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LE DÉCOURAGEMENT

Le découragement se présente tantôt en coup de foudre, tantôt en formation lente ; c'est toujours une émotion.

Dans le premier cas, c'est Témotion-choc, et une des plus dangereuses; car, outre qu'elle suppose généralement une nature très émotive (Voir le tableau, p. 122, II, 2°), elle s'attaque au fond même de la conscience, aux assises de la vie morale (p. 122, II, 1°), pour les désagréger. Ainsi telle personne a regretté et expié sa faute; même elle a son complice en horreur ; si elle le rencontre tout à coup et qu'elle se décourage, qu'elle

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ait peur de tomber, elle tombe. Ainsi encore, on avait pris une bonne résolution, qu'on ne tient pas; à la vue brusque de sa lâcheté, on a un sursaut de dépit, on se laisse détendre, abattre, désagréger ; on se décourage, on n'a plus le courage de refaire une synthèse pour l'action, on ne regarde même plus comme possible l'action d'abord décidée comme nécessaire; on regarde donc la contradictoire comme inévitable : et voilà l'idée qui, par la suppression de toutes les idées antagonistes, va immanquablement se réaliser et renouveler indéfiniment la faute qu'on a la prétention de déplorer. En deux mots, c'est le vertige moral, relevant des mêmes explications que l'autre (p. 107-121).

D'autres fois, le découragement se forme peu à à peu, par une série de désillusions sur notre compte. Il n'y a plus, dans ce cas, le danger du choc; mais il y a celui de la continuité. La cons* cience se désagrège, comme la falaise sous l'action continue de la vague ; et comme la vague mine la falaise par la base, ainsi le découragement mine la conscience, jusqu'à ce que, sous une dernière petite secousse, la volonté, qui maintient encore la synthèse, se détende brusquement, et tout s'écroule dans une lourde chute.

Tel est le double péril, et il n'y en a peut-être pas de plus grand dans la vie morale. Si parfois on pèche paf présomption, on pèche surtout ©ar décourageaient

À ce péril y a-t-il des remèdes ?

Il y eu a. Nous en signalons trois principaux1. Ou ne s'étonnera pas qu'ils se rapprochent de ceux que nous avons proposés contre l'émotion-choc, les causes étant si peu différentes.

1° Il faut d'abord éclairer l'esprit sur la valeur du découragement, bien comprendre qu'il est un péril, nous venons de le dire, et une sottise, il est facile de le voir : se décourager parce qu'on s'est trouvé trop lâche ; se décourager, s'enlever du courage parce qu'on n'en a pas assez ! il est difficile d'être moins logique. On oublie une vérité qui ne dépasse pas la philosophie de M. de la Palisse, c'est à savoir qu'il vaut mieux faire une faute, même énorme, même monstrueuse, que d'en faire deux. Certes, il vaut infiniment mieux — je dis : infiniment mieux, sans comparaison possible — ne pas faire de faute que d'en faire une ; mais cela, il faut se le dire avant la faute. Après, c'est trop tard, et il ne reste plus que l'autre principe à appliquer : il vaut mieux faire une faute que d'en faire deux, et il vaut mieux en faire quatre-vingt-dix-neuf que d'en

1. Nous rappelons que nous faisons de la psychologie et qu'il n'entre pas dans notre plan de parler des remèdes que peuvent fournir la prière ou la pratique des sacrements — et surtout peut-être de l'humilité. Dans ce dernier moyen, il y a un côté psychologique que nous aurons à étudier daris la théorie de vertus dites déprimantes, où nous montrerons que ces étati d'âme ne sont dépri ruants que lorsqu'ils ne sont pas des vertus» et qu'ils deviennent vertus précisément quand ils noua fournissent de lt force.

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