I. Pierre Janet, Névroses et Idées fixes, I, p. 473 et suir
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récentes qui sont les premières emportées, comme un édifice qu'on démolit par les toits *. Or, la résolution est, pour l'ordinaire, récente, surtout par rapport aux vieux défauts qu'elle avait mission de combattre ; elle sera donc une des premières ruines faites par l'émotion, et le défaut, remis à découvert, relève la tête, si même il ne s'empare pas de la direction de la vie, en vertu de ce principe déjà démontré, que, dans une conscience dissociée, la première idée qui s'introduit l'absorbe toute et évolue fatalement jusqu'aux actes1.
Il va sans dire aussi que, s'il faut une émotion très brusque et très forte pour dissocier les résolutions d'une conscience vigoureuse où tout se tient solidement, le plus léger choc suffira contre une conscience instable, à synthèse faible, surtout contre le scrupuleux. Caractérisé, en effet, par une extrême instabilité de con-
i. C'est an fait bien souvent constaté, par exemple pour la mémoire. La vieillesse, une attaque, une amnésie quelconque commencent presque toujours par supprimer les souvenirs les plus récents. (Cf. Th. Kibot, Maladies de la mémoire, Alcan, 1901.)
2. En vertu de ce même principe, il se présente parfois des cas plus étranges encore : une idée très opposée au caractère d'un homme et, par ce fait, immédiatement et vivement repoussée, — si elle a pu, malgré tout, s'installer dans la subconscience, retenue là par quelque instinct inférieur, — est capable de remonter à la lumière sous le choc de l'émotion et d'absorber la conscience à son profit. Voilà pourquoi il arrive que des hommes, sous le coup de certaines émotions, agissent d'une façon inattendue, qui ne cadre en rien avec leur caractère et qui les étonne eui-oiâmes plus encore que les autres. Quelque chose d'analogue peut se produire dans le rêve; mais on s'en étonne moins, parce qu'on mit bien que m direction nous échappe.
science4, le scrupuleux voit le moindre heurt abattre son échafaudage mental ; par ailleurs, un esprit inquiet et farouche, cherchant partout s'il n'y a rien à craindre et s'apeurant de tout, multiplie et intensifie les chocs; et enfin Ja peur, s'attaquant à ce qu'il y a de plus intime et de plus profond dans sa conscience, à ce qu'il y a de plus compliqué aussi, à sa vie morale, agrandit l'émotion : de sorte que, partons ses éléments, l'émotion présente chez le scrupuleux le maximum de danger, et son organisme lui répond par le minimum de résistance (Voir le Tableau, page 122, II).
Mais les consciences à synthèse inébranlable étant rares ou même n'existant pas, il faut admettre que, pour tout le monde, Témotion-choc est le grand péril des résolutions.
La conclusion pratique qui s'impose, c'est qu'il faut éviter les émotions2, et qu'il faut, contre les émotions inévitables, nous faire un cran d'arrêt qui nous retienne ou auquel on remontera d'un bond après la chute.
1° Quand on pousse la manivelle d'une noria, si on s'arrête un instant, le poids de l'eau dans les gobelets entraîne le système en arrière et détruit tout le résultat ; à moins qu'on ait pris la
4. Le scrupuleux est en effet, au point de vue psychologique, an psychasthénique (Cf. Pierre Janet, Obsessions et Psychasthé-
2. Nous dirons mieux pour quels motifs et par quels moyens dans une de nos théories secondaires.
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précaution d'adapter à une roue dentée un cliquet solide qui glisse sur la roue quand elle avance, mais qui, si elle recule, mord sur le cran d'arrêt. Ainsi encore, on fixe aux ascenseurs des freins de sûreté, pour le cas où les chaînes viendraient à rompre, et des garde-fous sur le bord des abîmes. Il nous faut agir de même. Il nous semble que le garde-fou, le frein de sûreté ou le cran d'arrêt le plus efficace est une belle et grande passion dans l'âme qui absorbe les pensées, qui tienne à toutes les fibres de l'être, comme nous essayerons de la décrire en exposant le troisième principe. Elle fait la synthèse très forte; par la confiance qu'elle inspire, elle diminue le choc de ?a peur; et, enfin, si le choc porte, il y a espoir quç l'idéal dont on est passionnément épris dispute le champ de conscience à l'idée nouvelle ou le ressaisisse avec promptitude.
Si Ton manque de ce cran d'arrêt, il faut savoir du moins que l'émotion est dangereuse, pour qu'au moment du péril, on essaye de se retenir à n'importe quoi, comme on saisit la première branche venue, quand on se sent glisser vers l'abîme.
2° Et si la branche casse entre nos mains, si tout s'écroule, il ne faut pas nous ensevelir sous les ruines; mais, aussitôt que nous avons pu nous ressaisir, remonter, en dépit de tout, au point de départ. Tamerlan tenait conseil après un combat malheureux ; tous ses officiers opinaient pour la
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retraite. En les écoutant, il avait vu le long de sa tente monter une fourmi; trois fois, d'une chiquenaude, il l'avait jetée par terre; trois fois, sans perdre un instant, elle s'était remise à la tâche. « Cette fourmi, dit-il, est plus sage que nous, et elle nous a marqué notre devoir : quand on est tombé, on se relève ; quand on a reculé, on avance ; quand on est vaincu, on recommence la bataille. En avant! Tamerlan ne se décourage pas ». >— Nous devrions faire comme Tamerlan.