‹ Le gouvernement de Louis XIV; ou, La cour, l'administration, les finances et le commerce de 1683 à 1689; études historiques accompagnées de pièces justificatives, lettres et documents inédits (volume 2)Chapitre 39 sur 56 · ET RÉPONSE DE CELUI-CI EN MARGE · texte numérisé non relu

ET RÉPONSE DE CELUI-CI EN MARGE

A Verrières, ce 9 Dovcmbrc. A Poitiers, ce 3 novembre 1685.

Le dernier édit qui révoque celuy de Nantes me paroist un contretemps aux affaires de la R. P. R. Il produira bien des relaps qui se cantonneront dans leurs maisons et serviront de minis-' très à leurs familles; et l'on ne sauroit parer à cet inconvénient que par une déclaration interprétative.

Il est bon que M. Pussort soit informé du bon office, mais il faut que ce soit par tout autre que par vous, et que son fermier luy en donne advis. Il a son frère, M. Hersan, qui est trésorier de France au bureau de Poitiers : il faudroit voir si vous

Les gentilshommes de la R. P. R. du haut Poitou s'assemblèrent hier, icy au palais ; je leur fis entendre mes intentions et leur représentai, le mieux qu'il me fut possible, combien ils aiiroient intérest de s'y conformer. Il y eut peu de conversions, mais il y en a beaucoup d'ébranlés et qui se font une fausse honte de renoncer publiquement à une religion où ils sont exhortés, par les chefs du parti, à persévérer. J'en ai taxé d'office aux tailles une trentaine. 11 ne reste plus que deux élections dont les départements ne sont pas encore faicts. J'ai diminué la

* Mémoires de messire Nicolas Foucault, etc.,fiibliot, nation., Mss., a sa date.

PIBCBS JUSTIFICATIVES. — H^ VUI.

ne pourriez rien pour lui, cela plairoit fort à son mais- Ire ; il faut tascher de conserver son amitié par toutes voies. Si M. Boucherai ne l'avoit obtenue par son antiquité, on luy auroit pu donner la place, et s'il venoit à manquer, Ton peut le faire sans suivre l'ordre du tableau. Mais, en tous cas, ce chancelier-cy ne le poussera pas comme faisoit le deffunt, qui estoit mordant, et à qui un bon mot n'escbappoit jamais. Il le respectera, au contraire, car tout le monde demeure d'accord que M. Pussort primera au Conseil, n'y ayant personne qui en approche. Au surplus, M. du...

(nom illisible) avoit donné d'estranges impressions de vous au deffunt, dont il luy eschappoit toujours quelques petits mots, car il se laissoit eslrangement prévenir. Dieu lui fasse paix !

J'avois prévu que cette clauiie, qui m'a paru d'abord mal entendue, pourroit faire des embarras ; je crois vous en avoir escritquelque chose; je ne doute pas que l'on n'en-

paroisse de M. Pussort, qui est la plus soulagée de toutes.

Ses métayers ne payent presque point de taille. J'ai cru qu'il estoit plus à propos de luy laisser donner advis de cette ditninution par sou homme d'affaires que de luy donner moi-mesme.

L'aisnée de mes ûlles que j'aiicy mourut hier. Il y avoit trois sepmaines qu'elle estait malade ; son mal a commencé par la petite-vérole et a fini par un flux épatique.

Ce sont des pertes qui de- ' viennent fréquentes dans ma famille. Dieu conserve ce qui reste !

Ce sera un grand repos pour vous et un grand davantage pour voslre famille si vous pouvez estre une fois deffait des papiers de la Chambre de justice.

Nous attendons tous les jours des nouvelles de Tévènement de la maladie de M. le chancelier. Il sera difficile, s'il vient à manquer^ de bien remplir cette place. M. Pussort l'occuperoit dignement et relèveroit fort le cœur à la famille de M. Colbert. Je

voie une déclaration interprétative. Il n'eust pas esté mal à propos que vous eussiez fait vos observations sur les inconvénients dont Texécution peut estre suivie, car le sens littéral du dernier article paroit directement opposé à la continuation des conversions; tout cela faute d'explication, ou par trop de précipitation ; car, absolument, tant plus Ton examinera cette dernière clause, tant plus elle se trouvera contraire aux intentions du roy, qui sont d'arrester et d'empescher qu'il n'y ait des relaps. La suitte le leur fera voir, si Ton n'y remédie.

J'oubliois de vous mander qu'il seroit assez à propos de faire mettre deux petites épitaphes à vos deux enfants : l'une à Pau, l'autre à Poitiers; elles ne contiendront que deux lignes.

Ces monuments qui subsistent longtemps peuvent estre, dans la suite, de quelque usage pour les familles, pour des cas que Ton ne sauroit prévoir.

n'oserois, en mon particulier, espérer que ce bien nous arrive.

La dernière clause de Tédit de révocation, de celuy de Nantes, nous fait un grand désordre icy et arreste les conversions.

Je vous assureray, s'il vous plaist, de mes respects.

30^ PÙCSS JL&TIFICATIVES.—- N"* IX.

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