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plus fréquentes et plus compliquées. Il peut être utile ou même nécessaire de traiter les sujets les plus délicats, devant déjeunes auditoires, non pas pour décrire le vice, mais pour en signaler de loin les abords cachés sous les fleurs, et les abîmes où ils aboutissent. On peut le faire sans péril pour les imaginations les plus ardentes, à la condition de parler, quand il s'agit du mal, à la fine pointe de l'esprit etde réserver les images, les mouvements d'éloquence pour décrire le mérite, la beauté et les joies de la vertu, laissant h l'association des idées le soi® de faire descendre dans ces images les principes qu* combattent le vice, et d'entraîner par ce chemin vers la pratique voulue. Ainsi encore, sur le même individu donné, le même raisonnement, fait avec calme à huis clos, ne produira pas le même effet, que crié dans un grand auditoire avec une voix émue, un geste passionné, parmi les applaudissements. La valeur intellectuelle de l'idée est identique; mais quelle différence de persuasion, d'efficacité sur les actes ! Et loi* en voit bien l'explication.
Le flocon de neige dort sous la lumière blanche des cimes, inerte et presque sans poids; le doigt d'un en/ant l'y fixerait sans peine ; mais s'il se détache et roule, et s'il peut en entraîner d'autres avec lui, peu à peu i\ se précipite, et à mesure qu'il approche des vallées, roulant avec lui d'autres flocons, puis des blocs de glace, des
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arbres, des rochers, il devient l'avalanche qui brise tous les obstacles et va jusqu'au bout. Ainsi de l'idée au sommet de l'esprit et qu'il est facile, pour peu qu'on le veuille, d'y laisser dormir inerte sous la lumière froide des cimes ; pi on la laisse descendre, elle se fait avalanche, et à la mesure où elle est arrivée près des bas-fonds et a grossi sur la route, l'avalanche est irrésistible.
En d'autres termes, et pour le répéter comme une conclusion acquise à laquelle nous en appellerons souvent dans la suite : la force de l'idée vient de sa qualité et de sa quantité, de la place qu'elle occupe dans l'échelle psychologique et de la masse d'éléments qu'elle entraîne. Plus elle entre dans les sens, ou, comme nous l'avons dit, plus elle s'incarne, plus elle est forte par sa qualité; plus elle est riche et complexe* c'est-à-dire plus elle met en branle des éléments psychologiques nombreux et divers, plus elle est forte par sa masse ou sa quantité. Tel est, au point de vue de la poussée fatale vers les actes, le coefficient de l'idée.
2* Le coefficient du sujet. — Supposons le même coefficient à l'idée, soit à son début, au moment où elle entre dans diverses consciences humaines, soit à un moment quelconque de son évolution psychologique. À ce moment où, par hypothèse, elle est, dans chaque individu, de
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force identique, laissons-la suivre sa route, et nous constaterons qu'elle aboutit, même en dehors de l'intervention de la liberté, à des résultats divers. C'est que, avec le coefficient de l'idée, il y a encore celui du sujet, dont il faut tenir compte. Chacun de nous laisse le chemin plus ou moins facile à la force qui le traverse, réagit plus ou moins sous le choc de l'idée, en un mot est plus ou moins impressionnable.
Si la différence du coefficient, ou, si Ton veut, du rendement de chaque individu sous le choc de l'idée est un fait qui saute à tous les yeux, même les moins attentifs, il est plus difficile d'en donner l'explication et de dire en quoi consiste, ou ce qui mesure, cette impressionnabilité.
Il nous semble, sauf meilleur avis, qu'elle vient .de l'esprit et de l'organisme, et, pour l'un et l'autre, d'une qualité et d'un défaut.
Nous savons déjà que la force de pénétration de l'idée tient, pour une part, à sa richesse et à sa complexité ; or, un esprit actif, prompt, curieux, prknesautier, ouvre la voie par ses habitudes mêmes aux associations de phénomènes psychologiques et facilite l'évolution de l'idée 4ans le sens de la richesse et de la complexité des éléments ; il lui permet de la sorte d'aller plus vite et de pénétrer plus avant. Cette activité de l'esprit est, du moins en général, une marque de vitalité, une qualité de fonds très précieuse, une force. Mai»
une faiblesse et un défaut, c'est de n'avoir que peu de maîtrise sur soi-même; c'est — par manque de vigilance ou de courage, par manque de synthèse mentale ou, en un mot qui résume presque tout, par aboulie, c'est-à-dire par manque de vouloir — de laisser habituellement les idées suivre leur route à leur fantaisie. Or, cette habitude de ne pas opposer de résistance et de ne pas exercer de contrôle, favorise, il est facile de le comprendre, le développement de l'idée, la descente de l'avalanche vers l'organisme.
Si nous regardons les organismes, nous constaterons que les plus délicats — voilà bien une qualité — et les plus frêles — voici un défaut — sont, toutes choses égales d'ailleurs, les plus impressionnables. Plus délicats, peut-être faut-il dire plus parfaits, ils ont les nerfs plus en éveil, plus adaptés à leur objet, plus faciles à mettre en branle, et ils pourront sentir, même là où les autres ne sentent pas, ou sentir avec plus d'intensité ; et de la sorte, ici encore, l'idée descendra plus vite et plus avant. Si les nerfs sont frêles, je veux dire faciles à affoler, d'équilibre instable, le moindre choc se répercutera des uns aux autres, multipliant et diversifiant les sensations, ajoutant ainsi à la richesse et à la complexité de l'idée en évolution.
La délicatesse et la fragilité de l'organisme, une certaine activité de l'esprit et le manque de
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maîtrise de soi, voilà donc, nous semble-t-il, les quatre facteurs qui peuvent donner le coefficient du sujet dans l'efficacité de l'idée sur les actes. L'impressionnabilité doit, si notre conclusion est juste, croître en fonction de ces quatre facteurs. En effet, chez la bête et chez le cataleptique où l'aboulie est complète, l'impressionnabilité est sans limite. Chez l'hystérique, l'aboulie et l'impressionnabilité se tiennent et varient ensemble. Nos aïeux, déjà du temps de César1, passaient pour avoir un remarquable penchant à l'imitation, et on nous donne, encore aujourd'hui, pour un peuple très impressionnable : c'est apparemment un esprit vif et primesautier qui nous vaut ce cachet de la race. La femme, par les quatre sources à la fois, a plus d'impressionnabilité que l'homme; son organisme est plus délicat et plus frêle, elle a la synthèse mentale plus fragile et l'esprit plus primesautier, du moins plus porté à penser par « contiguïté 2 » et donc plus enclin aux associations. La jeunesse — nous ne disons pas le premier âge — est plus impressionnable que la vieillesse ou même que l'âge mûr : si les habitudes,
i. Voyez De bello gallico, Ut. Vïî, chap. rra.
2. L'homme pense, comme on fa dit, surtout par continuité, tarant ses idées les unes des autres, allant des principes à leurs conclusions; la femme, surtout par contiguïté, passant dune idée à l'idée voisine éveillée par association. L'association, chez elle, se fait plus par ressemblance d'inaatgei, et, cne* i^ fermes, plu© par ressemblerai do pôûftéwu
en se prolongeant, nouent dea associations nombreuses et ouvrent à l'idée en évolution des chemins plus faciles; d'autre part, la délicatesse de l'organisme se blase, à la longue, la vivacité de l'esprit se dégrade, et, en somme, l'impressionnabilité diminue, pour l'ordinaire, jusqu'au moment où l'aboulie se fait si grande et l'organisme si frêle, qu'on redevient enfant1.
Il n'est pas besoin de dire que, dans chacun de ces groupes, il y a encore des nuances infinies, selon que le tempérament a fait celui-ci plus délicat, ou que le nervosisme a fait celui-là plus frêle, ou que les habitudes ont fait cet autre plus imaginatif ou plus aboulique ; et une même personne enfin varie dans son impressionnabilité selon les circonstances qui en font varier les cause* : la convalescence, par exemple, — non pas la maladie qui rend l'esprit lourd et les nerfs atones, mais la convalescence qui chasse déjà la maladie sans avoir eu le temps de régénérer les nerfs, — nous laisse plus impressionnables qu'à l'état normal. Ainsi, les quatre facteurs dont nous faisons
|. Mattei (cité dans la Revue des institutions pénitentiaires, février 1902, p. 348) donne à ses expériences ces deux conclusions : « 1* Les petites filles ont la sensibilité plus développée que les petits garçons; 2* pour les deux sexes, la sensibilité se développe avec l'âge. » Ignorant le contexte, nous ne savons sur quels arguments se base l'auteur; mais il nous semble juste d'admettre, pour les raisons que nous avons exposées, que cette sensibilité des enfants se développe avec V> jusqu'à une certaine limite seulement*
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dépendre ie coefficient de l'organisme nous expliquent suffisamment les faits connus, à savoir que les Français sont plus impressionnables que la plupart des autres peuples, les femmes plus que les hommes, la jeunesse plus que l'âge avancé; et ils nous permettent de prévoir quel apport notre tempérament, notre santé, nos habitudes de penser et de vouloir, nos qualités et nos défauts peuvent encore ajouter à notre impressionnabilité personnelle et donc au retentissement de l'idée sur notre organisme et à son efficacité sur nos actes.
Chacun de nous peut, d'après cela, faire son compte et savoir de quelle force il dispose, pour son bien ou pour son mal, selon l'usage qu'il en veut faire.
Des explications données jusqu'ici un corollaire se dégage qu'il faut signaler : c'est le bien qui met en jeu l'appétit et incline à l'acte. Quand nous avons dit, dans la formule même de notre premier principe, qu'il faut entretenir des idées conformes aux actions que nous voulons faire, et que cela nous y dispose, c'est à la condition, bien entendu, de penser à ces actions par leur bon côté et non par leur revers, de les voir sous leur aspect attirant et non par où elles nous répugnent. Ainsi, vous avez à faire une démarche désagréable, quoique nécessaire; pensez aux avantages qui eu résulterontt à la maîtrise que vous prendrez sur
vous-m£~ne, au profit, à la joie qu'en retireront ceux que vous aimez, que sais-je encore? Mais si vous ne pouvez nourrir de telles nensées sans faire surgir à leur place, par l'association des contrastes, les difficultés de l'entreprise, les soubresauts de l'amour-propre ou de l'instinct, il faut écarter jusqu'au moment de l'exécution le souvenir de cette démarche; car l'idée que vous en avez est, en somme, contraire à l'acte que vous voulez accomplir, et elle ne pourrait agir qu'à l'inverse de vos desseins. Les devoirs désagréables, si on ne sait ou si on ne peut les envelopper d'amour, il faut les regarder dans la lumière froide de l'esprit pour les constater; il faut s'y résoudre par des motifs énergiques, tirés surtout d'ordre général ou transcendant ; puis en détourner la pensée jusqu'au moment de les accomplir, et, le moment venu, se jeter à l'action, sachant « qu'il n'y a que le premier pas qui coûte ».
Inversement, quand il s'agit, non pas de savoir si un acte est h éviter, mais quand, le devoir étant connu ou la résolution prise, il s'agit d'éviter un acte, il ne faut y penser que par les côtés repoussants; et si l'acte est de telle nature que sa pensée éveille, au contraire, des attractions en nous et sollicite nos instincts, c'est une pensée qu'il faut nous interdire; car elle nous conduirait à « entretenir en nous des idées conformes à l'acte que nous voulons éviter ». Ainsi, le meilleur