CHAPITRE VII
Effet produit à Paris par l'édit de révocation. — Opinion de mesdames de Sévigné, de Caylus et du duc de Bourgogne. — Les jansénistes approuvent l'édit et les rigueurs. — A\is d'Antoine Arnauld. — L'édit accorde aux protestants des facilités qu'ils n'avaient pas auparavant. — Difficultés qui en résultent. — Observations de l'intendant du Poitou à ce sujet. — Instructions de Louvois. — Le gouvernement est obligé de revenir sur ses pas. — Analyse d'une curieuse instruction de Louis XIV. — Nouveaux embarras. — Lettre de l'intendant du Poitou. — Rivalité des ministres. — Heureuse influence de Fénelon, des duchesses de Chevreuse et de Beauvillier, filles de Colbert , et du duc de Beauvillier, sur madame de Maintenon.— Instruction d'un commandant en Languedoc—Graves dissentiments au sujet des protestants entre Bossuet et Fléchier. — Résultats de la révocation de l'édit de Nantes sur le commerce et l'industrie. — Nombre des protestants qui passèrent a l'étranger.
Il faut d'ailleurs se reporter à l'époque même où l'arrêt de révocation fut rendu pour juger de l'effet qu'il produisit sur les esprits. L'impression du moment fut, on doit le dire , toute favorable au gouvernement. D'abord, tous les Parlements s'empressèrent, à l'envi, d'enregistrer l'édit. Pendant toute la durée du règne de Louis XIV, la plupart des monuments publics éie-
vés tant à Paris que dans les provinces signalèrent à la postérité l'édit de révocation comme un des principaux titres du roi au surnom de grand que ses contemporains lui avaient décerné. Madame de Caylus, dont les principes étaient , comme on sait , fort peu rigides^, a dit : « Le projet était grand, beau et « même politique , si on le considère indépendamment « des moyens qu'on a pris pour l'exécuter. » Un mémoire du duc de Bourgogne sur la révocation de l'édit de Nantes contient ce passage : « L'Europe entière fut « dans l'étonnement de la promptitude et de la facilité « avec laquelle le roi avoit anéanti par un seul édit « une hérésie qui avoit provoqué les armes de six rois « ses prédécesseurs , et les avoit forcés de composer « avec elle '\ » Dix jours après la publication de l'édit, le 28 octobre 1 685 , madame de Sévigné écrivait à sa tille : « Vous aurez vu sans doute l'édit par lequel le « roi révoque celui de Nantes. Rien n'est si beau que « fout ce qu'il contient , et jamais aucun roi n'a fait et « ne fera rien de si mémorable. » Enlin , non-seulc-
' Voir l'intéressante notice de M. Monmerqué en tête des Souvenirs de madame de Caylus (collection Petitot), M. Monmerqué rappelle , d'après \q?, Mémoires du duc de Saint-Simon , qu'après la mort de son mari, « qui ne demandait pas mieux « que de vivre éloigné d'elle, pourvu qu'il fût toujours ivre , » et qui mourut à l'armée, sur les frontières de Flandre, en 1704^ madame de Caylus vécut pendant longtemps dans l'intimité la plus complète avec le duc deVilleroy. C'est, suivant toutes les apparences, pendant la durée de cette liaison qu'elle a écrit ses curieux souvenirs.
2 Histoire de Bossuet, par M. de Bausset, t. IV, p. C4.
ment les jansénistes approuvèrent l'édit, mais leur plus illustre interprète, le grand Arnauld lui-même, écrivait à un de ses amis , le 1 3 décembre 1 685 : « Je pense « qu'on n'a point mal fait de ne point faire (à Rome) de « réjouissances publiques pour la révocation de l'édit « de Nantes ; car, comme on y a employé des voies un « peu violentes, quoique je ne les croie pas injustes , il « est mieux de n'en pas triompher K »
La plupart de ces appréciations émanaient , il est vrai, de personnes vivant dans la sphère du gouvernement; mais il est permis de croire que leurs impressions étaient aussi celles des classes moyennes et inférieures relativement aux mesures qui venaient d'être adoptées à l'égard des protestants.
Cependant , une des dispositions de l'édit qui révoquait celui de Nantes avait, soit par l'effet d'un malentendu , soit par suite de la propension constante de Louis XÏV pour les moyens de douceur , créé des difficultés inattendues et des embarras plus graves peut-être que ceux dont on avait eu à se préoccuper jusqu'alors. Antérieurement à l'édit, les intendants étaient autorisés, sinon par des arrêts, du moins par des instructions secrètes, à forcer les conversions par un certain nombre de moyens passablement violents , tels que les augmentations de tailles, les logements de troupes, la déportation des femmes dans des couvents éloignés de leurs familles , l'obligation pour les nouveaux convertis d'assister à la messe , etc. D'un autre côté , la sortie du royaume avait été interdite aux protestants , ce que la
' Histoire de Bossuet, t. IV, p. 66.
Ligue elle-même n'avait pas osé faire. Enfin, pendant que tout était permis aux intendants pour obliger les religionnaires à abjurer , les ordonnances les plus sévères punissaient les relaps de la confiscation et des galères. De la sorte , il ne devait plus y avoir au bout de peu de temps, dans le royaume, un seul protestant; il n'y aurait plus eu, suivant les termes officiels, que des nouveaux convertis. Il semble donc que toutes dispositions nouvelles étaient inutiles, et qu'il n'y avait qu'à légaliser et coordonner celles qui avaient été adoptées. On va voir néanmoins que l'édit de révocation constitua véritablement un nouveau temps d'arrêt dans le système de rigueur qui prévalait alors. En effet , le dernier article était ainsi conçu :
« Pourront, au surplus, lesdits de la R. P. R., en « attendant qu'il plaise à Dieu les éclairer comme les « autres , demeurer dans les villes et lieux de notre « royaume, pays et terres de notre obéissance, et y con- « tinuer leur commerce et jouir de leurs biens , sans « pouvoir être troublés ni empêchés, sous prétexte de la- « dite R. P. R., à condition, comme dit est, de ne « point faire d'exercice, ni de s'assembler sous prétexte « de prière ou de culte de ladite religion, de quelque « nature qu'il soit , sous les peines ci-dessus de corps « et de biens. »
Comme on aurait dû le prévoir, les réclamations ne tardèrent pas à se produire, principalement de la part des intendants qui avaient épousé avec le plus d'ardeur \b système de Louvois. Par une lettre du 9 novembres 1685, Nicolas Foucault, alors intendant du Poitou,
DE LOUIS XIV. 'il^
manda ce qui suit à son père, Joseph Foucault , ancien secrétaire du Conseil : « La dernière clause de l'édit « de révocation de celuy de Nantes nous fait un grand « désordre icy et arreste les conversions. » Et Joseph Foucault répondit : « Le dernier édit qui révoque celuy « de Nantes me paroist un contretemps aux affaires de « la R. P. R. Il produira bien des relaps qui se canton- « neront dans leurs maisons et serviront de ministres « à leurs familles. »
Quant à la dernière clause de l'édit, Joseph Foucault ajoutait :
« J'avois prévu que cette clause , qui m^a paru d'a^ « bord mal entendue , pourroit faire des embarras 5 je « crois vous en avoir écrit quelque chose ; je ne dout^ <c pas que l'on n^'envoie une déclaration interprétat#e?; « Il n'eust pas esté mal à propos que vous eussiez « faict vos observations sur les inconvénients dont Texé- « culion peut estre suivie , car le sens littéral du der- « nier article paroist directement opposé à la continuar- « tion des conversions; tout cela faute d'explication ou « par trop de précipitation , car absolument tant plus a l'on examine cette dernière déclaration, tant plus elle « se trouvera contraire aux intentions du Roy , qui « sont d'arrester et d'empescher qu'il n'y ait des re- « laps. La suite le leur fera voir, si l'on n'y remédie^*
A la même époque, l'intendant du Languedoc faisait connaître à Louvois que les nouveaux convertis ne s'attendaient pas à un pareil édit , et que la clause qui
' Mémoires de Nicolas-Joseph Foucault^ etc., année 1685. — Voir pièces josliScatives, pièce" n»'Vïf.
ilO LE GOUVERNEMENT
défendait d'inquiéter les religionnaires avait causé, parmi eux un mouvement qui ne pourrait être apaisé de quelque temps. « La plupart s'éloient convertis, « disait-il, dans l'opinion que le Roy ne vouloit plus « qu'une religion dans son royaume. Quand ils ont vu « le contraire, le chagrin les a pris de s'être si fort « pressés ; cela les éloigne, quant à présent, des exer- « cices de notre religion. « Enfin, après avoir exprimé la même pensée dans des termes presque identiques, le maréchal de Noailles terminait de la sorte un Mémoire qu'il adressa à Louvois : « Il est certain que « la dernière clause de l'édit qui défend d'inquiéter les « gens de la R. P. R. va faire un grand désordre en « arrêtant les conversions, ou en obhgeant le roi de « manquer à la parole qu'il vient de donner par l'édit « le plus solennel qu'il pût faire. »
Mais la réponse de Louvois. prouve qu'il ne se laissa pas arrêter par cet honorable scrupule. « Je ne doute « point, dit-il, que quelques logements un peu forts « chez le peu qui reste de noblesse et du tiers-état « des religionnaires ne les détrompent de l'erreur où 0 ils sont sur l'édit que M. de Châfeauneuf nous a « dressé, et Sa Majesté désire que vous vous expli- 0 quiez fort durement contre ceux qui voudront être « les derniers à professer une religion qui lui déplaît « et dont elle a défendu l'exercice par tout son « royaume'. »
Lcfuneste système des dragonnades, des déportations et des violences de toutes sortes, l'emporta donc encore
* Eclaircissements historiques, etc., t. V, p. 341 et 344.
une fois. Irrité par la résistance qu'il rencontrait, excité en outre par les mauvaises passions du peuple, qu'il avait peine lui-même à contenir, le gouvernement se laissa en quelque sorte gagner par une aveugle colère et rendit coup sur coup les ordonnances les plus tyranniques,les plus cruelles. Une déclaration du29 avril 1 686 suffira pour en donner une idée. Elle portait que les nouveaux convertis qui, se trouvant en danger de mort, refuseraient de recevoir les sacrements et reviendraient ensuite à la vie, seraient condamnés, les hommes, à faire amende honorable et aux galères perpétuelles; les femmes, à la confiscation des biens et à être enfermées. Quant à ceux qui auraient succombé, outre que leurs biens devraient être confisqués, on ferait le procès à leurs cadavres qui seraient traînés sur la claie et jetés à la voirie^ Or, loin de se laisser abattre par ces lois iniques, les protestants puisèrent, au contraire, dans la persécution même, comme il arrive toujours, de nouvelles forces, un plus haut degré d'exaltation, et les intendants furent obligés, pour obéir aux ordres des ministres , de recourir à des mesures de rigueur qui étaient la violation flagrante de l'édit de révocation. « Les « femmes, rapporte l'intendant du Poitou dans son « journal, à la date du mois de novembre 1 686, se
' Recueil général des anciennes lois françaises, etc., t. XIX. — Il importe toutefois de ne pas perdre de vue la cruauté des lois pénales du temps. A cette époque, la torture était encore infligée aux accusés; des faux monnayeurs étaient roués tout vifs, et le cadavre d'un homme mort dans un duel était aussi traîné sur la claie.
« convertissent par l'aversion des couvents. Il s'en est « beaucoup converti ainsy de celles que les dragons « n'avoient pu convertira »
Ce régime de terreur dura jusqu'à la lin de 1686. Il est probable qu'à cette époque Louis XIV apprit, par quelque voie indirecte, à quels excès on se livrait en son nom, car il adressa, le 8 décembre 1686, aux gouverneurs, commandants et intendants, une nouvelle instruction qui vint trahir encore une fois les hésitations du gouvernement et les mécomptes que lui causait la résistance énergique et inattendue des protestants. Cette instruction portait en substance que , tout en continuant de proscrire les assemblées de protestants, de faire arrêter leurs ministres ou prédicants et d'envoyer les femmes obstinées dans des couvents très éloignés de leurs demeures, les gouverneurs, commandants et intendants eussent à s'entendre avec les évéques dans le but d'empêcher les prêtres qui instruisaient les nouveaux convertis d'user de menaces pour les forcer de fréquenter les églises et de s'approcher des sacrements. A cet effet, le roi prescrivait la suppression graduelle et sans éclat des inspecteurs qui avaient été établis à l'entrée des églises pour s'assurer si les nouveaux convertis les fréquentaient ou non, en agissant toutefois de telle sorte que ceux-ci ne pussent pas supposer que cette suppression avait été ordonnée.
Quant aux nouveaux convertis assez indiscrets pour se vanter de violer les pratiques catholiques, le roi
^ Mémoires, manuscrits de Foucault, etc.; à la date indiquée.
voulait qu'on en punît quelques-uns avec la dernière rigueur et d'une manière éclatante, afin de tenir les autres en respect. Le blocus des côtes ayant causé un préjudice considérable au commerce, le roi estimait qu'il fallait changer de conduite à cet égard, en donnant pour prétexte, d'une part , la difficulté de tenir la mer dans la mauvaise saison, de l'autre, la fatigue que causait aux troupes la garde des passages aboutissant aux lieux d'embarquement. En même temps, d'ailleurs, le roi recommandait que l'on ne manquât pas de saisir, conformément aux déclarations précédentes, les biens de ceux qui passeraient à l'étranger.
Par un effet de ce zèle funeste que les gouvernements excitent d'ordinaire, même malgré eux , toutes les fois qu'ils décrètent une mesure violente, la déclaration du 29 ovn'l 1686 avait été, à ce qu'il paraît, appliquée à des protestants à qui les accidents de la maladie n'or valent pas laissé leur bon sens^ ou qui étaient morts subitement. Louis XIV exprima l'intention qu'elle ne fût dorénavant mise à exécution qu'à l'égard de ceux qui l'auraient rendue indispensable par l'éclat avec lequel ils auraient refusé les sacrements, et seulement lorsque les malades ou leurs parenls voudraient s'en faire un honneur dans le public. Et , comme les premiers présidents et les procureurs-généraux des Parlements, ainsi que les principaux juges, étaient intéressés à mulliplier les procédures qui avaient lieu dans ces occasions, à cause des avantages qu'ils en pourraient tirer., le roi recommandait qu'on leur fît bien entendre qu'il fie voulait oas que les juges et notaires fussent appelés
pour constater les refus de sacrement, à moins qu'il n'en fût résulté un véritable scandale. En même temps, il invitait les gouverneurs, les commandants et les intendants, à faire de fréquents voyages dans les communes où il y avait le plus de nouveaux convertis, à parler avec sévérité aux douteux, à accorder, au contraire, toutes les grâces qui dépendaient d'eux à ceux qui étaient de bonne foi, à se méfier du zèle des curés cl. des missionnaires qui s'étaient souvent trompés dans leurs jugements, et surtout à bien prendre garde de servir d'instruments aux vengeances particulières de certains nouveaux convertis, les provinciaux ayant beaucoup d'aversion les uns pour les autres. Enfin, le roi ayant appris qu'il y avait dans divers diocèses des curés de mauvaises mœurs , il prescrivait qu'on s'informât secrètement de ceux qui auraient persisté dans leur inconduile, et « qu'on excitât les évesques, « le plus honnestement qu'il seroit possible , à chan- « ger les susdits curez qui auroient esté reconnus « n'estre pas propres à instruire les nouveaux catho- « liques. » Louis XIV terminait en disant que, rien n'étant plus important que le secret, afin que ceux-ci n'eussent pas l'idée d'abuser de ses dispositions, « il « recommandait très particulièrement à ceux à qui « son instruction seroit envoyée de ne la commu- « niquer à personne, et de la tenir enfermée en un « lieu où ils pussent respondre qu'elle ne seroit point « vue^ »
* Mémoires manuscrits de Foucault , etc. C'est la pièce ori ginaie et autographe ; elle est intercalée avec plusieurs autres
DE LOUIS XTV. 1 25
Celte inslriiction , signée du roi lui-même et contresignée par Louvois, vint encore une fois renouveler les perplexités des intendants. Toujours disposés à reprendre espoir au moindre signe d'adoucissement, les protestants ne manquèrent pas de croire et même de se vanter que, persuadé de l'inutilité de ses efforts, le gouvernement renonçait au projet d'abattre la religion réformée, et que, s'il n'entrait pas immédiatement dans une voie toute nouvelle, c'était par une fausse honte et pour ne pas démentir trop ouvertement ses actes ; mais que tel était le fond de sa pensée. On peut se figurer les embarras qui furent la suite de ces dispositions. La lettre suivante de l'intendant du Poitou en donne la preuve. Environ un an après l'envoi de l'instruction dont on vu plus haut l'analyse, l'archevêque de Paris, M. de Noailles, avait fait prier cet intendant de lui mander son avis sur la marche suivie dans les provinces relativement aux affaires de la religion. A cette occasion, Nicolas Foucault écrivit à son père, sous la date du 9 décembre 1687, la lettre suivante, d'une grande importance dans la question, et qui devait être montrée à M. de Noailles, ce qui n'eut pas lieu pourtant; on verra tout à l'heure pour quels motifs'.
lettres et pièces dans les Mémoires de Foucault, — Voir pièces justificatives, pièce n» IX.
^ Mémoires de Foucault, etc. — Les passages imprimés en italique sont ceux en regard desquels le destinataire de cette letter a tiré quelques traits, en signe de doute ou de désapprobation, avant de la renvoyer à son tils. —Voir plus loin la réponse du père e Foucaul t.
« Je me faicts un fort grand plaisir de rendre compte a à Monsieur l'arclievesque de ce qui se passe icy au « sujet des affaires de la religion et des moyens qui me « paroissent les plus seurs et les plus convenables pour « remettre les esprits des nouveaux convertis dans la « bonne situation où ils ont paru estre pendant quel- « que temps. Il auroit esté à souhaitter qu'il eust plu « à Dieu de se servir de la voix des curés et des mis- « sionnnaires pour rappeller les religionaires à l'Église « romaine, et que l'on n'eust point esté obligé d'y « employer l'autorité temporelle ; mais puisque la a Providence a voulki se servir du Roy pour commen- « cer un aussi grand ouvrage, il faut croire quelle luy « en a réservera consommation. Il est certain et de « notoriété publique que les moyens dont on s'est « servi pour assurer à l'Église romaine les conquestes « qu'on lui avoit faictes ont produit l'effet qu'on en « avoit attendu; ces moyens estoient de les observer « pour les engager d'aller à la messe, et de leur faire a entendre que, s'ils fesoient une profession publique «. de n'y point aller, on seroit obligé de les faire punir « comme des athées; on augmentoit leurs taches sans « néanmoins les accabler, quand ils ne donnoient pas « des marques d'une sincère conversion ; on les dis- « tinguoit des vrais convertis et des antiens Catholi- « qiies dans les logemens des gens de guerre; on leur « ostoit leurs enfants lorsqu'ils ne les cnvoyoient point « aux catéchismes ; on ne souffroit point qu'ils man- « geassent de la chair les jours deffendus; on inter- « ceptoit les lettres pastorales que les ministres leur
« envoient des pays estrangers et qui respandent un « venin contre lequel il n'y a point de contre-poison ; « les passages estoient tenus fermés pour les empes- « cher de quitter le royaume; enfin, la Cour permettoit « de se servir de toutes les voyes, non pas de force « et de violence, mais de contraincte un peu plus que « morale, pour les obliger de faire profession de la re- -? Ugion qu'ils ont embrassée. Et en effet le succès a « justiiié cette conduitte; il y en avoit très-peu qui ne n vinssent à la messe et qui n'envoyassent leurs en- « fans aux instructions. Il n'y a eu que les plus opi- 0 niastres qui ont tenté de sortir du royaume, et ceux « qui n'ont pu réussir se sont faict une excuse de l'im- « possibilité et s'estoient insensiblement apprivoisés « avec les antiens Catholiques et accoutumés aux pra- « tiques de l'ÉgUse; leurs esprits estoient enfin presque « calmés, lorsqu'il a paru un changement presque subit « dans la conduite de la Cour , dont les ressorts se « se sont tout à coup relaschés , et il faut que l'on ait « fait entendre au Roy que les conversions estoient « suffisamment affermies et qu'il n'y avoit qu'à laisser « agir l'Église pour entretenir les bonnes dispositions a oà le bras séculier avoit mis les choses ; on a envoyé « des ordres dans les provinces de se reposer sur le « zèle et sur le soin des curés et des missionnaires^ « et , quelques secrets qu'ayent esté tenus ces ordres , a l'exécution les a rendus publies. Ceux qui sont plus « attachez au parti qu'à la religion, croyant que la Cour « avait des raisons particulières et pressantes qui l'o- « bligeoient à ce relaschement , ont repris cœur et ont
mis tout en usage pour réveiller ceux qui avaient pris le parti du repos; les ministres et les plus mutins des religionnaires, qui ont passé dans les pays étrangers, leur ontescrit des lettres fortes, dans lesquelles ils leur ont faict entendre que la face des choses alloit changer, et qu'il n'y avoit qu'à couler le temps et à protiter de la liberté de conscience que le Roy leur donnoit; car c'est par de tels discours qu'ils ont abusé ces esprits crédules , et le mal a tellement gaigné que très-peu de convertis se sont deffendus de donner créance à ces bruits ; le plus grand nombre a cessé d'aller à la messe et ne s'en est pas caché, et la licence est venue à un tel point qu'il semble qu'on doive leur tenir compte de ce qu'ils ne font pas publiquement l'exercice de la religion qu'ils ont dans le cœur. Voilà le mal tel qu'il est et sans exagération ; mais, quoiqu'on en connoisse la cause et les conséquences , le remède n'est pas pourtant facil à ap porter, parce qu'il n'est plus temps de reprendre la voye de la sévérité, et que tel qui , dans le commencement, fesoit son devoir de religion parce qu'il le voyoit faire aux autres, estant présentement gaslé par le mauvais exemple et par la suggestion, souffriroit le martire pour la deffense des erreurs auxquelles il a renoncé.
« Cependant il est important de faire connoistre au peuple que le zèle du Roy pour la religion ne s'allentit point, et pour cet effet on pourroit , pour effacer les mauvaises impressions données par les ministres et » pour réparer le mal qu'un peu trop de précipitation
« à croire Touvrage des conversions nr]iev('' a \m cau- « ser, on pourroit, dis-je, écrire une lettre circnlaire « aux intendants des provinces, portant que, sur le « bruit que des personnes mal intentionnées à la reli- « g-ion et au service du Roy ont respandu , dans les « endroits du royaume où il s'est faict des conversions, « que Sa Majesté entendoit que l'on n'obligeast point « les nouveaux réunis de faire profession de la religion « romaine, et que son intention estoit que les édicts « et déclarations données sur le faict de la religion « fussent ponctuellement exécutés, et que ceux qui y « contreviendroient seroient punis ; que ceux qui fe- « roient profession de ne point aller à la messe et des- « tourneroient les autres d'assister aux offices divins a fussent pareillement punis; que, lorsque les pères « et autres personnes ayant des enfants sous leur con- « duitte refuseroient de les envoyer aux instructions , « ils seroient tirés de leurs mains et mis aux dépens « desdits pères et autres dans des collèges et dans des « couvents.
« Il faudroil aussy renouveller les deffenses et les « peines contre ceux qui se meltroient en estât de « quitter le royaume, et faire garder exactement les « ports et passages pour leur en faire perdre l'en- « vie. Il seroit aussy à propos de confisquer les biens « des fugitifs et les réunir au domaine du Roy ; car si « Sa Majesté les donne à leurs enfants ou à leurs pro- « ches, ils leur en feront tenir le revenu. C'est ce qui « se pratique pour la plus grande partie des confisca- « cations ; et le Roy ayant uni ces biens à son domaine
« sera au moins pendant dix années, qui est le temps « après le quel ils dcnKHireront incommutablement « acquis à Sa Majesté, en eslat de les rendre à ceux « qui reviendront dans le royaume et se mettront en « estât d'obtenir le pardon de leur désertion. Par le « moyen de ces confiscations, on forcera les fugitifs de « retourner en France, faute de pouvoir subsister dans « les pays estrangers, ce qu'ils ne feront pas tant que « les possesseurs de leurs biens leur feront tenir de « l'argent. On pourroit encore permettre d'intercepter « les lettres qu'escrivent les ministres , et qu'il est face elle de connoîstre, estant imprimées et faisant des « paquets d'un assez gros volume. Cela ne troubleroit 0 point le commerce et ne violeroit point le droit des a gens , qui sont les raisons dont on se sert pour em- « pesclier qu'elles ne soient ouvertes, parce qu'on les « ouvriroit en présence des personnes à qui elles se- « roient adressées. Cet article est très-important, toutes « les maisons des nouveaux convertis estant remplies « de ces lettres qui portent le titre de pastorales , et « qui sont leiies avec autant de dévotion que leurs « prières.
« Il faudroit aussi faire emprisonner les gentils- « hommes qui se signalent par leurs mauvais exemples « dans leurs cantons, et qui destournent leurs voisins « et surtout le peuple, qui les imite volontiers, d'aller « à l'Église. C'est une grande punition pour eux de « leur oster leurs enfants, et le moyen d'empescher « qu'ils ne quittent le royaume; mais il faut mettre les « enfants chez d'antiens Catholiques, y ayant toujours
DE LOUIS XIY. 131
« quelque erreur qui reste dans la créance des nou- « veaux convertis.
a J'oubliois d'observer que comme ordinairement les « nouveaux Catholiques, et souvent les antiens, trou- « vent leur compte d'achepter à vil prix les immeubles a de ceux qui se mettent en estât de quitter le royaume, « qu'ils paient comptant, il seroit bien à propos d'or- « donner que les biens immeubles dont les nouveaux « convertis disposeroient, par donation , eschange ou « vente volontaire, seront sujets à confiscation, en cas « qu'ils sortent du royaume dans l'année de la dispo- « sition qu'ils en auront faicte. On pourroit aussy en- « joindre aux maires et consuls des villes, et aux « officiers de justice dans les bourgs et villages, d'em- « pescher que les marchands et artisans ne puissent « vendre tous les effets et marchandises qui composent « le fonds de leur commerce, non plus que leurs meu- « blés, et ordonner la confiscation, au profit des hos- « pitaux des lieux, des choses vendues sur ceux qui « les auraient aclieptées, en cas de désertion dans les « six mois du jour de la vente. Enfin , il faut faire « connoistre que le Roy, bien loin de se relascher et « de fermer les yeux à la mauvaise conduite des faux « réunis, leur donnera des marques de son indignaa tion.
« Voilà en quoy consiste le mal et le remède qu'on « peut apporter, qui peut estre ne produira pas d'a- « bord tout l'effet qu'on en doit attendre ; mais pour- « veu qu'on ait patience et qu'on ne se relasche point , « je respondrois du succès, qui m'est garanti par celui
'l 3â LE GOUVERNEMENT
« que la première conduiUe a eu. Si l'on no se sert du « remède proposé, il y a danger que le mal n'empire, « rien n'estant plus dangereux que l'habitude en ma- « tière de religion , el vous pouvez assurer Monsieur « l'Archevesque que l'on flatte le Roy si on luy faict « entendre le mal moins grand que je l'ay marqué cy- « dessus. Je ne vous représente point la conséquence « de ce que Monsieur l'Archevesque a voulu que je « lui fisse sçavoir; mais il nous témoigne tant de « bonté que je ne puis hésiter de prendre une entière « confiance en luy. Surtout je ne puis assez répéter « que la facililé que les nouveaux convertis ont de « recevoir des lettres des pays estrangers sera un ob- « tacle invincible à leur véritable conversion ; mais « vous sçavez combien il est dangereux de toucher « cette corde ^ »
Il s'agissait donc de changer encore une. fois de système, de revenir aux rigueurs, de rétablir les offices d'inspecteurs des protestants qui avaient été supprimés, de forcer les nouveaux convertis à fréquenter les églises, d'empêcher qu'ils ne passassent à l'étranger, de leur enlever leurs enfants, de soumettre enfin leur correspondance à une inquisition organisée. Et l'intendant qui proposait de rentrer dans cette voie était le même qui, quatre années auparavant, était d'avis de procéder aux conversions par des conférences et par la douceur !
Mais Joseph Foucault ne jugea pas à propos d'expo-
'' La lettre n'est pas signée; elle ne porte qu'un paraphe; mais elle est en entier de la main de Nicolas-Joseph Foucault.
ser son fils aux conséquences que i)ouri'aient avoir les avis que ce^ui-ci donnait à l'arclievêque de Paris. En sa qualité d'aucien secrétaire du Conseil et de créature de Colbert, Joseph Foucault avait longtemps vécu avec les ministres de Louis XIV. Il savait les difficultés des positions, les Jalousies, les haines qu'elles engendrent. Le moment lui parut, d'ailleurs, mal choisi pour intervenir bénévolement au milieu de leurs dissensions intestines. Il renvoya donc à son fds, le 5 janvier 1688, la lettre qu'on vient de lire, en l'accompagnant du billet suivant, qui est caractéristique^ : « J'ai lu et relu plus d'une fois avec attention le Mémoire cy-joint; il est fort bon entre deux amis , mais très dangereux à estre communiqué au ministère et à tout ce qui en approche. Ils ne cherchent qu'à faire leur cour aux dépens de qui que ce soit , et sacrilient sans scrupule tout ce qui peut par sa ruine leur attirer quelque mérite; en un mot , c'est faire le procès au ministère que de le rendre suspect de flatter le prince et de luy faire entendre les choses autrement qu'elles ne sont. On ne pardonne point de telles offenses , et la seule defflence en est mortelle. M. nostre Archevesque parle trop pour en faire son confident ; l'cspreuve serait trop forte que de luy recommander de n'en rien dire ; ce seroit le vrai moyen de le faire parler, d'adjouter que l'on luy aurait fort recommandé de n'en rien dire. Conlentez-vous de> donner vos avis pour la forme et par le canal ordi-
^ Mémoires manuscrits de Foucault, etc., à sa date; c'est le billet original.
134 LE GOUVRRNEMENT
« naire, quand on vous les demandera; ne vous ad- « vancez de rien , et vous ne serez garand de rien ou « exposé à nuire, mais exécutez promptement et ponc- « tuellement. Réservez-leur l'honneur de toutes choses; « ils en sont passionnément jaloux. Malgré toutes les tt précautions que vous pourrez prendre , vous aurez « assez de peine à vous conserver avec des esprits d'un « si difficile gouvernement. Je vous renvoie vostreMé- « moire, dont je n'ai rien voulu garder. Voyez quel- « ques endroits à côté desquels j'ai fait des traits, et « ne le laissez voir à personne. »
Quoi qu'il en soit, les difficultés de la position que l'on avait faite aux intendants par ces changements continuels devinrent telles , sans doute , que la Cour finit par en être informée. Ce fut l'occasion d'une nouvelle politique. Dans l'impossibilité d'obtenir la conversion des prolestants, on pensa qu'il valait mieux faciliter la sortie du royaume à tous ceux qui le demanderaient. Il paraît même que les intendants furent d'abord consultés à ce sujet; car on lit dans le journal de celui de Poitou , à l'année 1 688 : « La Cour voulait chasser « tous les religionnaires des provinces. Ce seroit un « mauvais parti, surtout après le relaschement. J'ai « esté d'avis qu'on les privast des grâces et qu'on leur « envoyast des missionnaires. » Mais cet avis ne prévalut pas, tant la diftlculté d'amener les prolestants à professer le culte caihoHque dut paraître | grande ; car le même intendant ajoute quelque temps après : « La Cour a pris le parti de faire sortir du royaume « les religionnaires , ce qui a dépeuplé les provinces.
« On en a embarqué un grand nombre à la RoebcUc, « où ils ont esté reçus par leurs frères avec des accla- « ma lions extraordinaires. On avait commencé par les « désarmera »
La discussion publique des points controversés, quelques faveurs offertes avec dignité et convenance, la faculté de sortir du royaume laissée à tous, voilà le système que le gouvernement de Louis XIV , mieux inspiré , aurait dû suivre , et nul doute que les résultats définitifs n'en eussent pleinement démontré les bons effets. Au lieu de cela , on substitua le soldat au prêtre, la force brutale à la persuasion; on décréta la délation et la confiscation; on renouvela enfin, à l'exception de la mort donnée en spectacle dans les amphithéâtres, mais cette fois au nom même de l'Evangile , toutes les horreurs de la persécution romaine contre les premiers chrétiens. Telles furent les désastreuses conséquences de l'intervention de Louvois dans la question des conversions. Lorsque, en 1688, le système qu'il avait fait triompher reçut les modifications que l'on vient de voir, le gouvernement était par malheur engagé trop avant dans les voies de rigueur pour revenir sur ses pas au point de calmer instantanément toutes les colères amassées au fond des cœurs, et de prévenir les guerres de religion qu'il eut à soutenir pendant si longtemps, avec des chances diverses, dans lesCévennes; mais ces modifications mêmes furent un grand bien, en ce qu'elles restreignirent considérablem mt le théâtre de l'agitation que les mesures acerbes Mémoires de Foucault, etc.; à sa date.
avaient occasionnée. L'auteur principal de ce retour à nn ordre de choses meilleur fut, à ce qu'il paraît, le tolérant et sag^e Fénelon. Quelque temps auparavant, Fénelon avait été envoyé dans plusieurs provinces du Midi pour y prêcher aux protestants la religion calhohque, et l'on a remarqué, à son honneur, que ces provinces furent du nombre de celles où les vues du gouvernement soulevèrent le moins de résistances. Quoique jeune encore , l'abbé de Fénelon jouissait déjà, à cette époque , d'une grande faveur auprès des duchesses de Chevreuse etdeBeauvillier, toutes deux filles de Colbert. Or, madame de Maintenon, fatiguée alors, comme Louis XIV , des hauteurs de Louvois , lui témoig'nait depuis quelque temps une froideur marquée, ce qui avait aussitôt rendu une influence notable au marquis de Seignelay et à sa famille. Tout porte à croire que les duchesses de Chevreuse et de Bcauvilller montrèrent la correspondance de Fénelon à madame de Maintenon, Sans doute aussi celle-ci dut être encouragée dans ces dispositions par le duc de Beauvillier, ce sage de la cour, dont l'élévation ne rencontrait pas même un envieux, et qui recevait les marques de la plus haute faveur avec la même modestie qu'il opposa plus tard à d'injustes disgrâces. Aussi madame de Maintenon , dont on a pu voir l'esprit de prosélytisme et les illusions au moment delà révocation del'édit, écrivait, quelques années plus tard, à un de ses parents : « Vous êtes converti, ne « vous mêlez plus de convertir les autres. Je vous « avoue que je n'aime point à me charger envers Dieu « ni devant le Roi de toutes ces conversions-là. »
Ce qui est triste à dire, c'est que, de temps en temps , après une période de relâchement , la persécution recommençait. Ces recrudescences se manifestaient d'ordinaire aux époques où, sans préoccupations à l'égard des puissances étrangères, le gouvernement pouvait donner tous ses soins aux questions du dedans. En 1688, le maréchal de Vauban conseillait à Louvois d'annuler ou de laisser tomber franchement en désuétude une centaine d'édits, y compris celui de révocation, et d'entrer sincèrement dans une voie de conciliation. Mais indépendamment des motifs qui, au point de vue religieux, pouvaient porter Louis XIV à persister dans la ligne qu'il avait suivie , un pareil changement de politique -eût paru à son orgueil un trop sensible affront. Non-seulement, d'ailleurs , il eût ainsi frappé lui-même son gouvernement d'un grand discrédit auprès de l'étranger, dans un moment où les yeux de toute l'Europe étaient fixés sur lui j mais de quelque manière qu'on y eût procédé dorénavant, l'œuvre des conversions eût présenté, après un aveu aussi explicite des torts et de l'impuissance du pouvoir, des dificultés plus graves que jamais.
Renchérissant encore, suivant la coutume en pareil cas, sur les ordres qu'ils recevaient du gouvernement, que de fois les commandants et les intendants donnèrent à leurs subordonnés des consignes dont, aujourd'hui, la froide barbarie révolle. On ne lira pas, sans une douloureuse émotion, l'inslruction suivante adressée à ses officiers par un commandant du roi en Languedoc ^
* Recueil générai des anciennes lois françaises, t. XX, p. 3
« Il faut que chaque officier s'applique, dans son « quartier et dans les autres lieux qui seront commis à « ses soins, à voir si les nouveaux convertis vont à la « messe et aux instructions, et s'ils envoient leurs en- « fants aux écoles; c'est principalement à ces choses « où il est important de s'attacher pour qu'on y satis- « fasse.
a Lorsque, dans une paroisse, il se trouvera des « opiniâtres qui refuseront d'aller à la messe et aux « instructions, et d'envoj'er leurs enfants à l'école et « aux catéchismes, il est nécessaire de leur doubler et « tripler le logement des cavaliers, dragons ou soldats, « et ne les retirer que quand ils auront donné des « marques d'une meilleure conduite. Le cavalier, dra- « gon ou soldat ne sera à charge que pour l'incommo- « dite du logement; il n'aura rien à prétendre que le « lit, place au feu et à la chandelle de l'hôte; du reste, « il vivra de la solde.
« On ne donnera aucun logement en pure perte que « par ordre exprès ^
« Si les logements ne corrigent pas les nouveaux « catholiques obstinés, l'officier en donnera avis afin
note. — Cette instruction fut adressée aux commandants de troupes par le marquis de Labrousse^ commandant du roi en Languedoc. Les auteurs du Recueil général n'en font pas connaître la date , mais il est probable qu'elle est de la fin du XVII® siècle,
* On appelait apparemment logements en pure perte ceux où il fallait donner en outre une paie au militaire logé. Cette paie variait de dix à vingt sous, suivant l'arme des militaires.
« que l'on y mette ordre en les envoyant dans de dures « prisons, et en faisant condamner à l'amende les pères « et mères dont les enfants n'iront pas aux écoles.
« Il faudra que l'officier s'entende avec les consuls « et missionnaires pour connaître au vrai les gens qui « se conduisent mal. Il est pourtant bon d'examiner « les choses de 'soi-même, y ayant beaucoup de cona suis et d'ecclésiastiques qui agissent par passion et « chagrin, ou par un zèle trop indiscret.
« Quelque soin qu'on ait pris jusqu'à présent de « dissiper les assemblées que les religionnaires fugitifs « ou quelques nouveaux convertis ont faites dans celte « province, il n'est pas impossible qu'il ne s'en fasse « encore quelques-unes; et comme il est de consé- « quence au service du roi de les détruire entièrea ment, chaque officier doit mettre tout en usage pour « y parvenir : il peut même promettre jusqu'à cin- « quante pistoles^ à celui ou ceux qui avertiront de « quelque assemblée assez à temps pour que l'on « puisse tomber dessus avec des troupes. Il y a une « chose essentielle à remarquer, c'est que les gens qui « composent ces assemblées ont soin de poser des « sentinelles une lieue à l'avance de l'endroit où ils « les font. Ainsi, il y a de la prudence à prendre les « précautions nécessaires pour se saisir de ces senti- « nelles ; et, lorsque l'on aura tant fait que de parve- « nir au lieu de l'assemblée;, il ne sera pas mal à propos « d'en écharper une partie et d'en faire arrêter le plus « qu'on pourra, du nombre desquels on fera pendre ^ 500 livres.