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CHAPITRE PREMIER LES LIVRES PRIMITIFS

Le Psautier, origine des livres de chant. — Les premières Hymnes. — Formation du livre des antiennes et des répons : Vanliphonale-vesponsnle de saint Grégoire le Grand.

Il est à peine utile de prévenir le lecteur, en commençant cette histoire et description du Graduel et de V Antiphonaire romains, que les livres primitivement en usage dans Toffice liturgique, pour la partie chantée, n'étaient pas constitués de la même façon qu'ils le furent depuis.

Y avait-il même, dans les premiers siècles de l'Eglise, des livres de chant, au sens que nous attachons maintenant à ce mot? La réponse est douteuse, et plus probablement négative. Chaque lois, dans les écrits les plus anciens des Pères et des écrivains ecclésiastiques, qu'il est question du chant, aucun indice ne permet de croire qu'il y eût alors un livre contenant des mélodies. D'ailleurs, à de rares exceptions près, le Psautier^ originairement, suffisait à tout. Or, qu'est le Psautier?

Le Psautier, c'est la collection duTi':xTE des cent cinquante psaumes, recueillis ou composés, dans

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les siècles qui précédèrent l'ère chrétienne, pour lo service du Temple de Jérusalem. Au point de vue littéraire, cette collection a toujours été considérée comme le plus vaste et le plus beau monument de la lyrique religieuse, et, au point de vue ascétique, comme le plus sublime aliment de la piété. Aussi, le recueil des psaumes fut-il toujours tenu dans l'estime la plus profonde ; toute évolution religieuse, dans la tradition juive ou chrétienne, fut toujours accomplie le Psautier en mains.

Le Psautier, en efTet, par cela qu'il est à la l)ase de l'ofiice divin, est, en dehors du côté spéculatif, d'un intérêt pratique immédiat. Dans Tancienne Loi, comme dans la Synagogue moderne, ce qu'on appela plus tard, chez nous, les « heures canoniales », est déjà réglé, quant aux principaux offices, par l'emploi de psaumes bien déterminés*. La j)rimitive Eglise, continuatrice et héritière de l'ancienne Synagogue, en adopta les coutumes : le Psautier passa dans l'usage quotidien de la piété chi'étiennc privée, comme de la litui'gie publicpie.

Or, à l'origine du culte, bien peu de formules mélodiques, évidemment, se partageaient Tordinaire mélopée des psaumes. Destinée d';d)ord au soliste, la psalmodie, art de dire et de chanter les psaumes, comportait déjà, ou bien Tari de la voca-

' Cf. nos (frifjines, p. 3 à ?-4, où csl relevé loiil ce (lu'il es! iiili'ressaiîl de savoir de In liliiri;ic' juive et de son chanl.

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lise, ou bien des formes très. simples. Dans le premier cas, elle ne s'adressait qu'au préchantre et aux plus habiles des lévites ; dans le second, c'était au •chœur entier de la foule, répondant au soliste. Ces réponses premières, faites par les fidèles, n'étaient pas le psaume, mais seulement une exclamation terminale ou un refrain, extrait du psaume luimême, et sui- un chant excessivement simple. •( Kiand l'habitude fut prise, au iv^' siècle, de mêler la voix des fidèles au récit môme des psaumes, on ne prit aussi pour cette exécution que des thèmes du même genre, qui fussent accessibles à la foule*.

Bien que, déjà, on ait chanté quelques hymnes de composition nouvelle, psalmi idiotici^ écrites sans doute sur des copies séparées, le seul livre qui. jusqu'au \f siècle, soit cité, comme servant au chant liturgique, c'est le Psautier, augmenté des cantiques tirés de divers endroits de l'Ecriture sainte; rien n'indique qu'il ait été noté, au sens attaché depuis à ce terme. Au contraire, tous les exemplaires anciens, grecs ou latins, qui nous en .sont parvenus, n'ont que le texte; il faut arriver au cours du moyen âge pour trouver des psautiers avec notes de musique.

C'est qu'apparemment on chantait suivant une tradition purement orale, et qu'au demeurant, cette

' Nous ne pouvons ici que condenser ce qui est exposé tout au long dans les Origines du chant romain déjà citées.

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tradition, conservée jusqu'à nous dans son essence, n'est pas difficile à retenir de mémoire. On n'en sera pas étonné, lorscpie nous aurons dit que ({uelques tons de psaume, les simples formules des répons brefs, les antiennes ordinaires dans le g-enre de celles de l'office du dimanche, constituaient l'ensemble du répertoire choral du psautier. Autour de ces thèmes simples, familiers encore aux plus modestes églises de campagne, l'habileté des chantres savait improviser les inflexions vocales des grands versets chantés entre les lectures ; elle retenait sans effort des formules vocalisées étendues, mais toutes conventionnelles, dont nos versets de « graduels » du '2^ ton en A, et de « traits », offrent des spécimens aussi typicpies * qu'on peut le souhaiter. A part (pielques psaumes fixés depuis longtemps, on puisait comme on voulait dans le recueil ; ^( propres » et « communs » étaient inconnus : seul donc, le texte du psautier, avec ses ])etits refrains, répons ou antiennes brèves, suffisait au chant habituel de TolUce.

Une organisation aussi vivante et aussi simple pouvait donc se contenter d'une tradition unic[uement tiansmise par l'enseignement oral; elle avait peu de chances de se déformer. Une des meilleures preuves de la fidélité de cette transmission, en même

' Spcciniens d'un genre (railleurs emprunte à la Synng:oguc el retenu par elle.

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temps que do la lîliatiou directe du Psauticn^ hébraïque au Psautier latin, c'est la comparaison de quel([ues-unes des formules dont on a parlé plus haut, telles que nous les donnent les livres grégoriens, avec les formules juives les plus anciennes que nous connaissions. Or, en notant ces dernières, on retrouve avec surprise les accents mélodiques rencontrés à chaque instant dans les refrains du Psautier romain, pour les antiennes des matines, pour celles du jour, des fériés, pour lesinvitatoires et les répons brefs, c'est-à-dire pour une classe de chants qui comptent effectivement parmi les plus primitifs de l'Eglise*.

^lais, peu à peu, à coté des akroteleulciai et akrostikiai primitives, on compose de nouveaux: refrains, texte et musique. Si les premiers furent transcrits sur de simples feuillets, comme ceux des papyrus Rainer^, bientôt le répertoire s'augmente, et la codification des compositions nouvelles s'im- ])ose. C'est chose faite en Orient dès le commen-

' Comparez par exemple l'antienne Benediclns, à lautlcs du lundi, dans l'ancien psautier, avec les iâmiin hébraïques ,izl,i, z.irlin, azla et mekel (Origines, p. ai-aS) ; de même les antiennes avec alléluia du type Ipse invocabit me (id.^ p. 58), avec la figuration de f/uerschayni, nehii, (fuerschaym, merha cfadolah, qu'on rencontre souvent dans le psautier hébraïque. En se servant, pour la lecture des iàniini^ des tables de Reuchlin publiées par nous (Origines^ p. 21 et s.), la concordance est presque parfaite.

- Voir Waonep., Ursprnnff und Entiviclduiiff des liliirgischen GesniKjea,^''- édition, p. 39-40, Lcipzi};, Brcilkopf et Hiirtel, 1910.

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cernent du vi^ siècle, avec le tropologion^ l)asé sur Voktoekhos, de Sévère d'Antioche '. Nous trouvons dans cette publication l'acte de naissance du premier livre de pièces chantées, autre que le Psautier^. Le I ropologion grec est Féquivalent de Yantlphonaire latin, et Yokioekhos est le s^^stème psalmodique des Iiuit tons.

A côté des chants primitifs du Psautier, il faut placer ceux de V « oi'dinaire » de la messe et de TolTice, et les hymnes.

Mais, de même que pour les Psaumes, ces chants n'avaient point besoin d'être rassemblés : de fait, tout traditionnels plus tard encore, ils ne figurent pas dans les antiphonaires grégoriens. Car les litanies, les Kyrie, (iloria, Sanclus, et plus tard VAgniis^ le ■Credo, (ju'un jicolyte modulait à la cérémonie du baptême, le Te Deum, les Benedicamus, les versi- <'ules, tout cela se déroulait sur de simples récitatifs, •excessivement faciles, et que la tradition a gardés poui- les fcriea et les simples (Kdition Vaticane,

* Voir la \'ie de Sévôrc, p. G4 des Opuscnlcs inuronitcs, ôdilés l)ar l'abbé Nai ; le niônic énidit a publii-, depuis, dans la Palroloijic orientale^ le texte iiiènic (Krei) du tropolof/ion de Sévère, avec les indications des tons qu'il contient.

- La lettre dite de saint .lérônie, à la((uclle une pul)lication récente a donne un rcjAain d'actualité, sur ce même sujet, est .un apocryphe de basse ëporpie, et sans valeur aucune.

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