Le Grand Testament
près des esprits légers, dont la race se continue de nos jours et promet de durer autant que la sottise humaine.
Les Béguines ne pouvaient échapper à cette poursuite. La plupart des Béguinages avaient été fondés, en Flandre et en France, sous l'inspiration des Prêcheurs et s'étaient trouvés naturellement soumis à leur direction. C'est d'eux que le Grand Béguinage de Gand avait reçu sa règle définitive, acceptée, en partie du moins, par un grand nombre d'autres: Lille, Ypres, Bruges, Paris, Marseille, Bude, en particulier, avaient subi leur influence et contribuaient à la répandre. Il était donc à prévoir qu'elles seraient atteintes par les coups dirigés contre leurs frères et conseillers. Aussi furent-elles les objets des plus noires calomnies, dont il n'est pas téméraire de croire qu'elles aidèrent aux épreuves, dont le concile de Vienne devait momentanément les abreuver. Rien pourtant n'altéra la sympathie qui liait les fils de Saint-Dominique aux filles de Sainte- Begghe. Tout au plus vit-on les supérieurs des Prêcheurs recommander la plus exacte prudence dans les rapports avec elles, afin de couper court aux insinuations malveillantes*. Elles continuèrent à rechercher et à recevoir la direction des Dominicains, à déposer les restes de leurs Maîtresses dans les cimetières de cet Ordre, à observer la règle qu'elles en avaient reçue et même à s'y attacher d'un lien plus étroit, par leur entrée dans le tiers ordre, ce qu'elles pouvaient individuel-
1. Cf. Chapitre provincial de Saint-Emilion (6 juillet 1315), Admonit. m, qui défend de fréquenter les béguinages (et autres maisons de sœurs), sans socius et sans permission spéciale des supérieurs.
lement, mais sans que rien, dans leurs statuts, les y obligeât. Il n'y avait pas en effet, à proprement parler, de rapports officiels entres elles et les Prêcheurs, à ne les prendre que comme Béguines. En beaucoup de lieux, elles n'étaient pas sous leur conduite, — pas plus que sous la conduite des Franciscains, — bien qu'on les désignât parfois sous le nom Béguines des Prêcheurs ou des Mineurs, — en raison de leurs rapports avec ces religieux. A Gand même, Notre-Dame-du-Pré, bien qu'attachée particulièrement aux Franciscains, restait sous la direction des prêtres séculiers, comme Sainte-Avoye, à Paris, et beaucoup d'autres maisons de Belgique ou de France. Il arrivait cependant — assez souvent même — que les Béguines de l'une et de l'autre sorte demandaient l'habit de tertiaire : ce qui leur était facilement accordé, comme on le conçoit. L'usage en devint à peu près général dans certaines communautés, et s'est conservé jusqu'à nos jours.
C'était du reste une conséquence presque forcée des conditions dans lesquelles leur existence avait été d'abord précisée. Nous savons de la comtesse Jeanne qu'elle avait un dominicain pour confesseur et qu'elle appartenait au tiers ordre de Saint- François : ce qui nous permet de supposer qu'elle était aussi tertiaire de Saint-Dominique, suivant l'usage de ce temps-là. Rien donc d'étonnant qu'elle ait donné à la règle du Grand Béguinage de Gand, puis à Ypres, Lille, Bruges, etc., une forme qui rappelait celle qu'elle observait elle-même et qui était acceptée, en tout ou en partie, par la plupart des associations pieuses en l'honneur de la très sainte Vierge, si florissantes