‹ Le grand catéchisme de Canisius, ou, Précis de la doctrine chrétienne, appuyé de témoignages nombreux de l'Ecriture et des Pères (volume 3)Chapitre 11 sur 88 · S. Augustin, Enchirid. ad Laurentium, c. 110 (al · texte numérisé non relu

S. Augustin, Enchirid. ad Laurentium, c. 110 (al

(1) Cf. Les Pères de l'Eglise, trad. de Genoude, t. V, p. 459.

28 DES QUATRE FINS DERNIÈRES DE i/HOMME.

29) : « Ce n'est que durant cette vie que chacun se rend digne, ou de pouvoir être soulagé, ou d'être traité avec rigueur après sa mort. Que personne donc ne se flatte de pouvoir mériter de Dieu, après qu'il sera sorti de ce monde, ce qu'il aura négligé de se procurer durant la vie (1). »

26. Le même, Tract. XLÏV in Evangelium Joannis, sur ces paroles, Il viendra une nuit dans laquelle personne ne pourra agir : « Que dirons-nous donc de cette nuit si terrible, dans laquelle Jésus dit que nul ne pourra agir? Cette nuit est sans doute celle qui arrivera aux impies, et à tous ceux qui entendront prononcer contre eux cette redoutable sentence : Allez au feu éternel, qui a été préparé pour le diable et pour ses anges (Matth., XXV, 41). Mais il s'agit ici, m'objectera-t-on peut-être, de feu et de flammes, et non pas d'une véritable nuit. Ecoutez donc, et vous allez voir que la nuit n'est point exclue par la présence de ce feu dont les impies sont menacés. Car voici la sentence prononcée contre le serviteur inutile : Liez-lui les mains et les pieds, et jetez-le dans les ténèbres extérieures (Matth., XXII, 13). Que l'homme travaille donc tandis qu'il est vivant, de crainte qu'il ne soit surpris par cette nuit dans laquelle personne ne pourra travailler. Il faut présentement que notre foi soit agissante par la charité; et si nous employons de cette manière le moment présent, ce sera le jour pour nous, et ce sera Jésus-Christ qui agira en nous. Ecoutez la promesse qu'il vous fait, et gardez- vous de le croire absent : Voici, nous dit-il, que je suis avec vous (Matth., XXVIII, 20). Combien de temps le sera-t-il? N'en soyons point inquiets, nous qui vivons; si cela se pouvait, nous donnerions la même garantie à tous ceux qui viendront après nous. Voici, a-t-il dit, que je suis avec vous jusqu'à la fin des siècles. Le jour qui s'accomplit par le parcours que fait le soleil de l'orient à l'occident, n'a que peu d'heures de durée ; au lieu que le jour qui marque la présence de Jésus-Christ durera jusqu'à la fin des siècles. Mais à la suite de la résurrection des vivants et des morts , lorsqu'il aura dit à ceux qui seront placés à sa droite : Venez, les bénis de mon Père, entrez en possession du royaume; et à ceux qui seront à sa gauche : Allez au feu éternel qui a été préparé pour le diable et pour ses anges; alors se fera la nuit où personne ne peut travailler, mais où chacun recevra seulement le prix de son travail.

(1) Cf. Le Manuel de saint Augustin» dans les Traités choisis, t. H, page 461.

Autre est le temps du travail, autre est celui de la rétribution ; car Dieu rendra à chacun selon ses œuvres (Matth., XVI, 27). Faites donc, pendant que vous vivez, ce que vous avez à faire : car viendront plus tard ces ténèbres épaisses qui envelopperont les impies. Que dis-je? dès à présent chaque infidèle, quand il meurt, tombe dans cette nuit, qui ne lui permet plus d'agir. C'est au milieu de cette nuit que brûlait le mauvais riche , qui demandait une goutte d'eau au doigt du pauvre , pour rafraîchir sa langue altérée. Il gémissait, il endurait un affreux supplice, il le témoignait hautement, et personne ne le soulageait. Il aurait voulu alors faire quelque bien; car il disait à Abraham : Père{ Abraham, envoyez Lazare vers mes frères, pour qu'il leur dise ce qui se passe ici, afin qu'ils n'entrent pas eux-mêmes dans ce lieu de tourments. Malheureux, c'était pendant que tu vivais qu'il te fallait agir ; mais maintenant tu es dans la nuit , dans laquelle personne ne peut agir (1). »

27. Le même, Serm. XLVIII ad fratres in eremo (2) : « Qu'il vous sera pénible, mes frères, quand vous serez à vos derniers moments, qu'il vous sera douloureux de vous rappeler le mal que vous aurez fait et le bien que vous aurez omis! Pourquoi, sinon parce que toute l'attention de l'esprit se porte là où est le siège de la douleur ? Il se présente alors bien des obstacles qui nous empêchent de penser comme il faut à nos péchés. Car, en même temps que le corps souffre et que le mal jette l'âme dans l'affliction, il vient pour vous voir des enfants que vous aimez, et qui peut-être sont en ce moment l'occasion de votre damnation, une épouse éplorée qui augmente encore la désolation où vous êtes déjà plongé. D'ailleurs, le monde cherche encore à vous flatter d'une vaine confiance ; le démon vous tente de présomption, pour empêcher que vous ne vous repentiez de vos péchés; vous refusez vous-même de croire à votre fin prochaine;* les médecins, pour tirer plus de profit de votre maladie, s'étu-^ dient à relever votre courage; vos parents vous cajolent; les prêtres vous adressent de douces paroles, et c'est ainsi que meurt le riche déjà tout entier dans l'enfer. 0 homme, vous avez entendu ce que je viens de vous dire ; croyez que vous en ferez

(1) Cf. les Traités de saint Augustin sur V Evangile de saint Jean, tome II, p. S74-577.

(2) Ces sermons , du moins pour la plupart , ne sont pas de saint Augustin , au jugement de Baronius, de Bellarmin et de tous les érudits. y> Nat. Aux., Hi$L eccl, t. V, p. H2.

vous-même bientôt l'expérience. Je vous conjure donc de faire pénitence et de régler les affaires de votre maison, sans attendre pour cela que vous soyez accablé par la maladie. Faites ce qui doit être fait; faites votre testament tandis que vous êtes en santé, que vous êtes dans votre bon sens, que vous êtes maître de vous-même. Car si vous attendez le temps de la maladie, les menaces ou les caresses vous conduiront là où vous ne voudriez pas aller. »

28. Ibidem y Serm. LVII, qui est de mnitate sœculi, c. 1 : « Si vous voulez savoir, mes bien- aimés, quelles craintes et quelles douleurs l'âme éprouve au moment de sa séparation d'avec le corps, faites attention à ce que je vais vous dire. Les anges viennent la prendre pour la présenter à Dieu, pour l'assister devant le tribunal de ce juge redoutable ; et alors se rappelant à elle-même tout le mal qu'elle a fait, soit le jour, soit la nuit, elle est saisie de tremblement, elle voudrait fuir et demander du délai : Donnez-moi, dit-elle, encore une heure. Alors ses propres œuvres lui répondent et lui disent : C'est toi qui nous as faites ; nous sommes tes propres œuvres, nous ne te quitterons pas, nous serons toujours avec toi, nous irons ensemble au jugement. Voilà ce qui se passe dans l'âme du pécheur, qui se sépare ainsi de son corps remplie de terreurs, comme de confusion de péchés. L'âme du juste, au contraire, est sans crainte lorsqu'elle est pour se séparer de son corps; elle n'éprouve aucune frayeur, mais elle est plutôt pénétrée de joie, et tressaille d'allégresse à la pensée qu'elle va se réunir à Dieu, avec les saints anges pour escorte. Redoutez actuellement cette heure-là, mes frères, pour ne pas avoir à la redouter lorsqu'elle sera venue; précautionnezvous maintenant par rapport à elle, pour la voir arriver alors sans iniquiétude. t>

29. Hugues de Saint-Victor (1), Lib. 1 de anima, c. 2 : « Tandis que l'homme coule ses jours dans la joie, en se promettant à luimême une longue vie, et faisant de grands projets dont l'exécution demanderait de longues années, tout-à-coup le moment de sa mort arrive, et son âme est brusquement forcée de se séparer de son corps; et alors, de quelle crainte et de quelle douleur n'est-elle pas saisie! Les anges viennent la prendre, etc., » comme au témoignage précédent, jusqu'à : Nous irons ensemble au jugement. L'auteur du Livre de Vâme continue ainsi : a Les

(1) Ou bien saint Bernard ; voyez l'observation faite au bas de la page I7«

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vices lui intenteront à leur tour leurs accusations, et trouveront moyen de l'accabler de beaucoup de faux témoignages, quoiqu'il pût leur suffire des témoignages véridiques qu'ils ont à produire contre elle. Les démons, de leur côté, l'épouvanteront par leur horrible aspect; ils s'acharneront avec fureur à la poursuivre, et s'attacheront à la retenir en leur pouvoir, à moins qu'elle ne trouve un libérateur. Alors cette âme, qui ne peut plus trouver dans les organes des sens, dont l'usage est désormais paralysé, les moyens qu'elle avait autrefois de se répandre au-dehors, et de se récréer par le spectacle et la jouissance des biens extérieurs, se recueille en elle-même, et se voyant seule et dépouillée de tout, elle est saisie d'horreur, tombe dans le découragement et reste consternée. Car, comme elle avait renoncé à l'amour de Dieu pour l'amour du monde et par le désir qu'elle éprouvait des voluptés charnelles, Dieu l'abandonnera à son tour dans ce moment terrible, et la livrera aux démons pour qu'ils la tourmentent dans l'enfer. C'est ainsi que l'âme du pécheur est enlevée par la mort et séparée du corps au jour et à l'heure qu'il n'avait pu prévoir, et qu'elle s'en va pleine de misères , tremblante et désolée ; et comme elle ne peut alléguer aucune excuse pour les péchés qu'elle a commis, elle redoute le moment où elle va paraître devant Dieu ; elle frémit, agitée qu'elle est par mille pensées désolantes, tandis que les liens qui l'attachaient à son corps achèvent de se rompre, que tout l'abandonne et qu'elle touche déjà le terme où toutes ses craintes devront se réaliser, et tout-à-1'heure elle va entrer dans ce nouvel état de choses, que rien ensuite ne pourra changer. Elle voit à découvert avec quelle rigueur le juge éternel va lui prononcer sa sentence, avec quelle exactitude toutes ses fautes vont lui être reprochées. Eh! quand même elle aurait évité toutes celles qu'elle aurait connues pour telles, combien d'autres qu'elle ne connaît pas elle-même n'a-t-elle pas à craindre de s'entendre reprocher par la souveraine justice? Sa frayeur redouble, quand elle fait réflexion qu'elle n'a pas pu passer sa vie entière exempte de fautes. »

30. Ibidem, Lib. III, c. 23 : « Considérez l'état où vous mourrez, orsque succombant à la violence de la maladie et étendu sur votre couche, vous rendrez 1 ame après des efforts longs et pénibles pour échapper à ce moment fatal, en proie aux douleurs et à des craintes de toutes sortes. Alors une pâleur livide se répandra sur tous vos traits; une odeur infecte s'exhalera de votre corps, ou de ce ver de terre, devenu qu'il sera lui-même la proie des vers. Votre

âme, de son côté, se verra saisie et enlevée de ce monde par les spectres funèbres, qui l'attendent à sa sortie. De toutes parts elle entreverra avec effroi d'horribles démons. Eh! qui pourra la défendre de ces monstres tout disposés à la dévorer? Qui pourra la rassurer, lorsqu'elle verra ces monstres affreux fondre sur elle comme toute une armée? Ou qui voudra lui servir de guide dans cette région inconnue? »

31. Ibidem, Lib. IV, c. 13 : «La Prudence est chargée d'introduire certains messagers de mort, dont les avis pourront nous inviter à mettre ordre aux affaires de notre conscience. Le premier de ces messagers demande à entrer; le voilà introduit. Interrogé pour qu'on sache qui il est, d'où il vient, ce qu'il a vu, il répond qu'il ne dira rien, tant qu'on n'aura pas fait silence. Ce silence obtenu , il commence ainsi : Je suis la Crainte de la mort, et je viens vous annoncer que votre mort approche. La Prudence répond pour tous les autres , et fait cette question : Où la mort est-elle? La Pensée de la mort lui répond : Je sais qu'elle ne tardera pas à arriver et qu'elle est proche ; mais j'ignore le jour et l'heure de son arrivée. La Prudence : Et de qui est-elle accompagnée ? La Pensée de la mort : De mille démons qui portent avec eux de grands livres, des crocs et des chaînes de fer. La Prudence : Que prétendent-ils faire de tout cela? La Pensée de la mort: Dans les livres sont écrits tous les péchés des hommes, et ils revendiquent des droits sur tous ceux dont les péchés s'y trouvent inscrits. Les crocs dont ils sont armés doivent leur servir à enlever les âmes dont ils auront prouvé qu'elles leur appartiennent, pour les jeter ensuite dans l'enfer chargées de chaînes. »

32. Innocent III, Lib. H de contemptu mundi, sive de miseriâ humanœ condilionis, c. 42 : « Les méchants endurent en enfer quatre espèces de douleurs. La première, c'est le malaise corporel , qui est si grand , qu'ils n'en ont point encore éprouvé de semblable, et qu'il est tout particulier pour ce dernier moment. Il va jusqu'à porter quelques-uns à se déchirer et à se mettre eux-mêmes en pièces, quoiqu'il n'en paraisse rien audehors. Car la violence est extrême de cette séparation qui se fait entre l'âme et le corps. C'est ce qui a fait dire douloureusement au Prophète : Les douleurs de la mort m'ont environné (Ps. CXIVj 3). Car il n'y a pas dans tout le corps humain un seul membre, une seule articulation, qui ne ressente cette douleur inexplicable. La seconde douleur est celle que l'âme éprouve, lorsque le corps étant déià tout épuisé de forces, elle

voit avec beaucoup moins de peine tout le bien, mais aussi tout le mal qu'elle a fait, et qui se représente en un moment à son regard intérieur. Cette douleur est telle, que l'âme toute troublée en vient à ne pouvoir plus se supporter elle-même. C'est ce qui a fait dire au Psalmiste : Les torrents de Viniquitê m'ont rempli de trouble (Ps. XVII, 5). Car un torrent vient avec impétuosité, et on dirait qu'il va tout renverser ; et c'est de cette même manière que le bien et le mal qu'on a fait se présente, dans le moment de la mort, aux regards du mourant. La troisième douleur est celle qu'éprouve l'âme, lorsqu'elle commence à se reconnaître coupable, et qu'elle voit tous les tourments de l'enfer sur le point de fondre sur elle en punition de ses iniquités. C'est ce qui a fait dire encore au Psalmiste : Les douleurs de la mort m'ont environné, et j'ai été assiégé des maux de l'enfer (Ps. XVII, b-6). La quatrième douleur est celle que l'âme ressent, lorsqu' étant encore unie au corps qu'elle anime, elle voit les esprits malins qui s'apprêtent à l'enlever; cette douleur est si grande, ainsi que la crainte qui la produit, que cette pauvre âme, quoiqu'il soit résolu qu'elle va quitter le corps, s'obstine à ne point s'en séparer, pour pouvoir, avant de le quitter, mériter d'être exemptée de ces affreux tourments. C'est ce qui a fait dire au prophète Sophonie : On entendra sortir de la première porte un grand cri, et de la seconde des hurlements (Soph., I, 40). La première porte, c'est le moment où l'âme quitte le corps et est aussitôt enlevée par les esprits malins pour endurer entre leurs mains d'éternels supplices. La seconde porte, c'est le dernier jour où l'âme et le corps réunis seront condamnés à endurer en commun des supplices sans fin. Car, au moment où l'âme vient à être séparée du corps, il n'y a qu'elle encore qui soit punie, au lieu que l'âme et le corps seront punis tous les deux ensemble après le jugement. C'est pour cela que le Prophète a dit : Brisez-les par le double mal dont vous les frappez (Jerem., XVII, 18). »

33. S. Grégoire, Dialog. lib. IV, c. 38 : « Chrisorius, comme ne se lassait pas de le raconter Probus, son proche parent..., était un homme doué de tous les avantages du monde, mais, du reste, aussi vicieux qu'il était riche, enflé d'orgueil, passionné pour les voluptés, possédé de la fureur de s'enrichir. Mais le Seigneur ayant résolu de mettre fin à tant de désordres, lui envoya une maladie dangereuse. Bientôt réduit à l'extrémité, il vit en ouvrant les yeux, au moment où son âme allait quitter son corps, des hommes i' un aspect affreux et des esprits d'une vi. g

horrible noirceur qui se tenaient devant lui , et se disposaient à l'enlever et à l'entraîner dans le gouffre de l'enfer. Alors il se mit à trembler, à pâlir, à suer de tout son corps, et à crier grâce de toutes ses forces, en même temps qu'à appeler à grands cris son fils Maxime, que j'ai vu moi-même, lorsque j'étais au monastère, professer l'état religieux : « Maxime, hâte-toi de courir, » lui disait-il tout agité ; « je ne t'ai jamais fait de mal, viens à mon secours. » Maxime accourt tout troublé ; toute la famille s'assemble consternée. Aucun des assistants ne pouvait apercevoir les esprits malins dont il avait tant à souffrir; mais la confusion, la pâleur et le tremblement de celui qu'ils cherchaient à entraîner suffisaient pour démontrer à tout le monde leur présence. La peur qu'ils inspiraient au malheureux patient faisait qu'il se roulait dans son lit : il se couchait sur le côté gauche, ne pouvant supporter leur vue ; il se tournait du côté du mur, et toujours il les retrouvait devant ses yeux. De plus en plus réduit aux abois, et désespérant déjà d'échapper, il se mit à crier : Grâce jusqu'au matin, grâce jusqu'au matin. Mais, au milieu même de ces cris qu'il poussait, son âme se sépara de son corps avec violence. Sans doute cette affreuse vision a eu lieu non pour celui-là même qui en a été le sujet, mais pour qu'elle nous serve à nous-mêmes, nous que la patience divine attend depuis si longtemps. Car, quant à lui-même, de quoi lui a-t-il servi d'avoir vu ces horribles esprits avant sa mort, et d'avoir demandé grâce, puisque cette grâce qu'il demandait, il ne l'a pas obtenue?

34. Le même, Hom. XII in Evangelia, rapporte la même histoire de Chrisorius.

35. Le vénérable Bède, Hist. Anglorum* lib. V, c. 44 : « Il y avait dans le pays des Merciens un homme dont les visions et les paroles profitèrent à plusieurs, mais non à lui-même. Il vivait du temps de Coenred, successeur d'Edilred; c'était un laïque, engagé dans le service des armes ; mais autant il était agréable au roi pour la manière dont il remplissait ses devoirs extérieurs, autant il lui déplaisait pour sa négligence à régler sa conduite intérieure. Le roi le pressait donc souvent de se confesser et de cesser ses désordres, avant qu'une mort imprévue lui ôtât le temps de faire pénitence. Mais, quoiqu'il reçût fréquemment ces avertissements salutaires, il négligeait d'en tenir compte, se contentant de promettre de faire plus tard pénitence. Sur ces entrefaites, il tomba malade, se mit au lit, et commença à ressentir

^ vives douleurs. Le roi, qui l'aimait, étant allé le voir,

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l'exhortait vivement à faire pénitence de ses crimes au moins avant de mourir. Mais il lui répondit qu'il ne voulait pas pour le moment confesser ses péchés, mais qu'il ne le ferait que quand il serait guéri, de peur que ceux de sa profession ne lui reprochassent d'avoir fait par crainte de la mort ce qu'il avait refusé de faire en santé : il s'imaginait avoir fait preuve de force d'âme en tenant ce langage, tandis que, comme l'événement le fit voir bientôt, il n'était que le misérable jouet des ruses du démon. Sa maladie venant à s'aggraver, comme le roi entrait dans sa chambre pour l'exhorter, en même temps que pour lui faire visite, il s'écria tout-à-coup d'une voix lamentable : Que me voulezvous ? pourquoi venir ici? Vous ne pouvez plus rien faire pour mon salut. Ne dites pas cela, lui répondit le roi; tâchez de penser plus sainement. Je ne déraisonne point, lui répliqua le malade, mais j'ai devant mes yeux tous les crimes dont je me sens coupable. Eh! qu'est-ce donc, dit le roi? Il n'y a qu'un instant, reprit le malade, il est entré dans cette maison deux jeunes hommes d'une grande beauté, qui se sont assis près de moi, l'un à ma tête et l'autre à mes pieds; l'un d'eux a tiré un petit livre très-joli, mais extrêmement petit, qu'il m'a donné à lire; il contenait, comme je m'en suis convaincu en le lisant, ce que j'avais fait de bien dans toute ma vie, et qui se réduisait en tout à fort peu de chose. Ils ont ensuite repris ce petit livre sans me dire un seul mot. Mais tout-à-coup voilà qu'est accourue sur moi toute une armée d'esprits malins, plus horribles les uns que les autres, et ils ont rempli toute la maison, en même temps que le reste, qui se trouvait de trop pour entrer, se répandait autour. Alors celui d'entre eux qui semblait leur chef, tant par l'air sombre de ses traits que par la place qu'il occupait dans leurs rangs, a tiré un livre qui faisait peur à voir et d'une grandeur énorme, et en même temps d'une pesanteur telle qu'on pouvait à peine le porter, et il a ordonné à l'un de ses satellites de me le remettre à lire. En le lisant, j'y ai trouvé rapportés tous mes crimes, non-seulement d'actions et de paroles, mais encore de pensées, le tout écrit très-distinctement en caractères noirs. Et il disait aux deux jeunes hommes habillés de blanc qui se tenaient près de moi : Pourquoi restez-vous ici, puisque vous savez que cet homme est des nôtres? Ils lui ont répondu : Vous dites vrai; prenez-le, et emmenez-le avec vous pour qu'il mette le comble à votre damnation. Gela dit, ils ont disparu, et deux de ces méchants esprits se levant m'ont frappé, l'un à la tête et l'autre aux pieds, avec

les couteaux qu'ils tenaient à la main ; et encore en ce moment je sens les coups qu'ils m'ont portés pénétrer dans mes entrailles, où ils me causent des douleurs horribles, et quand les deux plaies vont se joindre, je vais mourir, pour être emporté dans l'enfer par ces démons tout prêts à m'enlever. Ainsi parlait ce malheureux plongé dans le désespoir; et, peu de temps après, il est mort pour aller subir en enfer des peines éternelles, et y faire sans fruit une pénitence qu'il a négligé de faire tandis qu'elle lui eût été si fructueuse, et qui n'aurait duré qu'un temps fort court.

» Sans doute, dirai-je de celui-ci, comme le bienheureux pape Grégoire l'a dit de certains autres (Dialog. lib. IV, c. 38, dans le témoignage qui précède immédiatement celui-ci), sans doute que cette vision a dû servir pour les autres, plutôt que pour luimême, c'est-à-dire que les autres, en faisant réflexion sur les circonstances de sa mort, ont dû craindre de remettre à faire pénitence à un autre temps, tandis qu'ils pouvaient la faire à l'heure même, et de mourir dans l'impénitence en se laissant surprendre par la mort. Si cet homme a vu les bons et les mauvais esprits lui présenter les uns après les autres des livres différents, c'est que Dieu l'a permis pour que nous nous souvenions que nos actions et nos pensées ne sont jamais perdues, mais que tout demeure pour être discuté par le souverain juge, et pour nous être reproché ou rappelé à la fin, soit par les bons anges, soit par les mauvais. Si c'est le livre blanc qui a été présenté le premier par les bons anges, puis le livre noir par les démons, le premier très-petit, le second d'une grosseur énorme, c'est pour nous faire remarquer que cet homme avait fait dans son premier âge tout ce qu'il avait fait de bien, mais que tout ce bien avait été obscurci par tout le mal qu'il avait fait ensuite. Si, au contraire, après avoir fait le mal dans son enfance, il s'en était corrigé dans sa jeunesse, s'il l'avait effacé devant Dieu par le bien qu'il aurait accompli sur la fin de sa vie , il pourrait être compté au nombre de ceux dont le Psalmiste a dit : Heureux ceux dont les iniquités leur sont par données, et dont les péchés sont couverts (Ps. XXXI, 1). J'ai cru bien faire de raconter cette histoire simplement comme je l'ai apprise du saint évêque Pethelme, pour le bien spirituel de mes lecteurs ou de mes auditeurs. »

36. Ibidem, c. 1S : <t Je connais un moine, que je voudrais bien n'avoir jamais connu, et dont je pourrais même dire le nom, si cela servait à quelque chose; il habitait un monastère fort régulier, quoiqu'il menât lui-même une vie fort irrégulière. Ses

confrères ne se lassaient pas de l'avertir charitablement, et ses supérieurs ne lui ménageaient pas non plus les remontrances ; et quoiqu'il refusât de les écouter, on le souffrait patiemment dans la communauté, où son industrie le rendait nécessaire; car il était fort habile ouvrier. Or il avait une forte passion pour le vin, comme pour tout le reste de ce qui accommode surtout les gens qui vivent dans le relâchement, et il aimait mieux passer le jour et la nuit dans son atelier, que de chanter ou de prier à l'église, ou que d'entendre avec le reste de la communauté la parole de vie. Aussi lui est-il arrivé ce qu'on dit ordinairement, que celui qui ne veut pas entrer de bon gré dans l'Eglise en s'humiliant volontairement, entrera de force dans l'enfer en subissant malgré lui sa condamnation. En effet, ayant été atteint d'une maladie grave, et se trouvant réduit à l'extrémité, il appela ses confrères, et d'un air désolé où on lisait d'avance sa damnation prochaine, il leur dit qu'il voyait l'enfer ouvert, Satan plongé au fond du tartare, et Caïphe avec les autres qui avaient fait mourir Notre- Seigneur, et tous ensemble livrés aux flammes vengeresses. Hélas! ajoutait-il, malheureux que je suis, je vois la place qui m'est préparée près d'eux tous pour l'éternité. Les moines, entendant ces paroles, s'empressèrent de l'exhorter à faire pénitence, tandis que son âme était encore unie à son corps. Mais il leur répondait avec désespoir : Il n'est plus temps pour moi de changer de vie, puisque j'ai vu mon jugement déjà tout prononcé. En disant ces mots, il rendit l'âme sans avoir reçu le viatique du salut, et on inhuma son corps dans un coin retiré du monastère, sans que personne osât dire des messes, ou chanter des psaumes, ou même prier pour lui. Oh ! quelle distance infinie Dieu a mise entre la lumière et les ténèbres! Le premier martyr, saint Etienne, sur le point de donner sa vie pour la vérité, vit les cieux ouverts, Dieu dans sa gloire, et Jésus se tenant à la droite de Dieu, et avant même de mourir, il put contempler des yeux de l'esprit la place glorieuse qui lui était destinée, pour être encouragé par-là à souffrir avec plus de joie. Au contraire, cet ouvrier, habile seulement dans les œuvres de ténèbres, vit au moment de mourir l'enfer ouvert, la damnation que subit le diable avec ceux qui se mettent de son parti ; il vit aussi le cachot qui lui était destiné parmi de tels complices, pour que sa mort non-seulement n'en fût que plus déplorable pour lui-même, dont le salut était désespéré, mais servît en même temps de leçon aux autres qui viendraient à en avoir connaissance. Ce fait est récent, et a eif

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lieu dans le pays de Bernicie; le bruit s'en est répandu au loin, et a engagé beaucoup de personnes à faire pénitence de leurs fautes sans plus de retard. Puisse la lecture qu'on fera de ce récit produire le même effet! »

37. S. Grégoire-le-Grand , Dialog. lib. IV, c. 11, raconte de la manière suivante la mort du prêtre Ursin : « Il se mit à crier avec des transports de joie : Soyez les bienvenus, mes seigneurs, soyez les bienvenus ; pourquoi me faire cet honneur, à moi qui suis si peu de chose, de daigner me visiter? Je viens, je viens. Grâces vous soient rendues, grâces vous soient rendues. Comme il ne cessait de répéter ces mots, ses amis qui l'entouraient lui demandaient qui étaient ceux à qui il adressait ces paroles. Il leur répondit ravi d'admiration : Ne voyez-vous pas les saints apôtres ici rassemblés? n'apercevez-vous pas saint Pierre et saint Paul, les premiers des apôtres? Puis se tournant vers les objets de sa vision, il disait : Voici que je viens, voici que je viens ; et il rendit l'âme au milieu de cette même extase, montrant par sa promptitude à suivre les saints apôtres, que c'étaient vraiment eux qu'il avait vus. Souvent il arrive ainsi aux justes de jouir au moment de leur mort de la vision de quelque illustre saint, afin d'être prémunis contre la crainte que pourrait leur causer la mort même, qui est après tout la peine du péché, et de quitter sans peine la prison de leurs corps, en voyant la bienheureuse société à laquelle ils doivent être réunis. »

38. Dans les chapitres suivants, saint Grégoire rapporte encore plusieurs autres semblables apparitions de saints.

39. S. Cyprien, Lib. de mortalitate, dit entre autres motifs qu'il fait valoir pour nous engager à ne pas craindre la mort : « Quel étrange aveuglement d'esprit, quelle démence de nous complaire dans les larmes , dans les angoisses , dans les tribulations du monde, au lieu de nous élancer vers des béatitudes que rien ne pourra plus nous ravir!

» D'où vient cette indifférence, mes bien-aimés? C'est que la foi est morte ; c'est que l'on ne croit point aux oracles de Dieu , dont l'infaillible parole demeure éternellement Ainsi le pensait le bienheureux apôtre Paul, lorsqu'il écrivait dans une de ses épîtres (Phil., 1, 21) : Le Christ est ma vie, et la mort m'est un gain. Oui, gain incomparable selon lui, que de n'être plus enlacé dans les filets du monde , de n'être plus l'esclave de la chair ! Gain immense, que d'être affranchi pour toujours des misères de cette vie, d'être arraché à la dévorante avidité du

démon, et d'aller, docile à la voix du Christ, s'enivrer à la source des éternelles béatitudes!

» Oui, qu'il craigne de mourir, celui-là seul qui, n'ayant pas été régénéré par l'eau et par l'esprit, est promis aux flammes de l'enfer ! qu'il craigne de mourir, celui qui n'est pas marqué du signe de la rédemption! qu'il craigne de mourir, celui qui passera de la mort du temps à la mort de l'éternité , sortant ainsi de ce monde passager pour tomber dans des tourments sans fin ! qu'il craigne de mourir, celui qui, par un délai de quelques jours, ne

gagne qu'un sursis à son désespoir et à ses lamentations ! Le

jugement divin saisit l'homme dans l'état où il le trouve à sa

dernière heure Quelle étrange inconséquence! quel oubli de

toute raison ! Nous disons à Dieu : Que votre volonté soit faite , et quand il nous retire de ce monde pour nous appeler à lui , nous ne cédons que malgré nous à la manifestation de cette même volonté. Nous nous débattons violemment contre elle ; esclaves fugitifs que l'on ramène au joug, nous paraissons devant notre maître avec des regrets et des larmes , arrachés du siècle par une force irrésistible plutôt que par l'amour et la soumission ; et après cela nous demandons des récompenses et des palmes à ce même Dieu devant lequel la nécessité toute seule nous a traînés! A quoi bon nous écrier : Que le royaume des deux nous arrive , si cette prison terrestre a tant de charmes pour nous ? Pourquoi, dans des prières ferventes et incessamment renouvelées, conjurer Dieu de hâter le jour de son règne, si tous nos vœux, tous nos penchants nous inclinent à ramper ici-bas sous la servitude du démon, au lieu d'aspirer à régner là-haut avec le Christ?

» Voulez -vous enfin des témoignages plus évidents d'une sagesse providentielle , et une preuve plus convaincante que ce Dieu, maître de l'avenir, envoie aux siens ce qui convient le mieux à leur salut? Ecoutez : Un de nos collègues dans l'épiscopat, accablé par la maladie et jeté dans l'angoisse par les approches de la mort, supplia Dieu de différer le moment de son départ. Tout-à-coup parut aux pieds du moribond un jeune homme ; l'éclat et la majesté de son visage commandaient le respect ; sa taille était haute, son regard étincelant ; hors le moment où tout allait s'évanouir, nul œil mortel n'aurait pu entrevoir sa présence. « Eh quoi! dit la mystérieuse apparition avec » un accent de reproche et presque d'indignation, vous craignez » la souffrance, vous refusez de quitter le monde. Que puis-je » faire pour vous? » C'était dire à ces âmes tremblantes devant

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la persécution, et peu empressées d'aller rejoindre le Seigneur, que leurs regrets par rapport à la vie présente ne sont pas écoutés quand il s'agit de pourvoir aux intérêts de leur éternité. Notre frère, notre collègue, entendit à la dernière heure ces paroles qui s'adressaient à d'autres , mais qu'il avait mission de répéter ; car c'est à nous, et non point à lui, que le conseil s'adressait. La vie allait lui échapper : qu'avait-il à apprendre pour son compte? Mais cet évêque, réprimandé pour avoir sollicité quelques jours de sursis, leçon vivante exposée à tous les regards, nous éclairait sur nos intérêts véritables.

» La mort dans le temps est le passage à l'éternité ; point d'autre moyen pour y arriver que de sortir de ce monde. Disons mieux : ce n'est point là sortir, mais seulement, après un voyage de quelques jours , entrer dans les tabernacles de l'éternité. Qui donc ne se hâterait d'entrer dans un séjour meilleur? Qui n'aspirerait à devenir semblable au Christ, à revêtir une glorieuse transformation, et à posséder promptement la gloire de l'immortalité, suivant cette parole de l'Apôtre (Philip., III, 20-21) : Vivant déjà dans le ciel, c'est de là que nous attendons le Sauveur Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui transformera notre corps, tout vil et abject qu'il est, en le rendant conforme à son corps glorieux...? Qu'il demande à vivre longtemps dans le monde, celui à qui le monde plaît, celui qu'il invite et retient par ses perfides voluptés. Mais toi, chrétien , qui hais le monde, pourquoi aimerais-tu qui te hait? Pourquoi le préférer à Jésus-Christ, qui t'a racheté et qui t'aime?

» Transporté sur la terre étrangère , le voyageur s'empresse de regagner le pays natal; le navigateur qui fait route vers sa patrie, demande aux vents d'enfler les voiles et de le pousser rapidement dans les bras de ceux qu'il chérit. Le ciel est notre patrie, volons pour y arriver. Les patriarches sont nos pères ; courons saluer au plus tôt nos augustes devanciers ! Nous sommes impatiemment attendus; une troupe nombreuse de proches, des pères, des mères, des fils, des frères, rassurés désormais sur leur éternelle destinée, mais encore inquiets sur la nôtre, nous tendent les bras et soupirent après nous (1). »

40. S. Ambroise, Lib. de bono mortis, c. 2 : « Trois sortes de morts. La première, la plus réelle, la mort du péché, qui tue l'âme, selon ce qui est écrit dans Ezéchiel (XVIII, 20) : L'âme qui pèche mourra; la mort mystique, dont parle saint Paul dans son

(i) Cf. Les Pères de l'Eglise} t. V, trad. de Genoude.

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épître aux Romains , par laquelle on meurt au péché afin de ne vivre que pour Dieu ; et la mort naturelle, qui termine la vie par la séparation de l'âme avec le corps. La première ne peut être considérée que comme un très-grand mal; la seconde, que comme un très-grand bien; la troisième peut être envisagée diversement : les justes la désirent, les méchants la redoutent avec raison , comme devant être le commencement de leur supplice. Quoiqu'elle délivre tous les hommes également des liens du corps , peu cependant la désirent ; ce qu'il faut imputer, non à la mort elle-même, mais à notre faiblesse, qui s'accommode facilement des plaisirs des sens et des délices de cette vie, et qui voit avec effroi en approcher la fin, bien que la vie présente nous offre plus de chagrins que de consolations.....

» Pourquoi tant désirer de rester dans une vie, où plus elle se prolonge, plus le poids de nos péchés s'aggrave? »

41 . Ibidem, c. 3 : a La mort est donc la séparation de l'âme et du corps. Enfin, nous avons appris de l'Apôtre, qu'il nous est beaucoup plus avantageux d'être dégagé des liens du corps et d'être avec Jésus-Christ (Philip., I, 23). Et cette séparation, que fait-elle autre chose que de dissoudre nos organes et d'établir notre corps dans le repos , et de faire entrer aussi l'âme dans son repos, et si cette âme aime Jésus-Christ, de la mettre à même de se réunir à lui? Qu'ont donc à faire les justes dans la vie présente, que de s'affranchir de ces vaines pensées terrestres qui sont pour nous comme des liens, de se séparer autant qu'ils le peuvent de ces choses importunes, de renoncer aux voluptés et à la luxure, et de se mettre en garde contre le feu impur de la passion ? »

42. Ibidem, c. 4 : « De toutes manières, la mort est donc un bien , et parce qu'elle sépare et pacifie ce qui était en guerre, et parce qu'elle est comme un port où, après avoir lutté contre les tempêtes de la vie présente, on peut trouver un asile et un repos assurés ; et parce qu'elle n'empire point notre état , mais qu'elle le remet tel qu'elle le trouve au jugement à venir ; qu'elle en assure même la stabilité, qu'elle le sauve des vicissitudes de la vie présente, et qu'elle nous console par la juste attente des biens éternels. Si nous nous rappelons que Dieu n'a point fait la mort, mais qu'elle est la juste sentence portée contre la prévarication du premier homme , qui , sorti de la poussière , a dû retourner en poussière, nous verrons que la mort met fin au péché, et empêchement à ce que nos fautes se multiplient à me* sure que notre vie se prolongerait. »

43. Ibidem, c. 7 : « Ce n'est pas la mort qui est amère, elle n'est amère que pour l'impie; mais au fond, la vie est plus amère que la mort. Car il est plus fâcheux de vivre pour pécher que de mourir au péché, puisque l'impie ne prolonge ses jours que pour pécher davantage ; s'il meurt au contraire , il cesse de pécher.

» Nous aimons en général que nos péchés nous soient pardonnés. Si c'est pour nous en corriger, nous avons raison ; si c'est pour y persévérer, c'est une sotte extravagance. Dans ce cas, il vaudrait mieux subir tout de suite notre condamnation, que de multiplier des péchés qui l'aggraveront encore. »

44. Ibidem, c. 8 : « Si la mort passe pour terrible aux yeux des vivants, ce n'est pas la mort elle-même qui est terrible, mais bien l'idée qu'on se forme de la mort, que chacun apprécie d'après la manière dont il est affecté , ou qu'il redoute selon le témoignage que lui rend sa conscience. Que chacun accuse donc ici le mauvais état où il se trouve lui-même , plutôt que la mort qui ne fait qu'y mettre ordre. Enfin, la mort est un port tranquille pour les justes ; elle n'est un naufrage que pour les méchants. Si la crainte de la mort nous est à charge , ce n'est pas la mort elle-même qui nous est à charge, mais c'est de vivre sous le poids de la crainte que nous en avons. Il n'y a rien dans la mort qui soit à craindre pour nous , s'il n'y a rien à craindre dans les actes de notre vie. Les insensés redoutent la mort comme le plus grand des maux ; les sages l'envisagent au contraire comme le terme de leurs maux, et comme le repos qui succède au travail. »

45. Ibidem, c. 12 : « Appuyés sur d'aussi solides espérances, allons sans crainte vers Jésus-Christ, notre rédempteur. Allons d'un pas ferme vers l'assemblée des patriarches; marchons, lorsque le jour en sera venu, vers Abraham, notre père, en cette assemblée des saints et des justes , où nous trouverons nos pères et ceux qui nous ont instruits dans la foi ; et si nos œuvres font défaut , que du moins notre foi y supplée et nous garantisse la possession de notre héritage. »

Question III.

Quels avertissements l'Ecriture nous donne-t-elle au sujet du jugement que nous avons à subir?

C'est une chose terrible que de tomber entre les mains du Dieu vivant, et du Christ établi juge des vivants et des morts, au tribunal de qui nous aurons tous à comparaître, pour y rendre

compte de chacune de nos actions. Car Dieu fera rendre compte en son jugement de toutes les fautes commises, et de tout te bien comme de tout le mal que chacun aura fait. C'est pourquoi l'attente de ce jugement inspire de la frayeur, non-seulement aux pécheurs, mais souvent aussi aux saints eux-mêmes. Elle en inspirait à David, par exemple, lorsqu'il adressait à Dieu cette fervente prière : N'entrez point. Seigneur, en jugement avec votre serviteur. Elle en inspirait également à Job, quelle que fut l'innocence de sa vie , lorsqu'il exprimait dans les termes suivants les sentiments dont il était affecté : Que ferai-je, quand Dieu se lèvera pour me juger; et lorsqu'il me demandera compte de ma vie, qu'aurai- je à lui répondre... ? J'ai toujours craint Dieu comme des flots suspendus au-dessus de moi, et je n'ai pu en supporter le poids. . . Je tremblais à chaque action que je faisais, sachant que vous ne pardonnez pas à celui qui pèche.

Et en effet il est bien à redouter, ce juge dont on ne peut ni éluder le pouvoir, ni mettre la sagesse en défaut, ni corrompre l'équité, ni décliner le jugement; ce juge dont il est écrit : La jalousie et la fureur de l'homme (c'est-à-dire de F Homme-Dieu) ne pardonnera point au jour de la vengeance; il ne se rendra aux prières de personne, et il ne recevra point pour satisfaction les prêsents, quels qu'ils soient, qu'on pourra lui faire; ce juge qui, pour que personne n'en prétende cause d'ignorance, a pris soin de prévenir tous les hommes, dans les termes que nous allons dire, du jugement qu'il portera sur nous et du caractère qu'il déploiera à nos yeux : Quand le temps sera venu, je jugerai les justices mêmes. — C'est moi qui suis le Seigneur, qui sonde les cœurs et qui éprouve les reins; qui rends à chacun selon sa voie, et selon le fruit de ses pensées et de ses œuvres... Je viens pour recueillir toutes leurs œuvres et toutes leurs pensées, et pour les assembler avec tous les peuples, de quelque pays et de quelque langue qu'ils puissent être; ils comparaîtront tous devant moi, et ils verront ma gloire.

Quant au jour du jugement dernier, jour que l'Ecriture appelle le jour du Seigneur, le jour de colère, le grand jour, le jour terrible, voici ce qu'en dit l'apôtre saint Pierre : Comme un larron vient dans la nuit, ainsi le jour du Seigneur viendra tout d'un coup ; et alors, dans le bruit d'une effroyable tempête, les deux passeront, les éléments embrasés se dissoudront, et la terre sera brûlée avec tout ce qu'elle contient. Puis donc que toutes ces choses doivent périr, quels devez-vous être, et quelle doit être la sainteté de votre vie, et la piété de vos actions , en attendant et hâtant par vos désirs l'avènement

du jour du Seigneur, où V ardeur du feu dissoudra les cièux et fera fondre tous les éléments !

Mais pour nous concilier la clémence de ce juge souverain, et changer en un jour heureux pour nous ce jour où passeront le ciel et la terre, suivons cet excellent conseil du sage : Usez du remède avant la maladie. Interrogez-vous vous-même avant le jugement, et vous trouverez grâce devant Dieu. — Si nous nous jugions nous-mêmes, assurément nous ne serions point jugés. — Celui qui craint le Seigneur se trouvera heureux à la fin de sa vie, et il sera béni au jour de sa mort (III).

TÉMOIGNAGES DE L'ÉCRITURE

4 . Hébreux, Xy 31 ; comme dans le corps de la réponse. 2. II Corinthiens, V, 10 : « Nous devons tous comparaître devant le tribunal de Jésus-Christ, afin que chacun reçoive ce

çuomodô Scriptura dejudicio admonet?

Uorrendum est incidere in manus Dei viventis, Christique judicis, ante cujus tribunal nos omnes oportet manifestari , et unumquemque rationem pro seipso reddere:

Cuncta enhn, quse fiunt, adducet Deus injudicium pro omni errato,$ive bonum, sive malum sit. Quare non modo peccatoribus, sed etiam saepè sanctis judicii hujus terribilis est exspectatio. Timuit hinc David, ut sollicité roget : Ne intres in jiidicium cum servo tuo Domine. Timuit et Job quanturavis innocens, suumque timorem his verbis ostendit : Quid faciam, cùm surrexerit ad judicandum Deus ? et cùm quxsierit, quid respondebo illi ? Semper quasi tumentes super me fluctus timui Deum , et pondus ejus ferre non potui.

Verebar omnia opéra mea, sciens quod non parceres delinquenti.

Ac verô metuendus est Judex ille, cujus non licet potestatem effugere, sapientiam fallere, aequitatem flectere, judicium retractare. De quo ità. scriplum extat : Zelus et furor viri (Christi judicis scilicet) non parcet in die vindicte, nec acquiesce!

cujusquam precibus, nec suscipiet pro redemptione dona plurima. Qui de seipso etiam suoque judicio (ne quis sit inscius) hoc omnibus pronunciavit : Cùm accepero

tempus, egojustitiasjudicabo. Ego Domi* nus scrutans cor et probans renés : qui do unicuique juxta viam suam, et juxta fructum adinventionum suarum. Ego opéra eorum et cogitationes eorum venio, ut congregem3 cum omnibus gentibus et linguis : et venient et videbunt gloriam meam.

Caeterum de judicii extremi die, qui et dies Domini, dies irœ, dies magnus et horribilis in Scriptura dicitur, apostolus Petrus docet in hune modum : Adveniet dies Domini sicut fur, in quo cœli magno impetu transient, elementa verô calore solventur : terra autem et omnia quse in ipsâ sunt opéra exurentur. Cùm igitur hœc omnia dissolvenda sint, quales oportet vos esse in sanctis conversationibus et pietatibus, expectantes et properantes in adventum diei Domini, per quem cœli ardentes solventur, et elementa ignis ar« dore tabescent!

Ut verô tune clementem judicem Christum, acdiem,quo cœlum et terra transibunt, nobis laetum habeamus, praaclarum est hoc consilium Sapientis : Ante languorem adhibe medicinam, et ante judicium in* terroga teipsum, et in conspectu Dei inventes propitiationem. — Si enim nosmet* ipsos dijudicaremus , non utique judica* remur. — Timenti Deum, benè erit in extremis, et in die defunclionis sues benedicetur.

qui est du aux bonnes ou aux mauvaises actions qu'il aura faites pendant qu'il aura été revêtu de son corps. »

3. Romains, XIV, 10-12 : « Nous comparaîtrons tous devant le tribunal de Jésus-Christ, selon cette parole de l'Ecriture : Je jure par moi-même, dit le Seigneur, que tout genou fléchira devant moi, et que toute langue confessera que je suis Dieu. — Ainsi chacun de nous rendra compte à Dieu de soi-même. »

4. Luc, XVI, 2 : « Rendez compte de votre administration; car dorénavant vous ne pourrez plus administrer mon bien. »

5. Id., XII, 48 : « On demandera beaucoup à celui à qui on aura donné beaucoup, et on fera rendre un compte plus sévère à celui à qui on aura confié davantage. »

6. Id., XIX, 18-24 : « Le second étant venu, lui dit : Seigneur, votre marc en a produit cinq autres. — Son maître lui dit : Vous aurez aussi l'autorité sur cinq villes. — - Il en vint un troisième qui lui dit : Seigneur, voici votre marc que j'ai tenu enveloppé dans un mouchoir ; — car j'ai eu peur de vous, sachant que vous êtes un homme sévère, qui redemande ce qu'il n'a point donné, et qui recueille ce qu'il n'a point semé. — Son maître lui répondit : Méchant serviteur, je vous condamne par votre propre bouche. Vous saviez que je suis un homme sévère, qui redemande ce qu'il n'a point donné, et qui recueille ce qu'il n'a point semé; — pourquoi donc n'avez- vous pas mis mon argent à la banque, afin qu'à mon retour je le retirasse avec les intérêts? — Alors il dit à ceux qui étaient présents : Otez-lui le marc qu'il a, etc. »

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