‹ Le grand catéchisme de Canisius, ou, Précis de la doctrine chrétienne, appuyé de témoignages nombreux de l'Ecriture et des Pères (volume 3)Chapitre 10 sur 88 · Luc, XII, 37; comme dans le corps de la réponse · texte numérisé non relu

Luc, XII, 37; comme dans le corps de la réponse

48. Apocalypse, XIV, 43 ; Sagesse, IV, 7; comme dans le corps de la réponse.

TÉMOIGNAGES DE LA TRADITION

\. Le concile de Milève (1), canon 1 : « Quiconque dira qu'Adam a été fait homme mortel, en sorte que, soit qu'il péchât ou qu'il ne péchât point, il dût mourir, c'est-à-dire, son âme sortir du corps, non à cause de son péché, mais par la nécessité de sa nature : qu'il soit anathème). »

2. S. Augustin, Lib. de prœdestinatione et gratiâ, c. 3 : « La mort n'est pas l'apanage de notre nature , mais la peine du péché. »

3. S. Grégoire-le-Grand, Hom. XIII in Evangelia : « Le Seigneur n'a pas voulu que cette dernière heure nous fut connue, afin qu'étant toujours dans l'incertitude par rapport à elle, et n'en pouvant jamais savoir le moment, nous fussions obligés de nous y préparer sans cesse.

» Ainsi, mes frères, vous devez continuellement avoir les yeux arrêtés sur votre condition mortelle , et vous préparer tous les jours par les gémissements et les larmes à recevoir votre juge. Et puisque la mort est certaine pour tous les hommes , vous ne devez point tant vous mettre en peine de ce qui regarde la vie temporelle, qui est incertaine... Ecoutez ces paroles du plus sage de tous les rois : Faites promptement tout ce que peut votre main, parce qu'il n'y aura dans l'autre vie, vers laquelle vous vous avancez tous les jours, ni action, ni science, ni raison, ni sagesse (Ecclês.,IX, 10). Puis donc que nous ignorons le moment où nous devons mourir, et que nous ne pourrons plus rien faire après notre mort , il ne nous reste présentement autre chose, que de bien nous servir du temps qui nous est accordé en cette vie. Car le vrai moyen de vaincre la mort lorsquelle viendra , c'est de la craindre toujours avant qu'elle vienne (2). »

4. S. Augustin, in Ps. CXLIV : « C'est par l'effet d'une grande miséricorde que Dieu vous laisse ignorer le jour de votre mort, afin qu'en pensant tous les jours que vous pouvez mourir,

(1) Les canons de ce concile, tenu l'an 416, se rapportent aussi bien au concile de Carthage tenu l'an 418. Voirie Dictionnaire universel des conciles, articles : 2e Concile de Milève, tenu l'an 418, et Concile de Carthage, tenu l'an 418.

(2) Cf. Les quarante Homélies ou Sermons de saint Grégoire, pag. 122-123, trad. du duc de Luynes.

vous vous hâtiez de vous convertir. Oui, c'est là de sa part une grande miséricorde. S'il avait marqué à chacun le jour de sa mort, il aurait lâché la bride à tous les désordres. Cette assurance qu'il aurait donnée à tous les hommes leur aurait fait commettre le péché sans aucune crainte. Il vous a donc donné l'espérance du pardon, mais pour que le désespoir ne vous jette

pas dans le dérèglement Il est vrai qu'il vous pardonnera

quand vous vous convertirez ; mais il ne vous a pas promis le jour de demain pour vous attendre, pendant que vous remettez à vous convertir (1). »

5. Le même, Lib. L homiliarum, hom. 27., sive tract, de utilitate pœnitentiœ, c. 3, à la fin : u N'augmentons pas par le désespoir la somme de nos péchés : nous avons pour port assuré la pénitence ; mais d'un autre côté, n'augmentons pas nos péchés par une espérance présomptueuse : nous ne savons quand arrivera le jour de notre mort. »

6. Le même, Soliloques, c. 2 : « L'implacable mort moissonne chaque jour de mille manières les malheureux humains. Celui-ci est victime de la fièvre, celui-là succombe sous le poids de ses douleurs; tel meurt de faim, tel autre est consumé par la soif; les uns périssent noyés dans les eaux, les autres sont étranglés. Tantôt ce sont les flammes, et tantôt les bêtes féroces qui nous dévorent. Ici la mort conduit le bras d'un assassin, là elle prépare de funestes poisons ; ailleurs enfin elle n'emploie qu'une terreur subite pour terminer notre malheureuse existence. Mais ce qui met le comble à notre infortune, c'est que nous ignorons tout ce qui a rapport à notre fin, malgré la certitude parfaite où nous sommes que la mort viendra nous frapper. Hélas! au moment où nous goûtons le charme de la sérénité, elle vient, en nous abattant, détruire nos chimériques espérances. Certains que nous sommes de mourir un jour, nous ne savons ni où, ni quand, ni comment nous paierons à la mort ce fatal tribut (2). »

7. Hugues de Saint-Victor, Lib. I de anima, c. 3 : ce II est certain que vous mourrez : mais il est incertain de quelle manière, ou en quel temps ou en quel lieu vous mourrez. Car partout la mort vous attend ; et si vous êtes sages , partout aussi vous l'attendrez. » Saint Bernard dit la même chose, c. 3 de ses Méditations ; quelques-uns d'ailleurs lui attribuent cet ouvrage tout entier de anima.

(1) Cf. Sermons de saint Augustin, etc., t. VII, p. 391-393.

(2) Cf. Chefs-d'oevre des Pères de V Eglise, t. XIII, p. 278-181.

vi. %

8. S. Augustin, Cité de Dieu, liv. XIII, c. 10 : « Du moment où l'on a commencé d'être en ce corps qui doit mourir, rien ne se passe en nous qui ne conspire pour que la mort nous arrive. Car, pendant la durée de cette vie, s'il faut toutefois l'appeler vie, l'instabilité de notre être ne fait que tendre à la mort. Personne qui, à la fin de l'année, n'en soit plus proche qu'avant cette année même, demain qu'aujourd'hui, aujourd'hui qu'hier, l'instant qui va suivre que l'instant présent, et l'instant présent que celui qui l'a précédé. Car tout le temps que l'on vit est retranché de celui qu'on doit vivre, et de jour en jour ce qui reste diminue, en sorte que le temps de cette vie n'est à la rigueur qu'une course vers la mort. »

9. Ibidem, c. 11 : « Ah! que n'avons-nous assez bien vécu dans le paradis (terrestre) pour que la mort n'eût jamais lieu en effet! Et non-seulement elle a lieu aujourd'hui; mais elle est si pénible à endurer, que les termes manquent pour l'expliquer, comme les moyens pour la fuir . . . . . Serait-il donc invraisemblable et absurde d'attribuer, non pas à la logique humaine, mais à une intention divine, l'impossibilité grammaticale de décliner régulièrement en latin les modes de ce verbe : Moritur? Oritur forme naturellement Ortus est, expression du temps passé ; et ainsi des autres verbes qui expriment les vicissitudes du passé. Si nous les demandons à Moritur, il répond : Mortuus est, en doublant la lettre u. Car on dit mortuus comme on dit fatuus, arduus, conspicuus, qui n'ont aucun rapport au passé, et, en tant que noms, se déclinent en dehors de toute différence de temps. Mais ici, comme pour décliner l'indéclinable, on transforme le nom en participe passé. Il est donc fort rationnel que le verbe lui-même, comme l'action qu'il exprime, demeure indéclinable. Aidés toutefois de la grâce de notre Rédempteur, nous pouvons du moins décliner la seconde mort. Elle, en effet, est beaucoup plus terrible, et de tous les maux le pire, cette mort qui ne résulte plus de la séparation de l'âme et du corps, mais de l'éternel embrassement de l'un avec l'autre dans les souffrances éternelles. C'est alors que les hommes ne seront plus avant la mort ni après la mort , mais toujours dans la mort , c'est-à-dire ni jamais vivants, ni jamais morts, mais mourant sans fin. Ce sera en effet le suprême malheur pour l'homme dans la mort, que la mort même ne meure plus (1). »

(1) Cf. La Cité de Dieu, etc., trad, par L. Morcau, t. 1er, p. 2-31-256.

10. Le même, de verbis Domina serm. XXI, c. 1 : « Qui ne sait iroe la nécessité de mourir est un châtiment infligé aux hommes? Et ce qu'il y a de plus terrible, c'est que nous ignorons le moment de la mort. La peine est certaine, l'heure en est incertaine. De tous les événements humains, le seul certain pour nous, c'est que nous aurons cette peine à subir. Le reste, tant de nos biens que de nos maux, est incertain; la mort seule est certaine. »

Ibidem, c. 3 : « Qu'un enfant vienne à être conçu, il est incertain s'il viendra ou s'il ne viendra pas à terme; s'il grandira ou s'il ne grandira pas; s'il parviendra jusqu'à la vieillesse ou s'il mourra dans un âge prématuré ; s'il sera riche ou s'il sera pauvre ; s'il vivra honoré ou dans l'humiliation ; s'il aura des enfants ou s'il n'en aura pas ; s'il se mariera ou s'il restera célibataire. Quelque autre bien que ce soit que vous me nommiez, je vous inviterai à pressentir le mal contraire. Peut-être sera-t-il malade, et peut-être ne le sera-t-il pas. Peut-être sera-t-il mordu, peut-être ne le sera-t-il pas par un serpent. Peut-être sera-t-il dévoré par une bête féroce, peut-être n'en sera-t-il pas dévoré. Nommez-moi d'autres maux quelconques, peut-être arriveront-ils, peut-être n'arriveront-ils pas. Mais pouvez-vous dire également : Peut-être cet homme mourra-t-il, peut-être ne mourra-t-il pas? »

il. Innocent III, De contemptu mundi, sive de miseriâ humanœ conditionis, lib. I, c. 24 (al. 22) : « Toujours le dernier jour de la vie semble le premier où nous commençons à vivre, mais jamais le premier ne semble le dernier ; quoique pourtant nous devions vivre chaque jour comme si nous devions mourir ce jour-là. Car il est écrit : Souvenez-vous de la mort qui ne tarde point (Eccli., XIV, 12). Le temps passe, et la mort approche. Mille années pour un mourant sont comme le jour d'hier, dont rien ne reste. Toujours l'avenir est à naître, toujours le présent expire, et tout ce qui est passé est déjà mort. Notre vie est une mort continuelle : nous ne cesserons de mourir, que lorsque nous cesserons de vivre. Il vaut donc bien mieux mourir pour vivre, que de vivre pour mourir. Car cette vie mortelle n'est qu'une mort vivante. C'est ce qui a fait dire à Salomon (Eccles., IV, 2-3): J'ai préféré Vètat des morts à celui des vivants, et j'ai estimé plus heureux que les uns et les autres celui qui n'est pas encore né. La vie s'enfuit rapidement, sans qu'on puisse la retenir ; la mort ne se met pas en peine de nous surprendre, sans que nous puissions retarder son arrivée : ce qu'il y a de plus étrange, c'est que plus nous venons à croître, plus nous tendons à décroître : car plus

nous avançons dans la vie, plus nous nous approchons de la mort. »

12. S. Augustin, in Sentent, à Prospero collectis; sent, ult.: « Vous regorgez de biens, et vous vous vantez de la noblesse de votre extraction ; vous vous faites gloire des avantages de votre patrie, de la beauté de votre corps, des honneurs que les hommes vous décernent; mais considérez-vous vous-même, voyez que vous êtes mortel, que vous êtes terre, et que vous rentrerez en terre. Regardez autour de vous ceux qui avant vous ont joui des mêmes honneurs. Que sont devenus ces hommes à qui les premiers des citoyens faisaient la cour? Que sont devenus ces empereurs réputés invincibles? Que sont devenus ces ordonnateurs de fêtes et d'assemblées, ces généraux d'armées, ces satrapes, ces potentats? Tout cela n'est-il pas réduit en cendre et en poussière? Reste-t-il de toute leur grandeur autre chose que des ossements? Considérez ces sépulcres, et tâchez d'y faire la distinction entre le maître et l'esclave, entre le riche et le pauvre. Discernez, si vous le pouvez, le captif d'avec le roi, le fort d'avec le faible, l'homme à belle prestance de l'homme difforme et monstrueux. En un mot, rappelez- vous votre nature, et vous cesserez de vous enorgueillir. Pour vous le rappeler, vous n'avez qu'à vous considérer vous-même. »

13. S. Augustin, Epist. LXXX (al. 199) ad Hesychium : « Chacun de nous a sujet de craindre que le jour qui sera pour lui le dernier de sa vie ne le surprenne comme un voleur : car le dernier jour du monde trouvera chacun dans le même état où le dernier jour de sa vie l'aura laissé, et nous serons tous jugés au dernier jour sur l'état où la mort aura trouvé chacun de nous.

» C'est pour cela que Jésus-Christ même nous dit dans l'Evangile de saint Marc : Veillez, parce que vous ne savez quand viendra le maître de la maison, si ce sera le soir ou à minuit, au chant du coq ou au matin; de peur que, survenant tout d'un coup, il ne vous trouve endormis; et ce que je vous dis, je le dis à tous, veillez (Marc, XIII, 35-37). Comment le dit-il à tous, si ce n'est en ce sens qu'il le dit à tous ses élus et ses bien-aimés, qui appartiennent à son corps, c'est-à-dire à son Eglise? Cet avis ne s'adressait donc pas seulement à ceux à qui il parlait dans ce moment, mais à tous ceux qui ont été depuis eux jusqu'à nous, à nous-mêmes, et à tous ceux qui viendront après nous jusqu'au jour de son avènement. Car on ne peut pas dire que ce jour -là doive trouver sur la terre ceux à qui il disait : Veillez, de peur

que le Seigneur,, survenant tout d'un coup, ne vous trouve endormis, ni que cette parole s'adresse aux morts aussi bien qu'aux vivants. Pourquoi dit-il donc qu'il adresse à tous ce qui semble ne regarder que ceux qui se trouveront alors sur la terre, sinon parce que cette parole est pour tous de la manière que je viens de dire, et que ce grand jour viendra pour chacun, lorsque viendra celui où chacun sortira de cette vie dans l'état où il sera jugé ce jourlà? Ainsi tout chrétien doit veiller, de peur de ne pas se trouver prêt à l'avènement du Seigneur. Car ce jour-là ne nous trouvera prêts, qu'autant que nous l'aurons été au jour de la mort.

» Les apôtres savaient donc au moins, et savaient trèscertainement, que Jésus-Christ ne viendrait point de leur temps, c'est-à-dire pendant qu'ils étaient encore dans cette vie mortelle. Cependant, qui peut douter qu'ils ne se soient maintenus, et plus exactement que personne, dans cet état de vigilance que Jésus-Christ recommande à tous, de peur que, survenant tout d'un coup, il ne nous trouve endormis (1)? »

44. Le même, Lib. LXXXIII quœstionum, q. S 9 : « Veillez, nous dit Notre-Seigneur, 'parce que vous ne savez ni le jour ni l'heure (Matth., XXV, 43). Chacun de nous ignore, non-seulement la dernière heure où viendra l'époux, mais encore celle où il mourra lui-même. Mais ceux qui se tiendront prêts pour le moment du sommeil, je veux dire pour le moment de la mort qui arrivera à tous, le seront aussi pour le moment où la voix qui retentira au milieu de la nuit réveillera tous ceux qui seront endormis du sommeil de la mort. »

45. S. Cyprien, Epist. LU ad Antonianum : « Celui qui n'a pas pensé qu'il devait mourir, ne mérite pas de recevoir des consolations au moment de sa mort. »

46. S. Augustin, Serm. III de sanctis Innocentibus , qui est decimus de Sanctis : « C'est une punition infligée au pécheur, que cet oubli de lui-même dans lequel il meurt, après qu'il a oublié Dieu pendant la vie. »

47. Le même, Tract. XXXIII in Evangelium Joannis : « On ne peut nier que Dieu, suivant le témoignage de son prophète, n'ait promis le pardon à ceux qui font pénitence ; mais vous ne sauriez me montrer que Dieu, par le même prophète, vous ait promis une longue vie... Il offre à ceux qui seraient tentés de désespoir la grâce de son pardon comme un sûr asile; mais d'autres

(1) Cf. Les Lettres de saint Augustin, trad. en français, Paris, 1684.

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sont tentés de présomption, et se perdraient en remettant leur conversion d'un jour à l'autre : pour ces derniers , il a voulu que le jour de la mort fut incertain (1). »

48. S. Grégoire-le-Grand, Lib. XVI Moralium in Job, c. 31 : « Nous disons que la miséricorde de Dieu oublie celui qui a oublié le premier la justice de Dieu , parce que ceux qui ne redoutent pas présentement sa justice, ne pourront pas dans la suite éprouver les effets de sa miséricorde. »

19. S. Augustin, Lib. de disciplina christianâ (2), vel de domo disciplince, c. 11 : « Comme ce seul nom de mort vous émeut et vous saisit de crainte ! comme il glace d'effroi vos cœurs ! Comme vos gémissements témoignent de vos alarmes! Oui, je vous ai entendus , vous avez gémi , et c'est que vous craignez la mort. Si vous la craignez, pourquoi ne vous précautionnez -vous pas contre elle? Vous craignez la mort. Que craignez -vous? Elle viendra. Que je la craigne ou que je ne la craigne pas, elle viendra toujours ; que ce soit plus tôt ou que ce soit plus tard, elle n'en viendra pas moins. Vos craintes ne feront pas que ce que vous craignez n'arrive pas en effet. »

Ibidem j c. 12 : « Craignez plutôt ce qui ne sera pas, du moment où vous ne voudrez pas que cela soit. Quelle est cette chose? Le malheur de pécher. Craignez de pécher, parce que si vous aimez le péché, vous encourrez une autre mort, à laquelle vous pourriez échapper, si vous n'aimiez pas le péché. Etes-vous donc assez perverti pour aimer mieux la mort que la vie? A Dieu ne plaise, répliquez-vous. Quel est l'homme qui puisse aimer mieux la mort que la vie ? C'est peut-être vous-même que je vais convaincre d'aimer mieux la mort que la vie ; et voici comment : Vous aimez votre tunique ; vous voulez qu'elle soit bonne. Vous aimez votre terre; vous voulez qu'elle soit bonne. Vous aimez votre fils ; vous voulez qu'il soit bon. Vous aimez votre ami; vous voulez qu'il soit bon. Vous aimez votre maison; vous voulez qu'elle soit bonne. N'est-ce pas que vous voulez aussi avoir une bonne mort ? Car tous les jours vous demandez que puisque la mort doit vous arriver, ce soit une bonne mort que Dieu vous donne, et vous dites : Dieu me préserve d'une

(1) Cf. Les Traités de saint Augustin sur l'Evangile de saint Jean, tome II, p. 325-327.

(2) Cet ouvrage n'est pas de saint Augustin , mais plutôt de Valérien, évêque de Cémèle, au jugement du P. Sirmond. V. Nat. Alex., Hist. eccles., t. Y, p. 102.

mauvaise mort! Vous aimez donc plus votre mort que votre vie. Vous craignez de faire une mauvaise mort , et vous ne craignez pas de mener une mauvaise vie. Corrigez la vie mauvaise que vous menez , craignez la mauvaise mort. Ou plutôt ne la craignez pas ; celui qui mène une bonne vie ne peut pas faire une mauvaise mort. Je le répète, et je ne crains point de l'assurer de nouveau; j'ai cru, et c'est pourquoi j'ai parlé (Ps. CXV3 10); celui qui mène une bonne vie ne peut pas faire une mauvaise mort. Mais déjà je vous entends vous récrier : Est-ce que des justes n'ont pas souvent péri par quelque naufrage? Je le répète; celui qui mène une bonne vie ne peut pas faire une mauvaise mort. Est-ce que beaucoup de justes n'ont pas péri par l'épée? Je le répète, celui qui mène une bonne vie ne peut pas faire une mauvaise mort. Est-ce que beaucoup de justes n'ont pas été victimes de brigands? Est-ce que beaucoup de justes n'ont pas été dévorés par des bêtes féroces ? Je le répète , celui qui mène une bonne vie ne peut pas faire une mauvaise mort. Voilà ce que j'aurai toujours à vous répondre. Car est-ce que vous entendez, par une mauvaise mort, mourir dans un naufrage, ou par le glaive, ou par la dent des bêtes? Est-ce que telle n'a pas été la mort des martyrs, dont nous célébrons les fêtes? A quels genres de mort n'ont-ils pas été exposés? Et cependant, si nous sommes chrétiens, si nous nous souvenons que nous sommes ici dans une école de sagesse, si une fois sortis de ce lieu nous n'oublions pas l'enseignement qui nous y a été donné, n'appelons-nous pas heureux les martyrs? Examinez quelle a été leur mort. Voyez-la des yeux du corps, elle a été mauvaise. Voyez-la des yeux de la foi , c'est une chose précieuse aux yeux du Seigneur que la mort de ses saints. N'ayez donc plus d'horreur de ce qui dans la mort vous présente tant d'horreur, si vous imitez les martyrs. Occupez-vous seulement de mener une bonne vie , et de quelque manière que vous ayez à sortir de ce monde , vous en sortirez pour trouver le repos , pour entrer en possession d'une béatitude exempte de toutes craintes , et qui n'aura point de fin . La mort du riche paraît bonne à celui qui ne considère que la pourpre et le lin dont ce riche était vêtu jusqu'au moment où il a quitté la vie ; mais qu'elle est mauvaise aux yeux de celui qui considère ce même riche dévoré de soif, et demandant en vain au milieu d,e ses tourments une goutte d'eau pour se rafraîchir ! La mort du pauvre paraît mauvaise à celui qui le considère étendu à la porte du riche , désirant comme les chiens quelques miettes de

pain qui tombent de la table de ce dernier. Voilà , dira-t-il , une mort mauvaise, une mort digne de toute notre aversion. Mais considérez la fin : vous êtes chrétien ; envisagez la chose avec les yeux de la foi. Ce pauvre vint à mourir, et il fut porté par les anges dans le sein d'Abraham. De quoi servait au riche son tombeau de marbre, tandis que lui-même était dans l'enfer tout brûlant de soif? Quel tort faisaient au pauvre ses haillons et les ulcères dont son corps avait été couvert , puisqu'il reposait désormais dans le sein d'Abraham ? Le riche vit de loin jouissant du repos , celui qu'il avait méprisé comme il le voyait étendu à sa porte. Choisissez maintenant entre la mort de l'un et celle de l'autre. Dites -moi lequel des deux a fait une bonne mort? lequel en a fait une mauvaise ? Je pense que la mort du pauvre est ici meilleure que la mort du riche. Trouveriez-vous bon d'être enseveli ici-bas avec des aromates, et d'être dévoré en même temps dans l'enfer par la soif? A Dieu ne plaise, me répondezvous; car je pense que ce sera là votre réponse. Vous saurez donc faire une bonne mort, si vous savez mener une bonne vie ; car une bonne vie est assurée d'une récompense éternelle. »

20. Le concile de Latran tenu sous Innocent III , canon 22 : a Comme les infirmités corporelles peuvent avoir le péché pour cause, puisque Notre - Seigneur dit au paralytique qu'il avait guéri : Ne péchez plus désormais, de peur qu'il ne vous arrive quelque chose de pire (Joan., V, 44); nous statuons par le présent décret , et nous ordonnons strictement aux médecins des corps , que, lorsqu'un malade les appellera, ils l'avertiront et le presseront avant tout d'appeler aussi les médecins des âmes, afin qu'ils puissent travailler plus efficacement à guérir le corps, après que l'âme elle-même aura été guérie, puisque, la cause cessant, l'effet doit cesser par-là même. Une des causes de ce décret, c'est qu'il y a des malades qui, lorsque les médecins les engagent à pourvoir au salut de leur âme, se désespèrent aussitôt ; ce qui rend le danger de mort où ils sont encore plus imminent. Que si quelque médecin vient à transgresser cette constitution, après qu'elle aura été publiée par les ordinaires des lieux , qu'il soit privé de l'entrée de l'église jusqu'à satisfaction convenable. Au surplus, comme l'âme est beaucoup plus précieuse que le corps, nous défendons aux médecins , sous peine d'anathème, de conseiller à un malade des choses qui puissent être nuisibles au salut de son âme. »

21 . Le concile de Trente, session XIV, dans la doctrine qu'il y a

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exposée sur le sacrement de l'Extrême-Onction : « Comme notre Rédempteur infiniment bon , qui a voulu pourvoir en tout temps ses serviteurs de remèdes salutaires contre tous les traits de toutes sortes d'ennemis , a préparé dans les autres sacrements de puissants secours aux chrétiens, pour qu'ils puissent se garantir pendant leur vie, et se mettre à couvert de tout ce qui porterait un notable préjudice au salut de leurs âmes ; ainsi a-t-il protégé la fin de leur course au moyen de l'Extrême-Onction , qu'il leur offre comme une défense assurée. Car, bien que l'ennemi de nos âmes épie pendant toute la durée de notre vie toutes les occasions qu'il peut trouver de dévorer nos âmes , il ne met jamais plus en jeu ses ruses et ses finesses pour nous perdre entièrement , et nous faire déchoir, s'il pouvait , de la confiance en la miséricorde de Dieu, que lorsqu'il nous voit près de sortir de ce monde. »

Ibidem j c. 22 : « L'effet réel de ce sacrement, c'est la grâce du Saint-Esprit, dont l'onction nettoie les restes du péché et les péchés mêmes, s'il en reste encore quelques - uns à expier, soulage et rassure l'âme du malade , en excitant en lui une grande confiance en la miséricorde de Dieu : confiance qui fait qu'il supporte plus aisément les incommodités de la maladie, qu'il résiste avec moins de peine aux tentations du démon, qui lui dresse des embûches particulièrement en cette extrémité , et qu'il obtienne la santé du corps, lorsque cela est expédient pour le salut de son

âme. »

22. Le concile de Nantes (1), c. 4 : a Aussitôt qu'un prêtre saura que quelqu'un de son peuple est malade, il ira le visiter; et en entrant chez lui, il lui fera par toute la chambre l'aspersion de l'eau bénite, en récitant l'antienne Asperges me* Domine, avec le verset Exurgot Deus. Il dira ensuite l'oraison Deus, qui sacerdotibus tuis tantam prœ cœteris gratiam contulisti, etc. Puis il chantera les sept psaumes , avec les prières pour les malades. Après cela, il fera sortir tout le monde de la chambre, et Rapprochant du lit où le malade sera couché, il exhortera doucement celui-ci à mettre toute son espérance en Dieu, à endurer patiemment le fléau qu'il lui envoie, et qu'il doit croire ne lui être envoyé que pour le purifier et le corriger ; à confesser ses péchés, à lui promettre son amendement pour le cas où Dieu lui rendra la santé ; à prendre l'engagement de faire pénitence pour ses fautes commises; à disposer de ses biens tandis qu'il a l'usage

(i) Ce concile est fort ancien, et remonte probablement jusqu'à l'an 6S8,

libre de sa raison ; à racheter ses péchés par des aumônes, et à pardonner à ceux qui l'auraient offensé ; à tenir fermement à la vraie foi et à la vraie religion, et à ne jamais désespérer de la miséricorde de Dieu. Après qu'il aura relevé le courage du malade par ces sortes d'exhortations et d'autres semblables, il lui donnera sa bénédiction, et se retirera ensuite, en promettant de revenir bientôt , et en lui laissant le temps nécessaire pour penser à ses péchés. »

23. S. Grégoire-le-Grand , Dialog. lib. IV, c. hS : « Il est plus sûr pour chacun de faire par soi-même, de son vivant, ce qu'on voudrait que les autres fissent pour nous après notre mort. Car il vaut beaucoup mieux sortir de ce monde libre de tous liens, que d'attendre, au moment où l'on va mourir, à être délié par d'autres de ses propres engagements. »

24. Possidonius ou Possidius, dans la Vie qu'il a donnée de saint Augustin, c. 31 : « Il avait coutume de dire à ceux avec qui il conversait familièrement, qu'un parfait chrétien, quoiqu'il ait reçu la rémission de ses péchés dans le baptême , ne doit pas pour cela sortir de ce monde sans avoir fait une pénitence proportionnée à ses crimes. ■ — Durant sa maladie, il fit écrire les sept psaumes de la pénitence sur la muraille, pour pouvoir les lire de son lit ; et il ne les lisait point sans verser beaucoup de larmes. Afin de n'être point interrompu dans ses exercices de piété, il défendit , environ dix jours avant sa mort , que qui que ce fut entrât dans sa chambre, excepté dans le temps où les médecins venaient le voir, et quand on lui apportait ses aliments. Cette défense fut ponctuellement exécutée , de sorte qu'il disposait avec liberté de tout ce temps-là pour la prière.

Ibidem, c. 27 : « Il nous avait rapporté, non sans beaucoup d'éloges , une réponse pleine de sagesse et de piété qu'avait faite l'évêque Ambroise dans les derniers moments de sa vie. Comme celui-ci se voyait entouré dans sa dernière maladie des fidèles les plus honorables de la ville de Milan qui se lamentaient devant lui de ce que l'Eglise pourrait être privée par la mort d'un si grand évêque de la dispensation de la parole de Dieu aussi bien que de celle des sacrements, et qu'ils le priaient avec larmes de demander lui-même à Dieu de prolonger ses jours, il leur répondit: « Ma vie n'a pas été telle , que j'aie honte de paraître encore » au milieu de vous; mais je ne crains pas non plus la mort, » parce que nous avons en Dieu un très-bon maître. » Notre Augustin ne se lassait pas d'admirer et de louer dans les der-

nières années de sa vie toute la sagesse et tout l'à-propos de ces paroles. Car, en disant qu'il ne craignait pas de mourir, parce que nous avons en Dieu un très-bon maître , Ambroise faisait entendre qu'on ne devait pas croire de lui qu'il présumât de la bonté de ses dispositions personnelles; et en disant que sa vie n'avait pas été telle qu'il eût honte de paraître encore au milieu de son peuple, il remerciait ceux à qui il répondait de la bonne opinion qu'ils avaient de sa personne. Comme il connaissait toute l'équité des jugements de Dieu, il avait raison de dire qu'il comptait plutôt sur la bonté de Dieu que sur ses propres mérites. Il aimait aussi à répéter dans ses prières journalières : Pardonnez-nous nos offenses, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés. Il (Augustin) aimait aussi dans les derniers temps de sa vie à rapporter le mot suivant d'un évêque son collègue et son intime ami. Quelqu'un étant venu visiter cet évêque au lit de la mort, et lui ayant réparti sur le signe que celui-ci lui avait fait de sa main que sa fin approchait , qu'il pouvait encore être nécessaire à l'Eglise, il répondit à cet ami, pour lui faire comprendre qu'il ne souhaitait point une plus longue vie : « Si je ne devais jamais mourir, à la bonne heure; mais si » je dois mourir un jour, pourquoi ne pas le faire dès à présent? » Il admirait d'autant plus l'à-propos de cette réponse, que quoique cet évêque fût très-religieux, il avait été élevé dans le village même de sa naissance, et n'avait qu'un médiocre degré d'instruction. Il citait aussi, d'après le saint martyr Cyprien, qui le rapporte lui-même dans son livre de la Mortalité de l'homme, un mot qu'un autre évêque avait prononcé dans sa maladie : « Un » de nos collègues dans l'épiscopat, écrivait ce saint martyr, » accablé par la maladie et jeté dans l'angoisse par les approches » de la mort, supplia Dieu de différer le moment de son départ. » Tout-à-coup parut un jeune homme aux pieds du moribond ; » l'éclat et la majesté de son visage commandaient le respect ; » sa taille était haute, son regard étincelant; hors le moment » où tout allait s'évanouir, nul œil mortel n'aurait pu entrevoir » sa présence. Eh quoi! dit la mystérieuse apparition, avec un » accent de reproche et presque de colère, vous craignez la » souffrance, vous refusez de quitter le monde? Que puis-je faire » pour vous (1)? »

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