L'AUTHENTICITÉ DE LANTIPHONAIRE GRÉGORIEN
Rapports de rAntiplionairc avec los Sacramenlaires. — Son rédacteur n'a |)u èlrc (irégoire IIl, ni Grégoire II. — Son authenticité. — Rapport des messes dominicales tlu (iraduel avec le Sacramcntairc et le Lectionnaire. — Authenticité de la traduction mélodique.
(".omiue il y a une exégèse ]:>iblique, ainsi pouvons-nous (lire qu'il esl une exégèse grér/oriennc^ en ce qui touche la forme et le point de départ du recueil des chants de l'Eglise romaine.
Les plus anciennes des copies qui nous l'ont conservé — fragmentaire, depuis le Cantatoriuni de Monza, ou complet, comme les admirables manuscrits de Laon, de Saint-Gall ou de Limoges — s'échelonnent depuis la seconde moitié du vni*' siècle jusqu'à la fin du x'". Ils offrent entre eux, la pieuvc en est faite*, la ressemblance la plus indéniable. A travers les variétés d'écriture, les différences de notation ou les additions connues qui caractérisent chaque école, ces manuscrits présentent la preuve d'une étonnante fidélité à une tradition dont Toii-
' i'A. les planches publiées par la Paléographie musicale des Bénédictins de Solcsmes, tomes II et III.
3i UZ (GRADUEL ET L'ANTIPIlUNAIRi: ROMAINS
gine ne saurait être j^urement orale ^ Ils se réclament d'un exemplaire <( authentique » ; eux-mêmes, quelquefois, et les auteurs contemporains, toujours, lorsqu'ils ont à en parler^ nomment le livre original : c'est, pour eux, Vaiithenticum gregorianum^
Kl, pour préciser l'expression, ils nomment aussi sans hésitation, sinon l'auteur de ce livre — ce fui la conception que s'en firent certains esprits aux derniers siècles du moyen âge — du moins son rédacteur, son « collecteur » : saint Grégoire le Grand, pape de 590 à (>o4.
Il n'est aucun pape, dans cette période de l'his- J toire, qui ne fût plus particulièrement désigné pour I s'occuper de musique : le fait est amplement démontré"-. Cependant, quelques savants ont émisl'idée, à une époque où l'on ne connaissait que des témoignages isolés, et assez éloignés de Grégoire V\ que le pape au([uel on devrait faire honneur de Vaiithenticum gregorianiini serait plutôt Grégoire II (715-731), ou Grégoire IIP (731-741).
1 Nous insistons sur rc point hahituellenicnl Irop néplifiô. Qu'une telle transmission orale, à uire c''po([uo primitive^ ait été (le l'è^le, rien <lc plus vrai. Plus tard, cette théorie ne saurait expliquer les laits de concordance, souvent absolue, des plus anciens manuscrits qui nous sont jrarN enus.
" Orif/ines, p. 85-ioo; Dom Morin, étude citée plus haut p. 19. note.
•' Gevaicut en particulier, à la llièsc musicale duquel nous^ avons toujours applaudi, mais dont les hypothèses histori(iucs. rapidement vieillies, n'ont (lu'une valeur très relative.
i;\rTiii:.vnciTr: dk lamiphonaihi: (iiu-couiiLN 35
Quoique; eu raison du recul des lemps ou de l'intérêt artistique qui non subsiste pas moins, il soit à peu près inditlerent, au xx'' siècle, de considérer l'un ou l'autre de ces Grégoire, vivant à cent ans à peine de distance, eoninie le de eu jus de Tantiphonaire, il y a néîumioins à sauvegarder la véracité de l'histoire et l'authenticité de la tradition.
Aussi, depuis vingt ans, chacune des objections soulevées dans ce sens a-t-elle reçu des réponses nettes et suscité des recherches qui ont révélé bien des textes alors ignorés ou peu connus. Peut-être, parmi la masse d'autres documents où ces réponses se trouvaient, n'ont-elles pas toujours, dans l'esprit des contradicteurs, porté la lumière suffisante : il nous a paru qu'il convenait de les grouper ici, afin d'en mieux faire ressortir la valeur. Prévenons le lecteur, tout d'abord, que, depuis le moment où remonte le plus ancien manuscrit grégorien connu ^ au temps environ d'Adrien I" (772-795), tous les textes anciens (jui parlent d'un Grégoire, à propos de ce livre, ne nomment jamais Grégoire II ou Grégoire III, mais s'accordent toujoui's sur Grégoire P'" *. Aussi, n'avons-nous à remonter la tradition qu'à partir de cette dernière date.
I. Rapports de l'Antiphonaire (livre des chants) avec les Sacramentaires (livre des prières). — A
' Textes f-Toupûs par I)om Moiun.
Rome et dans les églises qui en suivaient les rits, on connaissait, à Tépoque qui nous occupe, deux espèces de sacramentaires^ ou, comme on disait ailleurs, de niissels"^.
On distinguait d'abord le sacramentairc gélasicn^ ainsi nommé parce ([ue la rédaction en est attribuée au pape Gélase Y^ (492-49O) ; il contient Tordre <les messes pour le cours de l'année, à dater de la vigile de Noël. Il est divisé en trois parties : 1° de Noël à la Pentecôte (en partie l'équivalent du « Propre du Temps » actuel); a^^le Sanctoral; 'S^ les offices des dimanches, au nombre de seize.
Un second sacramentairc porte le nom de saint Grégoire le Grand : c'est le sacramentairc grégorien. Les titres de ses copies disent en toutes lettres : a Sancto Grecforio Papa éditas, avec la mention fréquente, ex authentico libro Bibliothccac Cubiculi scriptus, c'est-à-dire « copié sur Texemplaire au- Ihentique de la Bibliothèque de la Chambre [Pontificale ». 11 semble bien, d'après un lémoignage j)lus loin reproduit, (jue l'antiphonaire ne formait, avec le sacramentairc, qu'un seul et même recueil. Plusieurs manuscrits du sacramentaire grégorien contiennent d'ailleurs encore le texte ou les tables
' Sur ce terme cL les livres (juil clésiKnail, ainsi que leurs êdilions, consullez Doiu Dai dut, le Missel romaiiif I, p. 5o et 8., Paiis, in-iG, igia.
* KauEin lui-niôme (\oir p. 40-
I/AITHKNTK.ITK DK L'ANTIPHONAIRE (.UK(.()R1I<:N .'i?
ilo la parlio de 1 aniiphonaire qui regarde la inesso'.
Si donc il y avait des copies authentiques renfermant à la fois le Sacramenlaire et TAntiplionaire, évitlemment le titre ci Sancto Grerjorio cdiluSj mis en tète de la collection, s'appliquait à l'ensemble de rouvrat;v, et Vex autheniico de 1 un s'appli([uait aussi à l'autre.
Après ce rapport de « matérialité » entre les deux recueils, quels rapports internes la critique trouvera-t-elle entre les manuscrits qui nous restent de 1 un et de l'autre ?
Saint Grégoire, dans son Sacramentaire, en modifiant Tordre gélasien - et la rédaction de certaines prières, n'a pas entendu donner un livre complet pour toute l'année, mais sevdement pour les jours où l'on célébrait plus solennellement. Aussi, a-t-on proposé'^ de le nommer sacramentaire papal.
Ses particularités d'ensemble sont, pour ce qui importe à notre sujet :
i*^ Il n'a plus, comme le gélasien, de distinction entre le Propre du Temps et celui des Saints ; les fêtes y sont mêlées.
' Histoire (la chnni liliirffiqne à Paris, I, p. 54 et 81-82 ; Dum Baltxjt, dans un nouvel opuscule sur rAntiphontiire,{disant suite au précédent, a cité plusieurs autres manuscrits du même ^'enre.
- Ji:a>- Diacre lui-même (en 872) cite cette tradition. Min S. Greyorii, 1. II, c. 17 (Pnlr. Lai., t. LXXV, col. 94).
•' Di(;ni:sM:, Origines du cuUe chrétien.
38 LE (.RADLI:L 1:T L'ANÏIPHONAIRK ROMAINS
"2" Il contient la célébration solennelle des dimanches de l'Avent.
3^ Un certain nombre de fêtes du gélasien ne sont plus dans le grégorien, et il en est d'autres ajoutées.
4° Il n a rien pour les dimanches ordinaires, auquel cas on devait recourir au gélasien.
Voyons maintenant les particularités d'ensemble de TAntiphonaire :
1** Il n"a pas de distinction entre le Propre du Temps et celui des Saints : les fêtes y sont mêlées.
2*^ Il contient des chants spéciaux pour les dimanches de TAvent.
'.]^ Il n'a pas les fêtes de saints du sacramentaire gélasien, mais du grégorien.
4** iï '^ — et c'est la seule différence d'ordonn;mce qu il pi'ésente vis-à-vis du Sacramentaire — il a des messes pour les dimanches ordinaires. Or, nous avons indiqué, il y a déjà longtemps ^ comment les seize premières messes de ces dimanches coiTespondaient aux seize messes du Sacramentaiie gélasien dont on se servait pour les mêmes dimanches.
Ainsi, l'Antiphonairc a le même ordre que le Sacramentaire gi'égorien, complété, pour ce (jui lui manque, pai* le gélasien plus ancien encore. Donc.
' (Conférence du 2/f mars iHrjQ, ixihlit'-e diins Trihiinc de Sninl-deri'.-iis, V, p. I5o8-3i().
L'AI THKM loiïi': i)i: i;amii>iio>.ukk (iUK<;()Rii:N :.i)
rAntiphonaire remonle nécessairement au même temps ([ue le Sacramenlaire g'élasien* Or, comme •on possède des manuscrits de ce Sacramentaire, <jui (latent delà lin du xW^ siècle ou du commencement du viii'\ il faut conclure que l'ordre des <'hants de l'Antiphonaire, aux messes du dimanche, i-emonte au moins ' à la même époque.
II. Le rédacteur de V Aniiphonaire grégorien na jti être Grégoire III. — S^il est vrai que Tune des phis anciennes copies- qui subsiste d'un livre g^régoritn, soit postérieure de quelques années au troisième pape du nom de Grégoire, ce manuscrit porte en prologue un vers (qu'on attribue à Adrien P'), le fameux Gregorius praesul^ qui sans contestation po-ssible ne saurait regarder que Grégoire le Grand :
(ire';orius praesul, meritis et nomine di^nus,
! iide genus ducil^ suramura conscendit hoinorem -^
« Le pontife Grégoire^ digne de son nom et de ses mérites, monta au suprême honneur d'où sa famille le conduisit. » Voilà qui est parler net : le dernier trait ne peut convenir à Grégoire III ; celui-
' Nous disons « au moins », parce que elTecLivenient, cet -'jrtlre était déjà fixé depuis longtemps. Cf. les instructions dt> Grégoire II, ci-après indiquées.
- Le CanLilorium de Monza.
■• Dom PoTuiKR et Dom Mor.gi eiucai , dans la Paléogrnijhie Miisicile. t. II, ont longuement parlé de ces i)rologues à l'Antiphonaire grégorien.
'iO Li: (.riADiEL i:t lam iphonairf. romains
ci était syrien ; entendu d;ins le sens large, on pourrait peut-être l'appliquer àGrég-oiro II qui était romain. A égalité, on reconnaîtra qu'il s'applique incontestablement mieux à Grégoire I"' qui, non seulement était romain, mais encore pouvait revendiquer le tronc pontifical par droit de famille : le pape Félix III était son propre trisaïeul*.
Cependant, admettons un instant ([u'on puisse hésiter sur le sens précis du mot gcniis — famille ■ — dans un texte poéti([ue ; supposons que I'* phrase laisse les esprits indécis sur le point 4e savoir s'il s'agit ici de Grégoire P"" ou de Grégoire H, et cherchons d'un autre côté.
III. Lo rédacteur de V AnliplioiiRire (frégorien r.\i pu être ni Grégoire III ^ ni Grégoire IL — a) Nouson tirons une première [)reuve de Grégoire II lui-même : envovant en Bavière des lésrats, il leur ordonne de veiller à ce que chaque prêtre observe soigneusement les messes et offices romains a conformes à la tradition ancienne du Siège Apostolique », secunduni tradituni apostolicae sedis antiqiitum-. Le pape qui parle un tel langage ne peut donc être l'auteur (h' livres liturgiques (jui existaient déjà longtemps avant lui, antiquitus.
h) Vax l'an ySa-j.'i.'i, pendant le pontificat de
' 1^1 non l'Y'lix I\', comme nous l'avions dit par erreur, d'après le texte de .lean Diacre, dans les Orifjincs.
- 'lextc complet dans Dom Mom.\, op. cil., p. ;jo, note i.
i;aitiii:\tii:itk ok i/AMiPHONAini': ghkgorikx ii
Grégoire III, Egbert, archevêque d'York, qui avait fait ses études à Rome au temps même où y étudiait aussi le futur Grégoire II, parle k diverses reprises de V i< Amiphonaire de saint Grégoire » :
1 . « . . .Gomuie notre maître le B. Grégoire, dans son Antiphonaire et Missel, mis en ordre et révise , qu'il nous transmit par les soins de notre péda- Sfos^ue le B. Au2:ustin, etc. », ul nosier didascaliis B. (rregorius^ in si:o A ntiphonario c/ Missali libre, per paedayoçfuni nostriim B. Augustinuni transmi-
sit ORDINATUM ET RESCRIPTUM. (Dc LlSt. CatlloL,
XVI, Patr. Lat., t. LXXXIX, c. /,4ï.)
Il s'agit ici de livres apportés en Angleterre par saint Augustin de Gantorbéry, chef de la mission envoyée en Angleterre par saint Grégoire le Grand. De ces livres liturgiques, il reste, dc nos jours mêmes, deux évangéliaires *. On voit qu'au temps dr^gbert, on conservait, à York probablement, un antiphonaire avec un sacramentaire de saint Grégoire. Mais étaient-ils bien semblables à ceux de Rome ? l'^gbei-t y répond un peu plus bas, et son témoignage va remonter ici au début même de sa carrière ecclésiastique, quelque quarante ou cinquante ans plus tôt.
2. « ...De même le B, Grégoire, par le susdit légat, dans 5o/i Antiphonaire et Missel..., ce dont
' Un à Oxford, à la Bibliothèque lîodiéienne, l'autre à (^amhritljfi,', au collège du Corjuis Chrisli.
•i-i Li: r.RADi i:l et lantiphonairk ro:\iains
non seulement témoignent nos antiphonaires, mais ceux même qu'avec leurs Missels îious avons examinés apud limina i c'est-k-dire à la Basilique] des Apôtres Pierre et Paul..., idem B. Gregorius per jjrae fatum ler/atum, in antiphonario suo et missali. . . (juod non solum nostra testantur antiphonaria ,sed etipsa quaecum missalibus suis conspeximus apud Apostolorum Pétri et Pauli limina. » (Id.)
La réponse est donc bien claire. // // avait au VIP siècle des sacramentaires avec antiphonaires correspondants, conservés à Saint-Pierre de Rome, semblables aux exemplaires de soiN Antiphonaire et missel que saint Grégoire avait envoyés en Angleterre au début du même siècle.
(^uon fasse donc remonter le témoignage <rEgbert jus(|u'à son premier séjour à Rome, vers {iSy, qu'on le recule au contraire jusqu'à un de ses voyages ad limina vers 7.Î0, il n'en résulte pas moins qu au temps même de (Grégoire II et de Grégoire III, un ecclésiasti(]ue aussi autorisé quEgbert attribuait nommément à Grégoire P^' la paternité de VAntipJtonaire.
L'unanimité delà tradition, en ce (|ui concerne cette attribution, n'est donc pas douteuse.
IV. Authenticité du livre. — Mais ce livre était-il bien celui (jui a depuis élé conservé ? Il seiait absurde d'imaginer le contraire.
a) Ij'authentirnm g regorianu m iw'isinil au temps
L'AITHENTICITK DE L'ANTIPHONAIRK (.UÉOOIUEN \?>
d'Adrien I*"'' (7-2-71)5), comme en témoignent les manuscrits encore conservés. Il existait précédemment, puisque ces manuscrits sont copiés sur de j)lus anciens.
b) L'office de TAschnsion qu'il contient devait exister vers jGo : l'antienne 0 rex gloriae, donnée par l'Antiphonaire g-régorienpour le i^/czr//iï/?ca^ des secondes vêpres, était déjà chantée de même à cette époque'.
c) Les antiennes 0 de TAvent, sur lesquelles l'antienne précédente est caltpiée, dévident donc aussi exister.
d) L'Antiphonaire grégorien existait vers 700, puisque, à cette époque, Ghrodegang, évéque de Metz, l'introduit dans sa cathédrale -, et que, au siècle suivant, Amalaire se réfère aux exemplaires messins pour établir un texte pur du grégorien.
ejLes messes des lo", 12®, i4% 19®, 20* dimanches après la Pentecôte et une partie des autres de la même série existaient entre 71.5 et 781. Alors vivait saint Grégoire II, qui, loin de composer du nouveau, emprunte purement et simplement les chants ci-dessus indicjués, pour la solennisation des jeudis de Carême, qu'il institue '.
• Bkdi; la chante en mouruul ; Origines, p. 90.
- Pai L Diacre, VHu episc. Melensiiim, c. 5o-5i (Pair, Lut., LXXXIX, io55, ou XGV, 709).
'' liapprochements qu'on peut loujours constater dans le Graduel Vatican actuel.
f) Les messes des Quatre-Temps de l'A vent, de la S la/ 10 du i^'' janvier, de diverses vierges^ celle du Jeudi-Saint, existaient déjà entre 687 et 701. Le pape saint Serge, en effet, établit alors ou augmente les solennités de rAnnonciation, de l.i Nativité et du Natale (Dormit ion) de Marie, et de la Sainte-Croix, dont la plupart des chants sont empruntés aux messes qu'on vient de citer *.
fj) Fait bien remarcjuable, ({ui confirme absolument lauthenticité générale du livre grégorien, c'est que les nouveaux offices ajoutés au répertoire depuis le VII^ siècle n étaient pas nécessairement insérés dans les copies nouvelles, mais laissés dansdes fascicules à part. Ainsi, dans la seconde moitié du vi[i'' siècle, le cantatoriuin de Monza, déjà cité, n'a encore point (sauf une vague mention du iT) août'-) les fêles .ajoutées depuis le temps de saint Serge, quoi([ue, à vrai dire, il ait les jeudisde C^aréme. Ces détails et (pielques particularités franfjues qu'il contient étant mises à part, ce livre du vni'" siècle représente donc fidèlement celte partie du livre givgorien, telle (pi'on la connaissait cent ans plus tôt. (Nous donnerons plus loiu d'autres détails analogues.)
' I.cs pièces propres que ces messes posscdcnt sont, en partie, dr» additions postérieures, ^'oip Origines, passim et plus loin, p. Oi .
- N.ilnle S. Murine (et non pas Udmiilio, traduction dti vocable ^rec xotiJ-fiat;, et encore moins Assumpd'n, expression |)i'oprc tout d'abord au\ Iiturt;ies j^allicanes.)
i/AiTHKNTicm': de L'AMIPHONAIHE C.RKGOKIRN 45
h 1 11 est probable ({uorniseniblc derAiiliphonaire îçrégorien existait déjà en (ioj. Kn clTet, l'ofiice de la Dêdicack, alors composé, pour 1 inauguration de l'église Sainte-^Iarie-aux-Martyrs (le Panthéon), présente, vis-à-vis du reste dos chants, une parti- <'ularité intéressante. Au point de vue du texte, ■c'est le premier office dont les paroles, au contraire de l'office grégorien, sont, de préférence, prises indistinctement dans les divers livres de l'Ecriture Sainte plutôt que dans les psaumes, et le graduel <lo la messe est le premier répons-graduel dont le texte ne soit pas pris dans l Ecriture Sainte.
i) Il serait difficile de remonter plus haut que ^ette année 601 : saint Grégoire est mort en ()o4. Mais il convient de remarquer que i'Antiphonaire grégorien contient, pour les processions de suppli- <îation, la belle antienne Deprecamus te. C'est l'antienne que chantèrent en procession Augustin -«le Cantorbéry et ses compagnons, envoyés par Grégoire lui-même, en prenant possession de l'Angleterre*.
J ) Enfin, il n'y a aucune antinomie, comme on l'a prétendu, entre la fondation ou les règlements ile la Scola cantorum, et le Constitutuni du. Synode romain de 5ç)5, présidé par saint Grégoire : bien mieux, tous ces documents s'éclairent et se com-
' Bki»e, Hislorin A nglorum (Pair. Lut., t. XCIV, col. 109) ; et Origines^ p. 8S.
/i6 LE (iRADL'EL ET L ANTIPHONAIRK ROMAINS
plèteiit. Saint Grégoire prescrit, clans le canon In sancia hac Bomana, que les diacres soient déchargés (à la messe) du chant des « psaumes entre les lectures », c'est-à-dire des soli du graduel et du trait, qu'il confie aux sous-diacres ou aux clercs mineurs'. De leur côté, les oi^dines mentionnent avec soin que c'est à un sous-diacre (pi'il appartient de chanter les soli qui suivent l'épître-, et Théodore de Gantorhéry (668-690), dans ses règlements, s'il concède à un hiïque la permission de clianter le répons (graduel) et le psaume (trait), ne lui permet pas encore l'exécution du répons d' alléluia-^ ; il semble aimer mieux confier au prêtre même le chant du graduel''. On ne saurait donc tirer, des canons du Svnode de 595, promulgués par saint Grégoire, aucune raison contre les règlements musicaux que la tradition attribue à ce pape musicien, puisque, aussi bien, les uns ne font que confirmer les autres, et que ces canons, non plus que ces l'èglements, ne font mention de l'office, mais de la messe.
V. Rapports des messes dominicales du Graduel avec le Sacramenlaire et le Lectionnaire. — D'ail-
> M.vNsi, ConciL, X, 434.
- Ordo 1, n" 7, publié par Makillon, Muséum iinliruin (Pair. L;U„ t. LXXVIII).
'•' Péiiitentiel de Thcodore, I. II, I, 10, l'd. IIaiiman cl Stphus, Conncils, Oxlord, 1869 à 1871, L. III, p. lyi.
■ /(/., II, Il ; h/., p. 192.
L Al TllKNTir.lTr: l)K LWMIPHONAIUE (iUlUiOUIEN 'i7
leurs, le clniriv de seize ou di\-se[)t messes dominicales, pour la période qui s'étend de la Pentecôte à l'Avent, était, avec ([uelques pièces de rechange, suffisant pour le service liturgique en ce temps-là. En elYet, il ne s'agissait pas, comme on l'a fait depuis, d'avoir une messe [)ropre pour chacun des dimanches après la Pentecôte, mais seulement pour les dimanches libres. Or, on ne célébrait pas de messe, à cause des Quatre-Temps, le dimanche octave delà Pentecôte, nia celui qui, en septembre, suivait les mêmes Quatre-Temps ; à ces deux (Rmanches « vacants », il faut ajouter ceux qui pouvaient coïncider avec une fête ou une octave, et f[ui n'avaient pas d'autre messe (jue celle de cette fête ou de cette octave. Ainsi, le nombre des messes dominicales propres pouvait-il être plus restreint ([uil ne le fut depuis.
Nous apprenons par ailleurs, dans le Cornes^ et les homiliaires, (|ue les dimanches après Pentecôte se répartissaient en diverses séries, jalonnées par les grandes fêtes de la même période, soit de la Pentecôte, en passant par la fête de saint Jean-
• Cornes ou fj'her comilis dcsifinait le livre qui conlicut les lectures litur^^iques extraites de TEcriture sainte ; rilomiliaire est un recueil des homélies des Pères sur les mêmes tf'xtes, Alcuin est l'auteur et l'éditeur d'un Lectionnairc, d'un Cornes s. Hieroni/ini et d'un Homiliaire, de la plus haute imjiortance. Voir l'article Alcuin dans le Dictionnaire d'archéologie chrétienne el de liturgie. de Dom C.vnuoi,, I, 1073-1078.
/;8 Li: GKADUEL ET LANÏIPHONAIRE KOMAIXS
l^aptiste et celle des apôtres Pierre et Paul, jusqu'à la Saint-Laurent, de celle-ci à la Saint- Michel et de là jusqu'à rAvont. Telle était la division de cette partie de Tannée liturg-ique au VI" siècle. Or, fait qui témoigne de ranti({ue organisation de l'antiphonaire des messes , il est encore facile — même avec les modifications, assez légères d'ailleurs, qu'il a subies depuis cette époque, — de retrouver dans les chants du Graduel actuel la division coi*respondant à cette répartition.
Le dimanche après la Saint-Laurent correspondait avi X'^ après la Pentecôte, où on disait primitivement, comme on le voit par la messe du second jeudi de C.aréme*, le même introït Confessio, qu'à la fête Saint-Laurent, et les textes du graduel, de FolVertoire et de la communion conviennent bien aune messe de martyre'^. L'autre jalonnement est encore mieux marqué ; après h\s Quatre-Temps de septembre, le XVIII'' dimanche actuel n'est pas
' Ou peut d'ailleurs ajouter le lien mélodique étroit qu'ont entre eux, d'une part, les graduels .1(/ Doniinuni et Convertere appai'teuant à l'ordonnance originale des dimanches (III® et IV^e actuels), et, d'autre part, les graduels des fêtes de saint Jean-Baptiste, et des ss. Pierre et Paul, ({u'on célèbre au même moment de l'année.
* Le choix des textes chantés aux messes de cette fétc est exlrcmement ancien : Toircrtoirc du lo août faisait primitivement partie d'une même composition avec celui de la première messe de Noël ; le graduel Probusli est mentionné par saint Augustin,
L AlTHKNTICnr: Mi: I.ANTIPIIONAIUK (.Ul'X.OHIKN 'i\)
celui qui suivait ce jeùae, puisque ce dimanche clait vacant, mais c'était le dimanche après le 2i) septembre, fête de la dédicace de saint Michel; or, les textes chantés à cette messe sont bien toujours ceux d'une vraie messe de dédicace^ : Laetatus siitn^ Sancti/icavU Mot/ses, Tollife hostiaa. On répétait encore Tollile hos/ias en graduel, le dimanche suivant.
Ainsi, à un choix de quelques pièces qui, comme à Milan, se répétaient tour à tour dans le service primitif -, l'Anliphonaire grég'orien ajouta tout un ensemble, formant des séries de messes correspondant à celles du sacramentaire ; dans ce second stade, ces messes, nous le voyons par le lectionnaire, étaient divisées en trois sections encore aisément reconnaissables : la première, avec le I'"" dimanche libre] après la Pentecôte, servant jusqu'à la Saint-Laurent ; la seconde, débutant par le dimanche dans Toctave de cette fête (X® actuel); la troisième, commençant au dimanche dans loctave de saint Michel (XYIH'' actuel). Enfin, un <lernier stade, œuvre peut-être d'Alcuin, se forma aux IX*' et X'' siècles, s'eiForçant de fixer la répartition des chants à travers vingt-trois dimanches : nous sommes toujours restés, au xx'' siècle, à ce dernier stade.
' <')bservation de Dom Morin, op. cit.. p. 80.
2 0 riffines. p. 220 et s. Cf. Dom Bai dot, r.lnétp/ionajre, passim.
10 Li: C.RADUEL V/ï L'ANTIPHONAIRE ROMAIXS
\ I. Authenticiic de la tradi/ion mélodique. — Si toutes les copies de Y authenticum gregorianum étaient notées, ou que les références (|ue nous avonscitées fussent toutes musicales, le présent pai-agraphe serait inutile. Mais un bon nombre Je manuscrits, parmi les plus anciens, n'ont que les textes seuls de l'antiphonaire; ceux qui sont notés, et remontent au ix^ siècle, ne sont eux-mêmes que fragmentaires : rituel-sacramentaire de Worms. cantatorium de Saint-Gall, évangéliaire de la Vallicellane, pièces citées dans les auteurs, comme le traité d'Aurélien de Iléomé, etc.
(Cependant, la parfaite concordance de ces. manuscrits et de ces citations entre eux et avec les codices complets plus récents, garantissent que leurs mélodies, comme leurs textes, sont toutes puisées à une môme source. Les compositions des séquences, développées au ix*^ siècle sur des thèmes mêmes empruntés au livre grégorien, et dans les. mêmes modes, sont de leur coté un autre appui de l'unité de la tradition.
Par l'étude criti([ue des mélodies, nous pouvons sans difliculté, remonter au vii^ siècle. En elfel, à l'occasion des fêtes nouvellement instituées par Serge et (irégoire 11, si les chants des messes ont été presque entièrement cnqjruntés aux fêtes plus anciennes, soit ([u'on n'ait plus su, ou i)lus voulu en composer, cependant ((uehpies pièces nouvelK's
I/AITHKNTICITK 1)1-: L'ANTIIMIONAIIIK CUKGOiUKX :>\
ont été adjointes an vieux ré[)ert()ire. pour les heures surtout.
Or, si nous comparons, à l'ensemble de TAntiphonaire grégorien, les offices ou les pièces spéciales de ces otlices surajoutés, nous constaterons, sans difficulté aucune, que ces chants furent composés d'après u/î stijle différent, ou suivant des procédés nouveaux. Et c'est fréc[uemment dans ces pièces que les manuscrits présentent des variantes.
Ainsi, on pourra comparer aux divers offertoires ceux de deux fêtes solennisées par saint Serge, VAve Mciria de l'Annonciation, et le Protège de la Sainte -Croix. Le genre, le style, l'emploi même (les formules se présente tout autre. Les textes mêmes sont parfois empruntés, avec un genre musical spécial, à la liturgie grecque, tel YAdorna de la procession, au i février, ou les antiennes à Magnificat et k Bened ictus du 8 septembre.
Pour les jeudis de Carême, introduits dans l'usage [)ar Grégoire II, si Tintroït Laete/ur, au jeudi de la 4" semaine, ne se différencie en aucune façon des autres introïts, c est qu'il est employé par ailleurs aux Quatre-Temps de septembre, bien plus anciens; par contre, l'offertoire donne lieu à divers problèmes, et les manuscrits ne sontpas tous d'accord en ce qui le concerne'. On pourrait encore
' Doni PoTHiKit, dans R. C G., W . p. 1G2, avec les textes. On peut daillcurs comparer les deux versions, assez dissenibla-
relever, pour ses siii<»iilarités, l'admirable Adjuvahit^ de la fête de sainte Agathe, d'origine peutêtre sicilienne ou gotho-arienne. Ces diverses pièces, d'ailleurs, n'ont pas de lien de style avec celles des fêtes instituées par Serge, sinon la couleur « grégorienne » générale, comme la construction d'une église française du commencement du XVI'- siècle a le cachet « gothique » qui lui est commun avec celles des siècles précédents, mais dont on le distingue facilement.
On peut aussi faire d'analogues remarques sur les antiennes des dimanches composées vers 760 et apportées dans les Gaules, mais qui ne faisaient pas partie de l'antiphonaire où on les a, depuis, incorporées ; sur les « centonisations » de la fin du vin'' siècle, etc'-. Ce sont les jalons des diverses phases du style liturgique, qui avait dans le livre grégorien son point d'évolution principale et son modèle.
Or, en enlevant toutes ces pièces, ce qui subsiste a une unité de style absolument indéniable.
Si nous ne sommes pas en mesure d'affirmer que loua les détails des chants de l'Antiphonaire gré-
l>les, auxquelles on scst arrêté, d'une part, dans l'édition de Solesnics, pour ce chant (p. i32du Liber (Trnilu.ilis, a' édition) <l, d'autre par(. dans la A'aticano (pa^c i25 du (iradmile l.vpirpie.)
' Actuellement au « commun » des vicr;;es.
* Voyez le chapitre suiviinl.
I/AlïHKNTICITr: Di: L'ANTIPHONAIUK GRÉr.ORIKN 53
i^'orion sont bien originaux — ils ont pu subir quol([uos retouches, jusqu'à la fin du vin'' siècle — nous pouvons, sans hêsitution, considérer leurs mélodies et leurs rvthmes, pour renscinble, comme remontant bien au vif siècle pour le moins.
Conclusions. — Donc : i" TAntiphonairc grégorien a les plus étroits rapports avec les sacramentaires (et avec le lectionnaire) en usage déjà au VII*' siècle; 2" il est donc impossible que Grégoire II ou III en soient les rédacteurs ; 3° avant la fin du siècle même où mourut saint Grégoire le Grand, on le cite formellement comme rédacteur du livre de chant qui porte son nom ; 4^ il est infiniment probable que les mélodies qu'il contient sont bien, il ([uclques détails près, celles qui nous ont été conservées.
Si les paroles, cela est cei'taiii, appartiennent au texte original, les mélodies ne nous sont parvenues que dans l'état où elles étaient au siècle suivant, sous le pontificat d'Adrien, ce i[m est déjà une respectîible antiquité : toutefois, le critère des styles, mentionné succinctement plus haut, permet de constater que ces mélodies, fixées à cette dernière époque, conservaient cependant le cachet original de leurs sources diverses.
Donc, si quelques-uns de leurs détails peuvent ne remonter (ju'au dernier quart du vin'' siècle, on peut considérer que leur ensemble représente fidè-
ô'a le (.radlel et l'antiphonâire romains
îement l'œuvre grégorienne originale, avec les additions qui l'accrurent depuis sa première édition jusqu'à Adrien P'".
NOTES ET DESCRIPTIONS