HUNC ETIAM PHLEGETON TIMET
Que je crains ce 7wuvel Alcide !
Alcide alla jusqu'aux Enfers enchaîner Cerbère ; s'il est permis de se servir de la Fable pour expliquer de solides véritez, l'Enfer vient de sentir de grands effets de la puissance du Roy et a raison de la craindre.
Le troisième tableau faisoit voir Vulcain dans son atlelier, tout prest à travailler, avec ce mot :
SI BELLARE PARAT.
J'attends qu'il déclare la guerre.
On fait allusion dans ce tableau aux armes qu'il forgea pour Énée, et il témoigne qu'il est prest de travailler pour un monarque chez qui il ne trouve pas moins de piété et de courage que chez le héros de Virgile .
Le quatrième tableau représentoit Mars , la main sur la garde de son épéc, avec ce mot :
CUM JUSSERIT.
Presi à suivre en tous lieux Les ordres de Louis.
PIÈCES jrSTIFlCATIVF.S. — N" I([. 2^3
Pour marquer Testât où est le Roy de faire de nouvelles conquestes.
Le théâtre qui portoit cette machine esloit soutenu de huit pilastres très-bien ornez ; après qu'on eut laissé quelque temps aux spectateurs dont la place , les échaffaux, les fenestres, les balcons et jusques aux toits des maisons esfoient remplis pour considérer la disposition et l'ordonnance de ce feu, on le fit jouer d'une manière agréable et terrible tout ensemble. C'estoit un beau spectacle de voir partir à plusieurs reprises un gros de fusées volantes qui semoient l'air d'un million d'étoiles; mais c'estoit quelque chose d'assez affreux que le bruit redoutable des boîtes, des pétards et des pots-à-feu qui écartèrent admirablement tous ceux qui se trouvoient dans le voisinage. L'heureux succez de ce feu d'artifice fournit pendant une demi-heure beaucoup de plaisir au peuple, et finit trop tost à son gré ; mais la feste ne finit pas pour cela ; elle fut continuée chez M. l'intendant.
La place royale n'offrant plus d'autre spectacle , qu'une illumination vive qui auroit probablement fixé les regards pendant toute la nuit, si on ne s'estoit attendu encores ta d'autres plaisirs, les plus honnestes gens se rendirent à son hôtel et furent arrestez à la porte par un nouvel objet. C'estoit trois longues tables disposées en triangle couvertes de viandes, abandonnées à la discrétion du peuple. Elles estoient dressées dans une petite place dont la figure est triangugulaire et où l'on abordoit par trois rues à l'entrée desquelles il y avoit des arcades ornées de festons. Les officiers de M. l'intendant placés au milieu de ces trois tables avoient soin de les servira mesure qu'on les dégarnissoit, et de faire retirer ceux qui avoient soupe pour faire place aux autres ; tandis que ceux qui n'en pouvoieut approcher, aîloient se consoler à une fontaine jaillissante de vin qui couloit depuis le matin à l'entrée de son hôtel.
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Ce spectacle ayant diverti quelque temps la Compagnie, elle entra à la faveur d'une nouvelle illumination qui faisoit voir de tous côtés cette maison en feu, dans deux grandes salles éclairées comme le reste. Quatre tables de vingtcinq couverts chacune furent trouvées servies , et furent occupées par toutes les dames que les hommes voulurent servir. La symphonie qui dura pendant le repas, remit dans une assiette tranquille les esprits de ceux qui avoient esté étourdis pendant tout le jour du mélange confus du bruit des tambours, du canon, du feu d'artifice et des acclamations continuelles du peuple ; et on y goûta d'autant plus de plaisir que tout s'y passa sans la confusion ordinaire de ces sortes de festes.
Le souper fini , la Compagnie crut traverser une bassecourt pour passer au jardin, mais comme si elle se fût évanouie par enchantement, les dames furent agréablement surprises de se trouver sur une terrasse ornée de fieurs et de deux fontaines jaillissantes, par laquelle on descendoit dans un grand et magnifique salon qu'elles n'avoient jamais vu. tout disposé pour le bal. Ce salon estoit formé par un carré de 32 arcades de 15 pieds de hauteur. 11 estoit de 50 pieds de long sur 40 de large, et son plat-fonds élevé de 30 pieds ; mais par le moyen d'une perspecfive pratiquée dans le jardin, on avoit fait paraître dans le bout une galerie fort longue et fort éclairée qui y faisoit un très-bel accompagnement. Toutes les arcades estoient ornées de festons de fleurs , et les piliers qui les soutenoient couverts de miroirs. L'espace qui estoit depuis le cintre des arcades jusqu'au plat-fonds, estoit fermé par de très-riches tapisseries, et dans la principale face estoit élevé un buste du Roy de (rois pieds de haut environné d'un soleil, dont le tour et les rayons «stoient couverts de lumière , accompagné de fleurs de lys, d'LL couronnées sans nombre, le tout disposé avec
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des lumières vives : ce qui faisoit une illumination de plus de deux mille briilans. Dans la face du salon opposée à celle où estoit le buste , et au-dessus de l'arcade qui faisoit l'ouverture de la galerie, on avoit mis sous un dais un fort beau portrait du Roa^ de la main de Mignard.
Ce fut dans celte sale que plus de quatre-vingts dames qui avoient soupe chez M. l'intendant , et toutes celles qui vinrent après souper, soutinrent parfaitement bien la réputation 011 les Poitevines sont de bien danser. Les amphitéâtres qui avoient esté dressez derrière et le long des arcades , furent bientôt remplies par toutes les personnes qui eurent la curiosité de voir cette assemblée dont madame Folcault fit très-bien les honneurs. Il y eut profusion de confitures et de toutes sortes de rafraîchissements , et il ne manquoit à la satisfaction de tout le monde qu'une de ces longues nuits des pays du Nord , qui peut faire durer le plaisir plus longtemps. Toute cette nuit se passa en réjouissance aussi bien que les trois jours suivants, pendant lesquels la maison de M. l'intendant demeura ouverte, pour satisfaire la curiosité du peuple que la nouvelle structure du salon y attiroit en foule. On peut dire que le peuple n'a pas eu besoin d'être excité, et que sa joye couloit de source , paroissant que l'amour qu'il a pour un Roy si digne d'estre aimé, estoit ce qui l'animoit.
Le lendemain 26, les officiers du Présidial à la teste desquels estoit M. de Razes, président, qui ne laisse échapper aucune occasion de signaler son zèle pour la gloire et le service du Roy, ne croyant pas avoir suffisamment rempli leur devoir, en assistant au Te Deusi que fit chanter M. l'intendant dans l'église cathédrale, en firent chanter un autre dans l'éghse des Cordeliers. L'action fut solemnelle et fut suivie d'une feste que donnèrent les Jésuites dans l'après-midy, dont voicv le détail :
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Toute la ville s'y estant rendue , sur le bruit de ce qui s'y devoit faire , on trouva un Ihéàtre élevé dans la court , orné de très-belles décorations, et chargé d'acteurs fort proprement vestus. La première action qu'on donna aux spectateurs fut l'explication d'un tableau énigmatique , que M. l'intendant avait fait faire à Paris. Ce tableau qui estoit d'une extraordinaire grandeur, représentoit Hercule sortant des Enfers et traînant après luy Cerbère qu'il avoit enchaîné. Sa massue qu'il tenoit de la main droite, estoil garnie de six médailles, qui représentoient ses plus glorieux travaux : quelques furies sembloient luy insulter et s'opposer à sou dessein , tandis que Jupiter sur un nuage luy applaudissoit de cette action. Iris, déesse de l'admiration, en marquoit son élonnement ; et la Justice , la balance à la main , sembloiten peser le prix et la valeur. Cette énigme fut expliquée sur l'or, le soleil et le diamant. Les rapports qu'on y trouva parurent assez fidèles, et les six médailles des travaux d'Hercule , fournirent une très-belle occasion de parler du Roy, à la gloire de qui se rapportoit toute la fesle. Mais le véritable mot estoit la slatise qu'on luy avoit érigé. M. de Carcassonne , fils de M. l'intendant , en fit l'explication , et fit voir qu'Hercule sortant des Enfers, estoit la statue sortant de la Carrière, que les Furies qui sembloient luy insulter estoient les divers instruments dont le sculpteur s'estoit servi pour la faire; que Jupiter, roy des Dieux, qui paroissoit applaudir à Hercule, estoit là pour signifier l'agrément qu'il a plû à Sa Majesté de donner au dessein des Marchands ; ([ue Thémis marquoit la présence des magistrats qui assistoient à la cérémonie, et que l'Iris signifioit l'admiration des peuples qui voyoient avec une extrême joye le portrait ressemblant d'un prince, dont l'auguste présence fait la joye de tous ceux qui ont Ihonncur de l'approcher. Ensuite, s'étendant sur l'explicafion particulière des six médailles qui
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estoient peintes sur la massue d'Hercule, il trouva des rapports si justes entre les travaux de ce héros fabuleux et les glorieuses actions du Roy, qu'il satisfist parfaitement l'assemblée qui estoit des plus nombreuses.
Celte énigme expliquée , on en proposa une autre. Cestoit Amphion qui jouoit du luth, et qui, par son harmonie, remuoit les arbres et les plaçoit en droite ligne sur le bord d'une rivière. La ville de Thèbes paroissoit dans l'éloignement, et des Muses luy moniroient du haut d'un rocher la lyre d'Orphée parmi les constellations du Ciel, afin de l'animer et de l'exciter à continuer un jeu qui faisoit de si beaux effets. Celte énigme fut expliquée sur la Trompette dont le son range des troupes en bataille , et le Fleuve qui paroissoit dans le tableau donna occasion à celuy qui parloit de toucher le passage du Rhin et de dire de très-belles choses à la gloire du Héros qui conduisoit cette célèbre action.
Le Yéritable mot estoit le Cours. C'est une promenade que M. l'Intendant a fait faire sur les bords de la rivière du Glain aux portes de la ville qui n'avoit aucune de ces sortes d'embellissements.
La Compagnie, ayant écouté avec plaisir l'explication de ces deux énigmes, fut régalée d'une pièce de théâtre où l'on représenta Louis le Grand , comme le plus grand des Roys. Pour le faire plus agréablement et d'une manière qui fût plus du tour et du génie de la Poésie , on crut pouvoir représenter le Roy et les princes ses voisins sous l'idée et le nom des Dieux de l'Antiquité , avec qui ils ont des rapports plus singuhers. Le Roy y parut sous le nom d'Apollon que les anciens confondoient avec le Soleil , symbole de notre Grand Monarque. Pluton , Dieu des Richesses , des Enfers et des Marais , figura les HoUandois et les autres peuples des Pays-Bas. Jupiter représenta l'Empereur à cause
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de l'aigle impériale, et Neptune supposa peuples Génois , les Algériens et les autres peuples maritimes.
Le Destin, qui, dans l'idée des anciens, avoit un droit de souveraineté sur tous les autres Dieux qui estoient soumis à ses arrests , déclara d'abord qu'il vouloit se défaire de sa suprême puissance en faveur d'ApoUon , et luy donner le premier rang sur Pluton, sur Neptune, sur Mars, sur Jup'»er même. Il luy fit ensuite remporter sur eux à peu près les mêmes victoires que le Roy a remportées sur ses ennemis; de manière que les endroits les plus éclatans d'une si belle vie s'y virent parfaitement et d'une manière trèsnaturelle, quoyque sous des symboles étrangers. Après tous ces triomphes , Apollon parut formant un arc-en-ciel, et donna la paix aux autres Dieux pouvant continuer à faire la guerre , pour marquer la paix que le Roy a accordée si généreusement à toute l'Europe. Tous la recourent avec joye. On finit par luy décerner des Arcs-de-triomphe et des Statues dans les places publiques. Cette action estoit de cinq actes meslée de plusieurs entrées de ballet. Elle fut suivie de la distribution des prix que donna Monsieur l'Intendant, et qu'il s'est engagé de donner toutes les années avec une condition qui doit tenir lieu au collège d'une extrême faveur; c'est qu'on y prononcera tous les ans le jour de Saint-Louis un panégyrique du Roy.
Les jours suivans furent employés à chanter le Te Deum et à des prières publiques pour la conservation et la prospérité de Sa Majesté. Madame de Navailles , abbesse de Sainte-Croix , estant d'une famille dont le zèle s'est signalé heureusement pour la gloire du Roy , ne s'est pas oubliée dans celte occasion. Après avoir fait décorer et illuminer sou église avec beaucoup de soin et d'éclat, elle fist chanter le "21 une messe el un Te Deum , où assistèrent tous les Corps de Ville , et où la beauté de la musique , qui estoit
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excellente, céda à l'éloquence du R. P. Dubois, Jésuite, qui prononça un panégyrique du Roy avec un succès qui surprit l'assemblée, n'ayant eu que 24 heures pour s'y préparer, tant il est vray qu'il n'y a rien d'impossible quand on est animé du zèle et de la gloire du Roy. Cette cérémonie fut d'autant plus belle qu'elle fut suivie d'une aumône générale. Le Bureau des Finances , le Corps de Ville , le Chapitre de Saint-Hilaire , Madame l'Abbesse de la Trinité et le Corps des Marchands , qui a voulu faire la clôture de la feste, en ont aussi fait chanter en musique , auxquels Monsieur l'Intendant a assisté. Enfin, tous ont voulu signaler leur zèle dans cette occasion , jusqu'aux Ecoliers de Droit, qui, ayant eu permission de s'assembler et d'entrer dans la réjouissance publique , ont esté en corps et sous les armes rendre leurs devoirs à la Statue, auprès de laquelle ils ont fait tirer un feu d'artifice.
C'est par là qu'a fini la feste, mais non pas lajoye du peuple , qui sera tous les jours renouvellée par la veùe de l'objet qui la cause. Cette joye paroist peinte sur le visage de tous ceux qui, passant par la place royale, ne manquent pas de regarder la statue du Roy. Ce qu'il y a de surprenant, c'est que, quoy qu'il ait eu pendant quatre jours que la feste a duré, un concours infini de peuple dans la ville, dont on fait monter le nombre des étrangers à plus de vingt raille personnes, il n'y est pas arrivé le moindre désordre parmi les tumultes et la confusion dont ces sortes de réjouissances sont ordinairement accompagnées.
Inscription
Inscription des quatre faces du piédestal qui soutient la statue du Roy élevée dans la place Royale de Poitiers.
Pour la première face.