Appendix m^nitmentoram, clxi
A rage de soixante-seize ans, il voulut écrire ses dernières volontés et les exposa 4ans une sorte de mémorandum, où il rappelle le cours de sa vie, avant de régler ses obsèques. On y voit qu'il avait étudié à Palencia, en compagnie de plusieurs personnages célèbres, entre autres, Matteo Ferez et Henri, devenus plus tard évêques de cette ville ; qu'il connaissait Tévêque d'Osma, Diego de Azevedo (de Facebes), l'ami « du bon Dominique de Guzman, qui parcourut la France avec lui, en combattant le monde, le démon et la chair M » Il demande aux Frères prêcheurs de prier pour lui « dans l'oratoire de leur couvent de Saint-Paul, fondé par le bon Dominique, ce béni père qui resplendit dans le monde et illumine l'église de Dieu, par sa charité, sa sainteté, sa science et ses miracles 2 ».
Le plus curieux de cette longue pièce, c'est l'énumération des legs, faits par Antonin de Sers, aux églises, chapelles et confréries de Palencia. C'est dans cette suite de legs que nous trouvons la preuve de l'existence, en cette ville, d'une confrérie {confradia) du saint Rosaire {al santo Rosario), dont Gonzalez Telmo était le premier ministre {primer ministro), et lui-même confrère {onde so confradre), comme il le dit à deux reprises ; et cette confrérie avait été fondée par « le bon Dominique de Gusman 3 ».
Or, cette pièce est datée de la veille des ides de février, ère 1259, l'an 1221 de la Nativité de Notre- Seigneur 4. Saint Dominique étant mort le 6 août 1221, le testament d' Antonin de Sers a été écrit six mois plus tôt, du vivant même du fondateur de la confrérie à laquelle le testateur dit appartenir. Il n'y est en effet question du patriarche des Prêcheurs que comme d'un saint homme, encore engagé dans les difficultés de la vie présente, illustre par ses vertus et ses travaux, mais non par la gloire dont l'Église entoure ici-bas les élus de Dieu. Nous avons donc la preuve la plus éclatante de l'existence, à Palencia, d'une confrérie du Rosaire, à la même date où Luminosi de Aposa, constatait le même fait à Bologne, — les deux écrivains s'accordant à voir en saint Dominique le fondateur direct de ces associations.
On croirait d'abord que cette démonstration a vaincu les résistances des
1. « El buen Domingo de Guzman, que lustro la Gallia, con Facebes, et sojeta al mundo e al demonio e a la carne. »
2. «c Este bendito padre que sobre manera on charidat e santitat e milagros e doctrina resplendece en el mundo e la eglesia de Dios lustra. »
3. c Do la confradia que fundado ha el bien Domingo de Guzman. 9
4. « Prid. Id. Februarii, era MCCLIX, anno vero a Nativitate D. N. J. Chriâti,
MCCXXI. »
adversaires : pas le moins du monde. Leur réplique est aussi simple qu*imprévue : « Nous n'avons pas sous les yeux le parchemin signé d'Antonin de Sers », et pour ces critiques irréductibles la croyance n'est pas possible en pareilles conditions. Je ne sais pas s'ils ont vu le manuscrit d'Homère ou celui de Plutarque, encore qu'ils croient au texte réel de l'Iliade et des Hommes illustres. Quant à moi, je me borne à cette remarque : le testament du prêtre narbonnais fut présenté, comme authentique et provenant des archives du collège épiscopal de Palencia S au tribunal de la nonciature, le 17 novembre 1751, par don Sylvestre Palomares qui l'avait examiné et reconnu. Copie en fut prise par don Francesco Antonio de Angulo, à Madrid, le 20 mars 1754, à la requête du P. Juan de Puga, prieur du collège dominicain de Saint-Thomas 2, agissant au nom du Révérendissime Père Maître-Général des Frères prêcheurs 3.
Ces détails sont consignés, dans l'acte d'authenticité de la copie, par le notaire de Angulo, qui décrit minutieusement le manuscrit original, — un cahier de parchemin de trois tierces de haut {très tercias de alto), — portant la date de « mil discientos veinte y uno ».
J'en conclus que le testament a réellement existé et que sa valeur documentaire est telle que nous pouvons la désirer.