VÉRITÉ DE LA LOI. — EFFICACITÉ DU PRINCIPE
Pour découvrir la loi, il convient de regarder d'abord dans les consciences anormales1.
1. On sait que ce mot conscience est employé dans des sens divers. Il y a la conscience morale : c'est le jugement pratique de la raison sur le bien et le mal moral. Il y a la conscience psychologique : c'est la constatation directe et spontanée des modifications du sujet vivant. Dans toute cette étude il ne sera question que de la conscience psychologique.
Mais celle-ci, à son tour, peut être considérée de deux façons : tantôt elle désigne simplement l'existence interne d'un phénomène psychologique; c'est le « caractère commun, constant et immédiat des fonctions psychiques... cette propriété originale de tous les phénomènes mentaux (ou, plus clairement, psychologiques) qui fait qu'ils sont éprouvés en même temps qu'ils sont et ne sont qu'en tant qu'éprouvés ». (A. Fouillée, la Psychologie des idées- forces, Alcan, 1893, Introduction, xxxm.) Tantôt elle désigne la conscience de soi, c'est-à-dire l'attention expressément dirigée sur les phénomènes en tant que se rapportant à notre moi. La première peut s'appeler la conscience simple; et la seconde, la conscience réfléchie. Le contexte suffira, pour l'ordinaire, à indiquer celle dont il sera question.
Sur la nature de la conscience simple, Cf. Pierre Janet, VAutomatisvw psychologique, Ô« éd., Alcan, 1889, surtout p. 39 et «uiv. ; — et A. Fouillée, op. cit., introduction.
Dans la conscience réfléchie, il y a lieu de distinguer deux éléments : son étendue et sa force. Son étendue, qu'en appelle aussi champ de conscience, dépend du nombre de phénomènes qu'elle contient et dont elle témoigne. Sa force vient de l'énergie avec laquelle elle s'empare de tous ces éléments pour en constituer une synthèse; c'est-à-dire pour les grouper, les coordonner,
VÉBÎTÉ 88 LA tOT. ~ R^ÎCACÎTÉ M' PBTNCIPE 11
Il va sans dire que nous visons à établir des lois générales et des principes qui, valables pour toute conscience humaine, sont destinés surtout aux mieux équilibrées, puisqu'elles sont mieux capables de les mettre à profit. Mais c'est notre droit de prendre nos arguments où ils se trouvent, même dans les phénomènes les plus anormaux. Ceux-ci ne sont tels, en effet, que par les circonstances anormales où s'exercent les lois ordinaires. C'est la même loi de la pesanteur qui fait tomber les pierres et monter les ballons. Et en psychologie comme en toute chose, quel que soit notre terrain d'expérience, si une loi s'en dégage, elle vaut nécessairement pour tous les cas. Le procédé auquel nous avons recours est donc légitime, à la seule condition de raisonner juste.
De plus, il est indispensable. Dans les consciences supérieures, les phénomènes trop compliqués s'enchevêtrent et nous dérobent leurs lois. Nous voulons sans doute arriver jusqu'à elles et leur demander au moins de vérifier nos hypothèses; mais il nous faut commencer par les consciences les plus dissociées ou les plus élémen-
en faire un édifice mental qui les emploie et les harmonise, non pas logiquement dans l'abstraction, mais psychologiquement dans la vie actuelle du moi.
La conscience idéale serait celle dont l'étendue comprendrait l'activité entière du sujet et dont la synthèse serait assez forte pour résister à tous les ch *cs. Une telle conscience n'existe pas parmi les hommes. Les consciences supérieures (au point de vu* psychologique) sont celles qui s'en rapprochent.
taires, parce qu'elles nous offrent les phénomènes, un à un, isolés, dégagés des réactions de l'ensemble, réduits à leur plus simple expression; et c'est là qu'il faut les regarder pour bien voir de quelles causes ils procèdent ou à quels résultats ils aboutissent. Ces premières constatations nous donneront le fil conducteur avec lequel nous pourrons suivre alors les phénomènes à travers les complications des consciences supérieures. Si c'est par elles qu'il faut finir, c'est par les autres qu'il faut commencer.
Or, le plus bas degré où puisse descendre la conscience de l'adulte est la catalepsie.
La catalepsie — KaTaX*j<|/iç, de xaTaXa[x6àva>, exprimant l'action de prendre ou mieux de surprendre — est un phénomène morbide ainsi nommé, parce qu'il est, en général, le résultat d'un saisissement, d'une émotion brusque, et qu'il se manifeste par l'inertie absolue du malade, restant fixé dans l'attitude où la crise l'a saisi.
Mais la maladie présente un autre abp^ct plus intéressant : elle abolit pour un temps plus ou moins long tous les phénomènes supérieurs à la vie végétative, la volonté, la mémoire, la sensation, etc., en un mot, la conscience. C'est à peu près la tabta rase de Locke, ou la statue animée de Condillac, capable de tout recevoir, mais au préalable vidée de tout1.
Voilà donc pour le psychologue un champ d'expériences à souhait. S'il lui est possible dy introduire des idées une à une, il lui sera facile de constater leur effet sur cet organisme sans défense et de voir si, par elles-mêmes, isolées, sans réaction étrangère, sans aucune délibération du sujet, sans aucune intervention de la volonté, livrées par conséquent à leurs propres forces, elles chemineront à travers l'organisme pour y déterminer les actes correspondants.
Or cette expérience est possible, et en voici les résultats :
On soulève le bras du sujet et on le place dans une position déterminée : il y reste, malgré la pesanteur qui devrait le faire retomber aussitôt. Gela
1. Voyez, par exemple, Gh. Richet, Dictionnaire de physiologie, Alcan, 1897; — Pierre Janet, op. cit., p. il et suiv.
On a beaucoup décrit déjà toutes ces expériences de la catalepsie et de l'hystérie, et même beaucoup affirmé, à diverses intentions, J'influence de l'idée sur les actes; néanmoins, nous croyons devoir l'établir, de façon très sommaire, sans doute, pour ne pas fatiguer les lecteurs au courant, ms^s assez appuyée pour produire la conviction chez les autre».
suppose un acte de résistance à la pesanteur, une contraction de certains muscles. Qu'est-ce qui peut amener ces contractions? Qu'est-ce qui peut expliquer « leur unité et leur persistance? Je ne vois point d'autre réponse que celle-ci : c'est une sensation persistante. Quand j'ai soulevé le bras, j'ai provoqué une certaine sensation musculaire consciente tout à fait déterminée, c'est-à-dire correspondant exactement à telle position du bras, des poignets, des doigts », etc. *. En d'autres termes, une sensation — une idée au sens très large que nous avons défini — est entrée dans cette cons* cience vide; étant seule, elle a évolué sans contradiction, suivant sa loi; et je constate que le phénomène organique dont elle est la représentation s'est réalisé2; et parce que cette sensation dure par la position continuée du bras, l'activité des muscles persiste et maintient le bras soulevé indéfiniment3, jusqu'à ce que l'opérateur modifie la sensation.