P. Janet, op. cit
2. Ce phénomène est-il l'idée môme à son état d'achèvement, ou bien un phénomène entièrement distinct? En d'autres termes, l'idée va-t-elie constituer l'acte par sa seule évolution, comme le gland devient le chêne, ou provoquer une autre cause à le produire? C'est une question qui s'éclaircira, croyons-nous, par la suite, mais qui n'importe pas pour le moment. Il nous suffit de constater que, l'idée étant donnée, l'acte suit.
3. Vingt ou vingt-cinq minutes, suivant certains auteurs ; une heure et plus suivant d'autres (P. Janet, op. ct7., p. 16) ; dans tous les cas, beaucoup plus longtemps que ne pourrait le faire un homme normal, par un acte de sa volonté, — ce qui semble
Si Ton prononce une phrase quelconque, le sujet, privé de mémoire, ne la comprend pas; mais il a des oreilles où le son pénètre e* provoque une sensation, et aussitôt la sensation suscite le mouvement des lèvres, qui répètent intégralement les mots de la phrase : « Comment allez-vous ? » dit le docteur ; et le malade répète : « Comment allezvous ? » C'est l'écholalie.
11 en sera de même si vous parlez aux yeux du sujet. En face de lui, vous levez le bras, vous prenez une position quelconque ; il Ta vue et il l'imite, avec cette particularité que, du moins en général, il soulève le bras droit si vous avez soulevé le bras gauche et se comporte comme l'image renvoyée par un miroir. C'est l'imitation spéculaire, la réalisation aussi brutale que possible de l'image introduite par la sensation.
Il va sans dire qu'un objet placé sur la langue provoque la déglutition ou le dégoût, et qu'une odeur perçue amène un mouvement dans la tète, mouvement d'attraction ou de répulsion.
Qu'il s'agisse donc de l'odorat, du goût, de la vue, de l'ouïe ou du toucher, le résultat de la sensation est toujours le même : l'acte suit.
Voilà le fait ; et c'est bien d'une sensation qu'il
indiquer que l'usure des nerfs ou des mufles, que la fatigue vient surtout de l'innervation volontaire. Cette remarque, inutile à la démonstration présente, sera développée dans la suite, à propos de la théorie de l'habitude.
s'agit. Nous ne sommes pas en face d une répercussion matérielle des organes les uns sur les autres, d'un simple mécanisme ou d'une pure décharge nerveuse, mais d'un acte conscient. Ce n'est pas le choc brutal de l'excitation extérieure qui détermine le résultat ; c'est une sensation, c'est une connaissance. La preuve en est que le résultat est manifestement l'œuvre d'une systématisation, d'une coordination autour d'une idée directrice. Ce n'est pas la vibration de l'air dans l'oreille qui peut agiter les lèvres de façon à reproduire une phrase ; ce n'est pas la vibration de la lumière sur la rétine qui peut choisir dans tout l'organisme parmi des milliers de nerfs enchevêtrés, atteindre les uns en négligeant les autres, donner à chacun le degré d'excitation voulue pour harmoniser le résultat et reproduire la pose imaginée à plaisir par l'expérimentateur. Il y a évidemment comme intermédiaire une idée directrice, un phénomène de conscience, une sensation entre l'expérimentateur et les actes du sujet : l'expérimentateur provoque la sensation, et c'est la sensation qui provoque l'acte correspondant.
Et encore n'avons-nous parlé que des expériences les plus simples portant sur des sensations élémentaires. Mais elles peuvent être plus compliquées et amener des résultats où la systématisation et, par suite, l'intervention de la conscience est plus considérable et plus manifeste. Ces nou-
velles expériences, en même temps qu'elles confirmeront ce double fait que la sensation suscite l'acte correspondant et que son influence dure aussi longtemps qu'elle n'a pas été effacée par un autre phénomène de conscience, feront apparaître un troisième caractère, à savoir qu'une sensation tend à se développer, par un mécanisme analogue à l'association des idées, en s'amalgamant avec les sensations connexes et en provoquant les actes ou les attitudes qui les expriment. Donnons un exemple : on ferme le poing d'un cataleptique ; la sensation du poing fermé maintient cette position un certain temps; puis, dans la conscience du sujet, cette attitude provoque, de plus en plus complète, une sensation caenesthésique1 de colère, qui se manifeste par tout l'extérieur : l'autre poing « se ferme également, les bras se lèvent dans la position de l'attaque, le corps se redresse », les lèvres se serrent, les sourcils se froncent, toute l'attitude exprime la colère2. Si on impose au sujet, par une modification quelconque de son état de conscience, une sensation nouvelle, toute l'attitude se modifie immédiatement, et c'est la nouvelle sensation qui va se développer et amènera, par exemple, un ensemble de gestes témoignant l'affection, la prière, la joie, la moquerie, etc.3.
1. Kotvyi at<j6Y)(xt;, commune sensation, sensation d'ensemble. 8. P. Janet, op. cit., 19.
% Voyez chez le professeur Grasset (Leçons de clinique méd* *ifc, recueillies par le D' Vedel, 3* série, 1896, Montpellier
34 LE GOUVBRNEMENT DE SOI-MÊMR
On peut voir dans les auteurs spéciaux une mul* titude d'expériences reproduisant les faits que nous avons signalés jusqu'ici.
Sans doute, les expériences sont faites sur des consciences anormales, en état de monoïdéisme, selon Theureuse expression d'un auteur * ; mais, précisément, c'est le meilleur état imaginable, — puisque cette idée unique dans une conscience vide y évolue sans complication, sans antagonisme, — pour étudier comment se comportent les idées abandonnées à elles-mêmes ; et il est évident que, dans les consciences normales, les idées, en agissant et en réagissant les unes sur les autres, ne feront que suivre leurs lois ; si chacune n'aboutit pas toujours à son expression naturelle, c'est qu'elle rencontre dans les autres des obstacles à son évolution et doit se combiner avec elles ; mais il est manifeste qu'elle va contribuer au résultat d'ensemble d'après sa force et sa direction particulières. Si elle existe, elle agit; si elle agit, elle ne peut agir que d'après sa loi.
Sans doute encore, la matière est délicate, et il faut, pour formuler des lois de ce genre, se défendre des généralisations trop hâtives. Les faits que
Imprimerie du Nouveau Montpellier médical, pp. 41 et suiy.)f l'histoire d'un soldat qui, au cours d'une crise de convulsions, a tout à coup l'idée qu'il est à l'exercice. CrfCtte idée se développe merveilleusement et produit des exercices variés et parfaitement coordonnés, pendant de longues heures, sans provoquer le réveil. I. Ochorowicz, la Suggestion mentale, 1887, Doin, 112,
FAITS TIR$S DE L'RY^TÉaiE 31
nous avons invoqués jusqu'ici ne permettent peutêtre pas de conclure, avec une entière rigueur, que toute sensation présente le triple caractère signalé : — Tendance à Y acte correspondant, tendance à persister jusqu'à ce qu'elle soit remplacée par un autre phénomène, tendance à se développer par une évolution interne et par une systématisation de phénomènes connexes ; — mais nous pouvons du moins admettre provisoirement cette loi comme très probable, en attendant que nous lui trouvions d'autres preuves.
Il semble bien aussi que les expériences sur les cataleptiques n'ont pas pu dépasser la sensation et atteindre la pensée proprement dite1 ; mais nous allons voir, en remontant vers l'état normal, apparaître les phénomènes plus élevés de la conscience, — les actes du psychisme supérieur, comme on dit, — et constater qu'eux aussi obéissent à la môme loi,
FAITS TIRÉS DE l'hYSTÉRIB
V hystérie! — Voilà un vieux mot mal famé dont la signification s'est bien modifiée au contact
I. C'est l'avis motivé de U. P. Janet, op. cit., pp. 66 et suiv.
36 1B GOUVERNEMENT DE SOï-MÊM«
des expérimentations récentes. Nous prenons le mot dans son acception actuelle et scientifique.
Selon me heureuse formule due à M. Pierre Janet1, l'hystérique est caractérisé par un état de « misère psychologique ». La conscience ne saisit qu'un très petit nombre de phénomènes, et, même réduite à ce petit nombre, elle manque de force de synthèse et de volonté. Champ de conscience trfts restreint où n'entrent que peu d'idées à la fois ; le lien de ces idées, leur coordination très fragile; la réaction volontaire à peu près nulle : tttl est le triple stigmate de la conscience hystérique. De sorte que les idées qu'elle oontient, sans être isolées comme dans la catalepsie, se trouvant du moins très réduites comme nombre et très peu dépendantes de la synthèse mentale et de la volonté, auront peu de complications h subir et se développeront à peu près comme si elles étaient seules. C'est ce qui nous permettra de voir comment elles se comportent.
Elles se comportent comme dans la catalepsie : toute idée suggérée se réalise.
On peut, en effet, répéter sur les hystériques toutes les expériences dont nous avons parlé jusqu'ici2. Mais on peut en faire d'autres qui per-