LE PREMIER PRÉSIDENT MOLE ET LES TROUBLES DE LA FRONDE
a Pendant que j'ay esté obligé de garder la chambre , je « me suis fait lire deux volumes in-quarto de matières bien « différentes, Tun concernant ce qui s*est passé à Paris et
1 Biblioth nation., Mss., Pièces diverses. Histoire et littérature, Supp. Franc. S4dl; 1 vol. in-fol. — Ce volume se compose : lo d'un assez grand nombre de manuscrits de RoUin ; 2^ de notices sur Jérôme Bignon, premier avocat général au parlement; sur Michel Le Tellier, chancelier de France ; sur le premier président Mole ; sur Sully; sur le garde-des-sceaux Duvair, et de quelques autres opuscules par Claude Le Peletier ; 3^ de quelques notes (sans intérêt, quoiqu'elles soient indiquées comme fort curieuses), de Pierre de Solmes, avocat au parlement de Paris, de 1746 à 1771.
Le fragment que j'emprunte aux manuscrits de Claude Le Peletier est celui de tous ses écrits où il règne le plus d'indépendance dans les idées. En général, les notices dont il s'agit ressemblent beaucoup à des. éloges et même à des panégyriques, notamment celle sur Michel Le Tellier. — J'ai tout lieu de croire le ft'agment suivant inédit. Il est de la main même de Le Peletier et corrigé par lui. — Ces appréciations des événements les plus importants d'une époque célèbre, par des ministres contemporains qui en ont vu et connu les principaux acteurs, sont de véritables bonnes fortunes pour Thistoire, et il m'a semblé, qu'à ce titre, l'opinion de Le Peletier sur la Fronde et ses causes serait lue avec intérêt. Quant à l'époque oh ce morceau a été écrit, ce doit être del705à 1711, année de la mort de l'ancien contrôleur général.
a dans le Parlement pendant les années i 647, i 648 et a 1649, et l'autre est le dernier volume de Y Histoire eca clésiastique de M. l'abbé Fleury...
a La lecture de ces deux différens volumes m'a donné c( occasion de faire de grandes réflexions sur les affaires du a monde, tant séculières qu'ecclésiastiques , et je veux tena ter si mon esprit et ma mémoire me pourront encore a fournir des choses que je puisse mettre sur ce papier, « tant pour mon instruction et édification particulière que a pour ceux qui liront ce mémoire.
a Premièrement, les volumes concernant les affaires ara rivées dans Paris, dans le Parlement et dans la Cour <i m'ont affligez sensiblement en me faisant connoistre les (( choses qui ruinent le public, les États, et causent les plus a grands malheurs qui troublent le salut, les consciences et a les intérêts des peuples, et qui sont cause du bouleverse- « ment des États et des cours des princes.
a Je dois avouer franchement qu'en m'appliquant aux « suites funestes de ces malheureux tems, je m'en suis pris a principalement à la mauvoise conduite de ceux qui es-* et toient en autorité. J'ay connu visiblement combien un « règne de femmes produit d'inconvéniens, car la minorité « du Roy Louis X1II<^ a esté la source de ces grands malex heurs. La Reine mère, quoique bonne, a manqué de a sens, de prévoïancès et de fermeté pour conduire l'État. « La Cour est devenue une cabale et une pétodiaire qui a « laissé prendre le dessus à des esprits très mal fahs en tou- « tes façons. Le cardinal Mazarin , avec de l'esprit , n'a eu « qu'une très fausse politique qui l'a pensé perdre , qui l'a a rendu méprisable , et qui a ébranlé tous les fondemens « de l'autorité royale et de la bonne police de l'État. Il s'est « abandonné à des courtisans corrompus et peu sensez. Il « a confié les affaires de finances qui sont toujours les plus
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a importantes à un homme sans aucun principe de probité, « ny de justice , ny de bon sens : aussy a-i-il péry luya mesme par la chuste de sa fortune. Le cardinal s'estoit a réservé les affaires étrangères qui sont le principal de la « conduite de TÉtat, y associant avec luy M. de Lionne , « d'un génie artificieux, mais sans solidité, pendant que son et parent , M. Servien s'entretenoit dans de hautes idées, et <x sans conduite ny bonne politique , M. Davaux employé « aux traitiez de Munster n'estant pas assez fort pour souteff nir le poids des affaires étrangères quoyqu'il eut de la a probité et de la réputation \
« La principale partie du ministère de la guerre et du ce dedans de la Cour estant entre les mains de M. Le Tela lier, de Tabbé de la Rivière et de M. de Seneterre qui a eussent eu besoin d'assez de force pour redresser les a mauvais manèges du cardinal Mazarin par rapport à ses « intérêts particuliers et au mystère de sa poUtique. Il eut a fallu une robuste vertu et éclairée pour prévoir les chena ses fôcheuses et redresser les fausses démarches qu'on « faisait trop souvent. Mais Dieu qui estoit irrité par les « péchez de la Cour, de Paris et des peuples avoit aban* a donné la France à sa mauvaise destinée.
a L'excez de la mauvaise conduite du ministère fît ena treprendre à des esprits séditieux et brouillons de prendre « pour prétexte la réformation de l'État, et principalement « des affaires de finances sur lesquelles il y avoit plus de « prises. M. Mole, qui estoit alors à la teste du Parlement, c< avait une vertu ferme , mais pas assez étendue de génie,
» MM. Servien et d'Avaux furent chargés des plus importantes ambassades de leur temps. M. Servien fut ensuite, et jusqu'à l'époque de sa mort, qui eut lieu en 1658, surintendant des finances, conjointement avec Fouquet. C'est de ce dernier que le Peletier veut parler dans la phrase précédente.
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a ny de prévoïances pour dissiper les brouillards qui s'élea vèrent dans le Parlement et dans Paris où il se trouva a trop de testes légères qui excitèrent les mouvemens par « lesquels Tautorité royale fut trop attaquée, et les fondea mens de la monarchie furent ébranlez. La probité de « quelques magistrats leur douèrent (iie) un crédit pemi- « cieux dans les afiaires publiques quand les esprits sont « émus : de là vint Tunion des Compagnies souveraines, les a assemblées tumultueuses et emportées du Parlement, et le a crédit de M. de Brouxelles (le conseiller Broussel). Je dois a dire naturellement que quelque admiration que j'aye tou- <i jours eu pour la vertu de M. Mole, je n'ay pu trouver a dans la suite de ses mouvemens des Compagnies une cona duite que je voyais plus nécessaire à mesure que les choa ses s'aigrissoient, et dont il n'y avoit qu'un premier préa sident qui put conduire le ressort pour le bien de l'État et « pour l'honneur du Parlement. Je dois convenir que j'ay « toujours trouvé dans M. le premier président Mole un « entier désintéressement, un grande fermeté, un continuel a attachement à l'honneur de sa Compagnie jusques à se a laisser trop aller aux procédez et aux résolutions qui « blessoient l'autorité du Roy et le bon ordre de l'État. J'ay « cru voir que son caractère de fermeté avoit peut-être « sauvé le renversement entier de l'ordre public et de l'aua torité légitime : mais, dans le particulier, j'eusse désiré « plus de force pour prévenir et pour empescher les fautes a que le mauvais ministère a produit de la part de la Cour, a et que les emportemens du Parlement et de quelques uns a de ses officiers poussoient trop loin, d