R. et J., II
2. A certaines conditions qu'expliquent les théologiens et qui vison i notamment la valeur de l'objet (« quelque chose qui soit mieux que la contradictoire »), en même temps que le discerne* Oient et la liberté du sujet. Mais les scrupuleux n'en ont cure.
52 l'obsession et le scrupule
prouver leur bonne volonté, pour se forcer à pratiqu r le bien ou à éviter le mal. Mais bientôt, la pensée s'aiiole, les vœux les plus absurdes se présentent à leur esprit, à propos de tout et à propos de rien, et notamment pour s'interdire tout ce qui peut leur faire plai>ir : « Si je prends mon mouchoir, dit M... je jure que je n'irai pas à bicyclette... Il faut pourtant bien que je me mouche, ajoute-t-elle avec tristesse1 ».
Au bout de quelque temps, les malheureux ne savent plus où ils en sont. Nx a peur d'avoir fait des vœux par milliers, a peur den faire au sujet de tout ce qu'elle dit et de tout ce qu'elle pense, et, pour comble, elle a peur d'avoir fait le vœu de ne pas en faire. Et son histoire est celle de beaucoup d'autres.
Ainsi, partout déçus, les malades voient s'accumuler ce qu'ils croient être des manquements, et il leur semble qu'ils doivent réparer ou expier. Ils commencent par faire des prières, de petites mortifications courantes ; mais cela ne les satisfait point, c'est peu de chose, c'est banal ; il leur faut trouver quelque chose de fort ou d'inédit qui agisse sur leur imagination, qui leur fasse sentir qu'ils réparent ou qu'ils expient véritablement : « R... se condamne, pour expier ses mauvaises idées, à donner un coup de coude dans les meubles auprès desquels il passe ». Lise croit avoir maudit Dieu ; pour me punir, ditelle, « il faut que je me fixe une chose désagréable à faire, donner mon âme au démon, par exemple2 ». Nous avons su que N s'enfonçait des aiguilles dang
la chair, ou se laissait tomber le front contre une cheminée de marbre. Ru, quand il a eu certaines pensées « offensantes pour une mémoire qui lui est chère », doit les expier par une prostration, et la nuit se passe parfois tout entière dans cet exercice. Il va sans dire que les lavages jouent un grand rôle, parce qu'ils constituent une purification symbolique. Les uns se contentent du geste ; beaucoup recourent aux ablutions en nature. Ci s'est tellement nettoyé les mains que la peau en est tout écorchée. Nz a passé quarante ans de sa vie à se laver de la tête aux pieds à chaque fois que réapparaissait, dans son esprit, une certaine pensée parfaitement innocente, mais où elle craignait de voir une pensée légère.
11 faut avouer que l'amour auquel on fait de tels sacrifices est un amour sincère et profond. Mais si cela nous paraît clair, l'obsédé en doute, et après avoir fait appel en vain à tous les efforts de son esprit, à tous les conseils du dehors, à (outes les inventions de son industrie personnelle, sentant toujours tout craquer sous ses pieds et l'armée de doutes et d'angoisses l'assaillir, il essaye d'un moyen héroïque, la ressource suprême, qui consiste à s'interdire tout ce que le moindre doute eflleure, à prendre toujours « le parti le plus sûr. »
On ne sait pas si telle prière a été dite et bien dite : le plus sûr est de la redire. Cela peut aller loin. On connaît le cas de Huysmans1. Tel prêtre