INSTRUCTION
ADX GOUVERNEURS, LIEUTENANTS-GÉNÉRAUX BT INTKNPAIf TS ,
SUR LA MANIÈRE DE SE CONDUIRE A l'eGARD DES PROTESTANTS'.
a Le Roy ayant este informé des mauvais effets que pcoduisent les diverses manières dont on use à l'esgard des nouveaux convertis dans les différentes provinces de son royaume , a trouvé bon de faire dresser la présente instruction , afin qu'estant envoyée à tous ceux qui y commandent et aux commissaires départis • en icelles, leur conduite puisse devenir uniforme à l'esgard des nouveaux convertis.
a L'intention de Sa Majesté est que les gouverneurs et ses lieutenants généraux ou commandants pour Elle dgtns les provinces de son royaume , et les commissaires départis en icelles tiennent la main avec la dernière exactitude à empescher qu'il ne se fasse aucune assemblée desdits nouveaux
* Cette instruction est tirée des Mémoires de 19 icolaê-J oseph Foucault, k qai elle fut adressée en 1686, en sa qualité d^ntendant du Poitou. La pièce originale, signée par Louis XIV, et oontresifsnée par Le Tellier (marquis de Louvois), fait .partie 4e c«s méOMlres. — Après la mort du chancelier Le Tellier, son père, le marqpi^ 4^ Louvois avait pris la signature de Le Tellier. —.Cette iust,raction n'a pas été connue de Rulhière ; toutefois , cet auteur cite un fragment d'une lettre du 5 février 1687, qui paraît avoir contenu des instructions analogues.
2 C'est le nom que Ton donnait aussi aux intendants.
convcrîis, et que s'il s'y en fait quelques-unes les coupables soyenl punis des peines portées dans les édits et déclararations de Sa Majesté.
(( Qu'ils n'oublient aucun soin ny diligence pour essayer de faire arrester les ministres ou prédicants qui pourraient s'eslre glissés dans les provinces ; qu'ils fassent pour cet effet payer exactement les récompenses promises par la déclaration de Sa Majesté du 1" juillet de cette année à ceux qui donneront moyen de faire arrester lesdits ministres , et tiennent la main à ce que lesdits ministres ainsi arrestez , ou ceux qui ne l'estant point se seroient voullus mesler de prescher, soyent punis conformément aux susdites déclarations de Sa Majesté.
« Qu'ils n'apportent pas moins de soin pour empescher qu'aucun de ceux qui pourroient n'estre pas convertis sincèrement ne fassent des assemblées chez eux pour y lire la Bible ou y chanter des prières et ne se meslent d'empescher les autres nouveaux convertis de s'affermir dans les pratiques de la religion catholique ; et Sa Majesté trouve boa qu'ils fassent punir par prison , par amende et par gens de guerre ceux qui auroient commis de pareilles fautes desquelles il ne seroit pas possible d'avoir assez de preuves pour leur faire faire leur procez par juges ordinaires. Elle trouve bon mesme que ceux qu'ils soubçonneront d estre mal intentionnez et capables de destourner lesdits nouveau^: catholiques de faire leur devoir soient par eux reléguez dans des villes de l'estendue de leurs gouvernements touttes catnoliques et où il n'y ait personne capable de se laisser séduire à leurs mauvais discours. A l'esgard des femmes, Sa Majesté leur permet de les envoyer dans des couvents avec la partir cipation des évesques , lesquels couvents ils observeront de choisir très éloignés de la demeure ordinaire des femmes , afm qu'elles soyent moins en estât d'y faire du mal , et en
mesme temps plus mortifiées d'estre plus éloignées de leurs * habitudes et de leurs parens.
« Sa Majesté ne juge point à propos que les ecclésiastiques qui seront employés par les évesques pour prescher et instruire les nouveaux convertis , mesient parmy leurs exhortations aucunes menaces pour les porter à fréquenter les églises ny à s'aprocher des sacremens , et Sa Majesté aura bien i^réable que lesdits gouverneurs et lieutenans généraux ou commandans et les commissaires départis dans les provinces excitent en particulier les évesques de leur département à donner de tels ordres aux Ecclésiastiques qu'ib envoyeront dans leurs diocèzes ou à leurs curez qu'il n'arrive plus que les susdits Ecclésiastiques menacent lesdits nouveaux convertis dans leurs exhortations.
« Sa Majesté ne juge pas non plus à propos que l'on continue à mettre des inspecteurs à l'entrée des églises pour connoistre ceux des nouveaux convertis qui les fréquentent ou non et elle estime qu'il vaut mieux attendre du temps et des instructions que les Evesques prendront soin de leur faire donner , que les nouveaux convertis soyent persuadez de fréquenter les Eglises que de les y faire aller par force et par la crainte d'une punition.
a Sa Majesté ne juge pas à propos que lesdits gouverneurs ^ commandans ou intendans donnent à connoistre qu'ils ayent ou non reçu des ordres de Sa Majesté , mais bien qu'ils se conduisent à cet esgard de manière qu'il paroisse que ce relascliement vienne plustost de leur manque de soin et de la distraction que leur cause le reste des affaires dont ils sont chargez que d'un exprès commandement de Sa Majesté. Il ne peut estre que bon pour cet effet que ceux dans les départemens desquels il y a des Inspecteurs establis ne les retirent point tous à la fois et qu'ils ne fassent ce qui leur est prescript à cet esgard qu'en quatre ou
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cinq sepmaines, retirant les uns soubz prétexte qu'ils ont des assurances de la bonne conduite des convertis de ce district et les autres parce qu'ils supposeront avoir reçu quelques plaintes de la conduite de ceux qu'ils avoient chargés de ces employs-là. Us pourront en mesme temps qu'ils en retireront quelques uns, ordonner à ceux des antiens catho^ liques qu'ils estimeront les {dus zellés de leur proposer d'autres gens pour remplir ces employs , afin que le bruit ne se respande point qu'ils doivent les suprimer tout à fait.
a En mesme temps que les Gouverneurs , Commandans et commissaires départis exécuteront ce quedessus^ils doibyent observer de prendre des mesures pour estre parfaitement informez du nom de ceux desdits nouveaux convertis qui seroyent assez indiscrets pour se vanter qu'ils ne vont jamais à la messe , qui mangeroient de la viande avec ostentation les jours defifendus et qui prendroient soin de respandre qu'ils sont comme ils estoient auparavant leur abjuration , et se feroyent en un mot gloire de donner un mauvais exemple ; l'intention de Sa Majesté estant que ces sortes de gens soyent punis avec la dernière sévérité , afin que l'exemple qui sera faict en leurs personnes contienne les aubres et les empesche de tenir une pareille conduite , en sorte que des punitious esclatantes faites de temps en temps à très peu de gens portent les nouveaux convertis qui ne le sont pas de bonne foy à se conduire de manière qu'ils ne causent aucun scandalle.
a Le Roy, ayant reconnu le pr^udice considérable qu'a causé au commerce le soin qu'on a pris de garder les costes et les frontières pour empescher les nouveaux convertis de sortir du royaume, a résolu d'en faire retirer les gardes petit à petit, en sorte que soubz le prétexte de la difficulté que leurs bastimens de mer auroyent à tenir la mer dans la saison de l'hyver et de la trop grande fatigue que la garde
exacte qui a esté faite par le passé de tons les passages par terre cause aux troupes et au peuple, il ne se fosse plus aucune garde pour empescber la désertion des nouTeaux convertis dans la fin du mois de janvier prochain.
c L'intention de Sa Majesté est que ceux des comman* dans de ses provinces auxquels la présente instruction sera envoyée qui auront des ports de mer dans l'estendde de leur commandement, retirent peu à peu, d'ici à detemps4à, les trouppes qui sont logées sur lesdites eostes, en sorte qu'il n'y en ait plus aucune dans la fin du mois de janvier prochain.
c Ils se serviront des prétextes qu'ils jugeront propres pour retirer les troupes , soit parce qu'il y ailra trop longtemps que les lieux où elles sont en sont chargea, soit parée qu'il y manquera du fourrage y et ils observeront de tenir sur cela une telle conduite que le bruit ne puisse pas se l'espandre dans le pays où ils commandent que les gardes ont esté tirées en exécution des ordres de Sa Majestés
« ns ne se mettront point en peine de rien Mte ^m à ceux qui commanderont lesdits bastimens de mer que Sa Majesté a entretenus jusques à présent sur lesdites eostes parce qu'elle aura soin de leur faire donner les ordres i^cessaireiB pour l'exécution de ce qui est en cela de sa volonté.
c En mesme teikips que la discoUtinuation des garàes q«ii seront faictes sur les eostes donnera .plus de facilité de sortir de royaume à ceux qui en auront biètk eâvié > les commissaires départys dans les provinces devront renottv^er leurs soins pour faire saisir les biens de ceux qui s'en absenteront, empescber qu'ils n'en puissent disposer, ^t mettre Sa Majesté en estât de connoistre dans la fin du mois de mars prochain en quoy consisteront dans leurs dl^^aiteriiens les biens de ceux qui se sont absentez depuis le mois d'oc-
tobre de l'année dernière et qui sortiront entre cy et le mois de mars prochain des terres de son obéissance , afin que Sa Majesté les puisse appliquer aux usages que sa piété et sa prudence luy inspireront.
« L'intention du Roy est que toujours les peines ordonnées par sa déclaration du 29 avril 1686 contre les cadavres et les héritiers de ceux qui, à l'article de la mort, refuseront avec scandale les Sacrements, et déclareront qu'ils veuUent mourir dans la religion protestante , soyent exécutés avec la dernière ponctualité , et que les commissaires départys prennent le mesme soin de l'administration des biens de ces sortes de gens-là que Sa Majesté leur a prescript cy dessus à l'esgard de ceux qui sont déjà sortis du royaume ou qui en sortiront ci-après; mais l'intention de Sa Majesté n'est point que l'on prononce cette peine contre ceux qui, par une mort snbitte, auront esté privez des Sacrements , ou parce que les accidents de la maladie ne les ayant pas laissés dans leur bons sens , ils n'auront pas esté en estât de satisfaire à leur debvoir sur cela.
a En un mot , cette punition ne doit estre mise à exécution que contre ceux qui par le scandalle avec lequel ils auront refusé les Sacrements l'auront rendu absolument nécessaire à leur esgard , et lesdits commissaires départys doivent exciter de bouche les évesques de leur département ou en leur absence leurs grands-vicaires à donner de telles instructions aux curez de leurs diocèzes qu'ils ne mesnent des juges ny des notaires chez les nouveaux convertis qui seront en danger de mort qu'à la dernière extrémité, et en cas seulement que les malades ou leurs parents voulussent se faire un honneur dans le publicq de refuser les Sacrements; et les curez doivent estre avertis que tant qu'ils pourront cascher l'adversion que les nouveaux convertis mourants témoigneront de s'aprocher des Sacrements , il vaut beau-
coup mieux qu'il le fassent que de le publier par des procédures.
a n sera de l'industrie des dits commissaires départjs d'avertir de bouche de ce qui est en cela de l'intention du Roy les premiers présidents et procureurs généraux des Parlements de leur département, aussy bien que les principaux juges de première instance, afin que le désir d'exécuter les ordres qu'il croyent avoir ci-devant reçus et les advantages qu'ils pourroient en tirer en multipliant ces sortes de procédures, ne les portent point à agir avec trop de challeur, et lesdits commandants et commissaires départys s'expliqueront néansmoins de sorte qu'ils ne voyent point que l'intention du Roy ne soit pas que l'on n'exécute plus la déclaration du 29 avril dernier, mais bien qu'elle ne le doit estre que contre ceux, lesquels par le scandalle de leurs déclarations et par les discours de leurs familles, auroyent pris un trop grand soin de faire esclatter les mauvais sentiments dans lesquels ils sont morts.
c Sa. Majesté s'attend que l'exécution de ce qui est expliqué cy-dessus de ses intentions mettra en estât la pluspart des nouveaux convertis qui sont assez malheureux pour ne l'estre encore que du nom, de vacquer à leur commerce <^ à leurs afTaire» avec plus de tranquillité qu'ils n'ont faits jttsques à présent, que la douceur qu'ils y trouveront et l'impossibilité de jouir de leurs biens quand ils seront passez en paysestrangers, ostera à beaucoup le désir qu'ils avoyent de sortir du royaume, et que, s'il y en a quelques uns qui ne laissent pas de prendre ce party, ce sera des gens tellement entestez sur le fait de la religion dans laquelle ils ont esté élevez, qu'ils ne pourroient manquer d'exciter des séditions dans le royaume, et nuire beaucoup à la parfaite conversion de ceux qui y resteront.
a Sa Majesté recommande surtout auxdits commandans
et commissaires départys de donner tous leurs soins pour faire que les enfans desdits nouveaux convertis ne manquent point d'assister aux catéchismes et instructions qui se feront dans leurs paroisses les jours que le travail nécessaire à l'entretien de tous ceux qui en auront besoin ne les destourneront point.
a Sa Majesté estime que rien ne sera plus propre pour l'exécution de ce que la présente instruction contient de ses volontez que les continuels voyages que lesdits commandans et commissaires départys feront dans les communautés où il y a le plus de nouveaux catholiques, lesquels mesmes ik se pourront partager entre eux, s'ils le jugent à propos, afin de les pouvoir visiter plus souvent.
a Ils doivent dans ces voyages affecter dans les discours qu'ils auront avec les principaux nouveaux convertis de leur insignuer qu'il n'y a de parti pour eux que de s'instruire de bonne foy, que s'ils sçavoyent qu'il y eust quelqu'un dans la communauté qui ne fist pas bien son debvoir et qui, par exemple ou par discours, destoumeroit les autres de le faire, ils en feroyent un tel exemple que personne ne seroit assez hardy pour tenir dans la suitte une pareille conduitte.
« Ils doibvent affecter de caresser ceux qui paroistront estre bien intentionnez et convertis de bonne foy, et leur faire tous les plaisirs qui pourront despendre d'eux, en sorte que les discours qu'ils tiendront aux uns, et les bons traitemens qu'ils feront aux autres, puissent esgallement contribuer à contenir chacun dans son debvoir.
a Ils doibvent s'abstenir dans ces visittes d'ajouter une entière créance à ce que les curez ou les missionnaires pourront leur dire, l'expérience ayant faict connoistre que la pluspart des curez agissent par passion, et que le trop grand zelle des missionnaires que l'on envoie dans lesdits pays leur faict souvent se tromper dans leur jugement. Et comme
ils n'ignorent pas les adversions que les provinciaux ont les uns pour les autres, ils ne doibyent rien oublier pour essayer de ne point devenir les ministres de lapasâon de ceux qui soubz prétexte de leur donner des adm se voudroyent mettre en estât de vanger leurs querelles particulières.
a Sa Majesté a faist advertirdez Tannée passée les archevesques et évesques de son royaume que Sa Majesté les appuyeroit de son autorité pour oster les curez de leurs diocèses qui seroient de mauvaises mœurs^ on que leur ignorance reodroit incapables d'instruire les nouveaux convertis. Sa Majesté apprend avec desplaisir qu'il en reste encore phi- 8Îe«rs de mauvaise qualité dans des paroisses où il y a beaucoup de nouveaux convertis. Elle aura bien agréable que lesdîts commandants et commissaires départysayent une attention particulière dans les visites qu'ils feront dans les communantez de s'inforiBer secrettement des mœurs desdits curez et de la satisfaction que les nouveaux convertis, les mieux intentionnez, tesmoigneront avoir d'eux, afia qu'ils puissent, lorsqu'ils verront les archeyesqnes on évesques des diocèses desquels lesdits curez seront, leur faire rapport et les exciter le plus honnestement qu'il leur sera possible à cbanger ceux desdits curez qu'ils auront reconnus n'estre pas propres à instruire lesdits nouveaux «catfaoyques.
c< Comme rien n'^st plus important que le secret de ce qui est contenu en la présente instruction, afin que les malintentionnez nouveaux convertis ne soient point en estât d'en abuser pour inspirer de nouveaux sentimens à ceux desdits nouveaux convertis qui le sont de bonne foy, Sa Majesté recommande bien particulièrement à ceux à qui ladite Instruction sera envoyée de ne la communiquer à personne, de la tenir enfermée en un lieu où il puissent respondre à Sa Majesté qu'elle ne sera point veiie.
PlàCBS JUJTIFICATIVBS. — N^ IX. 311
« Sa Majesté recommande aux commandans desdites provinces de concerter avec les commissaires départys en icelles la manière dont tous les points contenus en ladite instruction seront exécuttez, en sorte que chascun agissant.de concert puisse mieux réussir à la parfaitte exécution des sainctes intentions de Sa Majesté, qui n'ont pour but que l'entière réunion de ses subjects à la Religion catholique et le maintien de la tranquillité si nécessaire au bonheur des peuples soubmis à son obéissance.
Faict à Versailles le vin décembre 1686.
LOUIS
LE TBLLIER.
342 PIÈCES /U8T1F1CAT1VBS. — N» X.
N^ X.— INÉDITE*- LHIRONDELLE,
FABLE ALLÉGORIQUE SUR CLAUDE LE PBLETIBR, MIlfISTRB P*ESTAT,
QUI REMIT AO ROT LB COlfTROLLE GÉHÉRAL DES FIMAIICBS, LE 27 SEPTEMBRE 1689.
Une Hirondelle inquiète ', Voyant aprocher Thiver ', Pour n^eslre prise sans verd ^, Voulut faire sa retraite *.
Elle avertit ses petits ^
• Biblioth. natio., Mss., Recueil Maurepas,i, VI, p. 845 et suiv. — Toutes les notes qui suivent appartiennent au Recueil Maurepas.
> Cette fable est une allégorie continuelle , sur Claude Le Peletier, ministre d*Estat, et son abdication du contrôle général des finances, et c'est lui que l'auteur de la fable entend par Thirondelle.
a II prévoyoit la guerre longue et fâcheuse allumée dans l'Europe, et la peine qu'il auroit à trouver l'argent nécessaire pour en soutenir les lirais.
3 C'est-à-dire sans argent.
* Quitter le controUe général des finances.
' Ses enfants, qui sont : Michel Le Peletier, docteur de Sorbonne et abbé de Jouy en Brie ; Louis Le Peletier» président à mortier du parlement de Paris, seigneur de Yilleneuve-le-Roy et d'Ablon, marié à N... du Kofcaer de Rosembaut, héritière de Bretagne; Le Peletier, abbé de Saint-Aubin d'Angers; N. Le Peletier, femme de d'Argonges de Ranes, maistre des requestes; et Madeleine Le Peletier, femme de d'Aligre, aussi maistre des requestes.
PIÈCES JUSTIFICATIVBS. — N" X. 313
De s'apprester au voyage *.
Mais ils n'en sont pas d'avis >.
— Pourquoi ce remu-ménage.
Ma mère ? Quel vertigo De changer de domicile ?
Nous avons tout à gogo ^ !
Les palais sont notre azile ; Dans les champs et dans la ville *, Est-il un climat plus doux?
Le soleil ', dont la lumière Doit être commune à tous, Ne luit presque que pour nous *.
*■ D'abandonner les prétentions que Félévation de leur père pou» voit leur donner.
3 II est certain que ce dessein les affligea beaucoup.
3 On croira sans peine que les enfants d'un controlleur général des finances avoient de tout abondamment. Aussi ne leur manquoitil que réducation qui étoit détestable, et fondée sur les maximes que la plus vile bourgeoisie peut inspirer. Les deux abbez avoient Tair, les discours, et le procédé de francs vicaires de village; les deux filles, de commères du quartier ; le seul président avoit un peu meilleure façon; encore, y avoit-il bien du bourgeois et même du pédant à son affaire. A la vérité, il était très capable en son métier.
^ Leur maison dans Paris était Thostel d'Effiat, Yieille-rue-du- Temple, qu'ils louoient de THostel-Dieu, à qui elle appartenoit; mais ils avaient à quatre lieues de Paris, sur le bord de la Seine, la superbe maison de Yilleneuve-le-Roy, que Claude Le Peletier avoit fait bastir après en avoir acheté la terre. Il avoit fait plus : car pour y aller plus commodément Thyver, il avoit fait accommoder, aux dépens du roi, la montagne de Yille-Juifve.
^ Le roy Louis XIY, qui a toujours le soleil pour symbole, depuis qu'il a pris cet astre pour sa devise, avec un globe au-dessous, avec ces mots latins : nec plwiôus impar,
^ On peut voir aisément que le Roy avoit lui pour eux par les établissements qu'ils avoient, puisque tout cela fut le fruit de six
314 PlàCES JUSTIFICATIVES.— N"" X.
Tout nous rit, tout nous prospère ; Ma mère, à quoi songez-vous?
— Ah ! jeunesse sans cervelle, Née icy de ce printemps, Vous n'avez pas veu, dit-elle, D'autres lieux, ny d'autres temps % Bientost l'hyver » au teint blesme, Va rendre l'air sans chaleur 3 La campagne sans verdure.
Où trouver, dans sa rigueur, Abry contre la froidure * ?
Où trouver dans ce malheur Ver ou mouche pour pasture * !
Prévenon8*en le danger Avant que l'air de la France, Si sujet à l'inconstance ^, Ait eu le temps de changer.
Son séjour en vain nous flatte ; L'espèce dont on nous voit ^ ,
ans de miniaitère de leur père, à la réserve de Tabbaye de Joay, qu'il fit avoir k3<w fils atné, n'étant encore que conseiller d'Estat.
^ Les enfsaits de X. ie PeleUer étoient lianes et ne connoissoient que l'aisance ^e la vie.
3 La guerre, déjk venue, et qui s'édiauffoit de plus en plus entre la France seule, et presque toute l'Europe réunie contre elle.
3 C'est-à-dire le royaume stérile et épuisé d'argent.
* De l'argent pour soutenir la guerre, et des expédients pour couvrir l'incapacité de ce ministre, qui étoit ontirée.
^ De quoi accommoder de plus en plus ses affaires.
* Les Fran^^ois ont toujours passé pour .^tre inconstants ; mais la f4Nrtutte des ministres, et principalement de ceux <iiii gouvernent les finances, est encore plus scgette à l'inconstance.
^ C'est l'employ de ministre, et de ministre à la teste des
PlèCBS JUSTIFICATIVES. N° X. 313
£st un peu trop délicate ' Pour attendre ici le froid.
Faut-il qu'on vous réitère Que le climat qui vous plsdt '.
Pour les hirondelles * n*esl Qu'une terre passagère?
Du pays chaud, habitans ^ Nous en sortons au printemps ^, Pour venir dans ce rivage % A la faveur du beau temps, Establir notre ménage ' .
Mon ménage est estably "; J'ai pris mon temps de manière Que tout m'a bien réussi •.
Grâce à mes soins, vous voicy Aussi drus *• que père et mère, Que me reste-il à faire, Sinon de mettre à couvert
* Sujette aux revers.
3 L'élévation de cette famille.
3 Pour les ministres d'Estat.
^ Sous le roy Louis XIY, les ministres ont tous esté tirez de la robe, profession qu'on peut appeler un pays chaud, par le bien , la commodité et le crédit qui y est.
' C'est-à-dire quand la fortune y appelle, que les affaires ne sont pas difficiles, ny les temps fâcheux.
* A la cour.
7 Faire nos affaires.
^ On l'a vu clairement plus haut.
* Gela n'est pas surprenant, puisqu'il est venu dans un temps de paix, où la France estoit maîtresse de l'Europe, et après Jean-Baptiste Golbert, controlleur général des finances, et le plus habile homme en cette partie qui ait jamais esté.
*® 11 est aisé de voir qu'il n'y en avoit pas un d'eux qui ne pût se passer aisément du reste du monde.
316 PlàCES JUSTIFICATIVES. — N"* X.
Dans une terre éloignée ^^
Des insultes de Thiver *
Et moi-même et ma lignée * ?
^^Daas le sein de sa famille.
' Des revers de fortune.
* Nota — Que le Roy lui conserva son entrée dans toasles Conseils, le rang qu'il y avoit comme controUenr général des finances, et le brevet de ministre d*Estat, avec 60,000 livres de pension.
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