‹ Le grand catéchisme de Canisius, ou, Précis de la doctrine chrétienne, appuyé de témoignages nombreux de l'Ecriture et des Pères (volume 3)Chapitre 31 sur 88 · là. , VU y 21 ; comme dans le corps de la réponse · texte numérisé non relu

là. , VU y 21 ; comme dans le corps de la réponse

55. là., XlXy 16-17 : « Quelqu'un s'approchant de lui, lui dit : Bon maître, quel bien faut-il que je fasse pour acquérir la vie éternelle? Jésus lui répondit : Pourquoi me demandez-vous ce qui est bon? Il n'y a que Dieu qui soit bon. Si vous voulez entrer dans la vie, gardez les commandements. »

56. là. y XXV, 20-23 : « Celui qui avait reçu cinq talents, s'approchant, en présenta cinq autres, et dit : Seigneur, vous m'aviez donné cinq talents, en voilà cinq autres que j'ai gagnés

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en plus. — Son maître lui répondit : Fort bien, bon et fidèle serviteur : puisque vous avez été fidèle dans de petites choses, jo vous établirai sur de plus grandes; entrez dans la joie de votre maître. — Celui qui avait reçu deux talents s'approcha aussi et dit : Seigneur, vous m'avez donné deux talents; en voici deux autres que j'ai gagnés. — Son maître lui répondit : Fort bien, bon et fidèle serviteur: puisque vous avez été fidèle dans de petites choses, je vous établirai sur de plus grandes ; entrez dans la joie de votre maître. »

57. Apocalypse, II, 7, 10-11 , 17, 26-28 : « Que celui qui a des oreilles pour entendre, entende ce que l'Esprit dit aux églises : Je donnerai au vainqueur à manger du fruit de l'arbre de vie, qui est au milieu du paradis de mon Dieu. — Soyez fidèle jusqu'à la mort, et je vous donnerai la couronne de vie. — Celui qui sera victorieux ne recevra point d'atteinte de la seconde mort. — Je donnerai au vainqueur la manne cachée, et je lui donnerai encore une pierre blanche, sur laquelle sera écrit un nom nouveau, que personne ne connaît que celui qui la reçoit. — Et quiconque aura vaincu et aura persévéré jusqu'à la fin dans mes œuvres, je lui donnerai puissance sur les naiions. — Il les gouvernera avec un sceptre de fer, et elles seront brisées comme un vase d'argile, — selon que j'en ai reçu moi-même le pouvoir de mon Père; et je lui donnerai l'étoile du matin. »

58. M., III, 5, 12, 21 : a Celui qui sera victorieux, sera ainsi velu d'habits blancs; et je n'effacerai point son nom du livre de vie ; et je confesserai son nom devant mon Père et devant ses anges. — Quiconque sera victorieux , je ferai de lui une colonne dans le temple de mon Dieu, et j'écrirai sur lui le nom de mon Dieu, et le nom de la ville de mon Dieu, de la nouvelle Jérusalem , qui descend du ciel , venant de mon Dieu , et mon nom nouveau. — Celui qui sera victorieux, je le ferai asseoir avec moi sur mon trône, comme je me suis assis moimême avec mon Père sur son trône, après avoir remporté la victoire. »

59. là., VII, 14-1 S : « Je lui répondis : Seigneur, vous le savez. Et il me dit : Ce sont ceux qui sont venus ici, après avoir passé par la grande tribulation, et qui ont lavé et blanchi leurs robes dans le sang de l'Agneau. — C'est pourquoi ils sont devant le trône de Dieu , et ils le servent jour et nuit dans son temple; $t celui qui est assis sur le trône les couvrira comme une tente. »

CO. Id., XXI, 27 « u 11 n'y entrera rien de souillé, ni aucun

de ceux qui commettent l'abomination ou le mensonge; mais ceux-là seulement qui sont inscrits dans le livre de vie de T Agneau. »

TÉMOIGNAGES DE LA TRADITION

4. S. Augustin, Serm. XXXVII de sanctis, sive Serm. I de festo omnium sanctorum (1) : « L'ineffable et immense bonté de Dieu a voulu aussi que le temps des travaux et des combats ne fût pas long, et surtout ne s'étendît pas dans l'éternité, mais qu'il fût court et pour ainsi dire momentané , en sorte que ces combats et ces travaux ne durassent que le temps de cette vie passagère, et que l'éternité fût au contraire la mesure de la durée des couronnes et des récompenses ; que les travaux eussent bientôt leur fin, et que les récompenses n'eussent point de terme

» Considérons donc le bonbeur indicible de cette cité , autant qu'il est donné à l'homme de le faire ici-bas ; car, de le faire comprendre tel qu'il est dans la réalité , c'est à quoi est impuissant le langage humain. C'est de ce bonheur qu'il est dit quelque part, que la douleur, la tristesse et les gémissements en seront bannis (Isaïe, XXXV, 10). Quoi de plus heureux que cet état de vie, où il n'y a ni pauvreté à redouter, ni maladie à craindre? Personne n'y souffre de dommage, personne ne s'y met en colère , personne n'y porte envie à son prochain. Là, nulle cupidité, nulle sensualité, nul désir des honneurs, nulle ambition du pouvoir. Là, nulle tentation à essuyer de la part du démon, rien à craindre de ses embûches , rien à appréhender de l'enfer. Là, rien à redouter, ni pour l'âme ni pour le corps, des atteintes de la mort ; rien qui puisse altérer le bonheur d'une immortelle vie. Là, plus de discorde, mais partout une parfaite harmonie et un parfait accord ; tout dans l'union, la paix et le repos. Là une lumière indéfectible, non telle que celle qui nous éclaire ici-bas, mais une lumière d'autant plus brillante , qu'elle éclaire un séjour plus fortuné; car cette cité, comme le dit l'écrivain sacré, n'a aucun besoin de la lumière du soleil, mais le Seigneur tout-puissant r éclairera lui-même, et son flambeau, ce sera l'Agneau (Apoc.j XXI, 23). Les saints y brilleront comme des étoiles dans V éternité,

(1) Ce sermon a plutôt pour auteur, ou le V. Bède, comme le suppose le Bréviaire romain , ou Alcuin , comme on le soupçonnait au siècle de Ganisius. V. Nat. Alex., Hisi, eccJ,, t. Y, p. 111.

vu 10

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et ceux qui enseignent la justice à plusieurs seront comme la splendeur du firmament (Dan., XII, 3). Il n'y aura donc là ni nuit, ni ténèbres , ni nuages , ni rigueur de l'hiver, ni ardeur de l'été, mais la température y sera telle, que ni l'œil n'a vu, ni l'oreille ' n'a entendu , ni l'esprit de l'homme n'a jamais rien compris de semblable, si l'on excepte ceux qui sont trouvés dignes d'en jouir, dont les noms sont écrits dans le livre de vie, qui ont lavé leurs robes dans le sang de l'Agneau, qui sont devant le trône de Dieu et le servent jour et nuit (Apoc, VII, 15). Il n'y a là ni vieillesse, ni infirmités de la vieillesse; tous y sont parvenus à Vêlât d'un homme parfait) à la mesure de Vâge et de la plénitude, selon laquelle Jésus-Christ doit être formé en nous (Ephes., IV, 13). Mais ce qui surpasse tout cela , c'est d'être uni de société avec les anges et les archanges, avec les trônes et les dominations, avec les principautés et les puissances , avec toutes les vertus célestes ; de voir de près l'armée des saints, plus brillante que celle des astres ; les patriarches , dont la foi fait aujourd'hui la gloire ; les prophètes , dont l'espérance comblée fait la joie ; les apôtres, jugeant l'univers entier sous l'emblème des douze tribus d'Israël; les martyrs, tout resplendissants de l'éclat des couronnes pourprées qui sont le prix de leur victoire; les chœurs des vierges, portant dans leurs mains leurs guirlandes d'une éclatante blancheur. Quant au monarque qui siège au milieu de toute cette multitude , aucune expression ne saurait donner l'idée de sa gloire. C'est une beauté , une puissance, une majesté qui est au-dessus de tout langage , et qui surpasse même tout sentiment. La gloire même des saints n'offre rien qui en approche, et la souveraine félicité consistera à jouir de sa vue , et à être illuminé de ses splendeurs. Et quand même il nous faudrait souffrir des tourments journaliers, et même quelque temps ceux de l'enter, pour pouvoir jouir enfin de la vue de Jésus-Christ venant dans sa gloire, et pour être associé au nombre de ses saints, serait-ce trop d'endurer tous les maux les plus pénibles, pour mériter d'entrer en possession de tant de gloire et de bonheur? Qu'elle sera grande, mes bien-aimés, cette gloire des justes! qu'elle sera pleine d'ivresse, cette joie des saints, lorsque chacun d'eux brillera comme le soleil , et que le Seigneur, après avoir distribué en divers ordres tout son peuple , donnera à chacun la récompense promise, des biens célestes en échange des biens terrestres dont ils auront fait le sacrifice, des biens éternels pour des maux temporels, des biens immenses pour de légères priva-

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tions ; qu'il introduira les saints dans le royaume de son Père, et les fera s'asseoir au plus haut des cieux, pour être lui-même tout en tous (I Cor., XV, 28), pour faire partager à ses amis toutes les gloires de sa propre immortalité, pour rouvrir le paradis à ceux qu'il a rachetés de son sang , et leur donner le royaume des cieux en acquittement de ses divines promesses. Ah ! pénétrons-nous comme il faut de ces vérités ; croyons-les d'une ferme foi; attachons-nous-y de tout notre cœur ; n'épargnons ni peines ni travaux pour nous procurer les biens qu'elles nous annoncent. Pour les obtenir, notre concours est absolument nécessaire ; car le royaume des deux souffre violence (Matth., XI, 12). Pour acquérir ce royaume des cieux, vous n'avez point, ô homme, d'autre prix à offrir que vous-même. Il vaut bien tout ce que vous êtes. Donnez- vous vous-même , et vous l'aurez en possession. Quoi! vous vous récriez à cette demande! Mais Jésus- Christ s'est bien livré lui - même pour faire de vous sa conquête et vous gagner à son Père ; donnez- vous à lui semblablement, pour qu'il règne en vous ; au lieu de laisser régner le péché dans votre corps mortel (Rom., VI, 12), faites régner l'esprit qui vous fera vivre de la véritable vie. »

2. S. Cyprien, Lib. de mortalitate : « Le ciel est notre patrie : empressons-nous de l'aller voir. Les patriarches sont nos pères ; courons saluer nos augustes devanciers. Nous sommes impatiemment attendus; une troupe nombreuse de proches, nos pères, nos mères, nos fils, nos frères, rassurés désormais sur leur étemelle destinée , mais encore inquiets sur la nôtre , nous tendent les bras et soupirent après nous. Quelle joie pour eux, quelle joie pour nous de confondre nos chastes embrassements ! O célestes voluptés , sur lesquelles la mort ne peut plus rien désormais! O ineffables béatitudes de l'immortalité! Là, nous retrouverons , et le chœur glorieux des apôtres , et la vénérable assemblée des patriarches , et l'innombrable légion des martyrs, balançant leurs palmes, prix du combat et de la victoire ; et ces vierges triomphantes, héroïnes de la vertu, qui ont imposé silence aux convoitises de la chair ; et ces saints personnages qui, nourrissant les pauvres , pratiquant les œuvres de miséricorde , et fidèles aux enseignements divins, ont échangé les trésors de la terre contre ceux du ciel. Allons rejoindre, ô mes frères bienaimés, ces dignes objets de notre émulation (1)! »

(t) Cf. Les, Pères de l'Eglise, t. V, trad, de Genoude.

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5. S. Chrysostôme, Epist. V ad Theodorum lapsurn (1) : <c Représentez-vous, autant du moins qu'il est donné à l'imagination humaine de le faire , représentez-vous la bienheureuse condition des saints dans le ciel. Non , le langage humain n'a point d'expressions capables d'en rendre les délices ; toutefois essayons de nous en former quelque idée, d'après ce qui nous est dit , et par manière de similitude. La souffrance, nous dit-on, la tristesse et les gémissements en sont bannis à jamais. Conçoit-on un plus parfait bonheur? On n'y connaît ni la pauvreté, ni la maladie. On n'y est point attristé par la vue de l'oppresseur et de sa victime, du méchant qui s'irrite, et du faible qui se plaint et se venge par une secrète envie. On n'y a plus sous les yeux les importunes images des déplorables effets de la concupiscence dans les cœurs qu'elle égare, ni de l'indigence qui accuse tantôt ses besoins, tantôt la puissance et l'autorité. Toutes ces misérables passions de la terre sont exclues de ce séjour de paix. Là, tout est joie, allégresse, félicité; là, jour sans lendemain, splendeur et lumière sans ombre ni mélange. Lumière nouvelle, aussi supérieure à celle qui nous éclaire, que celle-ci l'est à la pâle clarté d'une lampe nocturne; lumière toujours vive, toujours bienfaisante et pure, dont les rayons ne sont point interceptés par les ténèbres ou par les nuages , ni altérés par les vicissitudes des saisons ; lumière ineffable qui ne se communique qu'à ceux qui auront été jugés dignes de la connaître. Là, jeunesse, vigueur éternelle; plus de vieillesse avec la foule de maux qu'elle amène ; plus de mortalité , avec le triste apanage de corruption que nous traînons après nous. Une gloire inaltérable investit, pénètre tous les saints ; et ce qui surpasse toutes les autres félicités, c'est le bonheur de jouir incessamment des entretiens de Jésus-Christ, de la société des anges, des archanges et des puissances célestes. Levez , levez les yeux vers le ciel ; contemplez-y le merveilleux changement qui s'est opéré dans toute la création. Les formes sous lesquelles nous voyons les objets aujourd'hui, ont disparu pour des aspects et plus nobles et plus riants. C'est l'Apôtre qui nous l'atteste. Les créatures attendent, dit -il {Rom., VI II, 49), avec grand désir la manifestation des enfants de Dieu, parce qu'elles sont ici-bas assujetties à la vanité, avec l'espérance d'être un jour délivrées de cet asservissement qui les corrompt. Alors

(2) V. S. Joannis Chrysostomi opéra, 1. 1, p. 15, édition des Bénéd.; Ç. 18, édit. de Gaume.

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la chair, dépouillée de la corruption à laquelle ici-bas rien n'échappe, se reproduira sous des traits qui l'embelliront. L'âme a retrouvé le corps qu'elle avait habité autrefois, mais elle le retrouve revêtu d'immortalité ; elle-même a repris une vie nouvelle bien plus excellente. Là, plus de dissimulation, plus d'inimitiés. Toutes les volontés, toutes les affections, confondues dans un seul et même sentiment, établissent parmi les saints la plus constante, la plus délicieuse harmonie. Là, nous n'aurons plus à redouter ni les artifices et les violences de l'ennemi du salut, ni les atteintes de la mort, tant de celle qui entraîne la dissolution de nos corps , que de celle bien plus formidable dont nos âmes

restent menacées sur la terre Tels les enfants des rois sont

élevés sous une discipline sévère ; mais lorsqu'ils viennent enfin à être émancipés, qu'ils sont appelés à la pleine jouissance de leurs droits, tout change pour eux : liberté entière, riches et pompeux ornements, pourpre et diadème royal, cortège nombreux, pensées et sentiments en rapport avec leur condition nouvelle. Voilà l'image de l'heureuse révolution qui attend les saints dans le ciel. Et si vous voulez quelque témoignage de la vérité de mes paroles , transportez - vous avec moi par la pensée sur la montagne dont Notre-Seigneur fit le théâtre de sa transfiguration; resplendissant d'une éclatante lumière, bien qu'il ne se manifestât point encore dans toute sa gloire, telle qu'elle apparaîtra aux regards de ses élus (des yeux mortels n'en auraient pas supporté les rayons) ; mais dans cette simple ébauche, arrêtezvous à ce que les évangélistes nous en racontent : Son visage, nous disent-ils, devint brillant comme le soleil (Matth., XVII, 2). Au reste , quoique le soleil soit un corps incorruptible , sa lumière est moins éclatante que ne le sera alors celle de nos corps , tout corruptibles qu'ils sont aujourd'hui, et nos yeux mortels n'auraient pas actuellement assez de force pour en supporter l'éclat. Pour jouir de sa vue, il nous faudrait dès maintenant des yeux incorruptibles et immortels. Mais, sur la montagne, Jésus-Christ ne laissa paraître de sa gloire que ce qu'en pouvait supporter la faiblesse de ses disciples, que ce qu'ils pouvaient en voir sans en être aveuglés; encore en furent-ils tellement éblouis, que, ne pouvant en soutenir l'éclat, ils se prosternèrent la face contre terre.

» Dites-moi , si l'on vous introduisait dans un palais où viendrait s'offrir à vos regards une multitude considérable de personnes revêtues de robes tout éclatantes d'or, et sur l'endroit le

plus élevé , sur un trône magnifique, un personnage , distingué par la richesse encore plus frappante des pierres précieuses semées sur sa pourpre royale, portant sur sa tête une couronne, et que là on vous donnât l'assurance qu'il ne tiendrait qu'à vous de faire partie de cette brillante cour, dites-moi, ne consentiriezvous pas à faire tout ce que l'on exigerait de vous pour mériter cet honneur? Çà, viens, ô mon frère, ouvre les yeux de ton intelligence , porte tes regards sur ces palais de la cité céleste. Un spectacle bien plus imposant t'appelle. Viens contempler une assemblée qui se compose de bienheureux, dont la magnificence qui pare leurs vêtements l'emporte de beaucoup sur l'or et les pierreries les plus précieuses , sur tout l'éclat des rayons du soleil , sur tout ce que la terre peut offrir de plus opulent ; une assemblée qui laisse bien loin au-dessous d'elle tout ce qu'il y a d'humain. Ce qui la forme, ce sont les anges, les archanges, les trônes, les dominations, les principautés et les puissances. De là, élève-toi jusqu'au monarque de cet empire, et contemple, s'il est possible, cette ravissante beauté, ces grâces et ces attraits, cette gloire, cette majesté, ces magnificences ineffables rassemblées dans sa personne auguste. Voilà les félicités qui t'attendent. Et parce qu'il t'en coûterait quelque travail d'un moment , tu renoncerais à sa possession ? Ah ! fallût-il mourir mille fois par jour, fallût-il endurer les plus affreuses tortures, pour le bonheur de contempler Jésus-Christ dans sa gloire, d'être au nombre des bienheureux habitants de son céleste empire ; non, les maux les plus cruels ne seraient rien pour l'obtenir. A la vue de la transfiguration de son maître , Pierre s'écrie : Seigneur, nous sommes bien ici. Si la grossière image de la gloire future absorbe toutes les pensées de l'Apôtre , si elle le pénètre des plus vives impressions de plaisir et de félicité, que sera-ce de la réalité même? Que sera-ce alors que les tabernacles du Roi des rois , s'ouvrant tout entiers, le découvriront à nos regards ; non plus à nos hommages, mais à notre amour et à nos embrassements ; non plus à travers les voiles de l'énigme, mais tel qu'il est et face à face. »

4. S. Anselme, Epist. II ad Hugonem : <c Voici, mon cher frère, comme je conçois qu'on pourrait exhorter au désir de l'éternelle félicité un homme sans lettres et incapable de s'élever à de hautes spéculations. Dieu nous crie que le royaume des cieux est à vendre pour qui veut l'acheter : royaume tel, que ni l'œil de l'homme ne peut rien voir, ni l'oreille de l'homme ne peut rien entendre, ni l'esprit de l'homme ne peut rien com-

prendre qui en égale la gloire et la félicité. Pour vous en donner cependant quelque idée, représentez-vous que celui qui pourra obtenir d'en être mis en possession aura tout ce qu'il pourrait désirer de biens dans le ciel et sur la terre, et n'aura rien de tout ce qu'il pourrait en craindre de maux. Tel sera l'amour qui régnera entre Dieu et les habitants de ce royaume, ou qui liera ceux-ci mêmes entre eux, qu'ils s'aimeront mutuellement comme eux-mêmes, et que tous aimeront Dieu plus qu'euxmêmes. Et ainsi personne ne voudra autre chose que ce que Dieu voudra; et ce qu'un d'entre eux voudra, tous le voudront, et ce que chacun d'eux voudra en particulier, et ce que tous voudront ensemble, Dieu le voudra pareillement avec eux. Aussi ce que chacun d'eux voudra ne sera qu'une même chose, et pour lui-même, et pour les autres, et pour toute autre créature, et pour Dieu même. Ils seront donc tous comme autant de rois, puisque la volonté de chacun d'eux sera parfaitement exécutée, et tous ensemble seront avec Dieu comme un seul roi et un -seul homme, parce que tous voudront une même chose, et que ce que tous voudront sera ponctuellement exécuté

» Aimez Dieu plus que vous-même , et vous commencerez à entrer dès ici-bas en possession de ce que vous voulez posséder parfaitement dans le ciel. Vivez en bonne harmonie et avec Dieu et avec les hommes, à moins que ceux-ci ne soient pas euxmêmes d'accord avec Dieu, et par -là vous commencerez dès maintenant à régner avec Dieu et ses saints. Car autant votre volonté s'accordera avec celle de Dieu et de ses saints, autant la volonté de Dieu et de ses saints s'accordera avec la vôtre. Si donc vous voulez être roi dans le ciel, aimez Dieu et les hommes comme vous devez les aimer, et vous serez ce que vous désirez être. Cet amour ne pourra être parfait qu'autant que vous aurez vidé votre cœur de tout autre amour. »

S. Le même, Lib. de similitudinibiis (1), c. 47 : « Beaucoup de personnes à qui l'on propose de mener une bonne vie et de faire des œuvres de justice, lorsqu'on les presse de s'adonner à ce travail en foulant aux pieds les vanités du siècle, vous demandent pour quelle raison ils doivent le faire, et quel fruit ou quelle récompense ils pourront en retirer. Répondez-leur ce qui

(1) Quoique cet ouvrage se trouve encore aujourd'hui à la fin des œuvres de saint Anselme, il a pour auteur Eadmer, moine de Cantorbery. V. S. Ànselmi opéra, édition de Gerberon.

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est écrit, que l'œil de l'homme n'a point vu, que l'oreille de l'homme n'a point entendu, et que l'esprit de l'homme n'a point compris quels sont les biens que Dieu a préparés à ceux qui l'aiment (ICor.j H, 9). S'ils ne peuvent comprendre assez clairement le sens de ces paroles, répétez-leur la même chose en d'autres termes, et ditesleur : La récompense qui sera décernée dans l'autre vie à ceux qui servent Dieu dans celle-ci, c'est la vie éternelle, un bonheur éternel, une joie éternelle, la jouissance complète de tous les avantages désirables. Si vous leur dites cela de cette manière, ils verront bien que vous voulez leur parler de quelque chose de bon et de grand ; mais ne pouvant encore concevoir ce qu'ils auront dans cette vie même éternelle dont vous leur aurez parlé, ni comprendre tout de suite ce que peut signifier celte jouissance complète de tous les avantages désirables, ils se sentiront encore arrêtés, et n'auront encore que peu de goût pour ces biens dont vous leur vanterez les avantages. Que faire donc pour leur en inspirer le goût, et les engager par-là à s'occuper de bonnes œuvres? Agissez à leur égard, croyez-moi, comme on agit à l'égard des enfants pour leur faire prendre de la nourriture. S'ils ont à manger quelque gros fruit, et qu'ils ne puissent en venir à bout à cause de la petitesse de leur bouche et de la mollesse de leurs dents, on le leur coupe en morceaux proportionnés à la faiblesse de leurs organes. Divisons donc aussi l'aliment spirituel à donner aux personnes dont il s'agit, afin qu'elles puissent y trouver la vie. Pour éclaircir davantage ma pensée, considérons quels sont les biens de cette vie que l'homme désire posséder avec le plus d'ardeur, et que ces biens nous servent de point de départ pour arriver à dire que ceux de la vie éternelle seront bien supérieurs à ceux-là pour tous ceux qui, tandis qu'ils auront vécu au milieu des périls qu'offre le monde, se seront attachés à observer les commandements du Seigneur : quand une fois, transportés dans l'autre vie, ils auront obtenu la possession de ces biens, ils verront clairement qu'ils sont bien propres à satisfaire la plénitude de leurs désirs. Conduisons-nous de la manière que nous venons de dire, et élevons peu à peu l'esprit de l'homme des considérations les plus simples à ce qu'il y a de plus élevé. Je distingue donc quatorze éléments de béatitude qui, après le jugement général, entreront d'une manière plus parfaite dans le bonheur de tous les élus, et quatorze éléments de misère, qui entreront de même alors dans le malheur de tous les réprouvés. Ces quatorze éléments de béatitude et de

misère sont réciproquement opposés entre eux, comme l'état des uns est opposé à celui des autres. »

6. Ibidem, c. 48 : « Les éléments de béatitude sont la beauté, l'agilité, la force, la liberté, la santé, le plaisir, la longévité, la sagesse, l'amitié, la concorde, l'honneur, le pouvoir, la sécurité, la joie. Les éléments de misère opposés à ces quatorze éléments de béatitude sont au contraire ceux-ci : »

7. Ibidem, c. 49 : « La laideur, la pesanteur, la faiblesse, la servitude, l'infirmité, l'anxiété, la brièveté de vie, la folie, l'inimitié, la discorde, le déshonneur, l'impuissance, la crainte, la tristesse. Notez que de même que les sept premiers éléments de béatitude se rapportent au bien-être corporel, et les sept derniers au bien-être spirituel, les sept premiers éléments de misère se rapportent de même au malaise corporel, et les sept derniers au malaise spirituel. Ceux donc qui posséderont à la fois tous les éléments de béatitude que nous venons de dire seront parfaitement heureux, tant par rapport à l'âme que par rapport au corps; et tous ceux au contraire qui verront agglomérés sur eux les quatorze éléments de misère seront souverainement malheureux, tant par rapport à l'âme que par rapport au corps. Mais dans la vie présente, personne ne peut ni avoir seulement un de ces éléments, soit de bonheur, soit de misère, ni en être complètement exempt ou privé. Dans l'autre vie, au contraire, ou bien on possédera la parfaite béatitude, et alors il ne nous restera aucun élément de misère ; ou bien on sera dans une misère absolue, et alors il ne restera plus aucun élément de béatitude. »

8. Ibidem, c. 50 : « Dans cette autre vie, la beauté des justes égalera celle d'un soleil sept fois plus beau que celui qui nous éclaire ici-bas. De là ces paroles de l'Ecriture : Les justes brilleront devant Dieu comme le soleil (Matth., XIII, 43). Les méchants, au contraire, seront plus hideux que des cadavres, plus dégoûtants que le bourbier le plus infect. »

9. Ibidem, c. 51 : « L'agilité, qu'on prise d'ordinaire autant que la beauté, sera telle dans les bienheureux, qu'ils paraîtront aussi agiles que les anges mêmes de Dieu, qui sont aussi vites que la parole à descendre du ciel sur la terre, ou à remonter de la terre au ciel. Les méchants, au contraire, seront tellement lourds, qu'ils ne pourront mouvoir ni leurs pieds, ni leurs mains, ni aucune partie de leurs corps. De là ces paroles de l'Evangile (Matth., XXII, 43) : Liez-lui les mains et les pieds, et jetez-le dans les ténèbres extérieures. »

10. Ibidem,, c. 52 : « Dans la vie future, les justes seront d'une force telle, qu'ils pourraient s'ils le voulaient ébranler la terre. Les méchants, au contraire, seront d'une telle faiblesse, qu'ils n'auront pas même la force d'arracher de leurs yeux un seul des vers qui les rongeront. »

4 1 . Ibidem, c. 53 : « De même que les anges ne peuvent être empêchés par aucun obstacle de pénétrer partout où ils veulent, ainsi aucun obstacle, aucun lien, ne pourra nous arrêter nousmêmes, si nous sommes trouvés du nombre des bons dans l'autre vie. Nous n'y aurons rien à souffrir contre notre gré ; nous pourrons y faire tout ce que nous voudrons. Mais si au contraire nous étions du nombre des méchants, tout ce que nous ferions, nous le ferions malgré nous, et tout ce que nous voudrions faire, nous nous trouverions empêchés de le faire. »

42. Ibidem, c. 54 : « Il me semble pouvoir affirmer sans hésiter que telle sera la vigueur de santé des bienheureux dans l'autre vie et pendant toute l'éternité, que le sentiment de leur bien-êlre les remplira d'une douce satisfaction, sans qu'ils aient à craindre aucune révolution dans leur état, aucune atteinte de maladie, aucun changement. Les justes jouiront donc d'une santé parfaite. Les méchants, au contraire, seront tellement accablés de maladies et d'infirmités, qu'ils ne pourront plus être guéris par aucun remède. »

43. Ibidem, c. 55 : « Dans l'autre vie, ou le plaisir sera complet, ou le déplaisir sera absolu. »

44. Ibidem, c. 57 : « Dans l'autre vie, un contentement indicible remplira les élus d'ivresse, et les pénétrera tout entiers de la douceur qu'ils goûteront à l'éprouver ; que dis-je, tout entiers? Ce sentiment ineffable passera dans leurs yeux, dans leurs oreilles, dans leurs narines, dans leur bouche, dans leurs mains, dans leur cœur, dans leur foie, dans leurs poumons, dans la moelle de leurs os, dans leurs entrailles mêmes et dans toutes les articulations de leurs membres, tellement qu'ils seront tout entiers abreuvés d'un torrent de plaisirs, et enivrés de l'abondance des biens de la maison de leur Dieu. Les méchants, comme nous l'avons dit, éprouveront un sort tout contraire. Nous pouvons nous représenter chacun d'eux comme ayant un fer ardent enfoncé dans les yeux et dans toutes les parties du corps, de sorte que la moelle des os, les intestins, les parties même les plus insensibles éprouvent la même douleur, et avec la même vivacité que peut l'éprouver la prunelle de l'œil. Et comment croire que

le réprouvé conserve son bon sens au milieu de douleurs si( atroces? »

15. Ibidem, c. 58 : « Celui qui aura mené ici-bas une bonne vie vivra dans le ciel aussi longtemps que Dieu sera Dieu. De là ce mot de l'Ecriture : Les justes vivront éternellement (Sag., V, 16). Ceux au contraire qui auront mal vécu ne vivront dans l'éternité que pour une mort incessante. Peut-on concevoir une vie plus courte que celle que la mort accompagne incessamment? »

16. Ibidem, c. 59 : «La sagesse, que tout le monde ici-bas voudrait avoir, mais que tous ne désirent pas de la manière qu'ils devraient la désirer, sera tellement le partage des bons dans l'autre vie, que de tout ce qu'ils voudront savoir, il n'y aura rien qu'ils ignorent. Car l'homme juste sera tout rempli de cette parfaite sagesse qui est Dieu même, et sans cesse il la contemplera face à face. Car alors les justes sauront toutes les choses que Dieu a faites pour qu'elles soient connues de nous, soit les choses passées, soit les choses présentes ou à venir. Chacun sera connu de tous, et tous seront connus de chacun, et aucun d'eux, n'ignorera la patrie, la race, la famille de qui que ce soit d'entre eux, non plus que les actions qu'il aura faites dans sa vie. »

17. Ibidem, c. 61 : « Les méchants, au contraire, privés de la vraie sagesse, seront tellement accablés par tous les maux qu'ils auront à souffrir, qu'ils en perdront non-seulement la sagesse, mais jusqu'à la raison. »

18. Ibidem, c. 62 : « Les bons seront tellement l'objet de l'amitié de Dieu et de tous ses élus, qu'ils ne pourront jamais plus être l'objet de leur haine. Car chacun parmi eux aimera les compagnons de son bonheur autant qu'il s'aimera lui-même. Les méchants, au contraire, seront tellement l'objet de la haine de Dieu et de tous les bons, que ceux-ci n'auront plus aucun sentiment d'amour même pour un père qu'ils verraient parmi les réprouvés. »

19. Ibidem, c. 63 : « La concorde sera aussi parfaite entre les saints, et dans la partie spirituelle de leur être avec la partie corporelle, que celle qui existe dès maintenant entre l'œil droit et l'œil gauche de chacun de nous. Car de même que l'un des deux ne peut pas se mouvoir sans que l'autre se meuve aussi, et qu'ils se meuvent tous les deux constamment du même côté; ainsi dans chaque prédestiné le corps ne veut rien que ce que l'âme veut aussi, et dans la société de tous les élus, aucun ne saurait avoir une volonté différente de celle des autres, mais la volonté

d'eux tous est absolument la même. Nous serons tous un même corps, une même Eglise, une même épouse de Jésus-Christ, nous tous qui composerons cette société. La volonté même de Dieu ne sera point différente de la vôtre, mais de même que vous ne voudrez que ce qu'il voudra, il ne voudra que ce que vous voudrez. Comment en effet le chef pourrait-il être en guerre avec le corps ou quelqu'un de ses membres? »

20. Ibidem, c. 64 : « Dans cet ordre admirable et parfait que présentera la cité de Dieu, chacun sera tellement content de son propre partage, qu'il ne voudrait pas le changer pour un autre même plus avantageux. Pourquoi? Parce que chacun goûtera la satisfaction de voir sa félicité proportionnée à ses mérites personnels. Telle sera au contraire la discorde qui régnera parmi les méchants, que même dans chacun d'eux le corps sera en désaccord avec l'âme. Le corps haïra l'âme, à cause des pensées mauvaises dont il aura été le malheureux instrument, et l'âme haïra le corps, à cause des mauvaises œuvres qu'aura faites celui-ci, et pour lesquelles tous les deux souffriront également. »

24. Ibidem, c. 67 : « Dans cette bienheureuse société des habitants du ciel, de même que ceux qui approcheront le plus de Dieu à cause de la supériorité de leurs mérites seront appelés dieux, ainsi ceux même d'un mérite inférieur devront être appelés du même nom, parce qu'ils participent de même à la divinité, quoique dans un degré inférieur. Cet honneur si relevé sera dans chacun d'eux, comme nous venons de le faire entendre, proportionné à leurs mérites divers. De leur côté les méchants partageront tous la même ignominie, devenus les uns comme les autres la proie des vers, et n'ayant tous à respirer qu'une odeur infecte. »

22. Ibidem, c. 66 : « Dans l'éternité, tous seront ou au comble de la puissance, ou dans la plus extrême impuissance. Les bons pourront faire tout ce qu'ils voudront, parce que le Tout-Puissant n'aura pas d'autre volonté que la leur. Le méchant, au contraire, ne pourra rien faire de ce qu'il voudra. »

23. Ibidem, c. 69 : a Dans l'éternité, ce sera ou une sécurité parfaite, ou une complète anxiété. Les bons auront en partage tout ce qu'ils voudront avoir, et n'auront aucune crainte de rien en perdre. »

24. Ibidem, c. 70 : « Les méchants, au contraire, auront une appréhension continuelle des maux qu'ils endureront, sans pouvoir jamais y échapper. »

DES QUATRE FINS DERNIÈRES DE L'iIOMME. 4Î>7

25. Ibidem, c. 71 : « Dans le siècle à venir, ce sera pour chacun, ou une joie ou une tristesse extrême. Tous les bons ne pourront alors que se réjouir, puisqu'ils verront réunis en eux tous les éléments de la béatitude. Quelle joie peut donc être plus parfaite que celle que les justes goûteront alors ? Voici cependant ce qui ajoutera encore au comble de leur joie comme de leur bonheur : c'est qu'ils s'aimeront les uns les autres comme euxmêmes, et que par conséquent ils se réjouiront de la félicité d'autrui comme de leur propre félicité. Que de joies chacun n'aurat-il donc pas à goûter, puisqu'il en goûtera un aussi grand nombre qu'il aura de compagnons de son bonheur ! Et si le bonheur de leurs semblables doit rendre chacun d'eux si heureux, combien ne seront-ils donc pas encore plus heureux du bonheur de Dieu même! Leur joie les pénétrera tout entiers en euxmêmes, et en même temps elle se répandra au-dehors ; elle s'assimilera la joie de ceux qui seront au-dessus d'eux dans la gloire, aussi bien que la joie de ceux qu'ils verront au - dessous d'euxmêmes; elle s'épandra tout autour d'eux comme un océan. Le méchant, au contraire, sera continuellement saisi d'une extrême tristesse, parce qu'il verra accumulés sur lui, sans pouvoir jamais s'en délivrer, tous les éléments de la misère. »

26. Hugues de Saint- Victor, Lib. IV de anima, c. lo : « Tous les bienheureux ont en eux semblablement sept choses qui concourent à leur félicité : la vie, la sagesse, l'amour, la joie, la louange, l'agilité, la sécurité. Ils ont la vie, et une vie sans fin, sans malaise, sans infirmité, sans adversité. Leur vie consiste dans la vision et la connaissance de la sainte Trinité, ainsi que Jésus-Christ l'a dit lui-même : La vie éternelle consiste à vous connaître, vous qui êtes le vrai Dieu, et à connaître Jésus-Christ que vous avez envoyé (Joan., XVII, 5). Ils ont la sagesse, en ce qu'ils goûtent les conseils et les jugements de Dieu, qui sont un profond abîme. Ils apprécient les causes, les essences et les origines de toutes les choses particulières. Ils aiment Dieu par-dessus tout, parce qu'ils savent d'où Dieu les a tirés et à quel degré de gloire il les a élevés. Ils s'aiment entre eux réciproquement comme eux-mêmes. La joie que leur cause la vue de Dieu est ineffable. Ils ont en outre de la joie de se voir si heureux. Et comme chacun d'eux aime les autres comme soi-même, ils ont autant de joie du bonheur des autres que du leur propre, contents de posséder dans les autres ce que peut-être ils ne possèdent pas en eux-mêmes. On peut donc dire que le nombre des joies dQ

ibS DES QUATRE FINS DERNIÈRES DE L'HOMME.

chacun égale celui des compagnons de sa félicité, et que chacun goûte la joie d'autrui comme si c'était la sienne propre. Mais comme chacun d'eux aime plus Dieu qu'il ne s'aime soi-même ou qu'il n'aime ses semblables, chacun se réjouit plus de la félicité de Dieu que de sa propre félicité, ou que de celle des autres saints. Si donc le cœur de chacun de ces bienheureux suffît à peine pour contenir sa joie personnelle, comment peut-il contenir la joie même de Dieu, sans parler des joies de tous les autres élus? C'est pourquoi il est dit dans l'Evangile : Entrez dans la joie de voire maître (Matth., XXV, 21 ), et non pas, que la joie de votre maître entre dans votre cœur ; car le cœur d'une créature est trop étroit pour contenir une joie semblable. Il faut dire encore que les saints louent Dieu sans fin et sans dégoût, comme le dit le Psalmiste : Heureux, Seigneur, ceux qui habitent dans votre maison; ils vous loueront dans les siècles des siècles (Ps. LXXXIIIj $). Les saints ont l'agilité, puisqu'ils transportent leur corps partout où ils veulent. Tous sont dans la sécurité, étant sûrs de ne jamais rien perdre, ni de la vie dont ils jouissent, ni de leur sagesse, ni de leur amour, ni de leur joie, ni de leur disposition à louer Dieu, ni de leur agilité. »

27. Ibidem, c. 16 : « Dans cette céleste patrie, la vie n'a point à craindre les atteintes de la mort, ni la jeunesse celles de la vieillesse, ni la santé celles de la maladie, ni le repos celles du travail, ni la joie celles de la tristesse, ni la paix celles de la discorde, ni le contentement les atteintes du dégoût, ni la lumière celles des ténèbres, ni la beauté celles de la laideur, ni l'agilité celles de la lourdeur, ni la force celles de la faiblesse, ni la liberté celles de la servitude, ni le plaisir celles de l'anxiété, ni la longévité les atteintes de la décrépitude, ni la sagesse celles de la folie, ni l'amitié celles de l'inimitié, ni la concorde celles de la discorde, ni l'honneur celles de l'infamie, ni la sécurité celles de l'inquiétude. »

28. S. Augustin, m Ps. LXXXIH: « Heureux ceux qui habitent en votre maison. Ils possèdent la céleste Jérusalem, sans crainte, sans affliction, sans inquiétude, sans chagrin, sans séparation, sans division et sans partage. Tous ensemble, et chacun en par-* ticulier, la possèdent tout entière. On trouve là une abondance inépuisable de richesses. Le frère n'y appauvrit point son frère. Personne n'y souffre l'indigence.

» Que feront-ils donc dans cette maison?... Ils vous hueront dans toute la suite des siècles. Ce qui nous occupera dans cette

céleste demeure, ce sera donc un alléluia éternel. Et ne vous imaginez pas, mes frères, que les saints puissent trouver du dégoût dans cette unique occupation, parce que vous ne sauriez ici-bas continuer longtemps à louer Dieu. Ce sont d'une part les nécessités de la vie qui vous en détournent; et, de l'autre, c'est que, ne voyant pas Dieu, vous n'en êtes pas si sensiblement touchés. Si l'on pouvait cesser d'aimer Dieu dans l'autre vie, on cesserait aussi de le louer. Mais l'amour étant éternel, comme on ne peut jamais se rassasier de la beauté de Dieu que l'on verra, ne craignez pas de pouvoir jamais cesser de louer celui que vous ne cesserez jamais d'aimer. »

29. Le même, Cité de Dieu, liv. X, c. 16 : « Cette vision de Dieu est d'une beauté si sublime et digne de tant d'amour, que sans elle l'homme, comblé d'ailleurs de tous biens, est un être très-malheureux : Plotin le déclare sans hésiter. »

30. Ibidem, livre XXII, c. 29 et 30; ces passages ont été rapportés plus haut dans la lre partie de cet ouvrage, chapitre de la foi et du symbole, question XXI, témoignages 4 et 2, 1. 1, p. 144. Consultez de même les témoignages qui viennent à la suite de celui-là, page 146, extraits du livre III du Libre arbitre, chapitre dernier, et du livre III du Symbole adressé aux catéchumènes, chapitre dernier.

31. Le même, lib. I de Trinitate3 c. 13 : « Ce bonheur de voir Dieu, qui consistera à contempler sa substance immuable et invisible à des yeux mortels; ce bonheur qui n'est promis qu'aux saints, ce bonheur que saint Paul appelle le bonheur de voir Dieu face à face (/ Cor., XIII, 12); à l'occasion duquel l'apôtre saint Jean a dit : Nous lui serons semblables, puisque nous le verrons tel qu'il est (I Joan., III, 2); dont le Psalmiste a dit : Je n'ai demandé à Dieu qu'une grâce, et j'insisterai pour l'obtenir, c'est de contempler les joies du Seigneur (Ps. XXVI, 4); dont Notre-Seigneur a dit lui-même : Je l'aimerai et je me montrerai à lui (Joan., XIV, 21); en vue duquel seul nous purifions nos cœurs par la foi, pour être de ceux dont Notre-Seigneur a dit : Bienheureux ceux qui ont le cœur pur, parce qu'ils verront Dieu (Matth., V, 8); et d'autres passages semblables que nous pourrions trouver dans l'Ecriture ; ce bonheur seul est notre souverain bien, et c'est pour l'obtenir que nous sommes invités à faire tout ce que nous faisons de bien. »

32. Le même, Tract. IV in Joannem : a Dieu n'a promis de se faire voir qu'à ceux qui ont le cœur pur (Matth., V, 8). Nous

4 60 DES QUATRE FINS DERNIÈRES DE l' HOMME.

verrons donc ce que l'œil n'a point vu, ce que l'oreille n'a point entendu, et ce que le cœur de l'homme n'a jamais conçu. Ce que nous verrons surpasse infiniment en beauté tout ce qui paraît beau sur la terre : l'or, l'argent, les grandes et hautes forets, les campagnes couvertes de fruits et de fleurs, la mer, l'air, le soleil, la lune, les étoiles et même les anges; en un mot, tout ce qu'il y a de beau parmi les choses créées, et qui n'est beau que parce qu'il participe un peu à cette beauté souveraine.

» Que serons-nous donc, lorsque nous verrons ce que Dieu nous promet ici? Nous serons semblables à lai, parce que nous le verrons tel qu'il est (I Joan., III, 2) (I). »

33. Le même, Méditations, c. 22 : a Mais vous, ô vie que Dieu prépare à ceux qui l'aiment! vous êtes la vie véritable, une vie bienheureuse, tranquille, exempte d'inquiétude, glorieuse, pure, chaste, sainte, immortelle, inaccessible à la tristesse, sans tache, sans douleur, sans anxiété, nullement sujette à la corruption, aux troubles, aux vicissitudes, aux changements; vous êtes une vie toute remplie de noblesse et de dignité, où l'on n'a point à combattre d'ennemis, point à se défier des perfides amorces du péché, rien à craindre; où l'amour est parfait, le jour éternel; où enfin tous les élus sont animés d'un même esprit, contemplant Dieu face à face, et savourant éternellement les délices de ce pain de vie... 0 vie souverainement heureuse! ô séjour de la véritable félicité, où la mort n'a point d'empire, où l'éternité règne, où la marche du temps ne se fait point sentir, où brille à jamais un jour sans déclin, où le vainqueur triomphant, le front ceint d'un diadème immortel, mêle ses accents aux accents mélodieux des chœurs angéliques, pour chanter incessamment, à la gloire du Très-Haut, un des sublimes cantiques de Sion (2)! »

34. Ibidem, c. 25 : a Chacun de ces élus a là sa demeure plus ou moins brillante, selon le degré de gloire qu'il a mérité; mais tous partagent le même bonheur et la même joie. Dans ce fortuné séjour règne une entière et parfaite charité, parce que Dieu est tout en tous, ce Dieu que tous voient également sans cesse, et dont la contemplation continuelle fournit à leur amour comme à leurs hymnes de louanges un aliment toujours nouveau. L'amour dont ils sont remplis déborde et s'épanche en cantiques de béné-

(!) Cf. Traités de saint Augustin sur l'Evangile de saint Jean et sur l'épître aux Parthes, t. IV, p. 127-158. (2) Cf, Chefs-d'œuvre des Pères de l'Eglise, t. XIII, p. 6fc-67.

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diction et d'actions de grâces. Louer Dieu, le louer sans fin, sans cesse, sans fatigue, voilà leur unique occupation (1). »

35. Le même, Soliloques, c. 21 : « 0 Dieu trois fois saint! ô Créateur si bon pour vos créatures! si, en vue de ce corps vil et sujet à la corruption, vous nous prodiguez tant de bienfaits si précieux, en mettant à notre disposition le ciel et la terre, l'air, la mer, la lumière, les ténèbres, la chaleur, l'ombre, la rosée, la pluie, les vents, les oiseaux, les poissons, les animaux, cette foule innombrable de plantes et de semences variées; en un mot, toutes vos créatures qui, tour à tour, et chacune dans la saison que vous lui avez marquée, viennent remplir les fonctions dont vous les avez chargées auprès de nous, afin de soulager nos ennuis; quels seront, combien plus grands et plus innombrables devront être ces biens que vous préparez à ceux qui vous aiment, dans la céleste patrie où il nous sera donné de vous contempler face à face? Si vous faites tout pour nous quand nous sommes encore enfermés dans la prison de notre corps, que ferez-vous donc. quand nous habiterons vos célestes palais? — O roi des cieux! que vos œuvres sont belles et innombrables ! En effet, si tous ces biens, que vous répandez avec une égale largesse sur les bons et sur les méchants, renferment tant de douceurs et de délices, quels doivent donc être ceux que vous avez exclusivement destinés aux justes? S'il y a tant d'abondance et de variété dans les dons que vous prodiguez indistinctement à vos amis et à vos ennemis, combien grands et innombrables, combien doux et délicieux seront ceux dont vos amis seront gratifiés? Si, dans ces jours de deuil, nous recevons de vous tant de consolations, combien ne nous en accorderez-vous pas au jour solennel des fêtes nuptiales? Quelles délices nous attendent au sein de la patrie, quand la terre d'exil renferme pour nous tant de douceurs! L'œil ne saurait voir, ô mon Dieu! les biens que vous avez préparés à ceux qui vous aiment ; car les douceurs infinies des jouissances que vous réservez à ceux qui vous craignent répondent à l'étendue infinie de votre magnificence.

» Vous êtes grand, Seigneur mon Dieu, vous êtes immense; votre grandeur est sans bornes, votre sagesse sans limites, votre bonté sans mesure, et les récompenses que vous accordez sont sans mesure, sans limites et sans bornes. La grandeur de vos dons est en raison de votre propre grandeur, puisque vous êtes

(i) Cf. Chefs-d'œuvre des Pères de l'Eglise, t. XIII, p. 74-"5. vi. il

4C2 DES QUATRE FINS DERNIÈRES DE l/HOMME.

vous-même le prix réservé à tous ceux qui auront vaillamment combattu sous votre bannière. »

36. Ibidem, c. 35 : « Entrez dans cette joie sans mélange qui constitue la félicité éternelle. Là vous trouverez tous les biens, sans avoir à craindre le plus léger mal; là tout s'accomplira au gré de vos désirs, et rien n'excitera vos répugnances; là vous goûterez les douceurs et les cbarmes de cette vie qui est la seule véritable, et dont le souvenir ne s'éteint jamais; là point d'ennemis acharnés à votre perte, plus de ces cbarmes perfides employés à vous séduire. Sécurité complète, repos absolu, délices sans trouble, félicité parfaite, et par-dessus tout, la vue claire et distincte d'une trinité de personnes, subsistant dans l'unité de l'essence divine; voilà les jouissances ineffables qui vous attendent dans ce séjour d'éternelle félicité; voilà la joie que le Seigneur vous invite à partager avec lui. — 0 joie supérieure à toutes les joies, et hors de laquelle il n'est point de joie! quand serai-je admis dans votre sein, afin de voir mon Dieu, qui y a fixé son

séjour? 0 royaume éternel, royaume de tous les siècles,

séjour d'une lumière impérissable et de cette paix divine qui dépasse la portée de notre intelligence (PMI., IV, 7); asile où les âmes des élus jouissent du repos et goûtent une joie qui ne doit point finir ; tu n'es jamais troublé par les gémissements de la douleur ; les cris de l'allégresse et les accents de la reconnaissance sont les seuls qui retentissent dans tes sacrés parvis. — Oh! qu'il est glorieux, Seigneur, ce royaume où régnent avec vous tous vos saints, revêtus de la lumière comme d'un vêtement, et portant sur la tête une couronne de pierres précieuses! 0 royaume de la béatitude éternelle, où il est permis à vos saints de vous voir face à face, vous qui êtes leur espoir et leur couronne; où vous inondez leurs cœurs de la joie que l'on goûte au sein de votre paix, de cette paix que nos sens ne sauraient nous faire connaître! C'est là que le contentement est absolu, la joie sans tristesse, la santé sans douleur, la lumière sans ténèbres, la vie sans fin; c'est là, en un mot, qu'on trouve tous les biens et qu'on est à l'abri de tous les maux. Dans ce fortuné séjour, la jeunesse ne passe point, la vie ne connaît point de terme, la beauté ne se flétrit jamais, l'amour n'est point sujet au refroidissement, la santé ne se détériore point, la joie ne s'affaiblit point, la douleur est inconnue, les gémissements ne se sont jamais fait entendre, la vue ne rencontre aucun spectacle affligeant, la satisfaction est continuelle, enfin l'on n'y est jnmais

DES QUATRE FINS DERNIÈRES DE i/HOMiME. IC3

tourmenté de la crainte d'un mal quelconque; parce qu'on y possède le souverain bien, qui consiste à voir perpétuellement la face du Dieu des vertus. »

37. Ibidem, c. 36 : « Qu'est-ce donc que vous voir face à face, si ce n'est, comme l'a dit l'Apôtre, vous connaître de la même manière que vous nous connaissez, connaître votre vérité et votre gloire? Voir votre face, c'est connaître la puissance du Père, la sagesse du Fils, la miséricorde du Saint-Esprit, en un mot, l'essence unique et indivisible de la sublime Trinité. Voir la face du Dieu vivant, c'est le souverain bien, le bonbeur des anges et des saints, la récompense de la vie éternelle, la gloire des esprits, la joie sans fin, la couronne de gloire, la félicité suprême, le repos au sein de l'abondance, le charme de la tranquillité, la satisfaction qui vient du dehors et celle que l'on goûte intérieurement; c'est le paradis de Dieu, la Jérusalem céleste, la vie bienheureuse, la plénitude de la félicité, la joie de l'éternité, et cette paix de Dieu qui surpasse tout sentiment. — Telle est donc la parfaite béatitude, tel est pour l'homme le comble de la gloire : voir la face de son Dieu, voir celui qui a fait le ciel et la terre, voir celui qui l'a fait lui-même, qui l'a sauvé et glorifié. Il le verra en le connaissant, il l'aimera en le voyant, il le louera en le possédant. Car ce Dieu sera lui-même l'héritage de son peuple, du peuple des saints, de ce peuple qu'il a racheté; il sera luimême le bonheur dont jouiront ses élus, le prix glorieux et la récompense qui était l'objet de leurs espérances. N'a-t-il pas dit : Je serai ta récompense? et cette récompense sera grande (Gen., XV, 1), parce que les grandes choses sont seules dignes de celui qui est grand...

» Votre vue, voilà donc dans toute leur étendue la récompense, le prix, le bonheur que nous attendons ; voilà la vie éternelle ; voilà cette communication de votre sagesse que vous nous promettez. La vie éternelle consiste à vous connaître, vous, le seul Dieu véritable, et celui que vous nous avez envoyé, Notre-Seigneur Jésus-Christ (1). »

38. Le même, Manuel, c. 6 : « Les chants sacrés ne cessent point un seul instant de retentir, et les plus douces mélodies se succèdent incessamment parmi les chœurs des anges. Jamais aucune interruption aux célestes accords, aux merveilleux cantiques qui bénissent votre saint nom et glorifient vos grandeurs.

(1) Cf. Chefs-d'œuvre des Pères de l'Eglise,

J64 DES QUATRE FINS DERNIÈRES DE i/HOMME.

Dans la région que vous habitez, nulle sorte d'amertume ne saurait trouver place, les méchants en sont exclus comme le vice lui-même. L'ennemi du genre humain n'oserait y dresser ses embûches, et nulle part on n'y rencontre les perfides amorces du péché. Là, point d'indigence, de déshonneur, de rixes, de reproches, d'altercations, de craintes, d'alarmes, de souffrances, d'anxiétés, de violences ni de discordes. La paix la plus profonde ne cesse pas un seul instant de régner parmi tous ces bienheureux; eux qui ne respirent que la charité, et dont l'unique occupation est de louer éternellement le Seigneur, d'entonner à sa gloire des chants d'allégresse au sein d'un repos à jamais inaltérable et d'une joie sans fin dont le Saint-Esprit est le principe (1)! »

59. Ibidem j c. 7 ; a 0 vie véritablement digne de ce nom, vie éternelle et éternellement heureuse! C'est en vous qu'on trouve une joie sans mélange, un repos inaltérable, des grandeurs et des richesses qu'on ne craint pas de perdre, une santé exempte de langueurs, une abondance inépuisable, une éternelle incorruptibilité, une béatitude constante. C'est en vous qu'on possède tous les biens par la charité parfaite dont on est animé ; qu'on voit Dieu face à face, et que l'on connaît parfaitement la nature de toutes choses. En vous, les élus contemplent la souveraine bonté de Dieu, glorifient l'éternelle et véritable lumière dont ils empruntent leur éclat, et adorent la majesté divine, humblement prosternés devant son trône. La vue de ses splendeurs est pour eux cet aliment éternel dont ils se rassasient sans jamais se lasser d'en savourer les délices. Plus ils les contemplent, plus ils désirent de les contempler ; mais leurs désirs sont exempts d'inquiétude, comme leur rassasiement est exempt de dégoût. — En vous encore, ô vie éternelle! brille le véritable soleil de justice, cet astre universel dont le merveilleux éclat régénère tous ceux auxquels il est donné de le voir, et qui pénètre tellement de ses rayons tous les habitants de la céleste patrie, que ceux-ci deviennent eux-mêmes resplendissants de lumière. Ce sont comme autant de soleils qui, reflétant les splendeurs de la divine lumière, feraient pâlir la clarté de toutes les étoiles du firmament et l'éclat le plus éblouissant du soleil qui nous éclaire ; étroitement unis à l'incorruptibilité divine, ils sont par-là même immortels et incorruptibles, selon la promesse du Sauveur, qui a dit (Jean, XVII, 24) : Mon père, je souhaite que tous ceux que

(t) Cf. Chefs-d'œuvre des Pères de l'Eglise.

vous m'avez donnés soient où je suis; qu'ils voient les splendeurs de ma gloire; qu'ils ne soient qu'un tous ensemble, et que, comme vous êtes en moi et moi en vous, ils ne soient aussi tous ensemble qu'un en nous. »

40. Ibidem, c. 16 : « 0 délices fortunées! ô bonheur plein de charmes! voir les saints, habiter parmi eux, être saint soi-même! Mais que dis-je? Voir Dieu lui-même, le posséder avec la certitude de le posséder à jamais! Voilà ce à quoi nous devrions songer sans cesse en le méditant sérieusement ; voilà la félicité dont nous devrions souhaiter ardemment de jouir bientôt. Gomment l'obtenir? dira-t-on, par quels mérites? par quels secours? Le voici : Il faut le vouloir fermement et agir en conséquence, parce que le royaume du ciel souffre violence.

» 0 homme! sache-le bien, le royaume des deux ne demande pas un autre prix que toi-même ; il ne t'en coûtera pour l'acquérir ni plus ni moins que le sacrifice de ton être : donne-toi, et tu l'obtiendras. Pourquoi t'inquiéterais-tu de son prix? Jésus-Christ ne s'est-il pas livré lui-même pour te mériter le royaume de son Père? Donne-toi donc tout entier, pour devenir son royaume. Cependant tu ne saurais le devenir sans détruire dans ton corps mortel le règne du péché pour y établir le règne du Saint-Esprit. C'est à cette condition seulement que tu pourras mériter la vie éternelle. »

41. Ibidem, c. 17 : « Peut-on concevoir un bonheur plus parfait que celui d'une vie où l'on n'est tourmenté ni par la crainte de l'indigence, ni par les souffrances de la maladie; où l'on est à l'abri des offenses, de la colère, de l'envie et des passions de toute sorte ; où le besoin d'aliments se fait aussi peu sentir que l'ambition des honneurs et de la puissance; où la crainte des embûches du démon est aussi inconnue que celle des supplices de l'enfer? N'est-ce pas une vie bien agréable que celle où la mort corporelle et celle de l'âme n'ont jamais eu d'accès, l'immortalité étant le partage privilégié de ceux qui en jouissent? Là le mal n'a point d'empire, et la discorde n'a jamais exercé ses fureurs. L'harmonie la plus parfaite ne cesse pas un seul instant de régner parmi ces bienheureux, qui ne forment tous qu'un cœur et qu'une âme. Tout y est calme et tranquille ; tout y respire la paix et le bonheur. Le jour qui éclaire cette cité céleste n'est point celui que le soleil répand sur notre monde ; c'est un jour d'autant plus éclatant qu'il n'est produit par aucun des astres du firmament, mais que, par un heureux privilège, il emprunte sa

lumière à celle du Dieu tout-puissant, de l'agneau sans tache lui-même. Là brillent aussi les saints, semblables à des étoiles dont les feux ne pâliront jamais, et ceux qui ont répandu dans le monde la parole de vérité y sont entourés d'une auréole de gloire dont la splendeur ne le cède pas à celle du firmament.

» Aussi jamais de nuit, jamais d'obscurité; les nuages ne s'y amoncellent pas; on n'y ressent ni les rigueurs de l'hiver, ni les chaleurs brûlantes de l'été. Tout y est tellement tempéré, que l'œil de l'homme n'a jamais vu, ni son oreille entendu, ni son esprit conçu rien de pareil. Ceux-là pourtant peuvent le concevoir, qui sont trouvés dignes d'en jouir et dont les noms sont inscrits dans le livre de vie. — Mais ce qui surpasse toutes ces merveilles, c'est le bonheur d'être réuni aux chœurs des anges, des archanges et de toutes les vertus célestes, de voir les patriarches, les prophètes, les apôtres et tous les saints, ceux surtout qui nous ont été unis par les liens du sang. Voilà sans doute un destin bien glorieux. Et pourtant ne sera-t-il pas infiniment plus glorieux encore, puisqu'il nous sera donné de voir Dieu face à face, de contempler sans voile ses splendeurs infinies? Le comble de la gloire pour nous sera donc de voir Dieu dans sa propre substance et de le posséder en nous-mêmes pendant l'éternité (1). »

42. Le même, Lib. de catechizandis rudibus, c. 25 : « Fuyez, mon frère, ces tourments, pour lesquels ne manqueront jamais les bourreaux, et survivront toujours les victimes, qui mourront sans fin, ou sans pouvoir mourir dans leurs tourments; et désirez ardemment de partager avec les saints cette vie éternelle, 6i digne de votre amour; où l'action n'aura rien qui fatigue, et où le repos sera toujours occupé; où vous louerez Dieu sans fin, et pourtant sans ennui ; où votre âme sera toujours dans la joie, et votre corps toujours dispos ; où vous n'éprouverez aucun besoin pour vous-même, et n'en verrez non plus dans les autres aucun à soulager. Dieu y fera toutes vos délices, et vous appartiendrez, à cette sainte et bienheureuse cité qui trouve en lui, qui puise en lui sa vie. Car, ainsi que nous l'espérons et l'attendons sur la promesse qu'il a daigné nous en faire (Matth., XXII, 30), nous serons alors semblables aux anges de Dieu, et dans leur sociélé nous jouirons de la claire vision de cette sainte Trinité, qui fait maintenant l'objet de notre foi et le motif de notre espérance. »

43. S. Grégoire, Hom. 36 in Evangelia : Il y a cette différence,

(i) Cf. Chefs-d'œuvre des Pères de l'Eglise.

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mes très-chers frères, entre les plaisirs du corps et ceux de l'âme, que, lorsque nous ne jouissons pas encore de ceux du corps, ils excitent en nous un ardent désir, et lorsque nous en jouissons, ils ne nous causent que du dégoût ; au lieu que les plaisirs de l'âme suivent une marche toute contraire : avant d'en jouir, nous n'avons pour eux que de l'indifférence et du mépris; quand nous en jouissons, nous avons de plus en plus pour eux de l'amour et de l'ardeur ; et ils sont d'autant plus passionnément désirés par celui qui les possède, qu'ils sont plus pleinement possédés par celui qui les désire. Les premiers, je veux dire les plaisirs sensuels, sont agréables quand on les souhaite, et désagréables quand on les goûte ; et les autres, qui sont les spirituels, sont insipides lorsqu'on ne fait que les désirer, et délicieux lorsqu'on les goûte enfin. En ceux-là la jouissance succède au désir, et le dégoût à la jouissance ; en ceux-ci la jouissance succède au dégoût, et le désir à la jouissance, qu'il provoque de nouveau. Car l'âme est d'autant plus affamée des délices spirituelles qu'elle en est plus pleinement nourrie, parce que plus elle en goûte la douceur, plus elle en apprécie l'excellence, et fait son bonheur d'en jouir. C'est pourquoi on ne peut les aimer lorsqu'on ne les possède pas encore, parce qu'on ne peut en connaître la douceur qu'en les possédant

» Rejetant cette douceur intérieure qui nous est offerte, nous sommes si misérables, qu'il nous plaît d'aimer l'état de famine spirituelle où nous sommes, ne cherchant à nous rassasier que de voluptés sensibles, qui ne rassasient jamais.

» Mais la divine bonté ne nous abandonne pas, lors même que nous l'abandonnons; car elle remet devant les yeux de notre mémoire ces délices que nous avons méprisées; elle nous les propose de nouveau; elle réveille notre paresse et notre indifférence par ses promesses, et elle nous invite et nous excite à chasser le dégoût mortel que nous ressentons, en nous disant : Un homme fit un jour un grand souper, auquel il invita plusieurs personnes (Luc, XIV, 16). Quel est cet homme, sinon celui de qui il est dit par un Prophète : Il y a un homme, et qui est-ce qui Va reconnu (Jerem., XVII, 9)? Il a fait un grand souper, lorsqu'il a préparé dans nos cœurs des viandes exquises et très-délicates pour nous rassasier spirituellement. Il a invité plusieurs personnes, mais peu d'entre les conviés sont venus, parce qu'il arrive de fois à autre que ceux qui lui sont soumis par la foi s'opposent à son festin éternel par leur vie dépravée et corrompue.,...

» Le souverain père de famille nous invite donc tous à son festin éternel ; mais les réprouvés étant, ou possédés d'avarice, ou détournés par la curiosité, ou plongés dans les voluptés impures, s'excusent tous d'y aller. Et comme l'un est dominé par le soin des choses terrestres, l'autre distrait par le curieux examen des actions de son prochain, et que tel autre a l'âme souillée par des passions honteuses, il n'est aucun de tous ceuxlà qui n'ait du dégoût pour le festin de l'éternité

» Que rien ne soit capable de ralentir l'activité de vos désirs, et que rien ne vous arrête de ce qu'on a coutume d'aimer ici-bas. Si vous aimez le bien, mettez votre joie dans les biens les plus avantageux, qui sont ceux du ciel. Si vous craignez le mal, mettez-vous devant les yeux les maux éternels, afin que, reconnaissant que ce qui est le plus à aimer et le plus à craindre ne se rencontre que dans l'éternité, vous ne vous arrêtiez nullement à la vie présente (4). »

44. Le même, ibidem, Hom. 37: « Si nous considérons, mes frères, combien les choses qui nous sont promises dans le ciel sont grandes et excellentes, tout ce qu'on peut posséder sur la terre nous paraîtra de bien peu de prix. Car les biens de ce monde, comparés à ceux du ciel, sont plutôt des obstacles et des fardeaux, pour ainsi parler, que des moyens de prospérité et de bonheur. Si l'on compare la vie temporelle à la vie éternelle, on trouvera qu'elle mérite plutôt le nom de mort que celui de vie, puisque les pertes continuelles qu'essuie cette chair corruptible ne sont, à vrai dire, qu'une longue mort.

» Mais, au contraire, quelle langue peut exprimer, et quel esprit peut comprendre combien excellentes sont les joies de la céleste cité, et quel serait notre bonheur d'entrer en société avec les saints anges ; d'être témoins de la gloire du Créateur avec tous ces bienheureux esprits ; de contempler face à face ce grand Dieu lui-même ; de voir dans son centre cette lumière divine,, dont les rayons s'étendent à tout; de n'être plus à lieu de craindre la mort, et de jouir tranquillement du prix de la bienheureuse immortalité?

» Quand on entend parler de ces biens sublimes, l'esprit se sent tout transporté d'ardeur, et déjà on voudrait habiter cette demeure où nous est promis un bonheur sans fin. Mais on ne

(1) Cf. Les quarante Homélies ou Sermons de saint Grégoire sur les Evangiles, p. 433-453.

saurait parvenir à de grandes récompenses, si l'on n'accomplit préalablement de grands travaux; et c'est ce qui a fait dire à saint Paul, cet excellent prédicateur, que celui qui combat n'est couronné qu'après avoir combattu selon les règles de la guerre (// Tim., ll> 5). Si donc l'esprit envisage avec tant de charmes la grandeur des récompenses, qu'il ne se décourage pas à la vue des obstacles à vaincre et des combats à soutenir (I). »

45. S. Prosper (2), de vitâ contemplative! , lib. 1, c. 2 : « Nous croyons au sujet de la vie future que le bonheur en sera éternel, ou si l'on aime mieux parler ainsi, que sa durée sans fin sera un parfait bonheur ; que la sécurité nous y sera assurée ; que nous y jouirons d'une paix exempte d'inquiétude, et que la joie que nous y goûterons ne sera jamais troublée ; que l'éternité en sera heureuse, et que la félicité en sera éternelle; que ce ne sera qu'amour sans mélange de crainte ; que le jour y sera éternel ; que tous n'auront qu'un mouvement, qu'une pensée, la pensée et le mouvement de contempler leur Dieu, et de le posséder en assurance; que cette cité elle-même, qui se compose de la bienheureuse société des anges et des saints, est toute resplendissante de gloire, toute glorieuse des mérites qui en font l'éclat; que le salut et la vie y coulent à pleins bords; que la vérité y règne; qu'elle ne contient ni trompeurs ni dupes; qu'aucun bienheureux ne peut en être exclu ; qu'aucun réprouvé ne peut y être admis. »

46. Ibidem, c. 3 : <i Les anges puisent dans la contemplation de Dieu la joie souveraine et imperturbable qu'ils goûtent, sans en éprouver jamais aucun dégoût ; ils servent Dieu avec amour et sans jamais se lasser de le faire; ils sont si parfaitement heureux, qu'ils ne veulent ni ne peuvent l'être davantage. »

47. Ibidem , c. 4 : a Telle est cette vie contemplative des bienheureux, dans laquelle, après y être parvenus par le mérite des bonnes œuvres, ils seront semblables aux saints anges, et régneront sans fin avec leur Dieu. Ils y verront à découvert ce qui jusque-là n'aura été que l'objet de leur foi; ils contempleront sans nuage la substance divine ; ils se livreront à d'éternels transports de joie, dans le bonheur qu'ils auront de posséder leur bienaimé; ils s'attacheront à lui éternellement, et lui-même s'atta-

(1) Cf. Les quarante Homélies ou Sermons de saint Grégoire sur les Evangiles, 454-455.

(2) Ou plutôt Julien Pomère.

chera éternellement à eux ; avec leurs corps rendus incorruptibles et immortels, ils jouiront du droit de cité dans la patrie céleste, dont ils seront à jamais les citoyens, et où ils 6eront mis en possession de toutes les récompenses promises. Telle sera l'abondance de leur joie, telle sera la gratitude dont leurs cœurs seront remplis, qu'ils rendront à leur Dieu de continuelles actions de grâces, et que les biens mêmes dont ils regorgeront ne leur inspireront jamais aucun dégoût. Là tous les cœurs seront à découvert, comme peut l'être aux yeux du corps la face d'une personne, parce qu'en effet tous ces célestes habitants seront si parfaitement purs, qu'en même temps qu'ils auront tout sujet de rendre grâces à leur Dieu, auteur de leur pureté, ils n'en auront aucun de rougir pour des souillures qui leur sont désormais étrangères : car il n'y aura dans ce séjour de la sainteté ni péchés ni pécheurs, et ceux qui l'habiteront seront éternellement incapables de pécher. Aucun secret d'ailleurs ne pourra leur être caché, leurs cœurs tout-à-fait purs étant admis à la contemplation de l'essence même divine ; leur perfection sera telle, qu'elle ne sera plus susceptible d'aucun changement. Notre nature reformée à la ressemblance de la nature divine, recouvrera tous les avantages qu'elle avait reçus dès le commencement, et que le péché d'Adam lui avait fait perdre : notre entendement ne sera plus sujet à faillir, ni notre mémoire à oublier, ni notre pensée à s'égarer; nous aimerons sans mélange de duplicité; nous serons sensibles sans rien sentir qui nous blesse ; notre vigueur de santé n'y sera altérée par aucune infirmité ; notre contentement n'y sera troublé par aucun chagrin ; notre vie y sera hors des atteintes de la mort; notre agilité n'y rencontrera point d'obstacles; nous y serons rassasiés sans dégoût, dans l'embonpoint sans maladie, parce que tout ce qui peut concourir ici-bas à vicier le corps, soit morsures des animaux, soit cas fortuits, soit dérangement d'humeurs, soit cruauté des hommes, soit violence du feu, soit toute autre cause de destruction, soit décrépitude de la vieillesse, se trouvera corrigé pour toujours par la résurrection, et que le corps rétabli dans la perfection de tous les membres qui le composent, sera doué d'une santé inaltérable. Ainsi, malgré la différence de mérites des bienheureux, tous cependant posséderont un parfait bonheur, parce que chacun sera content de sa propre récompense, et que sa perfection même l'empêchera d'en désirer une autre qui pourrait être au-dessus de ses mérites personnels. Car, de même que l'état de rassasiement produit la même sen-

sation dans tous ceux qui l'éprouvent, quoique, pour y parvenir, tous n'aient pas besoin de la même quantité de nourriture, chacun* ne devant en prendre que ce qu'en comporte la capacité de son estomac, ainsi tous les saints, quoique placés à différents degrés de sainteté, et par conséquent aussi de bonheur, se trouveront tous parfaitement heureux, la perfection de leur bonheur étant relative à leur capacité particulière. Au surplus, dans ces lieux fortunés, personne n'enviera un mérite plus élevé, parce que l'envie, comme les autres vices, en sera totalement bannie; personne non plus ne se prévaudra de la supériorité de ses mérites personnels, parce que l'orgueil y sera également inconnu. Aussi, quoique les demeures y soient différentes, tous cependant auront toute la perfection qui leur conviendra, comme tous jouiront de la même félicité. »

48. Ibidem, c. 5 : « Celui-là désire véritablement obtenir cette souveraine félicité, qui renonce à tous les biens présents en vue des biens à venir, et qui, ^affranchissant du soin des affaires domestiques, qui retardent souvent les progrès de ceux qui commencent à entrer dans un état de perfection, triomphe de ses affections naturelles elles-mêmes en s'élevant à la hauteur de la contemplation divine; qui, regardant comme rien toutes les choses d'ici-bas, qui trop souvent ramènent vers la terre les âmes assez imprudentes pour se reposer sur la sainteté antérieure de leur vie, porte son vol jusque dans le ciel, et d'autant plus près de Dieu, que le désir qu'il a de sa perfection lui fait plus résolument fouler aux pieds les avantages humains, étant bien assuré que, s'il préfère d'une volonté pleinement déterminée la vie contemplative aux honneurs incertains, aux richesses périssables et aux plaisirs fugitifs d'ici-bas, il obtiendra en retour les seuls véritables honneurs, les seules richesses qui n'engendrent point d'inquiétude,] et les plaisirs de l'éternité, lorsqu'il aura atteint la perfection de' la vertu contemplative, en prenant possession de cette vie bienheureuse où elle se trouve, et que Dieu lui destine pour récompense. Et, en effet, quoi de plus honorable que de se voir,, grâce à Dieu, assimilé à l'état des anges? Quelles richesses plus grandes peut-on imaginer, que d'avoir à sa disposition tous les trésors du royaume céleste? »

49. Ibidem, Mb. III, c. 32 : a Dans cette vie bienheureuse, à laquelle parviennent ceux qui y sont prédestinés lorsqu'ils n'ont plus rien en eux qui soit sujet à la corruption et à la mort, et où il n'y a ni pleurs ni gémissements, tous les saints seront

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consommés dans l'amour, exempts de toute crainte, remplis d'une éternelle joie. Leur volonté sera droite, et leurs cœurs purs de toute passion, parce que la possession à laquelle ils sont parvenus des biens célestes ne leur laisse plus rien à désirer, et que, jouissant d'un parfait bonheur dans ce séjour de sécurité et de paix, ils ne peuvent plus être troublés par aucun sentiment de crainte ou de douleur. Peut-être cependant faut-il admettre, même pour le siècle à venir, cette sorte de crainte que l'amour nourrit en lui-même, mais non cette autre crainte que l'amour expulse du cœur qu'il possède, d'autant plus que les vertus auxquelles cette crainte aura servi comme de degré dureront ellesmêmes dans les siècles des siècles. »

50. S. Bernard, Serm. de triplici génère bonorum et vigilantiâ super cogitationibus : « Nous ne devons plus chercher seulement à imiter les saints, et à nous procurer la protection des saints anges; mais nous devons désirer ardemment de jouir de leur vue et de leur société, et de contempler ces colonnes du ciel qui soutiennent la terre, et dans lesquelles rayonne la divinité avec tant d'éclat

» Les biens éternels sont ces biens que l'œil n'a point vus, que l'oreille n'a point entendus, et qui ne feront jamais défaut dans cette patrie, qui ne connaît que joie et bonheur. Rien n'y manque, et cette abondance met le comble à tous nos désirs. Quelle abondance plus grande en effet que celle qui consiste à avoir tout ce qu'on veut, et à n'avoir rien de ce qu'on ne veut pas? Que la paix soit dans ta force, et V abondance dans tes tours, dit le Prophète à la ville de Jérusalem (Ps. CXX1, 7). Oui, dans ces tours qui, comme le dit un autre prophète, seront construites avec des pierres précieuses, où Dieu nous rassasiera du froment le plus pur, et non plus seulement des enveloppes sacramentelles. Mais si, quoiqu'il ne nous manquât rien, il nous restait quelque chose à ignorer, est-ce qu'on pourrait dire que notre gloire y serait parfaite? Il faudra donc qu'il ne nous y reste rien à ignorer, et c'est la sagesse qui nous fournira de quoi contenter toute la curiosité dont l'homme est capable. 0 sagesse, qui nous donneras la parfaite connaissance de tout ce qu'il y a dans le ciel et sur la terre, en nous faisant boire à la source de la sagesse même cette connaissance de toutes choses! Je n'aurai rien à craindre des jugements des hommes ni des desseins qu'ils formeraient contre moi, puisque, si nous en croyons l'apôtre saint Jean (Apoc, XXIj 21), celte sainte cité est semblable au verre le plus trans-

parent, de sorte que, comme on voit clairement les objets au travers d'un verre pur, ainsi nous pénétrerons sans peine les consciences des autres. Mais de plus, si, quoiqu'il ne nous manquât rien et qu'il ne nous restât rien à ignorer, nous gardions cependant quelque crainte de perdre tous ces biens, notre bonbeur serait-il parfait? Aussi n'y aura-t-il plus rien qui puisse nous causer de l'épouvante, et c'est la puissance qui viendra affermir/ notre faiblesse. // a établi la paix jusqu'aux confins de tes états} dit encore le Psalmiste, il a fortifié les serrures de tes portes] (Ps. CXLVIh 13, 14), afin qu'aucun ennemi ne puisse y entrer, ' qu'aucun ami n'en puisse être exclu. Là donc où se trouveront réunies une parfaite abondance, une parfaite sagesse et une parfaite puissance, je pense qu'il ne manquera rien à la perfection de la béatitude, autant qu'il est permis à l'homme d'y aspirer. » 81. Le même, Méditation., c. 4 (et dans Hugues de Saint- Victor, Lïb. I de anima, c. 4) : a L'avantage des saints sera de voir Dieu, de vivre avec Dieu, d'être avec Dieu, d'être en Dieu, qui sera tout en tous; de posséder Dieu, qui est le souverain bien. Et où est le souverain bien, là est aussi la souveraine félicité, la souveraine allégresse, la vraie liberté, la parfaite charité, l'éternelle sécurité, la tranquille éternité; là est la vraie joie, la pleine science, toute beauté et toute béatitude.

Est ibi pax, pietas, bonitas, lux, virtus, honestas,

Gaudia, lœtitiœ, dulcedo, vita perennis,

Gloria, laus, requies, amor et concordia dulcis (1).

» Ainsi sera heureux dans la société de Dieu l'homme dans la conscience duquel le péché n'aura point été trouvé. Il verra Dieu au gré de ses désirs, il le possédera pour son bonheur, il jouira de lui pour ses délices. L'éternité sera sa vie, la vérité sa gloire, la bonté sa joie. De même que son existence sera exempte de vicissitudes, sa science sera exempte de peine, et son repos le sera de trouble. Il sera citoyen de cette sainte cité qu'habitent les anges, et dont Dieu le Père est le temple, Dieu le Fils la splendeur, et l'Eprit-Saint l'amour qui y règne. 0 céleste cité, demeure permanente, contrée vaste et fertile, qui contient tout ce qui fait le bonheur, peuple pacifique, habitants paisibles,

(1) « Là régnent la paix, la piété, la bonté, la lumière, la vertu, l'honnêteté, la joie, les transports d'allégresse, la douceur, la vie, la gloire, la louange, le repos, l'amour et la concorde. »

exempts de toute misère et de tout besoin ! Que de choses glorieuses ont été dites de toi, 6 cité de Dieu! Ceux qui habitent dans ton enceinte sont tous dans la joie (Ps. LXXXVI1, 3, 7). Tous tressaillent d'allégresse; tous trouvent leur bonheur en Dieu, dont la beauté les ravit, la bonté les attire, et l'entretien est pour eux plein de charmes. Sa vue les transporte de joie, sa possession fait leurs délices, la jouissance de ce qu'ils trouvent en lui met le comble à leur bonheur. Il se suffit à lui-même pour leur plaire et pour récompenser leurs mérites, et hors de lui ils n'ont rien à désirer, parce que tous les biens désirables se trouvent réunis tout entiers en lui. Toujours c'est pour eux un nouveau plaisir de le voir, de le posséder, de mettre en lui leur bonheur, de jouir de ses amabilités. Son commerce éclaire leurs esprits et purifie leurs cœurs, devenus plus capables, soit de connaître, soit d'aimer la vérité. Et n'est-ce pas tout le bien de l'homme, que de connaître et d'aimer son Créateur? Quelle est donc notre folie de n'avoir de soif que pour le vice, ce breuvage amer comme l'absinthe, de n'avoir de goût que pour le monde, cette mer si féconde en naufrages, de nous attacher à cette vie périssable sans autre espérance et de rester dans les liens honteux du péché , au lieu d'aspirer à la félicité des saints , à cette fête éternelle qui se célébrera dans les cieux , à ces délices de la vie contemplative, où toute notre occupation serait de considérer la puissance du Seigneur, de voir les richesses surabondantes de sa bonté? Là nous goûterons à loisir combien le Seigneur est doux, en combien de manières sa douceur se déploie. Nous verrons l'éclat de sa gloire, la glorification des saints, la royauté dont la magnificence éclate dans leurs personnes; nous connaîtrons pleinement la puissance du Père, la sagesse du Fils, la bonté -du Saint-Esprit, et nous aurons ainsi la connaissance parfaite de l'adorable Trinité. Maintenant nous voyons des yeux du corps les objets corporels, et des yeux de l'esprit leurs images; mais alors c'est la Trinité même que nous verrons à découvert. 0 bienheureuse vision, qui consistera à voir Dieu en lui-même, à le voir en nous et à nous voir en lui avec un sentiment ineffable de joie et de bonheur! Tout ce que nous pourrons désirer, nous l'aurons, et il ne restera plus rien qui puisse être l'objet de nos désirs. Tout ce que nous verrons, nous l'aimerons, et cet amour fera notre bonheur! Pour être heureux, il nous suffira de sentir les douces flammes de cet amour, de goûter les délices de cette contemplation. Voilà quelle sera la hauteur de cette contemplation.

quelle sera la perfection de ce bonheur,, dont l'objet sera de voir Dieu en lui-même, de comprendre l'incompréhensible Trinité. La Divinité n'aura plus pour nous de secrets; nous verrons et nous aimerons Dieu, et cette vision et cet amour rempliront toute la capacité du cœur de l'homme, le rassasieront pleinement, et feront la consommation de son bonheur. Tous auront une même voix pour louer Dieu, une même ardeur pour l'aimer, et pour l'aimer éternellement. La vérité sera contemplée à dé-! couvert, l'amour sera satisfait, l'harmonie du corps et de l'âme entre eux sera parfaite. L'humanité glorifiée resplendira comme le soleil. L'esprit et la chair ne seront plus ennemis l'un de l'autre. Les anges et les hommes partageront ensemble la même joie, auront les mêmes entretiens, prendront part au même banquet. L'amour sera toujours ardent, et ne sera sujet à aucune défaillance. On aura tous les biens à la fois, sans jamais avoir à éprouver l'ennui d'en attendre aucun à venir; nous les trouverons tous réunis dans la contemplation de la majesté de Dieu, et nous pourrons considérer comme étant à nous sa toute-puissance, sa sagesse, son immutabilité, sa justice, son intelligence. Dans ce merveilleux accord, il n'y aura pas même diversité de langues, mais partout une parfaite uniformité de langage comme de sentiments. Plongés dans ce torrent de volupté, les bienheureux pleinement satisfaits n'auront plus rien à désirer : leur bonheur sera complet. Leur félicité, leur gloire, leur joie dépassera tous leurs vœux . Mais qui sera trouvé digne de telles faveurs? Ce sera le vrai pénitent, le chrétien soumis, l'homme qui aime son prochain, le serviteur fidèle. »

52. S. Grégoire, Hom. XIII in Evangelia : <c Ecoutons ce que fera le Seigneur, et de quelle manière il traitera les serviteurs vigilants : Je vous dis en vérité que, s' étant ceint, il les fera mettre à table et viendra les servir (Luc, XII, 37). Se ceindre, c'est se préparer à leur distribuer des récompenses. Et il les fera asseoir à table, c'est-à-dire qu'il les introduira dans le repos éternel, parce que nous asseoir à sa table n'est autre chose que prendre notre repos dans son royaume. De là vient que Notre-Seigneur a dit ailleurs : Ils viendront s'asseoir avec Abraham, Isaac et Jacob (Matth., VIII, 11). Et passant de l'un à l'autre, il les servira (Luc, XII, 7). Car il nous rassasiera pleinement par l'éclat de la divine lumière dont il pénétrera ses élus. Et il est dit que c'est en passant de l'un à l'autre qu'il les servira, parce que ce sera à son retour de ses assises solennelles dans le royaume des

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