SOS LE GOUVERNEMENT
constate que Colbert eût soumis , soit régulièrement, soit par mesure extraordinaire, les comptables des provinces à des inspections. Il n'existe point, non plus, de déclaration officielle qui fasse mention des dispositions prises à ce sujet par Le Pelé lier; mais son historien raconte que « pour éviter que les collecteurs d'im- « pots et leurs agents ne commissent des fraudes, il « leur envoya des surveillants appelés inspecteurs, « afin que , s'ils remarquaient des manœuvres défen- « dues, ils en fissent leur rapport K » On lit, en outre, dans le journal de Dangeau, à la date du 8 mai 4687 : « Nous apprîmes que le Roy vouloit envoyer des con-
< seillers d'État dans les provinces avec des maîtres « des requêtes pour s'informer des abus qui Se com~
< mettent dans la levée des droits du Roy sur tout ce « qui regarde les aydes et gabelles, et pour recevoir
< les plaintes des Communautés et des particuliers à « qui les commis auront fait des injustices. Quand ils « seront de retour, le Roy pourra donner des ordres « pour la réparation des injustices particulières et faire c des règlements généraux. Cela ressemble fort, aux an* « ciens missi dominici 2 . » Enfin, outre ces inspecteurs,
* Claudii Peleterii, regni administri vit a, etc. Voici le passage textuel : < Idem , ne vectigalium redemptores t horumque « adores ac ministri , fraudem iltam in rerum administra-'
• tione committerent t exploratores eis quos vocant inspecta-
• res apposait, si quid delietum esset rentmliarent. »
« Biblioth. nation., Mss., Mémoires de Dangeau, à sa date. — On sait que le nom de Missi dominici fut donné à des personnages puissants envoyés par Charlemagne dans les provinces, pour en surveiller l'administration.
et probablement par suite des rapports qu'ils lui avaient adressés, Le Peletier envoya encore dans les provinces, au mois de septembre 4 687, des fermiers généraux qui eurent pour mission de faire exécuter le tarif de 4667, d'examiner la conduite de leurs commis et de rendre compte de leur gestion 1 .
Ces diverses mesures dénotent, de la part du ministre qui en prit l'initiative, une grande probité et un fonds d'honnêteté qui, d'ailleurs, ne se démentit jamais. Naturellement, les services publics dorent en éprouver les plus heureux effets. Intimidés, d'un côté, par les condamnations contre les concussionnaires qui avaient signalé l'avènement du contrôleur général ; de l'autre, par l'appréhension salutaire de voir leurs opérations soumises aux vérifications inopinées des conseillers d'État et des maîtres des requêtes , les comptables et les fermiers, même les plus haut placés et les plus avides, durent, sinon par probité, du moins par prudence, se contenter des bénéfices auxquels ils avaient droit. Toutefois, un fermier général nommé Dufresnoy, fut encore, au mois de février 4689, taxé à une restitution de 4 ,200,000 livres qu'on réduisit, il est vrai, de moitié; mais il faut observer que son bail remontait à l'année 4680, c'est-à-dire à l'administration de Colbert. À propos d'une adjudication générale des fermes qui eut lieu au mois de mars 1687, Dangeau fait cette réflexion : « Sa Majesté est persuadée que, quand les ferc miers haussent le prix des fermes , ils trouvent tou- « jours moyen de se récompenser aux dépens du peu-
1 Biblioth. nation . , Mss. , Mémoires de Foucault, etc. ; à sa date.
< pie. » La Compagnie Dufresnoy s'était peut-être un peu trop largement récompensée. Au sujet de l'adjudication de 1 687, le roi avait dit, en outre, à un fermier nommé Berthelot : « qu'il le choisissait comme l'homme « d'affaires le plus capable de faire les recouvrements « sans tourmenter les peuples 1 . » Naturellement humain et juste, Louis XIV avait, de plus, contre les agents corrompus et contre tous ceux qui le trompaient, une antipathie invincible. Sans nul doute, la sévérité déployée par Le Peletier contre certains financiers, et le soin qu'il eut toujours de s'entourer d'agents dont la probité ne paraît avoir donné lieu, soit pendant son administration, soit après sa retraite, à aucune plainte, contribuèrent pour beaucoup à l'estime affectueuse et à la confiance que Louis XIV lui témoigna constamment.
1 Biblioth. nation., Mss., Journal de Dangeau, etc.; mars 4687, et février 4689.— Recherches sur les finances, etc.; 4689.