CHAPITRE PREMIER LA MÉTHODE
Les méthodes inefficaces : L'hypnose et la suggestion sont impossibles. Elles seraient inefficaces. Elles pourraient être nuisibles. — La persuasion réussit d'autant moins que la maladie est plus grave. Elle peut être utile ; mais elle est insuffisante. — La méthode nécessaire : La direction, collaboration du malade et de son médecin. — Rôle du directeur : Inspirer la confiance. — Le malade en sent le besoin, mais y éprouve des difficultés. Elle est indispensable au directeur. Il doit la conquérir par sa compétence (quelques procédés) et par sa bonté (quelques remarques). — Exiger Vobéissance : Fermeté nécessaire. — Rôle du dirigé : Obéir, moyen unique de guérison. — Vouloir guérir. Il voudrait : il faut qu'il veuille. — Sa tendance préférée n'a rien à y perdre ; elle a tout à perdre s'il ne guérit pas.
En voyant les tortures de l'obsédé et en constatant que les plus graves lui viennent de son idée folle, on songe tout naturellement que ce serait bien le cas d'essayer la vertu de cette chirurgie mentale dont certains auteurs nous disent tant de merveilles, et qui s'appelle la suggestion. Endormir le malade du sommeil hypnotique et pratiquer l'ablation de son « idée », la remplacer par un ensemble cohérent d'idées bien choisies, bien pondérées, bien sages : quoi de plus efficace et quoi de plus simple?
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À celte méthode, il y a une première objection qui pourrait nous dispenser tout naturellement d'examiner les autres, c'est que l'hypnotisme et la suggestion ne prennent pas chez les obsédés. Toutes les tentatives à cet égard sont restées infructueuses, nous avons déjà eu à le signaler, et nous en comprenons maintenant la raison : L'obsédé a le champ de conscience trop étendu pour que l'idée suggérée puisse jusqu'au bout se développer sans contrôle ; et son moi, s'il est mal unifié, s'il est troublé, détendu, n'arrive cependant pas à se rompre. Il résiste donc à l'hypnose et à la suggestion comme il résiste à l'hallucination complète et pour les mêmes motifs [107].
Il ne faut pas le regretter. La suggestion, môme si elle était possible, resterait inefiîcace. L'idée obsédante est l'épanouissement de la maladie, la lïeur et non pas la racine. La fleur tombée, la racine resterait et la sève, qui ne tarderait pas à refaire d'autres fleurs. 11 y aurait toujours quelque chose à quoi le malade tiendrait le plus et où se vérifierait à nouveau son impuissance. Et, d'ailleurs, comment se pratiquerait l'ablation de l'idée obsédante ? Elle comprend, comme éléments essentiels [lre partie, eh. i], une maxime et un fait. Supprimerait-on de la conscience le fait ou la maxime? Si on supprimait le fait actuel, la torture du moment, \q peut-être qui alîole, des milliers et des milliers d'autres lui seraient vite substitués, nous le savons, par le jeu des associations morbides. Et si on supprimait la maxime, on ferait une mauvaise action, puisque
216 l'obsession et le scrupule
cette maxime est généralement raisonnable, et on diminuerait donc la valeur humaine du sujet.
Mais le fait même de la suggestion, si elle pouvait réussir et quel qu'en fût le mode ou l'objet, entraînerait une diminution fatale de la force qu'il faut précisément restaurer, La suggestion, dans l'hypnose ouàl'élat de veille, ne réussit qu'aux dépens de la force du vouloir, de l'unification de la conscience, de la concentration du moi. Une telle réussite auprès de nos malades « serait désastreuse. Les centres psychiques supérieurs sont faibles, n'ont pas la force de chasser ou de classer les idées plus ou moins saugrenues qui se présentent à eux. Par l'hypnose, j'affaiblirais encore plus le centre 0, qui a besoin de réconfort1. » Même sans être suivies d'effet, les tentatives de ce genre, « les manœuvres hypnotiques répétées ne sont pas sans danger chez ces malades, dont elles accentuent les tendances à l'aboulie et aux troubles de la personnalité*. » De sorte, qu'en toute hypothèse, de telles tentatives vont directement à l'inverse du but.
Il n'y a donc, en l'espèce, rien à demander à l'hypnose ou à la suggestion : c'est un remède impossible et qui d'ailleurs ne pourrait être qu'inefficace et dangereux.
1. Professeur Grasset, Thérapeutique des maladies du système nerveux, Paris, Doin, 1907, p. 112. — Il revient sur cette doctrine, avec beaucoup d'insistance, à maintes reprises : Ibid., 101 sqq.; — Hypnotisme et suggestion, chap. vu ; — Le Psychisme inférieur, passim, etc. — On sait que, dans la terminologie de l'auteur, le centre 0 représente la force régulatrice de toute la conscience, la cohésion active du sujet pensant, la maîtrise de soi.