PARIS (VI") P. LETHIELLEUX, LIBRAIRE-ÉDITEUR
Harvard University.
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Publié avec permission de» Supérieurs.
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Cet ouvrage a été déposé conformément aux Uns, en octobre 4903,
7 " "' LE présent travail a d'abord paru dans
A l'Année dominicaine, sous la forme dar-
jHHMMj^^ ticles hâtivement composés, ne répondant
I^^^H^^H^ guère à mon désir de faire bien connaître
^^^WH^y.Jli les Béguinages de Gand, et celui de Sainte- H^^^H^B^I Elisabeth en particulier. ^^^HH^^^H Tels qu'ils étaient, ces articles ont cepen-
I S^HK^^^^H dani semblé plaire aux amis de la religion, de r histoire et de l'art : c'est pourquoi je les ai remaniés, ou plutôt refaits, de manière à leur donner un peu plus d'autorité et de charme, autant que f en étais capable. Je n'ai pas cherché à poétiser, comme on l'a fait pour le Béguinage de Bruges, par exemple. Mon sujet — de nature plus grave — me l'interdisait. Le Grand Béguinage de Gand a toujours eu la physionomie un peu sévère des couvents du moyen âge, dans le nord de l'Europe, — moins le grandiose, — en raison de la simplicité qui le marque d'un cachet particulier. C'est une vraie ville, non comme l'abbaye de Villers, — pour rappeler l'une des plus illustres cités monastiques de la Belgique médiévale, — mais plutôt comme une petite commune de la Néerlande, à laquelle on aurait donné une ceinture de murailles sans créneaux et de fossés sans ponts-levis. Pas de (( grands arbres, droits et chevelus », — pas de bassins
liÈGUINAGE — 1
« moirés de taches brillantes », — pas de pelouses w au gazon germé d'idylles », — ni de maisons « avec des pignons pâles qui ont des langueurs détendues d'adolescents », — comme on l'a dit, avec plus ou moins dà-propos et de goût, pour d'autres béguinages: on y sent un lieu préparé au recueillement, au travail, à la prière, à la joie de l'innocence et du renoncement. Rien de mièvre ni de papillotant, comme en un monastère' d'opéra-comique : c'est la vraie vie religieuse, dans le cadre qui lui convient, lorsqu'on veut la mener ou l'étudier aux bords de la Meuse et de l'Escaut, Elle a bien l'air flamand, sain, robuste, allègre et content de soi. C'est peut-être ce qui explique la longévité féconde du Grand Béguinage, alors que tant d'autres ont vu peu à peu diminuer le nombre de leurs habitants, ou même cessé d'être depuis longtemps.
Des gens d'esprit n'y ont rien compris, bien que frappés de ce qu'il y a d'extraordinaire dans cette façon d'être et d'agir : il n'est donc pas étonnant que le gros public — vulgum pecus — n'y ait vu qu'un joli thème à plaisanteries et à déclamations contre ces « pseudo-nonnettes », — comme dit élégamment un écrivain belge, capable pourtant de plus de sens et de tact. Quel anachronisme pour les tenants du progrès! Et comment peut-il subsister, en notre temps de lumières et de civilisation, un tel reste des âges d'ignorance et de barbarie? Les béguines, il est vrai, sont tout à fait en dehors des (( idées modernes » ; mais n'est-ce pa^ là précisément une raison d'étudier — au Béguinage même — les choses et les personnes, avant d'en rire ?
Cest ce que j'ai voulu faire pour mon compte, et je veux mettre au courant de mes observations, — mettons de mes découvertes, puisque c'est le mot juste, — ceux qui consentiront à me suivre jusqu'à la fin de cette étude. Je me persuade qu'ils ne regretteront
pds plus que moi le temps qu*ils y auront donné, et concluront, avec moi, que, si Gand est la couronne de la Flandre orientale, — suivant l'expression d'un vieux chroniqueur, — le Beggynhof (st la perle la plus rare de ce royal bandeau,
Bruxelles, Il juin 1903.
Frère Marie- Joseph Ollivier, des Frères prêcheurs.
Lli GRAND BÉGUINAGE DE GAND