CHAPITRE HI
L'ACTION ANTIOXYGENE
On appelle action antioxygène (D d’un corps, l'opposition à l’action de l'oxygène que présente ce corps, dans une oxydation.
Cette opposition peut être complète, c’est-à-dire empêcher le départ de l'oxydation ou l'arrêter complètement, ou bien partielle, c’est-à-dire ralentir simplement la vitesse d’oxydation.
De nombreuses théories ont été créées pour expliquer l’action antioxygène.
Parmi les principales, citons celles de Titoff, de Taylor, de Job, de Christiansen, de Moureu et Dufraisse.
Titoff @) admet que toute oxydation nécessite l’intervention d’un catalyseur positif. L'action du catalyseur (impuretés minimes, traces d'humidité, etc.) serait neutralisée par l'addition de petites quantités de certains corps (antioxygènes) qui formeraient des complexes avec le catalyseur.
Taylor G) suppose que l’antioxygène désactive directement les molécules actives du corps autoxydable. Cette désactivation se ferait grâce à une combinaison passagère entre la molécule active et l’antioxygène, combinaison dont la dissociation libérerait la molécule sous la forme ordinaire non
(4) Moureu et Dufraisse, loc. cit.
(2) Titoff. Zeit. phys. chem., t. 45, 641 (1903). (3) Taylor. Journal of Phys. Chem., t. 27, p. 322 (1923).
active pour l’autoxydation, On peut aussi admettre comme Job que c’est l'oxygène O2 qui est désactivé plutôt que le corps autoxydable.
Christiansen (D admet comme Bodenstein et comme Bäckstrom que les réactions d'autoxydation sont des réactions à chaîne, c’est-à-dire qu'une molécule issue d’une réaction utilise l'excédent d'énergie de cette réaction pour activer une molécule voisine, laquelle entrant en jeu à son tour en active une autre et ainsi de suite. Ce mécanisme étant admis, il suppose que l’antioxygène absorbe l'énergie dégagée par la réaction et empêche l'activation des autres molécules, diminuant ainsi la vitesse de réaction.
La théorie que MM. Moureu et Dufraisse ont présentée au Deuxième Congrès de chimie Solvay a paru jusqu'à présent la plus parfaite des théories de l’action antioxygène et a conduit ses auteurs à des résultats très intéressants. D’après eux, tout corps doué de propriétés antioxygènes doit être oxydable. Voici comment ils envisagent le mécanisme de l’action antioxygène
Le peroxyde A (02) formé dans la réaction (1) À 202 = mA (02); oxyde l’antioxygène B avec formation du peroxyde B (0)
tandis qu'il se transforme lui-même en un autre peroxyde
Les deux peroxydes À (0) et B (0) étant antagonistes se détruisent mutuellement, comme le fait a été observé pour de nombreux peroxydes, avec régénération dans un état désactivé des trois molécules À, B et OZ: