‹ Le grand catéchisme de Canisius, ou, Précis de la doctrine chrétienne, appuyé de témoignages nombreux de l'Ecriture et des Pères (volume 2)Chapitre 1 sur 92 · OCCASION DE CET ECRIT · texte numérisé non relu

OCCASION DE CET ECRIT

L'écrit que nous publions ici en entier pour la première fois, a été commencé et même à moitié terminé dès 1842. Il avait été entrepris à l'occasion d'une discussion philosophico-théologique, dont je trouvai bon de dresser ensuite, du consentement de mon jeune interlocuteur, le résumé qu'on va lire :

— « Ne m'avez-vous pas dit qu'avant de nous soumettre à l'autorité de l'Eglise, nous devions examiner si elle avait des droits à notre soumission, et que nous conduire différemment ce serait autoriser les mahométans à croire de même à Mahomet? »

— (c Oui. »

— « Ainsi vous avez prétendu que notre foi ne serait pas raisonnable, si elle n'était appuyée sur quelque raisonnement? »

— « Oui encore. »

— « Vous avez soutenu qu'il fallait admettre, entre la proposition que nous faisait l'Eglise des vérités révélées et notre acte de foi à ces mêmes vérités, un jugement intermédiaire de notre propre raison? »

— « Admis l'autorité infaillible de l'Eglise, je crois sans examen; mais avant de croire à ce qu'elle m'enseigne, je veux vérifier ses titres, c'est-à-dire les faits qui établissent son autorité. »

— « Vous avez été enfin jusqu'à prétendre qu'il était permis à un chrétien, parvenu à l'âge de la réflexion, de tenir sa foi en suspens, jusqu'à ce qu'il se lut assuré par ses raisonnements de l'existence de Dieu et de la vérité du christianisme? »

— <c Oui. ))

— a Où avez-vous puisé ces sortes d'opinions? Est-ce dans l'enseignement formel de vos maîtres , ou dans vos lectures , ou dans un système de philosophie dont vous auriez eu à cœur de tirer les conséquences? »

— a Je ne sais où j'ai pris ces sortes d'opinions, peut-être est-ce dans mes propres réflexions ; du reste, ce sont de simples

vu. 1

pensées qui me sont venues à l'esprit, peut-être fort inconsidérément, et comme des difficultés à éclaircir. »

Ces réponses naïves d'un jeune étudiant, en même temps qu'elles mettent hors de cause la droiture des intentions dont il était animé, démontrent d'un autre côté l'extrême danger de la philosophie qu'il avait apprise, et dont il tirait en dépit de luimême les conséquences forcées. Puisse cet exemple contribuer à ouvrir enfin les yeux aux partisans et aux admirateurs quand même de cette philosophie, appelée de son propre nom la philosophie cartésienne !

A l'appui du motif qui me porte à publier cet écrit, on me permettra sans doute de rappeler, par une citation, ce qu'écrivait en 1853 un savant Père jésuite de Rome, dans ses mémorables articles sur le cartésianisme, publiés par la Civiltà caUolica (1): « On peut très-bien admirer Descartes en croyant voir en lui » un bon chrétien, en même temps qu'on le condamne comme

(1) « Si puô benissimoammirare il Cartesio corne buon cristiano neU'atto che si condanna corne maestro di principii, i quali colla filosofia hanno sovverlito 1' ordine rcligioso e sociale. Noi non assumiamo qui ne Pîm-

pugnazione ne la difesa dell' intenzione e délia coscienza di Renato

Ma se VX. fu caltolico per buon volere, ciô non prova che la dotlrina fosse innocua per retto ragionare. Le parole con cui questa viene espressa suonano libertà nel sentenziare ogni altra certezza colla propria persuasione, che è il dogma fondamentale dei libertini : suonano dubbio universale, che è scettismo dei moderni increduli : suonano che l'uomo è l'anima, che è il dogma di Kant e d' altri idealisti : suonano che l' uomo è pensiero, che è il dogma di Hume e di Fichte. Quando questo suonano le parole, sia pure slala retlissima P intenzione, un critico puô ben senza laccia di leggerezza credere il Cartesio cagione di quei disaslri che a lui vennero attribuili profeticamente dai suoi coetanei, sperimenlalmente dai coetanei nostri e cattolici e miscredenti. Le generazioni studiose che ad un filosofante si danno veneratrici e discepole non ne ricercano la biografia, ma le opère didaltiche : non ne ascoltano la voce e gli esempii, ma gli scrilti e le conseguenze. Che giova dunque che il novatore, mentre tullo esortava a metlere in dubbio, principii, sensazioni, aulorità vive e morte, raccomandasse poi che si serbasse inlatta la fede? Questa inconseguenzalogica mentre montra l' inadvertenza e l'impolenza délia mente, onora pero in lui sommamente il cristiano : ma tutti coloro che studieranno quelle pagine e rifletteranno frà se sopra proprii concetti , dovranno ragionare tutt'altramenti. E incerto, dovranno dire, tulto ciô che per via di sensi, di principii universali, di autorità o storiche o contemporance abbiamo appreso.Ora le nostre persuasioni religiose al par délie altre e nalurali e sociali, cosi vennero a poco a poco formandosi ; dunque se incerte sonole seconde, incerte saranno ugualmenîe le prime. » La Civiltà cattolica, seconda série, vol. 2, n. 77, h giugno 1853, pag. 522-523.

» » posant des principes qui , avec la philosophie , ont houïeversé » l'ordre religieux et social. Nous ne nous chargeons ici ni d'atta-

» quer ni de défendre les intentions secrètes de Descartes

•» Mais supposé même qu'il fût catholique de volonté, cela ne » prouve pas que la doctrine soit irréprochable, comme solide- » ment raisonnée. Les mots dont il s'est servi pour l'exprimer » signifient liberté de répudier toute autre certitude pour les con- » vidions qu'on se forme à soi-même, ce qui est le dogme fon- » damental des libres penseurs; ils signifient doute universel, » ce qui est le scepticisme des modernes incrédules; ils signifient » que Yâme est tout l'homme, ce qui est le dogme de Kant et » d'autres idéalistes; ils signifient que l'homme est pure pensée, )> ce qui est la doctrine de Hume et de Fichte. Quand les mots » ont cette signification, l'intention eût-elle été la plus droite, » un critique peut bien, sans se rendre suspect de légèreté, )) croire que Descartes a eu quelque influence sur les désastres » que lui ont imputés prophétiquement ses contemporains, et » que lui imputent encore aujourd'hui , pour en avoir acquis » l'expérience, ceux de notre temps, catholiques et mécréants. » Les générations studieuses qui se passionnent pour un philo- » sophe, recherchent bien moins sa biographie que les ouvrages )> où est développée sa doctrine; elles ne s'arrêtent pas au ton » de sa voix ni à ses exemples, mais à ses écrits et aux consé- » quences qu'on peut en tirer. Qu'importe donc que le nova- » teur, après avoir exhorté à mettre tout en doute, principes, » sensations, autorité des morts et des vivants, recommande » puis après l'intégrité ds la foi ? Celte grave inconséquence » logique trahit en lui le défaut de réflexion et de pénétration; » elle prouve sans doute les sentiments chrétiens qu'il gardait » dans son cœur; mais tous ceux qui étudieront ces pages et » réfléchiront en eux-mêmes sur les pensées qu'elles font naître » dans l'esprit, devront raisonner tout autrement. Tout ce que » nous avons appris par le moyen des sens , des principes » universels, de l'autorité soit historique, soit contemporaine, » est incertain, devront-ils se dire. Or nos croyances religieuses » se sont formées insensiblement de la même manière que nos n autres convictions naturelles et sociales. Donc, si ces dernières » sont incertaines, les premières le seront également. »

Le danger, ou pour mieux dire, le mal dont se trouvent atteintes les générations actuelles ou naissantes est donc flagrant. Il ne s'agit plus que d'y trouver un remède.

Page 1