LE POINT STRATÉGIQUE
Nous arrêtons ici notre étude sur le premier principe. Nous y avons beaucoup insisté ; mais il
est capital. Non seulementon ne saurait en épuiser les applications, mais encore tous les autres procédés relèvent de lui ; du moins, aucun des autres ne dispense d'en tenir compte, et il suffirait presque, lui seul, à défaut des autres.
Pour se gouverner soi-même, il faut, par-dessus tout, gouverner ses idées.
Notre tête est comme un carrefour où passe au hasard, poussé par les mobiles les plus divers, le monde le plus mélangé. Si nous sommes dans notre bon sens, nous n'arrêtons, parmi la foule qui passe, que les personnes de connaissance ou celles qui nous sont dûment présentées. Les autres, nous n'y prêtons aucune attention ; tout au plus, si elles ont mauvaise figure, nous prenons le soin d'éviter leur contact, ou, si elles nous importunent, de nous en débarrasser au plus vite. Ainsi devons-nous faire avec les idées de toute figure et de toute provenance qui passent par notre tête ; c'est le seul moyen d'aller son chemin tranquille et d'échapper aux mauvaises rencontres ; le seul moyen de ne pas se créer, à tout propos et hors de tout propos, des affaires ridicules et qui peuvent mal tourner.
Il n'est pas nécessaire, il est très nuisible de dévisager les pensées qu'on devine malsaines, de leur dire leur fait, d'entrer en discussion avec elles, de les étreindre pour les expulser. Cela fait leur affaire, mais pas du tout la