‹ Le Gouvernement de la defense nationale a ToursChapitre 9 sur 44 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Ut volontaires de Catbeli]ietii.»U saiate Vierge et la teinte liberté. — Le presse à Toars. — Le bulletin ofllclel da ManiUur, — Encore les électioiis. — Leur ajournement msintenn. — Démission d&Foaricbon. — Combat de Tonry. ^ Garibaldi et Gambette k Toars. — Les députés espegnols.

Tandis qne, soas prétexte de concorde et d'union, la délégation de Tours conservait i la tète des troupes les manyais généraux de l'empire^ incapables et nullement disposés à faire triompher la république, elle commettait une autre maladresse qui souleva dans TOuest une assez vive émotion. Henri de Gathelineau, le petit-fils du chef vendéen tué à l'assaut de Nantes et de la république^ vint i Tours offrir ses services i la patrie. Les accepter avec reconnaissance, lui donner même UD grade à la hauteur de son énergie et de son intelligence « c'était justice; mais l'autoriser i s'entourer d'une légion vendéenne, i adresser des appels et des proclamations i la Vendée, et i lui dire : a Pleins do confiance en Marie et couverts de son égide, partons ;

nos pères oui combattu pour la foi ; ils furent des héroB, D — n'était-ce pas laisser cet homine, qui signai! • Un vieux soldat vendéen, d tenier de refaire un jour I cette Vendée dont la dernière convulsion datait de 183S , et se rattachait au nom de ton père î L'éiéiitent clérical [ allait bien entrer dans les armées de la république avec I les zouaves de Charette ; mais c'était un corps tout or^unisé, composé de jeunes soldats de toutes les provinces, qui ne pouvait soiii,'i^r qu'à rivaliser de courage avec les soldats de la nation, parmi lesquels il devait combattre. Une légion de volontaires vendéens, levée dans un pays où les souvenirs de guerre civile son! restés vivaces; où le clergé, sous l'égide de Harïe, tra* vaille avec plus de succès que partout ailleurs à dominer . et à gouverner, devait naturellement exciter des craintes légitimes parmi les républicains. Allain Targé, préfet de Maine-et-Loire, et Guépin, préfet de la Loire-Inférieure, , jugèrent la chose assez grave pour s'opposer ahsolument i toute tentative d'eorAlement et à la formation des volontaires de Caibelineau.

Sous ce titre : Lbs Volontaihes db l'Ocxst, on Ut dans laMoniletir .-

• M. de Catheliceau était parti pour Angers, afin de recruter le corps de volontaires dont nous avons parlé,

■ Malheureusement le préfet de Maine-et-Loire ût le préfet de la Loire-Inférieure ont cru devoir s'opposfr

afatolument à toute tentatite (f enrôlement et & la formation des ?oloDtaires de l'Ouest.

» M. de Cathelineau a été obligé de revenir à Tours. Reçu par M. Laurier et par M. Crémieux, il leur a fait part de la situation qui lui était faite.

» Le garde des sceaux a écrit alors aux deux préfeté de Maine-et-Loire et de la Loire-Inférieure la lettre suivante, qui nous est communiquée par M. de Cathelineau luimême :

• Toun» tS septembre 1870.

» Chers préfets,

9 Laissez à Cathelineau, Stof flet et Qoériaux, la mission qu'ils se sont donnée et que nous avons approuvée. Une s'agit en ce moment que de faire la guerre aux Prussiens; laissons toutes les opinions se réunir» pour libérer notre sol, sous le drapeau de la France.

» Les noms vendéens ne sont aujourd'hui qu'un souvenir de notre histoire, et vous comprends facilement, vous et noê chers aiiiis ^républicains, l'abîme qui sépare rHéritier prétendti du trône divin et notre beau drapeau dé la réf olution.

• Ne contrariez donc pas nos Vendéens de 1870. Que nos concitoyens s'unissent et marchent ensemble sous DOS couleurs nationales : ne nous fâchons pas de ce que des Français ealhoUques invoquent la sainte Vierge,

< pendant que des Prauçaia libéra I liberté.

* H. Laurier, de soa cAté, a écrit aux loAmes fonclioD- . naires ces queliiues li^es chaleureuses et prorocJérnoit patriotique! :

sou I

• Toun. IS MpUmbr* 1S10.

n Mon cher Henri, > MoD cher Guépiii, » En présence des Prussiens, il n'y a plus de parll, il

• a la France.

> M. de Cathelineau nous donne sa parole que sou

• concours est loyal, dévoué à la patrie, sans arrière- » pensée.

a Accueillons ce courage, et nu lieu de nous emlétier, I faisons-lui fôte.

■ A vous,

> C. Laubier. ■

Laurier, comme Crémieux, sincèrement ou par suite de cette habileté dans le maniement des hommes qu'il voulait mettre en pratique, disait qu'il croyait au patriotisme du clergé et du parti clérical. Tous deux ne sentaient pas, comme noua autres républicains des provinces de l'Ouest, combien ce parti a de puissance, de .ressources et de moyens habiles pour dénigrer la répu- [ bliqiie et étouffer la liberté. Peut^âtre ne croient-ils pas

encore que la sainte Vierge da cléricalisme est Virréconciliable ennemie de la sainte liberté et de la république. Il n'en est pas moins vrai qu'ils auraient aidé à faire revÎTre la légende vendéenne, si elle pouvait ressusciter encore, en invoquant ceux qui, combattant pour la foi, furent braves, mais mauvais citoyens (fl).

Pour éclairer le gouvernement de Tour.*:, el défendreTopinion républicaine, aucun journal à opposer aux journaux réactionnaires qui l'avaient précédé ou accompagné dans sa petite capitale. Le Sièck, qui avait envoyé Taxile Delord faire quelques tentatives auprès de l'imprimerie Marne, l'avait trouvée inhospitalière. Elle réservait son hospitalité pour le Moniteur universel de Dalioz et pour le Français. Toute la gamme de la réaction hostile à la république était représentée à Tours, depuis le Moniteur honnête et modéré jusqu'à la blanche Union de MM. Laurentie et Poujoulat, en passant par le Constitutionnel^ ayant encore une légère teinture if impérialisme, par le Français et la France. Ils se mirent vite à attaquer en chœur les républicains de Lyon et de Marseille, pour attaquer et déconsidérer la république. Puis, ce fut un concert bruyant et violent contre tout ce qui, de près ou

(i) Les troubles d'Angers et l'attitude de MM. de Cathelineau et de Charette prouvent assez clairement aujourd'hui que ces alliés de la droite légitimiste et cléricale n'entendaient pas se placer sous le drapeau de noire révolution et de notre république.

dti loin, tenait à l'opinion &ati-cléricale et républicaine. Et pres<{ue tous ces journaux avaieut un pied dans les cabinets des délégués de la défense nationale. L'i'nionti la France obtenaient plus parliculièrement les confidences de l'amiral Fourichon, que l'on accusait dans les bu- I reaux des autre» minislères de leur révi'ler les iélé- . grammes el de leur donner U primeur deï secrets d'Etal. ■ Accusation téméraire sans doute, mais que rendait vraisemblable l'intimité du ministre avec les rédacteurs. Le ' télégraphe était aussi circonvenu, et l'on se plaignait si f fort en haut lieu de ses indiscrétions, que le préfet ► d'Indre-et-Loire disait qu'il n'avait cessé d'être indiscret \ qu'une seule fois, pour la transmission d'un télégramme [ si important, que le silence avait été commandé sous h peine de mort.

Le gouvernement de la défense nationale, au lieu de

\' créer un organe à lui, emprunta la publicité du Monileur

livertei pour la promulgation de ses actes ofQciels.

t Dans le numéro du S6 septembre parut celle double note :

« A partir de ce jour el jusqu'à nouvel ordre, le

• Moniteur universel est chargé de la publication des

\ s actes et documents oQicieLE, émanés de la dêlégatioa

I » gouTernementale à Tours, ou communiqués par elle.

I Celle publication oQicielle sera sqiarée du texte du

ournal par le signe typographique suivant :

» Li Momtntr MiMenre ien futière indépendance » pour font ce qui se ittttclie à la rédaetion politique» » scientifique el littéraire.

« De son cAté le gouTemement n'est responsable que » des publieations faites sous cette rubrique : BuUêtin » êficiel de la diléguiUm du gtmvememenl de la défenee

i^ par ce contrat synàllagmatiqne passé par-deTsnt le public entre le gouvernement et le Moniteur^ celui-ci se réserrait une politique qui pouvait différer complètement de celle de la délégation ; en sorte que ce Janue^ ce bifnme^ comme l'appela depuis le Siècle, pouvait k sa seconde page combattre une politique dont les actes officiels, publiés à la première, lui assuraient une vente énorme et des bénéfices considérables. Et comme le Maniteut, ayant un pied dans la république, maintenait l'autre dans le camp de la réaction, la délégation payait ce journal pour se faire critiquer et faire attaquer plus ou moins ouvertement la république, et lui fournissait l'arme d'une immense publicité. Si libéral que Ton puisse être, il est pourtant étrange de donner des verges pour se faire fouetter, surtout quand les coups de fouet, en vous tombant sur le dos, nuisent à la cause dont vous êtes les défenseurs.

Le mois de septembre, qu'une politique décousue avait

; dépeoEé en (àtoaneiueals stériles, n'avait guère Tait avan- , cer en province la réorganisation militaire i^n la France. • Il se terminait par la capitulation He Strasbourg i et la marche en avant de l'enDemi, ne rencontrant que des F corps épars et des généraux disposés à se replier en bon I ordre, menaçait Orléans et la ligne de la Loire. La délégation de Tours n'en persistait pas moins à vouloir faire [ les élections, ce (jui dénolait qu'elle se défiait d'elle- I même et n'avait pas une fi-i robuste dans la république. [ par un décret du 1" octobre, le jour même où à l'Hôtel- ^ de-Ville le gouvernement resté à Paris, en llagranip I contradiction avec celui de Tours, maintenait l'ajourne- [ ment des élections et déclarait nulles les élections accom- I plies en violation de son décret, Crémieux, Glais-Biioin relFourichon convoquaient de nouveau les comices éleclo- Itanx pour le 16 octobre. Et les considérants du décret Ixlfl Paris prouvent bien que c'était une désapprobation (formelle des réâolulions prises à Tours.

( Le gouvernement de la défense nationale : ' Vu la dépêche, de la délégation de Tours, t!a date du I * 29 septembre, parvenue le I" oclobn; au gouveroe- Fa ment, portant liialion au 16 octobre des i'lei.lions pour > l'Assemblée constituante ;

» Atlenduque celle résolution nouvelle est en opposi- I lion avec le décret du gouvernement de la défease

« nationale, seul obligatoire, et que d*ailleurs elle est » d^iiie exéculioQ impossible dans vingt-trois départe- » raents, et nécessairement incomplète dans les autres; » décrète : L'ajournement des élections est maintenu jus- 9 qu'au moment où elles pourront se faire sur toute la « surface de la république. »

Cette décision de Paris, qui semblait Tindice d'une politique plus fenne et plus républicaine, manifestait jusqu'à l'évidence les graves inconvénients de la mesure qui avait maintenu le siège du gouvernement dans une place de guerre investie. Mais il ne suffisait pas de décréter i Paris, il fallait faire connaître à la province la volonté de ce gouvernement, isolé dans un cercle de baïonnettes et de canons. Par un autre décret du i *' octobie, il confiait à Léon Gambette, ministre de Tintérieur, la mission d'apporter hors de Paris c les instruc - > tions et les ordres de ceux qui ont accepté la mission f de délivrer la France de l'étranger. »

Donc, dès le i" octobre, bien qu'un peu tard déjà, le gouvernement avait compris la faute qu'il avait commise, en remettant une des plus importantes portions du pouvoir au triumvirat de Tours, et il essayait de la réparer. Les vieillards qui devaient travailler i la défense nationale n'avaient pas mtoe fait entre eux l'union dans la flaiblesse. Par suite de dissentiments entre le ministre de la guerre et de la marine et ses collègues délégués du

gouverDement provisoire, l'amiral Fourichon donnait h démission de ses fonctions de ministre de la guerre par intérim, et Crémieux les reprenait le 3 octobre, ponr , quelques jours seulement; car Gambella s'apprêtait i t quitter Paris pour venir prendre ï Tours ce lourd fardeau. Cependant l'armée de la lioire, en avant d'Orléans, fai- ' tait quelques reconnaissances, notamment le i octobre à Cbevilly, et cODSiatait que l'ennemi, concentré & Tourj, y avait réuni de nombreui troupeaux, provenant des réquisitions faites dans les villages environnants. Le 5 octobre, le combat de Toury, dans lequel trois brigades de cavalerie avec chacune une demi-batterie et de l'iafanterie avaient pris l'offensive, forcé l'ennemi à la retraite et l'avaient poursuivi, selon la dépëcbo du général Heyau, pendant trois ou quatre kilomètres, donnait quelques espérances à Tours, à Vendôme et à Orléans, De ces deux villes on télégraphiait que les Prussiens avaient été chassés de Toury, Janville et des villages voisins, que l'enihousiasme allait croissant, et que la roule de Toury était encombrée de gardes nationaux venus de 40 kilO' mètres à la ronde ; en&a qu'à la suite de la déroute de Toury et de l'occupation de cette villa par nos troupes, l'enoemi avait évacué Pitbiviets, laissant derrière lui un convoi de bestiaux. Presque en même temps se répondait la nouvelle que l>on Gambatta, la jeune et brillant orateur de la gauche, le ministre de l'iatirieur du gouverne-

ment provisoire de la défense nationale, avait quitté Paris en ballon, qu'il était descendu aux environs d^Amiens et qu'il arriverait prochainement à Tours. Déjà cette odyssée aérienne, cette merveille inouïe d*un dépositaire du pouvoir prenant celte voie pour venir donner force et vigueur à la délégation un peu endormie à Tours, remuait rimagination populaire^ et séduisait des populations provinciales prédisposées à se jeter dans les bras d'un sauveur. Il 7 eut de Tenthousiasme^ lorsqu'on apprit que ce jeune homme, ministre de la guerre et de Tintérieur, monté le 7 octobre, à onze heures du matin, dans le ballon Y Armand-Bar bis ^ avait failli tomber au pouvoir des Prussiens, essuyé deux fois leur fusillade, et avait même eu la main effleurée par un de leurs projectiles.

Le Moniteur^ copié par tous les journaux, apprenait à toute la France attentive le voyage périlleux de Léon Gambetta. Ce fut l'heure du Ga pi tôle : après le voyage aérien, le voyage triomphal; Amiens, Rouen, le Mans, Tours, le reçurent avec de chaleureuses et unanimes aedamations. Annoncé depuis la veille et attendu avec impatience à Tours, dans la matinée du 9 octobre, il B^airiTa qu'à midi.

c Vers deux heures et demie, dit le Moniteur^ pendant • que les membres du gouvernement étaient en séance, > nous avons assisté à un spectacle bien fait pour exciter » la fibre patriotique; une foule immense de citoyens

> s'est portée dans la cour de la préfeclure, réclamaDi B Gatubetta ut Garibaldî. Bienlôt, M. Gambetia a paru à s l'un des balcons. Sa pLiysionomie austère et grave

• était empreinte d'une mâle énergie. L'émotion popu<

> laire s'est manifestée par les plus vives et les plus una- ' • nimes acclamations. Puis le silences'est faitet M. Gam-

» belta a pris la parole. En quelques mots, prononcés

> d'uue voix iorte, le ministre de l'intérieur a remercié

• l'Assemblée des témoignages d'affection qu'elle lui pro- » diguait.

» — MaiDlenant, a-t-il ajouté, quelque salislaction que

> J'en ressente, l'heure n'est pas aux nianifestalioas.

> Travaillons et combattons. Je vous apporte les instruc-

■ tions et les résolutions du gouvernemeut de Paris. Ne ' n pouvant parler à tous, j'ai pris lu parti d'écrire, Les

• affiches que vous pourrez lire dans une heure vous fe-

• ront connaître l'objet de ma mission. Et maintenant,

> Messieurs, encore une fois, travaillons et combattODB;

■ travaillons immédiatement, car nous n'avons pas une ■• minute à perdre. Que cliacun soitàson poste decooi-

• bat. Séparons-noiiSj en criant : Vive la République! d La proclamation de Gambetta, affichée et publiée le

même jour, débutait par cette phrase :

a Par ordre du gouvernement de la république, j'ai

• quitté Paris pour venir vous apporter, avec les espé-

• rances du peuple renfermé dans ses murs, les instruc-

p tions et les ordres de ceax qui ont accepté la mission B de délivrer la France de Tétrauger. »

Il j avait, entre le langage du jeune ministre et celui (les délégués auxquels il venait s'adjoindre, une différenée notable ; lui, du moins, confessait hautement la république et en déployait le drapeau. Mais ce qui ressortait de son attitude vis-à-vis de cette foule accourue pour acclamer en lui le patriotisme énergique et jeune, et accueillie avec je ne sais quelle teinte d'ennui dédaigneux et hautain, c'était qu'il entendait bien tenir à une respectueuse distance ce peuple qui venait à lui» comme au représentant de la république» pour offrir son patriotique concours. Il semblait que déjà des conseils de gens peu sympathiques aux démonstrations populaires et aux manifestations de la vie publique Teussent prévenu contre une foule sympathique, qui ne demandait alors qu'à le suivre dans la voie de la révolution et du salut public. Il ressortait de son langage qu'il allait prendre le pas sur ses collègues de Tours, assumer sur lui la responsabilité de la dictature et poser très-haut sa personnalité.

Quel contraste entre ce jeune homme qui se haussait trop, jusqu'à sembler aspirer au rôle de sauveur, et cette figure si grande et si noble de Garibaldi , de ce héros modeste qui recevait ce même jour-là^ i Tours, les hommages et Texpression des sympathies populaires avec tant de simplicité et de cordialité !

Dès qu'il lirait apprit^ U piocUmtition de la république, il s'était empressé d'offrir sod épée à la France.

[ DeCaprera, il avait écrit à ses amis d'Italie : • Hier, je

, ■ TOUS le disais : Guerre à outrance à BonaparlË. Je vous • dis aujourd'hui ; Il faut secourir la république fran- ) çaise par lous les moyens possibles.

> Invalide moi-mèiue, ja me suis offert au gouvernes aetit provisoire de Paris, el j'espèie qu'il ne me sera ) pas imposeible de remplir un devoir. Oui, mes conci- > toyens, nous devons considérer comme un devoir sacré

' > de secourir nos frères de France.

Notre mission ne consistera pas cerlainement à

I, a combattre les frères d'Allemagne qui, étant le bras de la

'• Providence, ont renversé dans la poussière le germe de » la tyrannie qui pesait sur le monde ; mais nous irons

' > soutenir l'unique système qui puisse assurer h paix el I la prospérité entre les nations.

* Je le répète, soutenir par loules les voies possibles la

' > république française qui, rendue à la sagesse par les i leçons du passé, sera toujours l'une des meilleures co- « lonnes de la régénération humaine. » ' Pour l'amener à Marseille , il avait fallu aller le chercher dans son iic, eu traudi: de la marine de Victor- Bmmanuel qui l'y faisait surveiller, et ce grand homme, que Uichelet proclame, avec raison, le seul héros de notre

' triste époque, avait dû venir en France en contrebande

pour mettre sa yi% aa somee de la grande cause humaine. DOarqiié le 7 octobre à Marseille, il y atait été salué avec enthousiasme par la garde nationale et la population qui TaTaient attendu depuis 4 heures jusqu'à 40 heures du soir; sur tout le parcours du quai à la préfecture il avait été acclamé. Le 9 il arrivait à Tours, quelques heures avant Oambetta. Les firancs-tireurs de Tours; I la nouvelle de son arrivée en gare, s'étaient réunis pour aller à sa rencontre et lui faire escorte. Lorsqu'il parut sur le perron de la gare, les francs-tireurs lui présentèrent les armes en criant : Vive Garibaldi 1 Le vieux héros leur adressa quelques paroles émues et cordiales, et entra à la préfecture, où il fut reçu par Crémieux et le préfet d'Indre-et-Loire.

Crémieux lui prodigua d'autant plus les paroles chaleureuses, que l'archevêque de Tours lui avait fait promettre de ne pas souiller l'archevêché, où l'hospitalité lui était donnée par l'Église, en y recevant cet ennemi de l'Église et de la papauté. Oui, ce prélat écrivit et publia, dans les journaux cléricaux, une lettre insolente et odieuse, mais moins outrageante pour Garibaldi qu'il insultait ouvertement que pour Crémieux qui se tut et ne releva jamais Toutrage fait i l'hôte et au défenseur de la France, au futur général de la république.

On eut dit que ce jour-li, dimanche 9 octobre 4870, les représentants de toutes les républiques amies s'étaient donné rendez-vous à Tours. Une légion américaine y était

!.& la disposition du gouveiaement. Quatre députés ré- Ipublicains d'Espagûe : Orease, Emilio Casielar , Paul y ■ ADguloet Tulau élaienl venus dnus le but de s'entendre iayec le gouvernement français sur l'appui réciproque que ^pouvaient se prêter les républicains de France et d'EspJMgne.

Avant de se rendre à la préfecture, pour j saluer Garî- P'baldi et Gambtilta, la manifestation populaire, où l'on re- [ marquait plusieurs officiers de la parde nationale, s'était F, arrêtée, rue Royale, devant l'hôtel où étaient descendus

s dfïpulés espagnols, pour leur exprimer ses sympatbies uraterneltes. Le vieil Orensa avait répondu par quelques Kbonoes paroles, ainsi que ses deux collègues Ângulo et KTutau. Quant à Emilio Castelar, dominant le bruit de la tfoule qui encombrait la rue Royale, du haut du balcon de l'hAtel, il avait esquissé avec une admirable éloquence, et i'une voix vibrante, l'avenir des trois républiques-sœurs Ide France, d'Italie et d'Espagûe, l'avenir de la fédération ■des républiques latines. C'était cette foule électri^ée déjà, ihousiasmée par le discours de l'éloquent orateur ^espagnol, qui s'éiait rendue à la préfecture, ayant à sa wttéte les représentants de la république en Espagne et les ■volontaires américains portant devant eux le drapeau des vÉtats-Uais, pour acclamer Garibaldi etGambettat laré- Ypublique italienne et la république française.

Garibaldi fît l'accueil le plus bienveillant à cette dé-

monstratioo populaire; il dit en quelques' moU du cœur soQ amour pour la république française , et quand ceux qui pressaient sa noble main manifestaient la crainte que sa santé chancelante ne trahit son courage^ et que la blessure d'Aspromonte ne fit obstacle i ses efforts, il leur ' répondait en souriant, de ce sourire doux et fort qui lui conquiert les âmes : Oh 1 dans l'état où Je suis. Je puis encore tenir 94 heures i cheval.

Eh bien ! peu s'en fallut que ce courage et ce dévouement ne fussent repoussés par la délégation de Tours I Garibaldi quittait Tours le 12 octobre, pour se rendre à Besançon, ayant obtenu, non sans quelque peine, le commandement des compagnies franches avec une brigade de garde mobile dans la région des Vosges.

Evidemment la délégation de Tours avait eu la crainte de froisser les puissances monarchiques étrangères, et par* ticulièrement Victor- Emmanuel, près duquel Thiers était arrivé à Florence, le 1 0 octobre, au cours de sa mission diplomatique à travers l'Europe. 11 avait craint aussi de froisser les susceptibilités des généraux et des états-majors, déplorable héritage de Tempire, et les préjugés de chauvinisme qui ne comprenaient pas que l'on plaçât des Français sous Iq commandement d'un général étranger 1 Pour atténuer ces froissements, Gambetta crut devoir faire insérer au bulletin du Moniteur la note et la dépêche suivantes :

— ioi —

« Le gëoétsl tiaribaldi ètail lenu â Tqu» pour mettre

■ au serric« de la république fr9Dçai»c son épée et son

► expérience des cti05«s de ta guerre. Le gonvernemeDl de ) la république a accepte avec reconnaissance Vùffra géné- » reuse du général Garibaldi, et lui a doone, dans la ré-

* gioD des Vo>gej, le commandement des compagnies k Iraochea avec une brigade de garde oaiiouale mobile.

■ Le général est parii pour prendre possession de sou

■ commandement et concerter ses moyens d'action avec » les auiorilés cifiles et militaires Trançaises.

> Avis de son départ a été donné au général Cambriels,

> par la dépêche suivante, que M. le ministre de la guerre

* lui a adressée :

■ Toura, le 13 octobre 1870.

» Général, je fais appel à votre patriotisme. Le com- » mandement des compagnies rranches, avec une brigade

■ de mobiles, dans la zone des Vosges, a été donné au

• général Gaiibaldi, qui a généreusement offert son épée

■ et ses services à la république française. Le général

• Garibaldi est parti pour aller vous voir et se concerter

* avec vous sur les moyens d'action. Je compte sur le bon R accueil que vous allez lut faire, et je suis sûr qu'au

• homme de cœur tel que vous' mettra loyalement la B maÎD dans ctlle de l'illustre patriote, pour thomplier t ensemble des difficultés présentes.

D Léon Gâmbetta,

■ *iiii«(r* ûr riBl*ri»iif, d*l#gu* à 11 guerre. :

Comme on sent lesprécaationsoratoires pour faire accepter et accueillir sans morgue le héros par Thomme à épauiettes étoiiées^ auquel on a donné le commandement de la région et de l'armée de l'Est I N'est-on pas tenté de rougir de la faiblesse du jeune ministre, qui a le droit de commander, au nom de la France et de la république, et qui prie le général Gambriels de mettre loyalement la main dans celle de Tillustre patriote ! Comme s'il était digne de commander des armées de la république le général qui ne se serait pas fait honneur de s'incliner devant cette gloire^ et aurait hésité i presser cette noble main !

Quant aux députés espagnols, il quittèrent Tours peu de temps après Garibaldi, fort attristés de voir qu'ils ne pouvaient s'entendre avec un gouvernement qui gardait tant de ménagements avec les cours étrangères et les généraux sans dévouement à la république. Emilie Castelar disait en partant ; De tout ce que j'ai vu à Tours, la seule chose qui me console un peu, c'est que la France est au-dessous de TEspagne.

Triste et ironique parole d'un cœur désolé, qui ne croyait peut-être pas dire si vrai 1 La seule chose aujourd'hui qui puisse nous relever et nous replacer au-dessus de TEspagne, c'est l'installation définitive et la conservation de la république, que cette nation amie n'a pu encore établir chez elle!

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