‹ Le gouvernement de soi-mêmeChapitre 43 sur 93 · SOLUTION DES PROBLÈMES · texte numérisé non relu

SOLUTION DES PROBLÈMES

î. Problèmes rencontrés dans l'étude de l'idée obsédante. — L'impuissance à saisir la certitude : pourquoi porte-t-elle surtout sur ce qui tient au cœur? sur la religion ou la morale? et parfois sur tous les désirs de l'obsédé ? — Pourquoi cette impuissance grandit-elle avec les efforts ? — Pourquoi les hallucinations et les impulsions ne vont-elles pas jusqu'au bout? — Pourquoi l'idée obsédante dérive-t-elle en phénomènes dégradés ?

II. Problèmes rencontrés dans l'étude des obsédés. — Gomment s'explique l'origine de l'obsession chez les malades occasionnels et chez les prédisposés? — Les insuffisances physiologiques et psychologiques (en particulier dans la mémoire, l'aboulie, l'émotion) ? — Les sentiments d'inachèvement et d'impuissance? — Remarques sur le rôle de l'intelligence, de l'âge, du sexe, de la situation sociale, et de» habitudes contemporaines, dans l'obsession.

PROBLÈMES RENCONTRÉS DANS l/ÉTUDE DE l/lDÉE OBSÉDANTE

Le premier problème que nous avons rencontré, le fait capital que nous avons laissé sans explication, c'est l'impuissance de l'obsédé à élreindre la certitude sur les questions qui lui tiennent le plus au cœur [ire partie, eh. i],

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En nous appuyant sur la théorie que nous venons d'énoncer, ce fait n'a plus rien pour nous surprendre. L'impuissance à étreindre la certitude vient de ce qu'il n'y a pas proportion entre la tension vitale dont l'obsédé dispose et le phénomène psychologique qu'il veut réaliser; et cette impuissance basée sur cette disproportion éclate d'abord et surtout au sujet de l'acte qui lui tient le plus au cœur, précisément parce qu'un tel acte, étant pour lui le plus complexe, devient Je plus difficile, se place nécessairement au sommet de la « hiérarchie ». Quand le niveau de l'énergie vitale s'abaisse, il laisse émerger d'abord les cimes de la vie, comme la marée, quand elle se retire, laisse d'abord à sec les plus hautes dunes.

Voilà pourquoi l'obsession si souvent s'attaque à la religion ou à la morale et prend la forme de scrupule. Dans une lettre que nous venons de recevoir, et que nous citons pour ce motif, Hr nous répète ce que nous avons souvent entendu : « Parfois je me dis que les personnes qui ne pratiquent pas sont bien heureuses ; au moins elles n'ont pas les soucis que j'ai en ce moment ». 11 est vrai, mais elles en ont d'autres. L'obsession s'attaque à la religion ou à la morale chez ceux qui en ont * ; mais elle trouve tou-

1. 18 fois sur 110, d'après les statistiques de P. et R., p. 222. Les mêmes auteurs disent encore, p. 74 : « Il est des idées d'obsession qui s'imposent plus fréquemment à l'esprit. De toutes, ce sont incontestablement, à notre avis, celles qui ont trait à la santé, à l'existence, à la vie future. Viennent ensuite celles relatives à la peur de mal faire à tous les points de vue, moral, religieux, social, etc. ; celles relatives à la peur d'un événement, d'un objet, d'un animal ; enfin celles relatives à un penchant ou à un sentiment quelconques. » Cette classification n'est peut-être pas

PROBLÈMES A PROPOS DE l/lDÉE OBSÉDANTE 165

jours où se prendre, parce qu'il y a toujours quelque chose qui est pour l'obsédé la préoccupation principale ; et, après cela, le reste y passe de haut en bas, à la mesure où la tension vitale s'abaisse.

Elle peut s'abaisser au point que tout désir conscient et délibéré devienne trop complexe, trop difficile, et ne puisse plus se réaliser en paix *. Nous avons dit [p. 16] que le fait se présente.

Le chapitre n de la première partie nous a mis en face d'autres problèmes. Et d'abord pourquoi toutes les tentatives de l'obsédé pour aboutir à la certitude ne font-elles que révéler de plus en plus et augmenter son impuissance? Rien de plus simple à expliquer si, comme le veut la théorie, cette impuissance est faite de la disproportion entre les ressources et le besoin. Si Ton s'obstine, pour employer une expression triviale mais consacrée, à prendre la lune avec les dents, on a beau multiplier les efforts, on ne se rapproche pas du but. Si la pression de l'air fait défaut dans la soufflerie des orgues, ce n'est pas en insistant sur les touches du clavier qu'on trouvera le remède. Ainsi l'obsédé, en gaspillant ses ressource* dans des efforts stériles, ne fait qu'abaisser encore sa tension vitale déjà trop faible ; et en même tempt

très précise ; mais nous croyons, et c'est à l'honneur de l'humanité, que, si l'on étendait les statistiques en dehors de la clientèle médicale, on trouverait une moyenne plus élevée pour le scrupule proprement dit.

1. 11 arrive aussi que tous ces désirs se rattachent, par une association d'idées, à l'obsession principale et ne font qu'un avec elle. Exemple : « Il faut faire son devoir ; or, peut-être est-ce mal de s'accorder quelque chose d'agréable, et ceci m* SGrait agréable. »

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il fait l'acte de plus en plus difficile, parce que ces expériences répétées agitent de plus en plus le fond de sa conscience pour en faire jaillir des idées nou« velles, et nouent avec les circonstances extérieures des associations toujours plus encombrantes; de sorte que le but s'élève dans l'échelle de la difficulté, pendant que s'abaisse la tension vitale, et le hiatus se fait toujours plus grand.

Dans le môme chapitre, nous nous sommes demandé pourquoi les hallucinations comme les impulsions de l'obsédé n'allaient pas jusqu'au bout. Nou3 pouvons maintenant donner la réponse : C'est la tension qui est atteinte, mais non pas la quantité des éléments ; en d'autres termes le champ de conscience est largement ouvert, et les idées correctrices de l'hallucination ne sont pas évanouies; elles sont faibles, ternes, obscurcies, {liais elles existent ; elles sont mal concentrées dans un moi éperdu, lentes à venir à l'appel du bon sens, mais elles arrivent et elles s'opposent à temps à ce que rhallucinatiqn évolue en maîtresse absolue du moi, En deux mois, l'idée hallucinatoire est combattue trop mollement et trop tard, c'est pour cela qu'elle se développe ; mais elle est combattue, c'est pour cela qu'elle ne se développe pas jusqu'au bout1.

Une raison analogue explique l'échec habituel des impulsions. L'idéo impulsive s'impose jusqu'à un certain point parce que la concentration du moi est

1. Jl faut se rappeler aussi que les idées de l'obsédé sont généralement très abstraites, pauvres d'images [p. 109 sq.], ce qui na favorise pas la tendance hallucinatoire.

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mal faite ; mais elle ne s'impose pas sans conteste, parce qu'elle est combattue, et, elle aussi, coupée de doutes. N croit devoir expier, et elle se jette le front contre le marbre de la cheminée ; mais elle n'est pas bien sûre de ses crime* ni du bon choix de l'expiation, et elle ne frappe pas trop fort. « Celui qui n'agit pas d'après ce qu'il pense, pense incomplètement l». Et réciproquement : Celui qui pense incomplètement ne met pa>< beaucoup d'énergie à agir d'après ce qu'il pense. C'est le cas, dans les impulsions des obsédés.

Nous avo? s signalé [lre partie, ch. m] d'autres phénomènes c ii constituent les dégradations de l'idée obsédante Nous les avons regardés comme des dérivations *es phénomènes supérieurs. Et, en effet, nous le*» avons vus prendre naissance à propos d'une action volontaire ou d'un effort d'attention ou d'une émotion appropriée qui ne pouvaient pas aboutir. Or, nous savons maintenant que ces actes appartiennent aux groupes supérieurs de la hiérarchie psychologique et, par conséquent, nécessitent une tension vitale élevée. Il est facile de concevoir que l'effort exercé pour y atteindre, s'il n'aboutit pas, s'il est insuffisant pour ce but, n'est pas nul malgré tout, et

1. Docteur Paul Dubois, Education de soi-même, Paris, basson, 1908, p. 87. — M. Janet dit aussi : « La croyance fait agir » (I, 98). Il donne (I, 597 sq.) une explication intéressante qu'il dérive des « sentiments dMn'complétude » de l'obsédé. 11 est poussé à vérifier si ses tentaijpns. sont réelles, puis recule épouvanté; comme, quand nous avons une dent malade, nous vérifions la douleur par des attouchements jusqu'à ce qu'une douleur plus vive nous fasse retirer la main.

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que les forces mises ainsi en branle vont se dépenser, par dérivation, c'est-à-dire par les voies de moindre résistance, à produire des actes inférieurs. Et il ne faut pas s'étonner que ces actes soient très nombreux : la tension d'un courant électrique insuffisante pour allumer une lampe de cent dix volts peut faire carillonner une multitude de sonneries ; une chaleur insuffisante pour fondre un mil îi gramme de platine peut fondre des kilogrammes de plomb; et de même la tension psychologique, insuffisance pour les phénomènes du groupe supérieur, peut povoquer « une véritable explosion de phénomènes nombreux et puissants », pourvu qu'ils soient infér ours dans la hiérarchie *.

Nous pouvons voir, dans la vie ci^rante et ailleurs que chez les obsédés, de semblables dérivations : dans une discussion, parexemble, si <>ous ne trouvez pas vos mots et vos arguments, vous vous agitez. Il y a sans doute une effervescence de gestes qui traduit l'émotion et participe au développement de Fidée ; mais il y a surtout des actes exagérés, inadaptés, inutiles, et qui cessent spontanément dès que vous vous sentez « en possession de vos moyens. » Pure dérivation.

De même, chez l'obsédé, lorsque le phénomène supérieur aboutit ou que tout simplement on le supprime, les phénomènes dégradés ne se manifestent pas Telle petite (ille dont nous avons parlé et qui a des tics, les a beaucoup moins fréquents les jours de

i. Jv I, 559 sq<

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