‹ Le gouvernement de Louis XIV; ou, La cour, l'administration, les finances et le commerce de 1683 à 1689; études historiques accompagnées de pièces justificatives, lettres et documents inédits (volume 2)Chapitre 1 sur 56 · Le gouvernement de Louis XIV; ou, La cour, l'administration, les finances et le commerce de 1683 à 1689; études historiques accompagnées de pièces justificatives, lettres et documents inédits · texte numérisé non relu

Le gouvernement de Louis XIV; ou, La cour, l'administration, les finances et le commerce de 1683 à 1689; études historiques accompagnées de pièces justificatives, lettres et documents inédits

É* couicnon vn nuncirivx iconoaisTsa, du dictionhiiu du «»■•«« CT sn ■AacaÀDsuBt, ne.

■ncMekelleu, 14>

Les faits que ces éludes ont pour objet d'approfondir commencent au mois de septembre 1G83, époque de la mort de Golbert, et s'arrêtent vers la (in de Tannée 1689, au moment où, à la veille d'une longue guerre, Claude Le Peletier, qui avait remplacé le grand ministre au contrôle général des finances, trouvant la charge qu'il avait acceptée au-dessus de ses forces, supplia Louis XIV de lui donner un successeur^ .

Quelque restreint (\\xï\ puisse paraître au premier aspect , ce cadre embrasse pourtant un certain nombre d'événements d'une grande importance, notamment la révocation de l'Édit de Nantes. La publication du Code noir et l'emploi d'un corps d'armée de vingt-deux mille hommes aux travaux entrepris pour amener les eaux de l'Eure à Versailles, eurent également lieu pendant cette période. Un fait non moins digne d'attention, c'est le triomphe définitif, précisément à l'époque dont il s'agit, du parti de la guerre, et, par suite, l'abandon complet du système financier de Colbert ; abandon fatal pour la monarchie, pour la France , et qui , trente ans plus tard , aboutit aux gigantesques illusions de Law et des partisans de son système. Enfin, et pour

* Quelques parties de ces ùludes, notaiiinieut celles qui couccrnent rAdministration des liiiances et la révocation de l'Edit de Nantes, ont paru dans un de nos recueils périodiques, les 25 octobre et 25 novembre 1847.

n'indiquer que les points essentiels de ces études, jamais peutêtre, sous Tancienne monarchie, tant de personnages historiques aussi considérables n'intervinrent en môme temps, avec leur part d'influence, dans la direction des affaires. Indépendamment du marquis de Seignelay, fils aîné de Golbert , et de Louvois , sous lesquels la lutte qui avait si profondément divisé l'ancien ministère, continua aussi vive que jamais, qu'il mesuffisede citer madame de Mainlenon, le chancelier Le Tellier, le P. La Chaise, Bossuet , Fénelon , le duc de Beauvillier, le procureur général de Harlay^ le financier Gourville et lillustre Yauban.

11 y a d'ailleurs, au point de vue historique, des temps où tout se revêt d'un caractère de grandeur, et où l'on se sent comme attiré par des faits et des caractères qui, dans d'autres siècles , passent en quelque sorte inaperçus. Au nombre de ces époques, et sans prétendre diminuer en rien l'intérêt qui s'attache aux règnes si animés et si curieux de Henri IV et de Louis Xllï, il faul ranger en première ligne le siècle (te Louis XIV, un des plus éclatants et des plus justement intéressants de notre histoire. Les causes principales de cet éclat et de cet intérêt sont, sans contredit, l'agrandissement du territoire, Tintroduclion de l'ordre dans radministration, la réforme des Codes, Timportalion de quelques grandes industries de luxe, la création de Versailles , le faste de la Cour et ce faisceau de chefs-d'œuvre dont les écrivains français du xvii® siècle ont doté la France et l'Europe'. Mais, en dehors de ces motifs, il y en a d'autres d'une nature tout-à-fait différente, tels que les dé-

< Il est pourtant juste d'observer que Mansard, Mignard , Lebrun, Corneille, Pascal, Molière et La Fontaine, étaient fameux bien avant que Louis XIV eût pu exercer une influence personnelle sur ses contemporains. L'admirable talent de madame de Sévigné elle-même était déjà développé (ses lettres sur le procès de Fouquet en font foi) quand Louis XIV n'avait encore que vingt ans. Or, Corneille, Pascal, Molière, La Fontaine et madame de Sévigné, sont les écrivains véritablement originaux du xvii« siècle. C'est , sans contredit , un des bonheurs de Louis XIV qu'une pareiUe réunion d'aussi grands esprits ait marqué les débuts de son règne, car, indépendamment de leur

AVERTISSBMINT. 7

sastres de a fia du règne, lesfatnfneff, lés batatlted perdue», les craintes d'une invasion, d*ùn partagé, si longtemps Ifflmineiitès, l'efiOnoyable pénurie du Trésor, les ioatbeurs privés frappai* coup sur coup, mais sans TabaUre, ce vieux roi si lodgimnps redouté et tout-puissant ; il y a^ enfin, le contraste des dernièna annés de sa vie avec les fêtes, les amours, les bnllaotes anttéaa et les vietoires de ses commencements. Ce mélange de Joies «t de revers, ces avèrU^semeôts sévères succédant si vi!e, oomoià dans rhlstoire de touslee conquérants, à renlvrementdèsWtailles, forment un ensemble qui devait en effet frapper rimag^ nation des peuples, et c'est là ce qui fait, il me semblé-, du siède de Louis XIV, une des époques de notre histoire dont l'élud* offrira toujours le plus d*utlli(é et d*attràit.

Gomme dans le travaâ «or ràdtnitiîstrati^ de Colbert que Jlû publié il y a deux ans^^t dont cehiKCi est la continuation, i^ ffiê suis attaché scrupuleusement à m'entourer de doeumeiXB oott*^ temporains, autant que possible ofiiciels» me défiant a^^ ^Ini àt ce qui est traditionnel , convenu , et soumettant lUppréciation des faits, toutes les fois que cela a été nécessaire et praticable, à une épreuve contradictoire. En ce qui concei^e les documentS^ imprimés que j'ai consultés, je citerai .eiWFB autres^ comme m'ayant fourni de précieux renseîgnemeo's, la ridie CoUectîon^ dÉdUs, Ordonnances et i4rr^t« que p(X®èdeot les Archives du ministère des finances , les Lettres d/ madame de Maintenon, les Mémoires du marquis de Sourcks, grand prévôt de là Cour sous Êouis XIV, les Mémoires de GowviUe^ du duc dé Saint- Simon, les Lettres inédites des ^euquières ^ une vie en Jatin du contrôleur générai Le Peletier, et, sans parler d'un grand nombre d'autres publications, YÈtat de la France^ espèce d'Almanach royal très développé, au moyen duquel il m'a été possible de reconstituer, en grande partie, l'organisation administrative, militaire, judiciaire et ecclé^astique de la France à la fin du XVII* siècle.

Relativement aux correspondances et aux mémoires, il s'en

action propre, on peat dire qu'ils ont fait souche cl ajouté encore,, de la sorte, à la splendeur de leur siècle.

faut de beaucoup, je le reconnais , qu'on y trouve toujours la vérité exacte des sentiments et des faits, surtout quand les auteurs sont eux-mêmes en jeu dans les événements de leur temps. Il est même rare qu*on y rencontre, en pareil cas, autre chose que des contre-vérités ou des apologies. Mais, très fréquemment aussi, il en jaillit , d'une manière incidente, des faits prédeux à recueillir. Qu'on en juge par un exemple. — « Je vais < faire llmpossible pour obtenir de M- Colbert ce que vous « désirez, écrivait madame de Maintenon à son frère, le « 26 mai 4681 ; la paix va le rendre de meilleure humeur i. » Qui ne voit , dans ces derniers mots, la preuve évidente que le ministère était alors divisé en deux partis, le parti de la paix, qui était naturellement celui de Colbert, et le parti de la guerre, personnifié dans Louvois? C'est ainsi, en outre, que la rivalité de ces deux ministres, rivalité dont on n'a encore découvert, je crois, «ucune trace officielle, se trouve établie, par induction, d'une m^iière presque aussi certaine qu'elle pourrait l'être par quelque pitr^e originale qui la constaterait explicitement.

Quant aux documents manuscrits auxquels j'ai eu principalement recours, qWon me permette d'indiquer en peu de mots leur filiation et leur naiire,afin que le lecteur puisse juger lui-même, dès à présent, du de^ré de confiance qu'il devra leur accorder.

Je citerai en premier Meu les Mémoires de Nicolas-Joseph Foucault^ qui fut successivoiienl intendant de plusieurs provinces importantes, de 1674 à 17^, et qui a laissé sur les principaux faits de son administration , pendant cette longue période , des notes originales qui ont été réuiîes sous le nom de Mémoires ^.

j Lçttrei de madame de Mainter»on, 1756, 5 vol. in-12; t. I.

a Mémoires de messire N icolas-J oszpk Foucault , Conseiller d'État ordinaire^ chef du Conseil de S. A, It, madame Élisaùeth -Char lotte de Bavière^ palatine du Ahin, duchesse douairière d'Orléans. (Bibliolb nation.*, Mss., SuppVim. français, no 150,

On s'apercevra, à la différence des désignations, en ce qui concerne la Biàliothèque et les Ârchi%)es nationales^ que la moitié environ de ce volume étaitdcja imprimée avant la Révolution de février.

Nicolas -Joseph Foucault était fils de Joseph Foucault, une des créatures les plus dévouées à Golbert, qui l'avait fait nommer, 604664 , greffier de la Chambre de justice, puis ensuite conseiller d'État et secrétaire du Conseil du roi. A l'âge de vingt-deux ans, ea 4665, Nicolas Foucault fut désigne par Colbert pour être secrétaire d'une commission chargée de travailler à la réformotion de la justice. On ne pouvait entrer dans la carrière administrative par une meilleure voie: cet heureux apprentissage ne tarda pas à porter ses fruits.

En 4666, Nicolais Foucault obtint des lettres de conseiller d État extraordinaire , et acheta, moyennant 50,000 livres, une charge de procureur du roi des requêtes de l'hôtel t.

£n 4674, il était avocat général au Grand Conseil et vendait celte charge 420,000 livres ^

I vol. in-folio.) Ces mémoires, je me hâte Je le dire, ne sont pas complètement inédits. M. Âdhelm Bernier en a publié quelques extraits à la suite des HJémoires secrets et inédits de la Cour de France sur la fin du règne de Louis XIV ^ par le marquis de Sourches, grand prévôt de France. (2 vol. in-8.) Mais chacun saitlMnconvénient des ouvrages publiés par fragments et le risque inévitable auquel Téditeur s'expose, de sacrifier certaines parties qui, dans une circonstance donnée, peuvent avoir une haute valeur. Cest un inconvénient auquel M. Bernier n'a peut-fitre pas complètement échappé. —

II n'a pasepcore été publié de mémoires sur l'administration française. Une édition, in-exlenso, de ceux de Nicolas Foucault, accompagnée de notes et de documents spéciaux , qui pourraient y ajouter beaucoup de prix, offrirait, ce semble, un véritable intérêt historique et mériterait peut-être, à ce titre, les encouragements du gouvernement.

» Il existait encore, en 1789, sous le titre de Prévôté de l hôtel du roi, une juridiction chargée spécialement de juger les délits commis k la Cour. Les officiers de la Prévôté qui étaient de quartier, suivaient le roi partout où il allait. C'est de cette juridiction que relevait le procureur du roi des requêtes de l'hôtel. {Alm'inach royal,)

^ Le Grand Conseil était la plus haute institution judiciaire du royaume avant la Révolution de 1789. C'est à lui qu'étaient soumises, en dernier ressort, les questions relatives aux confiits de juridiction^ aux règlemeuts, aux serments, etc. (Voir chap. H, p. 43.) *

10 AFERTISSEMEIIT.

£n 4674, il fut autorisé à adieler, aa prix de 150,000 UvreSy une charge de Maître des requêtes.

Enfio, dans le courant de la même anoée^ Cioltiert le nomma intendant de la Généralité de Montaubàn, d'où il fiassa successivement à celles de Pau, de Poitiers et de Caen. En 1706, il qniita celte dernière intendance pour un emploi de Conseiller d'Etat en service ordinaire et obtint en même temps d'être rem* placé à Caen par le marquis de Magny, son fils, que des soup* çons d'escroquerie firent, dit Saint-»Simon, bientôt renvoyer*.

C'est celte existence adm'mistrative de trente-deux ans qui se reflète avec toulefr ses passions , ses ennuis et ses espérances, dans les Mémoires de Nicolas Foucault. Aussi) Ton ne saurait croire le jour curieux qu'ils répandent ça et là sur les mœurs du temps. Outre son journal particulier, les Mémoiret de Foucault contiennent quelques lettres à son père qui avait l'habitude d'y répondre en marge, comme avaient fait Mazarin avec CoH>ert,elColbert avec ses enfants, (» qui permettait des formes de correspondance plus laconiques et ménageait le temps. Dans une de ces lettres, Nicolas Foucault disait à son père : « J'ai di- « minué la paroisse de H. Pussort qui est la plus soulagée de « toutes 3. Ses métayers ne payent presque point de laîtle. J'ay « cru qu'il esloit plus à propos de luy laisser donner avis de • celle diminution par son homme d'affaires que de le luy den- « ner moi-mesme. • A quoi Joseph Foucault répondait en

> Le marquis de Magny mena ensuite la vie la plus aventureuse. 11 avait, quelques années après, obtenu l'agrément d'acheter la charge de maître de cérémonies de la duchesse de Berry, fille du régeut; mais il fut presque aussitôt obligé de s'en défaire. Successivement, il fut mis à la Bastille, passa en Espagne où il devint majordome de la reine, s'en fit chasser, tomba dans un état voisin de Tindigence, revint en France, où il fut compromis dans la conspiration de Gellamare. (Voir les Mémoiret de Foucault, année 1717, et ceux de Saint Simon, t. XV, p. 404 et suiv., ett.XYU, p. 247.)

3 M Pussort était oncle maternel de J.-B. Colbert. C'était un des membres les plus distingués du Conseil d'Etat. (Voir cbap. VIII, p. 161, 'et aux Pièces justificatives, pièce n« VUl.)

AVRRTISSRMBKT. it

marge : « Il est bon qoe M. Pussort soit inrormé du boD office; « mais il faat que ce soit par tout autre que par vous et que « son fermier luy en donne adyis. Il a son frère, M. Hersan , « qui est trésorier de France au bureau de Poitiers ; il faudroit « voir si vous ne pourriez nen pour luy. Gela piairoit fort à son « maistre ; il faut tascher de conserver son amitié par toutes voies *.

Décharger la paroisse de H. Pussort et faire supporter sa part de contribution? par d'autres paroisses! Capter Famitié de ce personnage par toutes voies I C'était là , il faut bien Tavouer, exploiter d'une manière fort peu honnête, dans un intérêt tout particulier, nue position qui n'avait certainement pas été donnée pour une telle fin. En un mot, de pareilles pratiques n'étaient ni moins abusives ni plus excysables pour venir des créatures et des favoris de Colbert.

Dans la même lettre , Joseph Foucault recommandait à son fils de faire mettre des épitaphes sur la tombe de deux enfants que celui-ci avait perdus fort jeunes , l'un à Pau, l'autre à Poitiers, et il^ajoutait : « Ces monuments qui subsistent longtemps « peuvent estre dans la suitte de quelque usage pour les fa- « milles pour des cas que l'on ne sauroit prévoir, » Que de prévoyance et de tendresse! Ainsi , la mort même était mise à profit et devait servir à augmenter la considération des membres de la famille qui survivaient î

Au nombre des documents que j'ai empruntés aux Mémoires de Nicolas Foucault^ il en est quelques-uns, tout à faitnouveaux, qui constatent les embarras et les graves soucis que la révocation de l'Ëdit de Nantes suscita au gouvernement. J'ai cru de-

• Voir aux pièces jtiitifieatives, pièce n® YIII. — Il est question dans les Mémoires de Nicolas Foucault, des papier $ laissés par son père, d*oii Ton doit conclure que celui-ci avait aussi écrit des Mémoires: La position que Joseph Foucault avait occupée auprès de Colbert et dans le Conseil aurait donné à ses papiers une grande valeur historique. Par malheur, ils ne se trouvent dans aucun de nos grands dépôts, et il est aujourd'hui bien ^ craindre qu'ils n'aient été^ dispersés. .

i!^ AVElVn^SIÎMlîNT.

voir publier, en oulre, dans son entier*, unQ Relation de ce qui se passa à l'érection de la statue du Roy dans la ville de Poitiers, le 25 août 1687. Quoique cette relation soit imprimée, l'exemplaire que la Bibliothèque nationale en possède, est peutêtre unique aujourd'hui, car iJ paraît très probable que l'intendant Foucault , qui est évidemment l'auteur de la relation , ne la distribua qu'à un petit nombre d'amis, entre autres au P. La Chaise, avec lequel il était lié, et qui l'en remercia par une lettre également jointe aux Mémoires^ Cette relation est, si je ne me trompe, une pièce intéressante sous plusieurs rapports , et elle justifie parfaitement le choix que fit l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres en nommant l'auteur un de ses membres honoraires. D'un autre côté , elle témoigne , par de nombreux passages, du soin que prenaient les intendants pour entretenir dans les po[TtiIations le culte de la royauté. Le passage suivant paraîtra surtout caractéristique. « Si Louis-le- * Grand ne possède pas, disait l'auteur de la relation, les per- « fections infinies qui ne conviennent qu'à Dieu seul, il en a « pourtant reçu toutes celles qui en appprochent davantage et » qui le rendent sur la terre l'image la plus sensible de la di- (» vinité. »

Les Mémoires complets et inédits du marquis de Dangeau de 1684 à 1720 sont , comme on pourra le voir, fréquemment cités dans ce volume. Tout le monde sait que ces Mémoires ont déjà fourni le sujet de plusieurs publications fort connues. Voltaire , Madame de Genlis , Madame de Sartory, et , en dernier lieu, Lemontey, en ont donné des extraits plus ou moins étendus ^. Mais, on peut dire, sans injustice, qu'une véritable édi-

» Voir aux Pièces jvftttficalveSj pièce n" III.

= lùid., u. IV.

3 L'édition donnée par Voltaire, sous le titre : Journal de la Cour de Louis XIV, depuis 1684 jusqu'en 1715 ( Londres, 1770 ), n'a (ju'uu volume; ['Afjvêgédes mémoires, ou Journal du marqu/s de Dangeau, par madame de Geulis (Paris, 1817), en a quatre ; \ Extrait des mémoires du marquis de Dangeau, par madame de Sarloiy (Paris, 1817), se compose de deux volumes ; enfin, Lcmonloy a

AVKRTI>S1-MEM. 13

lion (les Mémoires de Danj^eau est encore à faire. Kn effet , la copie de ces Mémoires qui est à la Bibliothèque nationale, se compose de vingt-quatre volumes, grand in-4®, d'une écriture très compacte, et l'édition de madame de Genlis, la moins écourtée de toutes celles qui ont paru, ne compte que quatre volumes in-8®.

Indépendamment d'un certain nombre de faits négligés jusqu'à présent , les Mémoires complets de Dangeau m*ont fourni, sur des largesses de Louis XIV à ses ministres , sur quelques opérations de finance, et, particulièrement, sur le premier essai régulier qui ait été fait, en France, de l'inspection des finances, des indications, trop succinctes sans doute, mais qui ne se trouvent pas ailleurs.

Les Archives nationales, cette mine si riche et si neuve encore en matériaux officiels et irrécusables sur toutes les parties de

publié un volume intitulé : Essai sur l établi ssement monarchique de Louis XI V^ et Ta fait précéder d'environ trois cents pages extraites des mémoires du marquis de Dangeau. — « Ces Mémoires , a « dit Voltaire, ne sont point du marquis de Dangeau, mais d'un vieux « valet de chambre imbécile, qui se mêlait de faire, k tort et à tra- « vers, des gazettes manuscrites de toutes les sottises qu'il entendait « dans les antichambres. > {La France littéraire, par M. Quérard, t. Il, p. 383.) Ce jugcmeut n'a jamais été admis par les bibliophiles. Les Mémoires dont il s'agit sont, au contraire, incontestablement du marquis de Dangeau, et, s'ils n'offrent pas généralement un . intérêt de lecture bien vif, on ne saurait dire non plus qu'ils n'aient aucune valeur. Ce sont, il est vrai , des gazettes ; mais ceux qui s'occupent de travaux historiques savent toute l'importance qu'ont souvent des faits en apparence insignifiants. Ajoutons que les Mémoires de Dangeau apprennent bien des événements , des nouvelles de Cour, que les gazettes du temps ignoraient ou n'osaient pas donner.— Outre ces Mémoires , la Bibliothèque nationale possède un manuscrit en plusieurs volumes, ayant pour titre : Journal des bienfaits du Roy, par Dangeau (Suppl. franc., n» 679). Ce sont des registres sur lesquels le marquis de Dangeau inscrivait toutes les nominations et gratifications faites par le Roi dans le cercle de la Cour. Mais ce manuscrit est incomplet; les registres de 1670 à 1691 manquent.

\ 4 AVERTISSEtfBNT.

rhistoire de France, ont mis à ma disposition et je reproduis aux pièces justificatives ( pièce n® vi ) un État complet des ordonnances de comptant, c'est-à-dire des dépensies secrètes et gratifications extraordinaires de l'anàée 4 685, arrêtées et certifiées par Louis XIV.

Enfin, j'ajouterai encore quelques mots au sujet d'un célèbre recueil auquel j'ai fait divers emprunts , bien que je sache et que je n'aie pas omis de signaler fe degré d'autorité historique que tiléritent des chaàsons ; je veux parler du Recueil Maurepas K II faut avoir, je ne dirai point lu, mais parcouru cette incroyable collection, pour 8*en faire. une idée.Qu*on se figure tout ce que la Cour a pu produire de faits scandaleux , si scandaleux qu'ils fussent, depuis la fin du xiV' jusqu'au milieu du xvin^ siècle, passés eti revue et annotés dans trente-cinq volumes in-4^ avec une crudité, un cynisme de mots et d'images que l'époque aotaelle ne saurait imiter, le voulût-elle, car la tradition s'en est heureusement perdue, grâce surtout aux préoccupations de la vie publique. Nommé secrétaire d'État de la marine et membre honoraire de l'Académie à vingt-quatre ans, l'auteur de ce recueil, Hielippeaux de Maurepas , fut, de 47% à 4749, l'un des ministres les plus influents et les plus aimés de Louis XV. <f II était, d'après un de ses contemporains, flexi-

< ble, fertile en bons mots, en faux-fuyants, eh expédients ;

< avec cela un œil de lynx pour saisir le faible ou le ridicule « des hommes; un art imperceptible pour les^ attirer dans le « piège, ou les amener à son but; un art, plus redoutable en -

< core, de se jouot de tout, et du mérite même, quand il'voulait t le dépriser *. » En 4749 , une épigramme contre madame de Pompadour valut au comte de Maurepas un exil qui dura vingt

t Recueil de chansons, vaiidevilles , sonnets, épigrammes, épitaphes et autres vers satiriques et historiques, avec dei remarques curieuses, depuis 1389 jusqu'en 1747; 35 vol. in-4«. — Bibliotb. nation., Hss.

a Mémoires de Marmontel; Biographie universelle, article Maurepas.

AVBRTISSBMEMT. 15

atisi. C'est alors,^ sans doute, c'est pendant ce loisir forcé qu'il réunit (noble délassement pour un ancien ministre d'une grande nation ! ) toutes les chansons^ toutes les épigramunes, toutes les satires et allégories qui avaient circulé , depuis près de quatre siècles, contre les princes et leurs maîtresses» les dames de la Cour, les courtisans et les ministres. On verra, et c'est par là seulement que ce recueil offre quelque intérêt, quelle était la nature des passions populaires contre les hommes qui pccupèrent le pouvoir de 4683 à 1689, et de quelle manière se traduisaient, •en Tabsence des libertés acquises aux sociétés nouvelles , les iMcontentements et les griefs plus ou moins fondés de l'Opinion.

Au nombre des faits qui ressortent de ces études, il en est un trop significatif pour qu*il n'appelle pas spécialement l'attention du lecteur ; c'est la différence frappante qu'il y eut entre le système financier de Golbert et celui de son successeur. Cetie différence s'explique très naturellement, on le verra, par la prépeadérafice exclusive dans le Conseil, à partir de 4683, des idéeal)eUiqueuses que Colbert avait toujours combattues; mais il nMmpprte pas moins de voir naître et se développer^ dès leur ùfîpm même, les conséquences du funeste système qui prévalulideis, et qui, après une expiation de vingt amées, arracba à Louis XiV ce mémorable et sdennel aveu : J'ai trop aimé la 'guefre t

It» effet, les plus grandes fautes , et, on peut le dire, tous les matttturs de ce règne vinrent de là.

* L*épigramme est furt connue et roule sur un bouquet de fleurs blandies que la favorite avait donné au roi. '^'%^^

Par'M^ 15-man 1848.

LE

ov

Page 1