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CHAPITRE CINQUIÈME, page 65, ligne

Ce silence paraît surtout un argument irrésistible aux adversaires des origines médiévales du Rosaire, en ce qu'il ne saurait se comprendre de la part des témoins déposant au procès de canonisation de saint Dominique.

A quoi l'on peut répondre que Grégoire IX, mettant son ami au rang des bienheureux, par la bulle de 1234, ne parle en aucune manière, même par voie d'allusion, de la dévotion de Dominique pour la sainte Vierge : en quoi il se conforme à la réserve, gardée par les témoins du procès, qui n'en parlent pas davantage. Le pape et les témoins s'appesantissent surtout sur le zèle apostolique et les miracles du nouveau bienheureux. Du reste ils parlent peu ou point du tout. En faut-il conclure (ce qui serait conforme à la logique de nos contradicteurs) que saint Dominique n'a pas eu de dévotion spéciale pour la très sainte Vierge ? Ce serait peut-être excessif, quelque fureur de documents que l'on puisse apporter en cette cause.

Nous savons d'ailleurs, à n'en pouvoir douter, que des confréries de la sainte Vierge existaient, dès cette époque, dans les églises de l'Ordre, et Benoît XIV {Instit. Ecoles. ylih. XXIX) ne croit pas qu'on puisse y voir autre chose que des confréries du Rosaire. Or, on ne saurait attribuer leur origine à un autre qu'à saint Dominique: et pourtant les témoins du procès, ni Grégoire IX n'en parlent. Qu'en faut-il conclure contre leur existence ? Frappés de la grandeur du ministère apostolique du saint, — à quoi évidemment ils devaient penser d'abord, — ils ont constaté et allégué ce qui était, sans conteste, son premier titre de gloire, aux yeux des contemporains comme à ceux de l'histoire. Voilà tout.

Une dernière remarque. La récitation du rosaire ne fut pas d'abord de règle, dans l'Ordre des Prêcheurs, et la raison s'en voit tout de suite : l'office de la sainte Vierge se récitait alors, tous les Jours, et ce Psautier de Notre- Dame, si l'on peut ainsi parler, devait évidemment suppléer celui que récitaient les Béguines. Chez les Dominicaines du tiers ordre, même coutume de dire l'office de la sainte Vierge, tous les jours, — même raison de ne pas s'imposer la récitation du rosaire, — et aussi même motif aux chroniqueurs ou commentateurs de la Règle pour n'en pas parler. C'est seulement au chapitre général de Rome, tenu en 1501, que le Rosaire fut recommandé comme pratique habituelle des Prêcheurs {Ordinal, m). Ce qui fut renouvelé, à Valladolid, en 1605 {Admon, i).

Ce qui ne peut pas signifier que les Dominicains, avant et après Alain de la Roche, n'avaient pas individuellement, en particulier et en public, la dévotion du Rosaire.

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