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FAÇADE DE L ÉGLISE DES BÉGUINES DE BRLXELLES

vinrent occuper le couvent rebâti par Charlotte de Savoie, en 1471, et dont la nouvelle église avait été, vingt-quatre ans plus tôt, consacrée par Denys du Moulin, évoque de Paris, conseiller de Charles Vil ^

On se reconnaît difficilement, il faut l'avouer, dans cette histoire. Louis XI enlève aux Béguines une maison remise à neuf

1. Cf. D. Lobineau : Hist. de Paris^ pièces justificatives : — CavtiiL de VUniversité de Paris,

par sa femme, et que son père paraît avoir tenue en estime. Si révêque de Paris consacre une nouvelle église, en ce béguinage, c'est sans doute qu'il est encore assez considérable pour motiver cette rénovation. Puisque l'Université appuie les réclamations des Dominicains, on est en droit de conclure qu'elle ne voyait pas la nécessité de leur préférer les Franciscains.

Quoiqu'il en soit, le 2 septembre 1482, les Cordelières s'établirent en VHostel des Dames béguines qui prit le nom de VAve Maria. Les sympathies dont avaient joui leurs devancières continuèrent à les entourer. On tint à honneur d'être enseveli sous les dalles de leur église, et l'un de leurs bienfaiteurs les plus signalés, Mathieu Mole, obtint de reposer dans leur chapitre même, à côté de sa femme, Renée de Nicolaï. La Révolution française profana les tombes, renversa l'église et fit du couvent la caserne actuelle de VAve Maria.

Du grand mouvement qui couvrit la France de béguinages, il ne reste plus d'autre trace que l'hospice fie Reaune ^ dédié à sainte Marthe, par Nicolas Rolin, chancelier de Philippe le Ron. Ces hospitalières, venues de Matines, au nombre de six, en 1443, ont traversé, en se multipliant, les bouleversements qui ont agité notre pays, pendant cinq siècles, et nous conservent, avec leur costume, leur mobilier, toute leur façon d'être, une vision du moyen âge, qui fait la joie des archéologues, des artistes et des lettrés. Dieu veuille qu'elle ne s'évanouisse pas dans la tourmente où se débat la France !

Le flot qui envahit l'Europe, au treizième siècle, poussa la

1. Dans la Côte-d'Or. — Les Hospitalièroâ de Sainte-Marthe ont encore d^autres maisons on France.

barque jusqu'aux rives du bas Danube, où nous trouvons les Béguines établies, àBude, sous la conduite des Frères prêcheurs dont elles empruntent le nom dans les actes de la vie civile^. Elles y possèdent deux courts, dont les grandes-dames, Albratha et Christiane, appuyées par l'archevêque-primat Albert deGran, plaident, en 1308, contre des bourgeois qui leur disputent la possession d'une maison et d'une vigne. Le procès tout entier existe dans la première série de la collection appelée Monumenta Vaticana, etc. publiée par le chanoine Antoine Por. Il se plaida dans le couvent même des Prêcheurs, par-devant l'auditeur du cardinal légat, Gentili de Montefiori. La grande-dame Albratha y parut, assistée des sœurs Merz et Alahad : les adversaires firent défaut et furent déboutés de la plainte. C'est là un des plus curieux documents de l'histoire des Béguinages où se peint au vif le moyen âge, avec son intensité de vie religieuse et politique ; à ce titre les Actes de la légation du cardinal Gentili sont dignes d'une étude attentive et d'un commentaire plus étendu qu'il ne nous est permis de le faire.

Nous y trouvons, une fois de plus, la preuve des hostilités auxquelles se heurta l'Ordre de Saint-Dominique, pendant de longues années, dans toutes les œuvres nées de son inspiration. Personne n'ignore la haine dont les poursuivit le trop célèbre Guillaume de Saint- Amour, dont les diatribes troublèrent l'Université de Paris et l'Église tout entière. A sa suite, Guillaume de Lorris 2, Rutebœuf ^ et Villon *, sous une forme plus légère, essayèrent de les mettre en discrédit : à quoi ils réussirent au-

1. fBeghînas Fratrum Prœdicatorum. » -- Monumenta Vatican. Ilist. ffunga* rtoc iîlustrantia (Série i, t. II}.

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