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de troubles civils où le gouvernement lui-même fut obligé de composer avec l'insurrection.
Peu de princes ont rempli plus consciencieusement et plus assidûment que Louis XIV ce qu'il a appelé luimême le métier de roi f . Voici , au surplus , d'après le marquis de Dangeau, la division de son temps en 4 684. Tous les jours, de neuf heures du matin à midi et demi, le roi s'enfermait avec les ministres. A deux heures , après la messe , il allait chez madame de Montespan jusqu'au dîner 2 . Après le dîner , il entrait un instant chez la dauphine, puis se renfermait chez lui pour travailler, ou bien sortait. Le soir, de sept à huit heures, il allait chez madame de Maintenon , en sortait à dix pour souper , retournait chez madame de Montespan , où il restait jusqu'à minuit, rentrait dans son appartement, jouait un instant avec ses chiens et se couchait habituellement de minuit et demi à une heure du matin. Les jours à'appartement 3 , le roi jouait au billard de sept à neuf heures avec les ducs de Vendôme et de
1 Œuvres de Louis XIV, t. II, p. 453; Réflexions sur le métier de roi.
2 On annonçait alors le repas du roi de la sorte : « Sire , la « viande que Votre Majesté a commandée est prête» » (Lettres « de madame de Maintenon, t. V, p. 202, note.)
3 « Le mot d'appartement venait de ce que le roi avait com- « mencé à donner des plaisirs dans son grand appartement de « Versailles ; et de là on avait donné le nom d'Appartement aux > jours auxquels le roi donnait quelque divertissement chez lui, « c'est-à-dire lorsqu'il jouait au billard en public, qu'il y avait « bal et musique, et liberté à tout le monde de jouer tel jeu que « l'on voulait; et on disait : « Il y a aujourd'hui appartement.» (Mémoires du marquis de Sourches ; 1. 1, p. 24.)
Grammont, le grand-prieur et M. de Chamilïarct. Il y avait aussi ces jours-là musique, bal /jeux de cartes, de dés, d'échecs , de trictrac. Après le billard, le roi entrait dans son cabinet avec madame de Maintenon , ou allait chez elle jusqu'au souper 1 .
Quelle que fût la variété de ces occupations, les affaires de l'État y tenaient cependant , comme on voit , une place importante. Sous ce rapport, la conduite de Louis XIV fut toujours en harmonie avec les instructions qu'il préparait pour ses successeurs. « Dès l'en- « fance même, y est-il dit, le seul nom des rois fainéants a et des maires du palais me faisait peine quand on le « prononçait en ma présence. » Une autre fois, il précisait mieux sa pensée : « Nul ne partage votre travail « sans avoir un peu de part à votre puissance. N'en < laissez à autrui que ce qu'il vous sera impossible de € retenir; car, quelque soin que vous puissiez prendre, « il vous en échappera toujours bien plus qu'il ne se* € rait à souhaiter 2 . » Pendant toute la durée de son règne, une des principales préoccupations des ministres fut donc de n'agir ou de ne paraître agir que par ses ordres , sous son inspiration ; il suffit, pour se faire une idée de ses principes à cet égard , de lire la réprimande magistrale qu'il adressa un jour à Golbert , coupable d'avoir voulu imposer une opinion qui n'était
1 Biblioth. royale, Mss. Mémoires complets du marquis de Dangeau, t. I ; Occupations de Louis XIV en 1684. — Voir pièces justificatives, pièce n° II.
a CEuvres de Louis XIV, t. I. Mémoires historiques des années 4664 et 1662 ; p. 6 et 450.
pas partagée 1 . Et ces sentiments d'une obéissance exclusive, absolue, Louis XIV ne les exigeait pas seulement de ses ministres , mais de sa famille. Bien plus , docile à l'impulsion donnée , celle-ci , et la cour à sa suite , avaient poussé leurs démonstrations de soumission et de respect à un point qui dégénérait, on va s'en convaincre, en une espèce de culte. La citation suivante est textuellement extraite d'un livre en quelque sorte officiel dédié au roi et publié avec approbation.
« Quand les grandes dames , surtout les princesses « du sang, passent dans la chambre du roy, elles font « une grande révérence au lit de Sa Majesté 2 . »
On sait que le duc de La Feuillade avait fait élever à Louis XIV, sur la place des Victoires, une statue en bronze qu'il inaugura , dit l'abbé de Ghoisy, « avee les « mêmes prosternations que les païens faisaient autre* « fois devant les statues de leurs empereurs.» Le duc de La Feuillade voulait en outre que quatre flambeaux brûlassent nuit et jour devant elle ; mais on obtint, non sans peine, qu'ils ne seraient pas allumés le jour. Il annonçait, d'ailleurs, l'intention d'acheter, dans l'église des Petite- Pères, un caveau que l'on aurait poussé jusque sous la statue , au-dessous de laquelle il se serait fait enterrer. — D'autres érections de statues, qui eurent lieu à la
1 Histoire de la vie et de V administration de Colbert, p. 404 . Cette lettre commence ainsi : «Je fus assez maistre de moy < avant ier pour cacher la peine que j'avois d'entendre un « homme que j'ai comblé de bienfais comme vous me parler de « la manière que vous faisiez... »
a L'état de la France en 4697, t. I er , p. Î93.
suite dans les provinces, notamment à Montpellier et à Poitiers, témoignent de la disposition des représentants de l'autorité à propager cette idée que le roi n'était pas, non-seulement un roi ordinaire, mais un simple mortel 1 . Enfin, le ducrde Saint-Simon a prétendu, à ce sujet, qu'il n'aurait tenu qu'à Louis XIV de se faire adorer ^ et il n'y avait peut-être pas loin , en effet, de ces révérences faites devant son lit par les grandes dames et les princesses du sang à l'adoration de son image , s'il en eût laissé percer le désir 2 .
Toutefois, dans la région des grandes affaires, il ne suffit pas toujours, même à celui qui commande, de vouloir imposer sa volonté pour être obéi. Si , à côté de lui , se trouvent des natures plus énergiques ou plus intelligentes que la sienne, on peut être sûr que leur influence l'emportera habituellement. Sous Louis XIII , celle du cardinal de Richelieu s'était établie naturellement, franchement, par le double ascendant de la résolution dans le caractère et de la supériorité des vues. Tant que Louis XIV fut entouré de ministres d'une haute portée et que ceux-ci s'appelèrent Mazarin, Colbert, Louvois, il subit successivemeût leur influence; car, indépendamment de leur haute capacité, ils eurent en outre , pendant la durée de leur faveur, le talent de lui faire souhaiter les mesures qni entraient dans leur
4 Relation de ce qui s'est passé à l'érection de la statue du Roy dans la ville de Poitiers le 25 aoust 4 687. — Voir aux pièces justiûcatives, pièce n° III.
2 Mémoires de Saint-Simon, t. XIII. — Mémoires de l'abbé de Choisy, liv. V.
système. Quand ces ministres , ayant disparu , eurent fait place à des hommes d'une valeur tout à fait secondaire , cette influence cessa d'exister, ou plutôt elle se déplaça pour passer peu à peu, bien que dans une mesure infiniment moindre, à madame de Maintenon '.
Aucune femme n'a jamais eu , sur un aussi grand théâtre , une fortune pareille à celle de Françoise d'Aubigné , marquise de Maintenon. Née en quelque sorte dans la misère , de parents que la nécessité de vivre poussa dans les colonies, longtemps à charge à une tante avare et grondeuse, elle fut par hasard présentée chez un paralytique de tant d'esprit qu'il ne lui restait plus de raison , et à qui de brillants amis persuadèrent, dit le duc de Saint-Simon , de prendre pour femme cette charmante malheureuse de seize ans , à laquelle il reconnut plaisamment pour tout bien , outre quatre louis de rente, « deux grands yeux fort malins, un très-beau a corsage, une paire de belles mains, et beaucoup d'es- « prit. » C'est le sort de toutes les femmes qui recherchent le périlleux honneur d'influer sur les événements de leur pays d'être exposées aux plus odieuses calomnies , ou , si elles ont à regretter quelques faiblesses , d'en être punies par des récriminations qui contrastent avec l'extrême indulgence dont le monde couvre ordinairement ces sortes de fautes. « Je suis sur le théâtre, « a dit madame de Maintenon elle-même ; il faut bien « qu'on me siffle ou qu'on m'applaudisse. » Veuve et sans ressources à vingt^six ans, remarquablement belle, d'une beauté ferme, hardie, mais décente et très éloi-
1 Mémoires de Saint-Simon, t. XIII, p. 47.
gnée des airs souverains de madame de Montespan ', pleine de tact et de finesse , possédant à un haut degré ce qu'on appelait alors du manège , liée enfin avec ce que Paris comptait de plus brillant et de plus spirituel dans tous les camps, avec Ninon de Lenclos et madame de Sévigné , Françoise d'Aubigné se distinguait ellemême par un esprit délicat , enjoué, et en même temps par beaucoup de mesure, réunion rare et charmante des dons les plus heureux de la nature. D'après un de ses adorateurs, le chevalier de Héré, elle était douce, secrète, fidèle, modeste, intelligente; mais de Méré lui adresse, très doucement il est vrai, un grave reproche. « On s'i- « magine, lui écrit-il, que vos anciens amis ne tiennent « pas e» votre bienveillance une place fort assurée. 2 » Cependant , Saint-Simon dit tout le contraire , et Ton sait qu'il est peu suspect de partialité à l'égard de madame de Haintenon. Successivement, elle se trouva introduite et puis recherchée dans les plus grandes maisons, à l'hôtel d'Albret, chez les maréchaux d'Harcourt et de Villars,, chez le duc de Richelieu. Là, elle rencontra madame de Montespan, qui lui confia, en 4 670, la garde des enfants du roi et l'admit dans son intimité. Quinze ans plus tard, docile enfin, après une lutte désespérée,
4 Françoise d'Aubigny, marquise de Maintenons fait par Giffart, graveur du Roy; offert par son très humble et très obéissant serviteur, Leblanc de Neauville. — Portrait ovale, avec quatre coins allégoriques.
1 Lettres du chevalier de Méré. — Voir dans la Revue des Deux-Mondes du 1 * r janvier 4848, un très curieux et piquant article de M. Sainte-Beuve, intitulé le Chevalier de Méré ou l'honnête homme au dix-septième siècle.
aux sollicitations du P. Lachaise , de Bossuet , de son (ils lui-même, faîtière favorite dut se résigner à quitter la cour , laissant à sa rivale le champ libre et toute la faveur de Louis XIV, faveur d'abord précédée d'une antipathie à laquelle il n'y a eu de comparable que l'engouement qui lui succéda , pour faire place ensuite à un attachement solide, qu'aucun nuage n'a troublé pendant plus de trente ans 1 .
Les premiers signes apparents de cette haute fortune remontent à 4 674, époque où les libéralités du roi permirent à madame de Maintenon d'acheter pour 250,000 livres la terre qui lui donna son nom, le titre de mar-
* Mémoires du duc de Saint-Simon, passim. — Souvenirs de madame de Caylus, — Biographie universelle, excellent article par M. Monmerqué. — Lettres de madame de Maintenon. — Mémoires pour servir à l'Histoire de madame de Maintenon et à celle du siècle passé. — Les lettres de madame de Maintenon devraient être un des meilleurs commentaires de son caractère et de sa vie. Malheureusement, elles paraissent avoir subi de la part de La Beaumelle, qui en a été l'éditeur, de si graves altérations, et les éditions qui s'en sont succédé présentent de telles différences, qu'on ignore au juste quelle confiance on doit leur accorder. Il serait donc bien à désirer que M. le duc de Noailles publiât bientôt, comme il en a annoncé le projet, une édition complète des œuvres de madame de Maintenon. Quant aux Mémoires de La Beaumelle sur cette femme célèbre, bien qu'ils soient loin de mériter tout le mal qu'en a dit, avec des expressions d'une amère violence, l'irascible et ombrageux philosophe de Ferney, qui contribua, à ce qu'il paraît, à faire envoyer leur auteur à la Bastille, ces Mémoires fourmillent, en effet, d'inexactitudes, et on ne saurait les prendre pour base d'un travail sérieux. — Voir, au sujet de la détention de La Beaumelle, aux pièces justificatives, pièce n° V.
quise et 10 à 11,000 livres de rente. Instruite, par ses relations de tous les instants avec madame de Montespan, de ce qui plaisait ou déplaisait, destinée, pendant près de dix ans, à réconcilier sans cesse deux cœurs que les liens de l'habitude et de la vanité seuls réunissaient epcore, elle gagnait chaque jour le terrain que l'impérieuse et incorrigible maîtresse perdait. Peu à peu, cependant, la gouvernante intime des enfants du roi et de madame de Montespan était devenue une puissance avec laquelle il fallut compter. Dès 1 680, les tendances et les préférences de madame de Haintenon se dessinent nettement» C'était alors le commencement de la grande faveur de Louvois. A cette époque, elle écrivait à son frère d'Àubigné, à ce joueur insatiable et déréglé, qu'elle éloignait d'elle le plus possible, comme un écueil redoutable : « Je parlerai pour vous « à M. Colbert, quelque mal satisfaite que je soie de « lui. Il en sera plus porté à ne .pas me refuser. » Puis, dans d'autres lettres : « Je ne comprends pas M. Col- « bert; il vous fait donc attendre votre argent!... Je « vais faire l'impossible pour obtenir de M. Colbert ce « que vous désirez; la paix va le rendre de meilleure « humeur.... Je vois tous les jours M. Colbert, mais il « trouve ce que vous demandez aussi difficile que je « le trouve raisonnable. Ainsi, il n'est pas encore défi fait de moi 1 . » Dans une autre circonstance elle
1 II faut savoir qu'il ne s'agissait de rien moins que de faire donner à d'Aubigné 4 18,000 livres de pot-de-vin sur une réadjudication des fermes, et que Colbert, tant les instances durent être vives, eut la faiblesse de s'y prêter. Enhardi par le succès,
écrivait à madame de Saint-Géran : « M. Colbert ne « pense qu'à ses finances et jamais à la religion. » Quand le grand ministre mourut, madame de Maintenon dut, suivant toutes les apparences, faire cause commune avec Le Tellieret Louvois. Ce qui le prouve 7 c'est que la nomination de Le Peletier, dont qUe loue la rare modestie et qu'elle consultait pour ses affaires personnelles, eut son assentiment. Plus tard, vers 1 686, les dispositions commencèrent à changer. D'un côté , les hauteurs de Louvois s'accroissaient avec
d'Àubigné voulut toucher une partie de îa somme d'avance ; mais il parait que cela souffrit quelques difficultés. C'est ce môme d'Aubigné qui répondit au maréchal de Vivonne, frère de madame de Montespan, lequel s'étonnait un jour de le voir jouer très gros jeu : « Cest que j'ai eu mon bâton en argent.*
Puisqu'il est question de jeu et de madame de Montespan, voici un détail qui ne paraîtra pas sans intérêt. On lit dans les Lettres inédites des Feuquières (t. IV, p. %%1) : « Le jeu de « madame de Montespan est monté à un tel excès que les pertes « de 400,000 escus sont communes. Le jour de Noël, elle per- « doit 700,000 escus ; elle joua sur trois cartes 450,000 pistoles « (la pistole valait 40 liv.), et les gagna ; et, à ce jeu-là, on peut « perdre ou gagner cinquante ou soixante fois en un quart « d'heure.» —La lettre ne dit pas quel était ce jeu-là; mais il est probable que c'était le lansquenet, très à la mode alors.
Un million cinq cent mille livres joués sur trois cartes ?
Selon M. Leber ( Essai sur V appréciation de la fortune privée au moyen âge, p. 497 et suiv. Valeur des offices sous Louis XIV), l'argent n'aurait eu alors qu'une valeur à peu près double de celle d'à présent Si l'on compare le prix du marc d'argent aux deux époques, l'observation est fondée : mais la lettre déjà citée de madame de Maintenon ( Voir Pièces justificatives r pièce n° I.) prouverait, il me semble, que le prix des choses a suivi une progression plus élevée.
ses services; de l'autre, ce ministre déguisait mal sans doute l'impatience que lui causait l'obligation de travailler chez le roi avec madame de Maintenon, et la nécessité de concerter avec elle, s'il faut en croire le duc de Saint-Simon, les nominations aux postes les plus élevés. Dès ce moment, madame de Maintenon dut reconnaître le besoin de donner un contrepoids à cette autorité de plus en plus importune, et c'est ce qu'elle fit en tâchant de relever l'importance de Seignelay. Son intimité avec les duchesses de Chevreuse et de Beauvillier, sœurs du jeune ministre, date de cette époque. Mais, en 4683, toute la faveur était à Louvois, et ni Louis XIV ni madame de Maintenon ne songeaient encore à prendre leurs précautions de ce côté 1 .
Il y avait en même temps, à la cour, un homme dont l'influence grandissait alors de jour en jour, et qui, s'il n'a pas exercé, au même degré que madame de Maintenon , une action indirecte sur la plupart des événements de son temps, a dû cependant participer à bien des décisions importantes : c'était le Père François d'Aix de La Chaise. Petit-neveu du fameux P. Cotton, confesseur de Henri IV, Jésuite comme lui, le P. La Chaise, issu d'un bon gentilhomme du Forez, avait d'abord professé les mathématiques, la physique et les belles-lettres à Lyon, où il se fit connaître et apprécier par l'archevêque de Villeroy, qui était en même temps administrateur du diocèse et
1 Lettres de madame de Maintenon à son frère, des 40 novembre 4674, 3 et 24 juillet 4680, 26 mai et 42 juillet 4684, t. I er . Lettre à madame de Saint-Géran, t. II. — Mémoires di* marquis de Sourches, novembre 4685.
gouverneur de la province. Depuis Henri IV, les fonctions de confesseur du roi avaient toujours été dévolues à des Jésuites. Le P. La Chaise en Ait chargé de 1 675 jusqu'en 1709, époque de sa mort, et, malgré ses instances, le roi ne consentit pas à l'en exempter. Jamais, on peut le dire, ces fonctions ne furent plus importantes. Toutes les semaines, le P. La Chaise tenait avec le roi le Conseil de conscience, où se faisait la distribution des bénéfices et des évéchés vacants. La seconde partie du règne de Louis XIV fut, d'ailleurs, troublée par un grand nombre de questions en même temps politiques et religieuses, et sur lesquelles le P. La Chaise était sans nul doute appelé à donner son avis, qui était, par malheur, beaucoup trop intéressé. « D'un esprit médiocre, c mais doué d'un caractère juste, droit, sensé, fort « ennemi de la délation, de la violence et des éclats, « ni vindicatif,* ni entreprenant, fort jésuite, mais sans « rage ni servitude, il avait, d'après Saint-Simon, « dont le témoignage ne saurait ici paraître suspect, de « l'honneur, de la probité et de l'humanité. » Le chancelier d'Aguesseau et Voltaire lui-même représentent le P. La Chaise comme un homme doux, modéré, conciliant, ami de la paix. Tous les ans, aux fêtes de Pâques, la faveur de madame de Montespan causait au confesseur du roi une maladie politique, que les courtisans remarquaient tout bas, et dont la favorite se vengeait par quelque trait d'esprit. Cependant, fâchée peut-être de ce qu'il n'eût pas engagé le roi à déclarer son mariage publiquement, madame de Maintenon le juge sévèrement dans ses lettres. Mais la
faveur du P. La Chaise résista à toutes les insinuations, et il put même, dit encore Saint-Simon, « louer, en pré- « sence du roi, la générosité et le désintéressement de « Fénélon. » Il y avait alors, à l'extrémité orientale de Paris, du côté du faubourg Saint-Antoine, un vaste enclos d'où Ton dominait toute la ville, mais où le tumulte de la ville n'arrivait pas. Le roi Tacheta, y fit bâtir une habitation, et le donna à son confesseur, qui l'appela Mont-Louis. Là, sur cette montagne où les générations qui disparaissent sont peut-être destinées à se superposer dans la durée des siècles, le P. La Chaise recevait l'élite de la société parisienne, et consacrait ses loisirs à des recherches pour l'Académie des Inscriptions et Belles-lettres, dont il fut fait membre honoraire, lors de sa réorganisation : car, il aimait la science, les lettres, et se connaissait en antiquités et médailles. Selon toutes les apparences, le P. La Chaise avait, en 4683, les mêmes tendances que madame de Maintenon, que le vieux chancelier, que Le Peletier ; et, dans cet exposé des forces dont disposaient les ministres qui se disputaient la direction supérieure des affaires et la faveur royale, on peut, sans hésiter, le comprendre, à cette époque, dans le groupe exclusivement dévoué à Louvois 1 .
1 Mémoires de Saint-Simon, t. VII, p. 4 S et suiv. — Lettres de madame de Maintenon à M. de Noailles, notamment celle du 43 octobre 4708 ; Mémoires de l'abbé de Choisy, liv. IV.— L'abbé de Choisy dit, à la vérité, que Louvois, jaloux des entretiens fréquents du P. La Chaise, de Pélisson et de l'archevêque de Paris avec Louis XIV, aurait, pour y mettre un terme, pressé et
forcé la révocation de l'édit de Nantes. Ceci me parait un abus de la disposition qu'ont certains esprits à attribuer toujours de petites causes à tous les grands événements. — Voir aussi, dans la Biographie universelle de Michaud, l'article sur le P. La Chaise, article très-impartial et très-modéré, comme tous ceux que ce recueil doit à la plume de M. Villenave. — M. Leber cite, dans le savant Catalogue des livres imprimés, manuscrits, estampes, dessins et cartes à jouer, de sa bibliothèque, (t. II, p. 338 et 339), plusieurs publications du temps, relatives au P. La Cbaise; les principales ont pour titre : Prévarications du Père de La Chaize, confesseur du roy, au préjudice des droits et intérêts de S. M.; — le Prince assis sur une chaise dangereuse, ou le Roi T.-C. se confiant en un Jésuite confesseur qui le trompe ; — la Confession réciproque, ou Dialogues du temps entre Louis XIV et le P. de La Chaize , son confesseur ; — Histoire du P. La Chaise , Jésuite et confesseur du roi Louis XIV, etc., etc. Mais toutes ces pièces sortent des presses de la Hollande, et sont des pamphlets dont il n'est permis de faire usage qu'avec la plus extrême circonspection.