CHAPITRE VII L'ÉDITION VATICANE
Les préliminaires, de 1901 à 1904. — Décisions de Pie X : rÉdition Vaticane, édition universelle de l'Église latine. — Le Graduale ; VAntiphonarium diurnale ; fascicules divers,
La cessation du privilège de Ratisbonne et les déclarations émanées du Saint-Siège donnèrent un élan nouveau à la cause de la restauration grégorienne. Même, comme on aurait dû s'y attendre, l'ampleur du mouvement s'accrut bien au-delà de ce que l'on espérait. L'attention des musiciens d'église, comme celle des éditeurs liturgiques, se portait de plus en plus vers les manifestations directes de l'art grégorien, quand, en France, les événements politiques parurent un instant en compromettre l'avenir, ou au moins l'arrêter dans son nouvel essor.
A peine Dom Delatte, abbé de Solesmes et général des Bénédictins de France, avait-il reçu de Léon XIII le bref Nos quidcni^ qu'à la suite de la promulgation des lois civiles contre les congrégations religieuses, il partait pour l'exil avec ses confrères. Les imprimeries de Solesmes et de
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Lig-iig-é, appartenant à l'ordre monastique, étaient confisquées, avec les livres déjà tirés ou à l'impression qu'elles renfermaient. Il fallait obvier au plus pressé. Des pourparlers furent engagés entre les moines de Solesmes et un grand éditeur parisien, M. Ch. Poussielgue, fournisseur du chant liturgique dans bon nombre de diocèses de France. Dès le mois de septembre, M. Poussielgue pouvait faire publier que :
Usant de la liberté témoignée déjà officiellement par les actes pontificaux et confirmée à nouveau, il entreprenait, « de concert avec les Bénédictins, la publication d'une grande collection de chant d'église suivant la tradition grégorienne.
« Afin de pousser aussi loin que possible la perfection scientifique et artistique de ces livres choraux, tout en leur conservant leur caractère essentiellement pratique, il vient de former une Commission inlernalionale de savants et d'artistes compétents, sous la présidence de l)om Pothier, abbé de Saint- Wandrille, le restaurateur des mélodies grégoriennes, et de Dom Mocquereau, le savant Bénédictin de Solesmes, directeur de la Paléographie musicale^. »
Cette initiative fut tout d'abord annoncée, et accueillie favorablement, au Congrès de l'Alliance des maisons d'éducation religieuse, qui groupait les représentants de la plupart des Petits Séminaires et des Collèges ecclésiastiques français.
' Tribune de Saint-Gervais. VII, 288.
M. Poussielgue commençait immédiatement les pourparlers nécessaires pour que la Commission fût viable, et ses projets, définitifs.
Dès la première période de ces pourparlers, le libraire parisien, en attendant le moment où la nouvelle édition serait définitivement décidée, avait déjà, à titre d'essai, commencé l'impression d'un volume de Cantiis Mariales *, publié par Dom Pothier, et d'un manuel des Principaux chants liturgiques '^, établi d'après les manuscrits par M. A. Gastoué, et qui devait plus tard se fondre dans la nouvelle collection.
Cependant, la Commission internationale et la collection ébauchée n'eurent pas de suite ; les religieux de Solesmes avaient préféré traiter avec M. Desclée, de Tournai, et imprimaient bientôt un Manuel de la messe et des offices ^, prélude d'un « paroissien » ou Liber usualis en préparation. Toutefois, malgré le sous-titre « extrait du Paroissien Romain et des Variae Preces de Solesmes », c'était en réalité un livre nouveau, prélude d'un genre de notation, où, à côté d'améliorations incontestables, Dom Mocquereau avait cherché le
1 In-i2, de VII, r/jy cl v pa^cs, paru on igo3.
* In-i6, de xxxi et 201 pag-cs, paru en 190^, en notalion moderne. Une seconde édition parut rannce suivante, en notation gré},^orienne.
' ln-12 de 320 pages, paiu à la lin de i(j()2.
moyen de faire prévaloir ses propres idées sur la rythmique grég-orienne, soulignée par des «points» et des « épisèmes » de son invention*.
Bientôt, M. le Professeur P. Wagner, directeur de l'Académie Grégorienne de Fribourg, commença de son côté une collection qui promettait d'être fort intéressante, par la publication d'un Kyriale ou Ordinarium missae '-^, établi surtout d'après les anciens manuscrits allemands.
A son tour (février 1904), M. LecofTre, éditeur des livres de Reims -Cambrai, décidait de confier à M. A. Gastoué le soin de refaire son édition d'après les originaux.
Enlîn, des pourparlers étaient engagés entre la Congrégation de la Propagande et l'abbaye de Solesmes, pour l'adoption de leur nouveau Liber Usualis dans les pays de mission.
Si la restauration grégorienne était virtuellement faite, et faite sur des principes unaniment reconnus de tous les spécialistes, on allait donc dans la pratique se heurter, à nouveau, à des divergences d'éditions.
C'est alors, en mars 1904, que Sa Sainteté Pie X,
* Et non point empruntes aux manuscrits de Saint-Gall, comme on la trop souvent répété. Nous n'avons pas à entrer ici dans le détail de la polémique suscitée par ces innovations, et pour laquelle il faut consulter toutes les revues de chant d'église et de musique sacrée, depuis igoS jusqu'à maintenant.
* In-8 de viii et 64 pages, Gratz en Styrie, 1904.
qui, moins d'un an auparavant, avait succédé à Léon XIII, et avait déjà publié son admirable Motu propj'io sur la musique sacrée *, décidait de couper court à toutes ces divergences, par la publication officielle, faite à Rome même, d'une édition g'énérale pour toute l'Eglise latine.
Le 25 avril, par un second Motu proprio, le Pape manifeste sa décision de publier une édition Vaticane de ce chant, et il nomme une Commission Pontificale pour les livres liturcjiques gré(/oriens, à laquelle il trace le travail à faire. Cette Commisfut ainsi composée :
R'"*' Dom Joseph Pothier, abbé de Saint-Wandrille, président ; M^' Carlo Respighi, cérémoniaire pontifical ; M^*^ Lorenzo Perosi, directeur perpétuel de la Chapelle Sixtine ; RR. A. Relia, professeur à Rome; Dom Mocquereau, prieur de Solesmes ; Dom Janssens, recteur de Saint-Anselme, à Rome; A. de Santi, à Rome; MM. le Baron Kanzler, professeur à Rome, D'" Wagner, professeur à Fribourg en Suisse, II. G. Worth, professeur à Londres, Don Baralli, à Lucques ; MM. les abbés Perriot, à Langres; Grospellier, à Grenoble; René Moissenet, à Dijon; Ilolly, à New- York ; RR. Dom Amolli, prieur du Mont-Cassin ;
' Paru le 22 novembre igoS ; on en a piihlié une traduction et commentaire, au Bureau (rKdition de lu Schola (^antorum.
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Gaïsser, au collège grec de Rome ; Horn, au monastère cieSeckau,en Stjrie; Molitor, au monastère de Beuron, Allemagne; M. Amédée Gastoué, professeur à Paris.
Selon le désir du Saint-Père, les moines de l'abbaye de Solesmes étaient plus spécialement chargés du dépouillement des manuscrits, que devait centraliser Dom Mocquereau ; la Commission, sous la présidence de Dom Pothier, devait se prononcer sur les leçons à adopter, ou sur les corrections à faire au travail proposé.
La Commission Pontificale tint deux réunions plénières. Tune à Rome, l'autre, en septembre 1904, à Appuldurcombe* (île de Wight, en Angleterre), où Dom Mocquereau venait de fonder, à cette occasion, un Scripforium remarquable. Des moines, munis des recommandations pontificales, s'occupaient d'amasser de précieusesphotographies, et des copies de manuscrits empruntés à de nombreuses bibliothèques des diverses nations, et qu'on n'avait encore pu utiliser jusqu'alors. Le dépouillement de ces pièces, sous la direction du savant prieur, devait servir à l'établissement de l'édition définitive.
' Des comptes rendus de cette dernière et très importante assemblie ont été publics, en particulier par Dom A. Gros- PRi.LiKH dans la Revue du Chant grégorien, XIII, aS et s., et par le R. P. A. De Santi, dans la Civillà Catloiica, i5 cet. 1904. Tous deux ont été tirés à part.
La suite du travail, qui avait débuté par la préparation de \Ordinariam Missae, se poursuivait fort bien, lorsque des dissensions furent amenées dans le sein de la Commission par les exigences de certains membres, qui faillirent un instant compromettre Theureux résultat des travaux entrepris sous l'égide de Pie X.
Mais celui-ci remédia avec énergie au danger : il faisait écrire à Dom Pothier, le îi4 juin 1906, par le Cardinal Merrj del Val, Secrétaire d'Etat *, qu'il lui confiait exclusivement le soin de continuer l'édition Vaticane, en s'entourant des aides qui lui conviendraient. Le R"*^ Président se hâta d'achever, avec les matériaux qu'il pouvait utiliser à Rome, la préparation du Kyriale^ déjà en partie imprimé, que l'on attendait de toutes parts ; ce premier fascicule, promulgué le i4 août 1906 ^, était bientôt reproduit par tous les éditeurs qui en avaient obtenu licence du Saint-Siège ; l'édition Vaticane était lancée. En 1907, paraissaient les Chants du Missel ^.
• Lettre publiée à cette époque i)ar toutes les revues de musique d'église.
* Kyriale seu ordinarium missne. Typis Vaticanis, in-8" de 79* pa^es.
^Gantus Missalis Romani, Homae, TypisVaticanis MDCCCGVII, in-8" de 58 paf,'^es. — Avec « instructions concernant l'introduction du nouveau chant typique dans le missel » ^en italien et en franyais) données" par la S. ('ongré^^ation des Rites, le 8 juin
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Le 12 mars 1908, fête de saint Grégoire le Grand, venait à son tour, à la lumière du jour, le Graduale complet *. Ce jour-là, le R'"*' Dom Pothier, assisté de ses deux principaux aides, Dom Andoyer, prieur de Ligugé, qui avait déjà collaboré à l'établissement des éditions de Solesmes, et Dom David, directeur de la Revue du chant grégorien, remettait solennellement au Souverain Pontife le premier exemplaire du Graduel. Un témoin de cette entrevue nous dit que Pie X tint à inaugurer immédiatement le nouveau livre : il l'ouvrit au hasard, et s'arrêta sur la page [128] du supplément « pro aliquibus locis » ; c'était Pintroït de la fête nouvelle de N.-D. de Lourdes, Vidi civitatem, centonisé par Dom Pothier, que le Pape chanta, avec une excellente méthode, jusqu'au bout.
N'y avait-il pas, dans le hasard apparent qui présida au choix de ce chant, quelque cause secrète ? Cette cité sainte, cette nouvelle Jérusalem, parée comme une jeune épouse, que chante l'antienne, ne symbolisait-elle pas la nouvelle édition? Et, malgré quelques légères imperfections inévitables, ses auteurs pouvaient ajouter en toute vérité, avec le psaume qui l'accompagnait : « Mon cœur a proféré une parole de beauté : je chanterai mes œuvres au Roi. »
' Le décret de i)romulgalion est du 8 avril 1908. Voir la description de ce livre à la fin du chapitre.
Après le Graduel, Dom Pothier et les Bénédictins qui l'entouraient préparèrent VOfficium pro defunctis^, le Cantorinus'^ ou « tons communs » de l'office, Toffice de la Semaine Sainte^ ; enfin, TAntiphonaire diurnal, le deuxième gros volume de la collection, le pendant du Graduel.
Mais il était écrit que la publication de l'Edition Vaticane serait sans cesse retardée. L'Antiphonaire, préparé avec un soin infini, et n'ayant subi aucune des causes de retard qui avaient tant nui à la préparation du Graduel, devait paraître en 1909 ou 1910 au plus tard. Or, une question préjudicielle d'une certaine importance se posait.
Depuis le Concile de Trente, le Bréviaire et le Missel, promulgués par Pie V, revisés et augmentés par Clément VIII et Urbain VIII, don-
* Orticium pro deluucLis cum missa et ahsolutionc iiecnon exsequiarum ordinc cum cantu restituto jussu SS. D. N. Pii Papac X. Editio typica. Homae. Typis Polyglottis A'aticanis, MGMLX, in-S" de 92 pages. Le décret de promulgation est du 12 mai 1909.
- Gantorinus seu Toni Communes olïicii et missae juxta ritum sacrosanctae romanae ecclesiae cum rcgulis et exemplis. Editio typica vaticana, Homae, Typis Polyglottis Vaticanis, M1)GC(>GXI, in-8" de 84 pages. Le décret de promulgation est du 3 avril 191 1. Un second tirage, avec (luchiucs légères modilications, fut donné en 1912; le (Janlorinus est dans sa plus grande partie reproduit dans rAntiphonaire.
•' Les offices nocturnes des trois derniers jours de la Semaine Sainte ilevaieiit paraîtic pour le commencement de l'année 1912; les travaux d'achèvement de l'Anliphonaire ont fait reporter cette publications une date idléricure, ainsi que celle des nocturnes des j)rincipak's fêles.
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liaient à l'Eglise la règle des textes à chanter. Tous les livres notés, sans exception, depuis cette époque, selon ^l'usage romain, étaient, pour les paroles, strictement conformes aux versions du Bréviaire et du Missel.
Mais Pie X, dont l'intention lointaine était une nouvelle réforme de ces livres, réforme rendue bien nécessaire après plus de trois cents ans, avait décidé de l'amorcer dans l'Edition Vaticane du chant grégorien.
Aussi, dans le Graduel, comme dans l'Oflice pour les défunts, la Commission Pontificale, tout en suivant rigoureusement l'ordre des textes officiels, avait-elle eu l'autorisation de redonner à ces textes leur version primitive, telle que la faisaient connaître les manuscrits les plus anciens, chaque fois que le chant y était directement intéressé. Au fond, dans les antiennes et les répons, ces variantes — auxquelles il faut ajouter la manière de diviser certains versets de psaumes — étaient relativement peu nombreuses*.
Mais, pour les hymnes, le cas était différent. En ifi3'2, le pape Urbain VIII avait présidé à une refonte, souvent complète, du texte des hymnes.
• Dom (jHOsi'KM-iHii en a l'ait une étude très complète, dans li. C. G., XVI, p, 1 17-12!} et 149-152. Voir également, sur l'origine de certaines de ces divergences, les articles de V. Maikice, dans /ïa., I\', 49. '07 et s.
Peu à peu, par la force des choses, le texte nouveau, sans aucune injonction de l'autorité suprême, s'était répandu dans toute l'Eglise. Or, à mesure que, depuis le milieu du xix" siècle, se poursuivaient plus profondément les études liturgiques, la faiblesse du texte d'Urbain VIII, au regard de la tradition, de l'antiquité chrétienne, du chant enfin, apparaissait clairement à tous^ Savants, artistes, liturgistes, désireraient de leurs vœux les plus complets le retour à l'ancien texte ; le Saint-Siège avait été saisi, surtout à l'annonce de l'Edition Vaticane, de nombreuses demandes en ce sens. En conséquence de ces vœux, qui semblaient représenter l'opinion dominante, on appliqua aux quelques hymnes contenues dans le Graduel ce retour au texte antique : intégralement pour les deux hymnes de l'Adoration de la Croix, au Vendredi Saint, et en laissant le choix, entre les deux textes, pour le Veni creator et deux des hymnes de la procession da Corpus Chrisli ; les quatre autres contenues dans le même livre n'avaient point souffert de changement.
Or, si l'on accepta sans difficulté les variantes
' Voir Batiffoi,, Jlislnire <hi Bréviaire romain^ S'' édition, p. '535 et s. I/al)l)é \. Disi.ai'ohte a, dans ces dornirres années, ccmsacré deux éludes rcmar(|ual)les à ce sujet : Un mot à propos (le Vhymnaire, dans Tr. S. G., X, 264, et les Hymnes du lircvinire romain^ de Pie V ù Urbain VIII (i568-i632), dans Itu., VI, -195 et VII, 232.
de paroles des antiennes et des répons, il n'en fut pas de même de celles-ci. Malgré que plusieurs églises aient toujours gardé le texte antique, on était partout si bien habitué à la « version des trois jésuites » que cela jeta le trouble chez beaucoup de membres du clergé; et lorsque, en 1909, au Congrès des Sables-d'Olonne, Dom Pothier eut publiquement annoncé, aux applaudissements répétés de l'assistance, que le Saint-Père autorisait le retour à l'ancien texte pour l'Antiphonaire en cours d'impression, h\ nouvelle fut loin d'être reçue avec faveur par le public. De tous côtés, parvinrent au Saint-Siège des pétitions et des suppliques plus nombreuses encore, plus motivées, plus appuyées que les premières, en sens contraire. La pression devint telle qu'il devenait manifeste que cette réforme n^était point mûre : on dut s'arrêter dans le travail de l'Antiphonaire pour refaire toutes les pages où se trouvaient les hymnes déjà prêtes. Or, le texte réformé de ces hymnes ne pouvait toujours s'appliquer aux versions mélodiques choisies et, en tout cas, demandait un supplément d'informations et une modification de méthodes, auxquels les Bénédictins qui étaient chargés du travail durent immédiatement s'appliquer.
Malgré le retard déjà considérable apporté à la publication, il semblait que l'Antiphonaire dût s'achever sans difficulté.
Cependant, le Saint-Père, en vue de la future réforme du Bréviaire, avait formé, dans la Congrégation des Rites, une Commission spéciale, parmi les membres de laquelle on cite M»'' Piacenza et M^'' Brugnani, pour étudier, en premier lieu, les modifications à apporter au texte du Psalterium. Le reste du Bréviaire n'avait pas à être touché, sinon dans quelques améliorations analogues à celles que la Commission grégorienne avait introduites pour le chant. Seule, la disposition du Psautier hebdomadaire, avec les rubriques qui en réglaient l'application, devait être modifiée, et voici pourquoi.
Depuis la réforme de Pie V, la multiplication progressive des fêtes de saints avait réduit presque à rien TofTice du dimanche et des jours ordinaires, entre lesquels se trouve précisément partagée la récitation hebdomadaire et intégrale du Psautier. Dès longtemps, on réclamait un retour à cette dernière règle.
Or, en remontant jusqu'au ix* siècle et plus haut peut-être, une des causes les plus importantes du conflit signalé était (jue jamais, dans aucune réforme romaine de l'office divin, on n'avait voulu toucher à l'ordre des psaumes, tel qu'il était usité dans les basili(|ues romaines, même avec les psaumes additionnels qu'on leur avait adjoints au cours des siècles. C'était là le point délicat et le
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nœud le plus difficile à dénouer. Pie X n'a pas hésité, et voici sa solution :
Seules, les fêtes au moins doubles de deuxième classe conservent l'ordre de leurs psaumes accoutumés, ainsi que, au dimanche, les heures du jour (sauf quelques suppressions). Aux offices fériaux et aux matines du dimanche, le rite romain donnait simplement, à la suite, les psaumes i à io8 aux nocturnes, les psaumes 109 à i/jy aux vêpres. Aux petites heures, toujours le 1 18 ; à laudes, un ordre particulier. Les complies étaient toujours les mêmes.
Dans le psautier de Pie X, chaque heure, à chaque jour, a ses psaumes spéciaux (même les petites heures et les complies), ce qu'on nous permettra de respectueusement regretter. Complies prière du soir, a toujours eu, en effet, les mêmes psaumes, faciles à retenir par cœur. Prime et les petites heures ont toujours oscillé entre les psaumes 117, 118, et les psaumes graduels, que nous eussions aimé voir adopter. Mais la décision si sage de Pie X de revenir aux antiques « divisions » des psaumes trop longs, l'amenait infailliblement, tout comme les Parisiens de 1736, en multipliant ces divisions, à donner un autre ordre aux petites heures et à complies ^ La différence entre l'office
' Cet écueil n'eût pu être évite qu'eu adoptant aux nocturnes le procédé du rit ambroisien, qui en répartit les psaumes' en deux semaines.
•^ôi LE GRADUEL ET L'ANTIPHONAIRE ROMAINS
férial et l'office sanctoral est donc pratiquement effacée, puisque dans l'office du jour combiné avec les fêtes des saints de la manière réglée par les nouvelles « rubriques », tous les psaumes seront (sauf Je cas de fête importante) dits intégralement chaque semaine par les prêtres en leur bréviaire et intégralement chantés au chœur là où on fait l'office quotidien. En traçant cette division, la Commission s'est inspirée des usages variés établis au cours des âges ou suivis par diverses églises.
A l'antique gallican, à l'ambrosien et à l'ordre monastique, elle a emprunté les divisions des psaumes : les psaumes trop longs sont ainsi divisés en deux et trois. Aux offices votifs de semaine (supprimés) a été prise l'idée de choisir des psaumes appropriés à chaque jour; ainsi, les laudes des jeudi, vendredi et samedi de chaque semaine, avec les mêmes psaumes qu'aux Jeudi, Vendredi et Samedi saints, ramèneront régulièrement le souvenir de leurs mystères. Suivant l'orc^o de certaines congrégations anciennes (Bénédictins, Dominicains) et de diverses églises du moyen âge, on aura désormais en semaine des psaumes autres que le Beati immaculali du dimanche. Pareillement est empruntée à certains bréviaires français du moyen âge la rubrique qui fait dii'e les psaumes fériaux aux fêtes des saints. Enfin, et c'est là une innovation capitale, dans la liturgie générale des églises
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d'Occident, Pie X a accepté de prendre au trop fameux bréviaire parisien de 17IU) Tordre spécial des con\plies des jours de semaine et certains cantiques des Laudes. Le tout est uni d'heureuse façon et fondu dans un ensemble qui ne laisse place à guère d'incertitudes.
L'ordre nouveau du Psautier appelait forcément une modification dans la distribution des antiennes ; un certain nombre devenaient inutiles, et il fallait nécessairement en ajouter de nouvelles. C'est ici où le travail était plus délicat. La Commission spéciale, en effet, devait choisir entre les textes les plus appropriés à cet objet : mais textes anciens et textes nouvellement adoptés ne cadraient pas toujours les uns avec les autres. De plus, la nouvelle disposition de Toffice amenant, même aux fêtes des saints, les antiennes des jours ordinaires, plusieurs de celles-ci paraissaient manifestement insuffisantes à leur nouvelle destination. On se décida a supprimer plusieurs d'entre elles, que la Commission ne jugeait pas d'un sentiment assez (( intérieur », pour les remplacer par d'autres. L'intention des auteurs du nouveau Psautier a donc été de différencier, d'une manière très nette, l'office séculier et régulier de l'office monastique.
Seuls désormais, les Bénédictins, Chartreux et Trappistes, certaines congrégations, comme les Dominicains, conservent l'ancien répertoire des
antiennes fériales et dominicales ; les autres congrégations et le clergé séculier ont, avec les mêmes psaumes, d'autres accents.
Telle est, en larges lignes, l'économie du nouveau Psalteriuni romanuin^. Or, les prélats commis à son édition ayant terminé leur travail avant la fin de l'impression, très délicate, de l'Antiphonaire, on dut encore surseoir à la publication de celui-ci, presque prêt à paraître! Pour être mis au point, il devait être d'accord avec le nouveau Psautier : celui-ci ayant un bon nombre de textes différant de l'usage traditionnel, force était de recourir à nouveau à d'anciens manuscrits pour y reprendre la mélodie de ces textes, quand ils avaient déjà été chantés, et de choisir les mélodies dont on revêtirait les textes nouveaux.
Dom Pothier et ses collaborateurs se remirent donc à nouveau au travail, et la typographie Vaticane put enfin penser à achever l'Antiphonaire de
' Promulf,'-ué, avec la réforme de roffice, par la Bulle Divino afilatii, du i" novembre 191 1, et un décret du i5 novembre. Le Psalleriumbreviarii ronvtni... novo ordine per hehdumadnm di.sposiliim est un volume in-12 de xvi, 290, [ 12I, et 3 * paj^res, sans chant. J/Antiplionaire en l'utilisant lui a apporté un certain nombre de corrections, touchant les intonations de diverses antiennes, ainsi que la division des "X'ersets psalmiques, aux flexes et tnédinnles ; on a rétabli éf,'alemcnt, au répons bref Iii'-linn, à Tierce du Dimanche, la phrase Averle oculos meos etc. (^es corrections ai)portées, par rAntiphoiiaire noté, au texte du Psautier, seront insérées dans les futures éditions du Bréviaire.
L'ÉDITION YATICANE 257
Pie X, plus attendu encore que ne l'avait été le Graduel. Car, si dans la publication des précédents livres de chant le Pape ne les avait tout d'abord que « recommandés » à l'attention des Evêques, puis « prescrits » pour être adoptés aussitôt que possible, les nouvelles publications devenaient « obligatoires ». En effet, d'une part, par suite de la défense faite depuis plusieurs années, les divers éditeurs ne réimprimaient plus les anciens livres ; on avait donc absolument besoin des nouveaux ; d'autre part, l'obligation d'appliquer le nouveau Psautier dès le i*"" janvier 191 3, rendait illusoire Temploi des vieux livres encore en usage.
Ainsi, par cet ensemble de sages mesures, Pie X supprimait les différences des diverses éditions de chant qui se concurrençaient, — écartait la possibilité d'un monopole quelconque des livres liturgiques au profit d'un seul libraire, — rajeunissait l'office divin, en utilisant quelque chose du meilleur de ce qu'avait donné chaque siècle, — ramenait enfin à l'antiquité la presque totalité de la liturgie chantée dans l'Eglise latine.
Par delà trois siècles et plus, c'est le complément de la réforme de Pie V; et, comme elle n'a qu'un missel et qu'un bréviaire, ainsi l'Eglise d'Occident n'a plus qu'un Graduel et un Antiphonaire. L'Edition Vaticane du chant liturgique est le dernier sceau mis aux prescriptions du Concile
de Trente, lorsqu'il confiait au Pontife Romain la charge de publier les livres nécessaires au culte divin.
Plus tard, lorsque interviendra une nouvelle revision de la liturgie romaine, la Vaticane aura déblayé le terrain, effacé les divergences, édifié la base solide sur laquelle pourront, en toute sûreté, s'appuyer les futures réformes.
NOTES ET DESCRIPTIONS L'Édition Vaticane.
Dans l'ordre et le choix de ses textes, l'Édition Vaticane du chant grégorien, pour se conformer à l'usage de l'Église, est établie d'après le Missel et le Bréviaire publiés à la suite du Concile de Trente, et successivement revisés ou augmentés par Clément VIII, Urbain VIII, Léon XIII. Mais toutes les variantes de textes intéressant la mélodie, dans les antiennes et les répons, ont été rétablies d'après les plus anciens manuscrits ; pour les hymnes et les proses, on a conservé le texte reçu; toutefois, le texte ancien des hymnes est donné en supplément, et même deux d'entre elles, pour le matin du Vendredi Saint, sont reproduites uniquement selon le texte antique.
Quant au psautier, il suit nécessairement le nou-
veau psautier promulj^ué par Pie X, avec les conséquences qui résultent de son emploi.
Le Graduel Vatican, édition de Rome, est un gros volume in-S** raisin, de xvi, 56o, [208] et i53* pages; les caractères, les têtes de pages et les illustrations ont spécialement été dessinés et fondus pour cette impression* ; le papier est également d'une cuvée spéciale, au filigrane ED. vat. LiB. GREG. (Editio Vaticana Librorum Gregorianorum). Sur le faux titre, figure la reproduction de la devise papale, de la main même de Pie X, avec sa signature : Instaurare omnia in Christo, Pius PP. X.
Le titre, en noir et rouge, porte :
GRADUALE | sacrosanctae | romanae ecclesiAE I DE TEMPORE et DE SANGTIS | ss.
D. N. PU X, PONTIFICIS MAXIMI | JUSSU | RESTITUÏUM ET EDITUM I GUI ADDITA SUNT FESTA NOVISSIMA. | ROMAE I TYPIS VATICANIS j MDCCCCVIII.
Au frontispice, une chromolithographie représente saint Grégoire chantant la préface, avec les
* Les illustrations sont ducs au Fr. Schmaltz, rédemptoriste allemand.
deux vers suivants, extraits d'un des anciens prologues à TAntiphonaire authentique :
Carmina Greg^orius praesul renovavit et auxit, Quae clerus dulci Domino modulamine solvat.
Un autre prologue, le Sanctissimus numque, est reproduit avec son chant, autour de la première vignette, p. i, en tête de VAd te levavi, d'après les manuscrits du xi*' siècle.
Le contenu du livre est le suivant :
A. Les décrets, préfaces et explications, savoir : ,
I® Un décret de promulgation.
2** Une préface De ratione Editionis Vaticanae Canins Romani, avec la signification des signes mélodiques ; cette seconde partie est presque entièrement la reproduction de la partie correspondante écrite par Dom Pothier pour l'édition de Solesmes (i883). La première partie de la même préface, dont le plan a été indiqué par Dom Pothier, a été écrite par Mgr ***, secrétaire papal, mais entièrement re visée par Pie X lui-même; en particulier, le paragraphe In chirographis est presque tout entier de sa plume.
3° Les rubriques De rltihiis servantis in cantu missae ; on y a rétabli, aux numéros i , 4, 7> 1^ forme ancienne pour l'intonation de l'introït, la reprise du répons-graduel, le Sanctus chanté d'un seul trait',
' Cependant, par un cJccrct nouveau, la S. Congrégation de»
L'KDITION VATICANE 261
sans y faire mention d'une subdivision quelconque. Ces trois prologues sont paginés, dans l'édition de Rome, de I k XVI.
B. Le livre de chant proprement dit, comprend :
Proprium de tempoî^e; Proprium sanctorum ; paginés de i à 56o. Commune sanctorum; Missae votivae; Missae aliquibus in locis celebrandae ; paginés de [i] à [208 J. Ordinarium Missae ; Missa pro defunctis avec les obsèques ; Toni communes missae; un Appendix, paginés de i * à i53 *.
I. Le Proprium de tempore représente, dans sa presque intégrité, l'authentique grégorien des dimanches et grandes fêtes mobiles, moins les versets d'offertoires, tombés depuis fort, longtemps en désuétude, plus les alléluias ajoutés depuis la première apparition du livre, et quelques autres additions nécessitées par l'accroissement du culte depuis le vi® siècle.
Voici, en détail, les développements qu'offre le Propre du Temps; tout le reste est de l'ordonnance grégorienne originale, telle que les plus anciens documents nous la font connaître :
Rites a confirmé l'usage, appuyé sur de nombreuses autorités, de rejeter après l'Élévation le chant du Benedictus.
DOMINICA II. AdVENTUS
Ail. f . Laelatus.
De la procession pascale ; déjà en usage à ce dimanche dans l'édition d'Adrien. Cf.
DoMINICA IV. AdVENTUS
Messe, formée au ixe s., d'éléments empruntés au mercredi précédent, Feria lUI (introït, graduel, communion), et à la fête de TAnnonciation (offertoire, vue s.). Plus :
AH. f . Veni.
Adapté sur le Paralnm de la procession pascale. Cf. p. 70.
In Vigima Nativitatis Domini
AU. ^. Grasiina.
Adapté au ix« s. sur le Benediclus es du samedi des IV-Temps de la Pentecôte.
Les manuscrits ont diverses adaptations de ce texte à différentes mélodies plus anciennes. Cf. p. i28-i3o.
A l'offertoire, le >. Et eleva- TTiini est soudé avec l'antienne Tollile. Cf. p. 57.
S. Stephani