniers.

Et, lundis que nos monuments brillaient ainsi, que des bombes chargées de pétroles faisaient à nos soldais d'horribles blessures, l'abject Comité centralavait l'audace de leur adresser cette proclamation :

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