‹ Le gouvernement de soi-mêmeChapitre 54 sur 93 · F. Raymond, Névroses et Psydionévroses · texte numérisé non relu

F. Raymond, Névroses et Psydionévroses

Mais puisque le malade est intelligent et que son idée est folle, le plus simple ne serait-il pas de le « raisonner », et d'aboutir en somme, tout droit et de plain-pied, par la persuasion?

Hélas, les raisonnements qu'on peut lui faire ne sont guère plus efficaces que ceux dont il se gourmande lui-même. 11 est aussi difficile à persuader qu'un parfait sceptique : l'un et l'autre comprennent les raisons qu'on leur donne et l'enchaînement des déductions ; mais, comme le sceptique ne peut pas croire au point de départ, l'obsédé ne peut pas croire au point d'arrivée. Il soulève les raisons une à une, mais la force lui manque pour les étreindre d'un seul effort et conclure, pour « clore le débat, * « Pourquoi donc, nous dit E, suis-je désespérée de ne pouvoir vous croire? » « Je sais bien que voua avez raison, dit Lise, je le sais, mais je ne puis pas être convaincue1. » « Je suis convaincu, dit un autre, mais faites que je puisse vouloir2. »

Plus la maladie est profonde, c'est-à-dire plus grande est la distance entre la tension nécessaire pour aboutir et celle dont le malade dispose, et plus la persuasion reste inefiicace. Il faut donc l'utiliser pour les actes et dans la mesure où elle est possible ; le raisonnement est tout indiqué pour restaurer le fonctionnement de la raison ; mais à la condition qu'il engrène; or, il y a des pièces, dans ce mécanisme, qui sont faussées et ne mordent pas : il faut les rétablir et, en attendant, y suppléer.

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