‹ Le gouvernement de soi-mêmeChapitre 15 sur 93 · Voyez En route, 2(J8-30G et passim · texte numérisé non relu

Voyez En route, 2(J8-30G et passim

passe toute sajournée à réciter son bréviaire et arrive à minuit, désespéré, n'ayant pu, dit-il, en venir à bout. A, après le récit de ses misères au sujet de la pénitence sacramentelle, se félicite en comparant avec ses pratiques d'autrefois. « C'était quelque chose d'odieux, d'insensé. Et comme toutes mes agitations se concentraient sur les choses saintes, sacramentelles, j'étais assaillie des idées les plus bizarres et me livrais aux pratiques les plus étranges pour les non initiés. Sans parler du luxe de précautions intérieures et extérieures, je recommençais cinquante fois de suite mon signe de croix, sous prétexte que je n'avais pensé ni au mystère de la Sainte Trinité, ni à celui de la Rédemption. Un certain soir, j'ai mis plus d'une heure à réciter un Souvenez-vous, sans d'ailleurs le mener à bien. A la fin, je priai maman de m'assister et l'obligeai à rester là. Au moins j'étais sûre d'avoir fait [ce dernier mot est biffé et remplacé en surcharge par « dit ». On voit la nuance] ma pénitence ; et aussi, devant elle, de ne pas oser faire toutes mes grimaces. »

Mais, s'il est déjà tellement compliqué de prendre le parti le plus sûr à l'égard de la pénitence, ce sera une bien autre affaire au sujet de la confession. V, une jeune fille très sage, très innocente, accuse tout ce qu'elle a pu trouver de pire dans les examens tout faits et dans son imagination : « Êtes-vous très sûre de tout ce que vous m'avez dit? — Oh! non; mais je dis tout ce que je pense pour être sûre de ne rien oublier. » Et encore sera-t-elle sûre? « Pour moi, dit une autre qui a beaucoup pratiqué le parti le plus

sûr, ce n'est jamais net... Jamais mes aveux ne me satisfont et ne donnent une impression exacte de là réalité. Ce n'est pas ça ! » — Et les confessions qui n'en finissent plus, qui ramassent tous les détails les pins quelconques. Et surtout les confessions à recommencer, à recommencer indéfiniment ! Tous les directeurs connaissent ces terribles pénitents qui n'ont jamais fini et qui reviennent et qui font perdre un temps énorme et qui s'en vont très malheureux parce qu'ils « n'ont pas tout dit ». « Oh! que j'envie Louis XIV, disait l'un d'eux. — Et pourquoi? — Parce qu'il avait un aumônier pour lui tout seul ». Hélas! deux ne suffiraient pas.

« Le parti le plus sûr » ne réussit pas mieux dans les autres genres. Nadia a beau rester devant sa glace, elle n'arrive pas à décider si elle est plus ou moins pâle que la veille et ne risque pas d'engraisser. V,.. a beau goûter sa soupe, elle ne sait toujours pas « si elle a, oui ou non, le goût du poison ■ ». Madame X..., ayant assisté à une séance de Cour d'assises, songe combien il serait horrible de faire condamner un innocent. Elle évite donc de toucher crayons ou porte-plumes, parce qu'avec ceJaon pourrait écrire des dénonciations mensongères; puis elle évite de toucher ou de voir chaises, tables, arbres, tout ce qui est en bois, parce qu'avec cela on pourrait faire des crayons et des porte-plumes *. Une autre, « ayant traversé une des vignes de son père, fut prise d'une telle angoisse à l'idée qu'un morceau

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