L'HIRONDELLE
FABLE ALLÉGORIQUE SUR CLAUDE LE PELETIER, MINISTBE d'ESTAT,
QUI REMIT AU ROY LE CONTROLLE GÉNÉRAL DES FINANCES, LE 27 SEPTEMBRE 1689.
Une Hirondelle inquiète ', Voyant aprocher l'hiver ^, Pour n'estre prise sans verd ^, Voulut faire sa retraite ''.
Elle avertit ses petits '
* Biblioth. uatio., Mss., Recueil Maurepas,t. VI, p. 3*5 et suiv. — Toutes les notes qui suivent appartiennent au Recueil Maurepas.
' Cette fable est une allégorie continuelle , sur Claude Le Peletier, ministre d'Estat, et son abdication du contrôle général des finances, et c'est lui que l'auteur de lu fable entend par l'hirondelle.
3 11 prévoyoit la guerre longue et fâcheuse allumée dans l'Europe, et la peine qu'il auroit k trouver l'argent nécessaire pour en soutenir les frais.
3 C'est-à-dire sans argent.
'' Quitter le controlle général des finances.
s Ses enfants, qui sont : Michel Le Peletier, docteur de Sorbonne et abbé de Jouy en Brie ; Louis Le Peletier, président à mortier du parlement de Paris, seigneur de Villeneuve-le-Roy et d'Ablon, marié à N... du Kofcaer de Rosembaut, héritière de Bretagne; Le Peletier, abbé de Saint-Aubin d'Angers; N. Le Peletier, femme de d'Argouges de Ranes, maistre des requestes; et Madeleine Le Peletier, femme de d'Aligre, aussi maistre des requestes.
De s'apprester au voyage ^ Mais ils n'en sont pas d'avis 2.
— Pourquoi ce remu-ménage, Ma mère ? Quel vertigo De changer de domicile ?
Nous avons tout à gogo ^ !
Les palais sont notre azile ; Dans les champs et dans la ville *, Est-il un climat plus doux?
Le soleil % dont la lumière Doit être commune à tous, Ne luit presque que pour nous ^
* D'abandonner les prétentions que l'élévation de leur père pouvoit leur donner.
2 II est certain que ce dessein les affligea beaucoup-
3 On croira sans peine que les enfants d'un controlleur général des finances avoient de tout abondamment. Aussi ne leur manquoitil que l'éducation qui étoit détestable, et fondée sur les maximes que la plus vile bourgeoisie peut inspirer. Les deux abbez avoient l'air, les discours, et le procédé de francs vicaires de village; les deux filles, de commères du quartier ; le seul président avoit un peu meilleure façon; encore, y avoit-il bien du bourgeois et même du pédant à son affaire. A la vérité, il étaittrès capable en son métier.
* Leur maison dans Paris était l'hostel d'Effiat, Vieille-rue- du- Temple, qu'ils louoient de l'Hostel-Dieu, a qui elle appartenoit; mais ils avaient k quatre lieues de Paris, sur le bord de la Seine, la superbe maison de Villeneuve-le-Roy, que Claude Le Peletier avoit fait bastir après en avoir acheté la terre. Il avoit fait plus : car pour y aller plus commodément l'hyver, il avoit fait accommoder, aux dépens du roi, la montagne de Ville-Juifve.
5 Le roy Louis XIV, qui a toujours le soleil pour symbole, depuis qu'il a pris cet astre pour sa devise, avec un globe au-dessous, avec ces mots latins : nec pluriôus impar.
^ On peut voir aisément que le Roy avoit lui pour eux par les établissements qu'ils avoient, puisque tout cela fut le fruit de six
Tout nous rit, tout nous prospère ; Ma mère, à quoi songez-vous?
— Ah ! jeunesse sans cervelle, Née icy de ce printemps, Vous n'avez pas veu, dit-elle.
D'autres lieux, ny d'autres temps % Bientost l'hyver ^ au teint blesme, Va rendre l'air sans chaleur 3 La campagne sans verdure.
Où trouver, dans sa rigueur, Abry contre la froidure * ?
Où trouver dans ce malheur Ver ou mouche pour pasture ^ !
Prévenons-en le danger Avant que l'air de la France, Si sujet à l'inconstance ^, Ait eu le temps de changer.
Son séjour en vain nous flatte ; L'espèce dont on nous voit ' ,
ans (le ministère de leur père, à la réserve de l'abbaye de Jouy, qu'il fit avoir à son fils aîné, n'étant encore que conseiller d'Estat.
* Les enfants de M. Le Peletier étoient jeunes et ne connoissoient que l'aisance de la vie.
2 La guerre, déjà venue, et qui s'échauffoit de plus en plus entre la France seule, et presque toute l'Europe réunie contre elle.
3 C'est-U-dire le royaume stérile et épuisé d'argent.
* De l'argent pour soutenir la guerre, et des expédients pour couvrir l'incapacité de ce ministre, qui étoit outrée.
* De quoi accommoder de plus en plus ses affaires.
' Les François ont toujours passé pour être inconstants ; mais la fortune des ministres, et principalement de ceux qui gouvernent les finances, est encore plus sujette ii l'inconstance.
' C'est l'employ de ministre , et de ministre à la teste des linanccs.
Est uu peu trop délicate ' Pour attendre ici le froid.
Faut-il qu'on vous réitère Que le climat qui vous plaît ^.
Pour les hirondelles ^ n'est Qu'une terre passagère ?
Du pays chaud, habitans * Nous en sortons au printemps % Pour venir dans ce rivage % A la faveur du beau temps, Establir notre ménage ' .
Mon ménage est estably * ; J'ai pris mon temps de manière Que tout m'a bien réussi '.
Grâce à mes soins, vous voicy Aussi drus *" que père et mère.
Que me reste-il à faire, Sinon de mettre à couvert
* Sujette aux revers.
3 L'élévation de cette famille.
3 Pour les ministres d'Estat.
'' Sous le roy Louis XIY, les ministres ont tous esté tirez de la robe, profession qu'on peut appeler un pays chaud, par le bien , la commodité et le crédit qui y est.
^ C'est-'adire quand la fortune y appelle, que les affaires ne sont pas difficiles, ny les temps fâcheux.
^ A la cour.
' Faire nos affaires.
^ Ou l'a vu clairement plus haut.
' Cela n'est pas surprenant, puisqu'il est venu dans un temps de paix, où la France estoit maîtresse de l'Europe, et après Jean-Baptiste Colbert, controileur général des finances, et le plus habile homme en cette partie qui ait jamais esté.
*" Il est aisé de voir qu'il n'y en avoit pas un d'eux qui ne pût se passer aisément du reste du monde.
Dans une terre éloignée %
Des insultes de l'hiver ^
Et moi-même et ma lignée * ?
\Dans le sein de sa famille.
^ Des revers de fortune.
' Nota.— Que le Roy lui conserva son entrée dans tousles Conseils, le rang qu'il y avoit comme controUeur général des finances, et le brevet de ministre d'Estat, avec 60,00 0 livres de pension.
N" XI —INEDITE.