‹ Le gouvernement de soi-même (volume 2)Chapitre 66 sur 91 · PAR LES SENTIMENTS POUR GOUVERNER LES IDÉES ET LES ACTES · texte numérisé non relu

PAR LES SENTIMENTS POUR GOUVERNER LES IDÉES ET LES ACTES

Nous savons le moyen de soulever la chaîne psychologique par l'un ou par l'autre bout — le» idées ou les actes ; — mais il y a des circonstances où nous aimerions pouvoir la saisir par le centre même, — les états affectifs^ — sentant bien que le chemin, de là, serait facile vers les extrémités.

Est-ce possible? Et, d'abord, avons-nous sur le sentiment une prise directe ?

Non, c'est un composé (Voir p. 203 et suiv.), et il faut donc le faire pour l'avoir. 11 ne surgit pas au commandement, il résulte de ses deux éléments combinés; il faut qu'il y ait en nous une adaptation ou une désadaptation, un bien ou un mal, et que nous en prenions conscience.

Mais, précisément, il dépend de nous, nous l'avons vu? d'amener ces deux éléments en contactf

même quand ils ne se rencontrent pas dans le jeu spontané de la vie; nous pouvons provoquer le sentiment par les idées — puisqu'elles passent par lui en évoluant vers les actes (Ier principe), ou par les actes — puisqu'ils engrènent la même évolution en suscitant les idées (IIe principe); et de plus, une fois qu'il existe, instinctif ou provoqué, il dépend de nous, en bien des circonstances, de l'exalter jusqu'à son maximum de puissance qui s'appelle la passion, pour la mettre à notre service et en faire l'auxiliaire indomptable de nos desseins.

Si donc nous n'avons pas sur les états affectifs une prise directe, du moins nous pouvons les atteindre indirectement, et par eux réagir avec une extrême vigueur sur les extrémités de la chaîne, sur les idées et sur les actes1.

La passion est, pour le bien ou pour le mal, une force immense au service de notre liberté : telle est la thèse que nous comptons démontrer, malgré sa nuance de paradoxe. On verra, d'ailleurs, que, si notre deuxième partie n'a été qu'un simple corollaire de la première, la troisième sera, de même, un corollaire des deux autres.

1. De même en physiologie : la volonté ne peut pas atteindre directement les nerfs du cœur; tandis que le sentiment une fois excité par n'importe quel moyen « exerce une influence qui est générale, et tous les nerfs moteurs, qu'ils soient volontaires ou involontaires, subissent son action réûexe » (Cl. Bernard, Im Science expérimentale, 1878, p. 347).

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