‹ Le gouvernement de Louis XIV; ou, La cour, l'administration, les finances et le commerce de 1683 à 1689;Chapitre 27 sur 82 · DITAT ET ORN.VT · texte numérisé non relu

DITAT ET ORN.VT

Elle en fait la richesse Ainsi que la beauté.

iî58 PIÈCES JUfTlKICATIVKS. — N' 111.

Chacun sçait de quel secours est une fontaine dans un parterre, outre l'embellissement qu'elle luy procure. Une colonne qui soutient une voûte, avec ce mot :

MJNQUAM SIC SUFFULTA CADET.

Cet appùy pour toujours La met en sûreté.

Un soleil sur un champ couvert d'épis, avec ce mot :

ASPECTU FOECONDAT.

Par ses heureux regards Elle devient féconde.

Et parce que la place a changé de nom depuis l'érection du monument et qu'elle s'appellera désormais la place ROYALE, on avoit exprimé ce changement par cet emblème, qu'on avoit peint à toutes les entrées de la place.

Une figure d'homme couronné, qui donne la main à une statue de femme en signe d'alliance, avec ce mot :

REGIO DECORAT NOMINE.

Il r honore d'un nom auguste.

Cette statue de femme représente la place que la statue du Roy, figurée par cet liomme couronné, honore du nom de PLACE ROYALE, SOU ércction estant une espèce d'alliance qu'elle contracte avec elle.

Toutes ces décorations ayant esté exécutées avec tout le soin possible, on ne songea plus qu'à se préparer à la feste, qui commença par un Acte de Philosophie dédié au Roy.

Cette action fut d'autant plus belle, que les éloges du Roy y eurent autant de part que la Philosophie, et que les Écoliers qui avoieut fait paraître leur esprit et leur capacité, al-

PIÈCES JUSTIFICATIVES.— N" Hl, 249

lèrent, après l'Acte fini, chez M. l'Intendant, luy porter en pompe la thèse de satin, où estoit le portrait du Roy, estant précédez des trompettes et des haut-bois, et celuy qui la portoit estant environné des drapeaux des compagnies de chaque classe.

Le soir, toutes les cloches commencèrent à sonner, et leur carillon se joignant au bruit du canon, et à celuy des trompettes et des tambours qu'on avoit disposez sur les tours et sur les lieux les plus élevés de la ville, annoncèrent agréablement la feste du lendemain.

La Rehgion et la Piété la commencèrent ; le Clergé, composé de six chapitres, de vingt-deux paroisses et d'un grand nombre de communautés religieuses, s'estant assemblé dans l'église cathédrale avec tous les Corps de ville, monsieur l'Intendant s'y rendit à la teste du Présidial, qui estoit ce jour-là en robe rouge, et fut suivi ou prévenu d'une affluence extraordinaire de peuple. L'éghse, toute vaste qu'elle est, se trouva parfaitement bien décorée et illuminée par les soins de M, l'abbé du Soucy, chanoine de la Cathédrale et conseiller de l'Église. La messe y fut célébrée par M. Rabereul, doyen de l'église de Saint-Pierre, avec beaucoup de solemnité, qui fut suivie d'un Te Deum pour remercier Dieu des faveurs particulières que la piété du Roy et son affection paternelle pour ses sujets attirent sur la France. On y eut le plaisir d'entendre une fort belle musique composée des plus belles voix de la Province, et de plusieures autres que M. l'Intendant avoit fait venir des Provinces voisines ; le R. P. Chesnon, jésuite, y prononça un fort beau panégyrique du Roy. Il prit pour texte ces paroles de saint Mathieu qui ne peuvent estre plus naturelles Cujusesiimafo uxcV

. . 0^7 . !• Tlicnnt ci . Crsaris.

a son sujet : iJe qui est cette image/ On luy répondit que T.mc ait niij -. \udc estoit celle de César. Alors il leur dit : Rendez donc à 5,'ni ''ci^saru !"'! q"!^ César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. Il '""' "m/ïb., „„.

commença d'abord par expliquer la différence qui se trouve entre le culte qu'on rend à Dieu et celuy qu'on rend aux souverains de la terre ; et fit connoistre à tout le monde que si LOUIS LE GRAND ne possède pas ces perfections infinies qui ne conviennent qu'à Dieu seul, il a pourtant reçu toutes celles qui en approchent davantage, et qui le rendent sur la terre l'image la plus sensible de la Divinité. Ensuite, voulant intéresser tout le monde à cette cérémonie, il fit voir qu'il estoit de la reconnaissance de la Ville d'ériger cette statue à LOUIS LE GRAND, en sorte qu'il seroit à souhaitter que toutes les villes du Poilou en pussent faire autant en reconnaissance des grâces que la Province reçoit de Sa Majesté, et surtout du rétablissement de la Religion. Secondement, qu'il est de la gloire de la Ville d'avoir cet ornement, qui doit estre le monument éternel de la fidélité qu'elle a toujours eue pour son Prince. Enfin, qu'il est de son intérest d'attirer parce gage de son zèle et de son attachement pour le Roy, la faveur et la protection singulière de Sa Majesté. Ces trois parties furent solidement prouvées, et remplies de plusieurs beaux traits de l'Écriture, de l'Histoire Ecclésiastique et de la vie du Roy dont il fit l'éloge avec tous les agréincns que peut souffrir l'éloquence chrétienne. Cette action finie, tous les corps se refirèrent excepté les troupes lafines (j'appelle ainsi la milice du Collège), qui, ayant assisté à cette cérémonie avec toute la dévotion que pouvoit souffrir l'équipage guerrier où elles étoient, se rendirent à la place uoYALK en très-bon ordre, et avec une contenance fière, saluèrent la statue du Roy d'un air qui n'avoit rien d'enfant, mais qui marquoit que le cœur avoit beaucoup de part à cette action, et ensuite après avoir fait l'exercice a^ec toute la justesse des troupes bien disciplinées, cette milice fit place à une autre qui ne fut pas inoins agréable à voir. Ce fut colle des Bourgeois, qui, s'cstant rangez chacun sous son drapeau.

se rendirent après disné à la place au bruit des tambours, des fiffresj des haut-bois et dans tout l'appareil d'une milice bien réglée. La Statue estant le premier objet de leurs regards, le fut aussi de leurs respects ; elle fut saluée à plusieurs reprises par la décharge du canon et de la mousqueterie, par le bruit des tambours et les fanfares des trompettes interrompus de temps en temps par des cris de VIVE LE ROY qui perçoient les nues et faisoient retentir partout un bruit confus. Après le mouvement des troupes et les devoirs rendus à la Statue par le Corps des Marchands qui estoient là enrobe de cérémonie, M. l'Intendant, à la teste du Corps de Ville, après avoir fait trois tours autour de la Place précédé parles trompettes et par les tambours, mit le feu à un bûcher que l'on avoit préparé, et voulut bien qu'on donnât un flambeau au juge des Marchands, comme une reconnaissance publique des soins que ce Corps avait pris pour l'érection de ce monument. Là redoublèrent les cris et les acclamations du peuple, le tonnerre du canon et des mousquets, qui ne finit qu'avec le feu du bûcher. Un concert de trompettes attira ensuite l'attention de tout le monde qui s'estoit dissipée dans le fracas et le tumulte de la feste, et prépara à une symphonie admirable de violons, flûtes et haut-bois qui fut suivi d'un grand concert de voix et d'instruments : un éloge du Roy en fit la matière. Ce concert dura jusqu'à la nuit qui fut la plus éclairée et la plus brillante qu'on puisse voir. Il est difficile de se représenter, sans l'avoir vue, le bel effet que peut produire une illuminafion qui règne dans les quatre côtés d'une place de cinquante toises en quarré, depuis le premier étage jusqu'au toit. A cette illumination se joignit celle d'un très beau feu d'artifice dont voicy le dessin .

Sur un théâtre de quinze pieds de haut et d'autant de large paroissoit un Trophée d'Armes illuminé et élevé sur

252 PIÈCES JUSTIFICATIVES. — N* Ul.

un piédestal dont les quatre faces estoient quatre tableaux illuminez. Dans l'un estoit peint Jupiter, son foudre à ses pieds, avec ce mot qui luy servoit d'inscription :

GRACUNDA PONIT FULMINA.

C'est un vainqueur désarmé.

Pour marquer la Paix que le Roy a donnée à l'Europe lorsqu'il estoit plus en estât que jamais de faire la guerre. L'autre représentoit Pluton avec un air effaré , avec ce mot :

Page 1