‹ Le gouvernement de Louis XIV; ou, La cour, l'administration, les finances et le commerce de 1683 à 1689; études historiques accompagnées de pièces justificatives, lettres et documents inédits (volume 2)Chapitre 38 sur 56 · EXTRAIT D'UNE DÉPÊCHE DE M. BARILLON · texte numérisé non relu

EXTRAIT D'UNE DÉPÊCHE DE M. BARILLON

AMBASSADSDR DE FRANCE EN ANGlEtERliE, A LOUIS XIV*.

Londres, 2« février 16«5.

a Je reçus avanl-hier la dépêche de Votre Majesté du 20 de ce mois, par le retour du courrier que j'avais dépêché; j'allai à l'instant trouver le roi d'Angleterre ; je lui donnai la lettre de la main de Vo1»*e Majesté qu'il eut la bonté de

* Memoirs of great Britain and Ireland, from the dissolution of the last parliament of Charles II until the sea^ôattle ofLa Bogue, by sir John Dalryiiiple, barri; 2 toi. in-4. — Les mé- Bioires de sir John Dadrymple sont du plus grand intérêt. C'est yiif des ouvrages bisloriques dont la lecture offre le plus d'attrait, Fauteur ayant été en position de consulter tous les documents officiels, tant anglais que français, qui pouvaient éclairer les événements quMl avait k raconter, et Tayant fait avec beaucoup de discernement. On sait que Tbistoire d'Angleterre se lie intimement à celle de la France pendant la période ((d'il a embrassée, et quedesnégoeiations trèsim* portantes et très suivies eurent lieu, à cette époque, entre les deux cours. Sir Jobn Dalrymple vint en France sous le ministère de M. de Cboiseul, à qui il avait été fortement recommandé, et qui Tautorisa k consulter le ricbe dépôt du département des affaires étrangères, où il recueillit un grand nombre de lettres qu'il a publiées dans le second volume de son ouvrage. Ses mémoires sont très estimés en Angleterre, où ils donnèrent lieu lors de leur publication, à une polémique très animée entre les v^igbs et les tories. Il en a été fait un«

me faire lire ; il me parât recevoir avec une entière sensi* bilité les témoignages de l'amitié de Votre Majesté ; je crus n'en devoir pas faire à deux fois , et ne pas différer à Tinformer du soin que Votre Majesté avait eu d'assembler en si peu de temps des lettres de change pour la somme de cinq cent mille livres, et de me les envoyer afin quej'en puisse faire l'usage qui conviendroit à son service. Ce prince fut extrêmement surpris et me dit les larmes aux yeux. « Il n'appartient qu'au Roi votre maître d'agir d'une manière si noble et si pleine de bonté pour moi ; je vous avoue que je suis plus sensible à ce qu'il fait en cela , qu'à tout ce qui peut arriver dans la suite de ma vie ; car je vois clairement le fond de son cœur, et combien il a envie que mes affaires prospèrent : il a été au-devant de ce que je pourrais désirer, et à prévenir mes besoins ; je ne saurois jamais reconnaî-* tre assez un tel procédé ; témoignez-lui ma reconnaissance et soïez garant de l'attachement que j'aurai toute ma vie pour lui. »

« Je ne saurois, Sire, exprimer quelle joie eut ce prince de voir une si prompte et si solide marque de l'amitié de Votre Majesté, et la promptitude avec laquelle Votre Majesté avoit envoyé une somme aussi considérable. Je lui âk que, pour ne rien dérober à ce qu'il devoit à Votre Majesté, je lui avouerois franchement que dans le trouble où je me trouvois au moment de la mort du feu roi d'Angleterre , je n'a- Tois songé qu'à dépécher un courrier pour en informer Votre Majesté., et que je ne lui avois pas représenté combfen il importoit de lui envoyer un prompt secours ; que

traduction française, mais très imparfaite, et qui ne renferme qô'untrès petit nombre des pièces justificatives que contient Touvrage original. Les éditeurs des Œuvres de Louis XIV ont donné quelques-unes de ces pièces dat» le fte volume de leur curieuse collection. . .

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si, en cela, j'avois fait un manquement, il éloit bien réparé par ce que Votre Majesté a fait. Lç Roy d'Angleterre m'interrompit , et dit qu'il ne pouvait assez admirer la prévoyance de Votre Majesté, et le soin de lui donner si promptement une marque si essentielle de son amitié; que Votre Majesté n'y seroit point trompée , et qu'il se souviendroit de ce qu'elle faisoit pour lui affermir la couronne sur sa tête

a Milord Rochester entra ensuite dans la discussion du traité fait avec le feu roy d'Angleterre ; nous convînmes de tout, même pour ce qui restoit dû pour le parfait payement des trois années de subsides échues. Milord Rochester dit qu'il y avoit toujours entre lui et moi un différend sur le compte en ce qu'il s'étoit altendu , et avoit cru que Votre Majesté donneroil deux millions par an , pendant trois ans ; qu'il éloit vrai que j'avois dit, de mon côté , que je n'avois jamais eu pouvoir que de promettre quinze cent mille livres pour chacune des deux dernières années; que cette difficulté n'avoit pas été terminée, et que l'on n'avoit pas même parlé de la quatrième année qui est presque échue , parce qu'on ne prévoyoit pas que Votre Majesté eût voulu discontinuer un subside au feu roy d'Angleterre , dont la conduite en tout étoit si agréable à Votre Majesté et s'étoit si peu démenîie en toutes occasions. Je répondis à cela que je ne prendrois pas le parti de rien contester sur des matières de fait , à moins qu'elle ne fussent entièrement constantes ; que je n'avois pu excéder mes pouvoirs et que je ne l'avois pas fait, ainsi qu'il n'y avoit qi^'à se tenir à ce dont nous étions convenus

« Sa Majesté Britannique me dit encore hier au soir : « Je ne regarde pas l'état où je suis, mais l'état où je pouvois être. Tout est paisible en Angleterre et en Ecosse , mais le roy votre maître m'a secouru dans un temps où il

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ne pouvoit savoir s'il y auroit une sédition à Londres , et si je n en seroîs pas chassé ' . »

> Il y a daDs le 2« volume des Mémoires de Dalrymple , votame composé CD entier de Pièces justificatives , un très grand nombre de lettres écrites à Louis XIY par MM. Colbert de Croissy, Gourtin, et Barillon, pendant leur ambassade en Angleterre. On y suit pas à pas les négociations dont Madase, accompagnée, comme on sait, dans son voyage, de mademoiselle de Kcroual, devenue depuis maîtresse de Charles II, sous le titre de duchesse de Portsmouth, s'était chargée auprès de ce prince. Ces documents fout aussi connaître d'une manière officielle, et d'après les notes mêmes de l'ambassadeur, ce qu'il en coûtait au gouvernement français pour se faire des appuis daus le Parlement. «A lord Barker, 1000 guinées ; au chevalier Herbert, 600 guinées; au docteur Carcy, 500 guinées, etc., etc. » [Memolrs, appendix, t. Il, p. 314.) C'est de l'histoire écrite, pour ainsi dire, cartes sur table , ce qui est souvent très difficile, et rien n'est, en même temps, plus intéressant et plus instructif.

N^ VIIL— INÉDITE.

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