‹ Le grand catéchisme de Canisius, ou, Précis de la doctrine chrétienne, appuyé de témoignages nombreux de l'Ecriture et des Pères (volume 3)Chapitre 32 sur 88 · TT · texte numérisé non relu

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cieux. Ou bien, on peut encore dire que Notre-Seigneur passera à notre égard à la suite du jugement dernier, parce qu'il nous élèvera de la vue de son humanité à la vision sublime de sa divinité même. Il passera donc, lorsqu'il nous conduira à l'aspect de sa lumière infinie, et qu'après avoir considéré son humanité dans le dernier jugement , nous contemplerons éternellement sa divinité dans le ciel. Car lorsqu'il viendra pour juger les hommes, il paraîtra sous la forme d'un serviteur à la vue de tout le monde, conformément à ces paroles d'un évangéliste : Ils verront celui qu'ils auront percé (Jean, XIX, 37). Mais en même temps que les réprouvés seront précipités dans le supplice éternel, les justes seront enlevés au ciel pour jouir de la gloire d'une lumière infinie, selon ces autres paroles d'un prophète : Qu'on ôte l'impie, afin qu'il ne voie point la gloire Dieu (Is., XXVI, 40) (1). »

53. S. Bernard, Serm. de conversione ad clericos, sive de persecutione sustinendâ, c. 25 (al. 26) : « Heureux ceux qui ont le cœur pur, parce qu'ils verront Dieu (Matth., V, 8). Grande promesse, mes frères, et qui doit être l'objet de tous nos désirs. Car cette vision est ce qui nous fixera dans le bien, comme nous le fait entendre l'apôtre saint Jean : Nous sommes dès maintenant enfants de Dieu; mais il ne paraît encore rien de ce que nous serons. Nous savons que, lors de son apparition, nous serons semblables à lui, parce que nous le verrons tel qu'il est (I Jean, III, 2). Cette vision est la vie éternelle, ainsi que la Vérité même le dit dans l'Evangile : La vie éternelle consiste à vous connaître, 6 vous le seul Dieu véritable, et à connaître Jésus-Christ que vous avez envoyé (Jean, XVII, 3). Nous devons haïr cette taie formée par le péché dans l'œil de notre cœur, et qui nous prive de cette vision bienheureuse ; nous devons avoir en horreur cette négligence qui nous fait remettre d'un jour à l'autre à nous en guérir. Car de même que la vue corporelle peut être troublée, ou à l'intérieur par quelque humeur vicieuse, ou à l'extérieur par des jets de poussière, ainsi la vue de l'esprit peut l'être, soit par les séductions de sa propre chair, soit par la curiosité et l'ambition du siècle...

» Heureux donc ceux qui ont le cœur pur, parce qu'ils verront Dieu. Us le voient maintenant comme dans un miroir, et d'une manière obscure (I Cor., XIII, 42); mais dans l'autre vie ils

(i) Cf. Les quai ante Homélies ou Sermons de saint Grégoire sur les Evangiles, p. 118-119.

le verront clairement et face à face, lorsque la face de leur âme sera toute nette , toule pure , lorsqu'elle sera toute brillante de la lumière de gloire, lorsqu'elle n'aura plus ni tache ni ride (Ephes., V, 27) (1). »

54. Le même, Serm. II de verbis Apostoli, Non est regnum Dei esca et potus : « Le royaume de Dieu ne consiste pas dans le boire ni dans le manger (Rom., XIV, 17). En quoi donc consiste-t-il? Dans la justice, dans la paix et dans la joie que donne le Saint- Esprit. Entendez-vous, comprenez-vous bien que la joie ne doit venir qu'après le reste? Insensés enfants d'Adam, qui laissez de côté la justice et la paix, pourquoi intervertir l'ordre, et vouloir commencer par ce qui ne doit venir qu'à la fin? Il n'est personne qui ne veuille être dans la joie ; mais cette joie ne sera point solide, ne sera point véritable, parce que, comme il n'y a point de paix pour les impies dit le Seigneur (Is., XL VIII, 22), de même il ne saurait y avoir de véritable joie pour eux. // n'en est pas ainsi des impies, il n'en est pas ainsi. Qu'ils pratiquent d'abord la justice, qu'ils recherchent la paix et ne cessent de la chercher (Ps, XXXIII, 15), et par-là ils parviendront enfin à posséder la joie, ou plutôt à être possédés par elle. C'est ainsi que les anges ont commencé par pratiquer la justice en restant fidèles à la vérité, et en abandonnant la cause de celui qui le premier avait déserté le parti de la vérité. Par ce moyen ils ont été affermis dans la paix qui surpasse tout sentiment, parce que, quoique diversement honorés par le suprême monarque , aucun d'eux ne murmure du partage qui lui est échu , aucun d'eux n'envie le partage d'autrui. Jérusalem, loue le Seigneur; Sion, loue ton Dieu; car c'est lui qui a fortifié les serrures de tes portes, qui a béni tes enfants au milieu de toi, qui a établi la paix jusqu'aux confins de tes Etats (Ps. CXLVII, 1-3). Loue-le, loue-le sans cesse, parce qu'il a muni tes portes de barres très-fortes et de serrures puissantes, qui ne permettront pas à tes ennemis d'entrer, et ôteront à tes amis la tentation de sortir. Bénis soient tes enfants au milieu de toi (Ps. CXLVII, 3); je veux dire, qu'ils soient comblés en Jésus-Christ de toutes sortes de bénédictions spirituelles pour le ciel (Ephes., I, 3). La crainte est bannie de ton enceinte, parce qu'il a établi la paix jusqu'aux confins de tes Etats ; aucune tentation ne vient te troubler, parce que le ten-

(i) Cf. Traduction de trois excellents ouvrages de saint Bernard, p. 82-86.

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tateur est loin de tes murs , et malgré la variété de ses artifices, n'a plus aucune prise sur tes enfants. Celui au contraire dont l'unité fait le caractère, relie et affermit toutes tes parties dans une parfaite unité. Et c'est ainsi que toutes tes parties sont dans une parfaite union entre elles (Ps. CXXI, 3). Les saints {misent avec joie des eaux des fontaines du Sauveur (Is., XII, 5), en contemplant à découvert l'essence divine, sans pouvoir désormais être séduits par les fausses apparences que présentent les objets sensibles. Telle est la joie qui les attend à la fin, et qui ellemême n'aura point de fin. »

Question VI.

Quel usage doit-on faire et quel fruit peut-on retirer de tout l'ensemble de la doctrine des fins dernières ?

La connaissance de nos fins dernières et leur méditation sérieuse a pour premier avantage de nous détacher plus facilement des biens passagers et des plaisirs frivoles de ce monde. Vanité des vanités, a dit l'Ecclésiaste , vanité des vanités, et tout n'est que vanité. J'ai vu tout ce qui se fait sous le soleil, et j'ai trouvé que tout était vanité et affliction d'esprit.

En second lieu , cette étude n'a pas pour unique effet d'éloigner de nous les pensées vaines et les désirs terrestres; mais elle a aussi celui de réprimer en nous l'habitude ou les occasions de pécher, ainsi que le penchant qui nous y porte. De là cette précieuse maxime : En tout ce que vous faites, souvenez - vous de vos fins dernières, et vous ne pécherez jamais.

De plus , c'est un avertissement pour le sage , de ne rien entreprendre témérairement, mais de considérer en toutes choses quelle en sera la fin ; et quand par ce moyen il s'est tracé à lui-même le droit sentier à suivre, de ne s'en détourner ni à droite ni à gauche.

Mais le principal effet de ces sortes de considérations et de pensées est d'affermir et de perfectionner en nous la crainte de Dieu, cette source de la vraie sagesse , cette sauvegarde de toutes les vertus, ce moyen nécessaire d'initiation à la pratique du bien. Car la crainte du Seigneur expidse le péché, et celui qui est sans crainte ne pourra devenir juste. Ceux qui craignent le Seigneur rechercheront ce qui lui est agréable; ils prépareront leurs cœurs, et sanctifieront leurs âmes en sa présence. Enfin , ceux qui craignent le Seigneur garderont ses commandements, et ils auront patience

jusqu'à ce qu'il jette les yeux sur eux, en disant : Si nous ne faisons pénitence, c'est entre les mains du Seigneur que nous tomberons.

Au lieu que les enfants de ce siècle, c'est-à-dire ceux qui aiment la vanité et qui recherchent le mensonge ; qui se réjouissent lorsqu'ils ont fait le mal, et qui triomphent dans les choses les plus criminelles; enfin , qui n'ont pas présente à leurs yeux la crainte de Dieu, n'ont rien de plus empressé que d'éloigner de leur esprit la pensée de leurs fins dernières. C'est un peuple qui n'a point de sens, qui n'a aucune sagesse. Ah! s'ils ouvraient les yeux, s'ils comprenaient , s'ils prévoyaient la fin de tout! Nous voyons tous les jours arriver à ces hommes le malheur que prévoyait Job , lorsqu'il disait : Ils ont la harpe et les timbales à la main, et ils se divertissent au son des instruments de musiqtie; ils passent leurs jours dans les plaisirs, et en un moment ils descendent dans le tombeau. C'est ainsi que les ris seront mêlés de chagrins, et que la tristesse succédera à la joie (VI).

Quis est nsus et fructas doctrinœ totius de quatuor novissimis ?

Primiim haec ipsa cognoscere ac seriô meditari, eô confert, ut à cura, studio et amore illarum reruui , quae caducae , fluxae et vanae sunt in hoc mundo, faciliùs avocemur : Vanitas enim vanitatum, dixit Ecclesiastes : Vanitas vanitatum, etomnia vanitas : Vidi quse fiunt cuncta sub sole, et ecce universa vanitas et affliclio spiritûs.

Deinde non solùm à cogitationibus vanis curisque terrenis haec animadversa hominem revocant : verùrn etiam ab omni peccandi licentiâ, consuetudine et proclivitate déterrent. Hinc aurea illa sententia : In omnibus operibus tuis memorare novissima tua, et in œternum non peccabis.

Praetereà monent sapientem , ut cunctis in rébus nihil temerè faciat , sed extrema primiim omnium sibi proponat, fineque prospecto , via regiâ progrediatur, ut neque ad dexteram neque ad sinistram à recto deflectat.

Prœcipuô verô hujusmodi rerum memoria et contemplatio id efficit, ut divinus

timor, qui verse sapientiœ fons, totius virtutis custos , ac in omni hominis vitâ necessarius est pœdagogus , in sequi bonique studio nos confirmet ac provehat. Nam timor Domini expellit peccatum : et qui sine timoré est, non poterit justiftcari. Qui timent Dominum, inquirent quœ beneplacita sunt ei, prœparabunt corda sua, et in conspectu illius sanctificabunt animas suas. Demiim qui liment Dominum, custodient mandata illius, et patientiam habebunt usque ad inspectionem illius, dicentes : Si pœnitentiam non egerimus, incidemus in manus Domini.

Caeterùm filii saeculi hujus , qui vanitatem diligunt , et quaerunt mendacium : qui laetantur, ciim malè fecerint, et exultant in rébus pessimis , ante quorum oculos non est timor Dei, nihil minus illi , quàm his de rébus cogitationem suscipiunt. Gens absqae consilio est, et sine prudentia : utinam sapèrent et inte lli gèrent , atque novissima providerent! His videmus, quod Job sanctus aiebat , quotidie usuvenire : Tenent tympanum et cytharam, et gaudent ad sonitum organi. Ducunt in bonis dies suos et in puncto ad inferna descen~ dunt. Sic risus dolore miscetur; et extrema gaudii luctus occupât.

TÉMOIGNAGES DE L' ÉCRITURE

4 . Ecclêsiaste, I, 1 et 7 ; comme dans le corps de la réponse.

2. Ecclésiastique, VII, 40; comme dans le corps de la réponse.

3. Deutêronome, XXXII, 29; comme ci-dessus, chapitre des Vertus cardinales, question III, t. V, page 199, témoignage II.

h. Proverbes, IV, 27 : ce Ne vous détournez ni à droite ni à gauche ; retirez votre pied du mal. »

5. Ecclésiastique, I, 16 : « Le commencement de la sagesse est la crainte du Seigneur. »

6. Psaume CX, 9 : « Le commencement de la sagesse est la crainte du Seigneur. »

7. Proverbes, I, 7 : « La crainte du Seigneur est le commencement de la sagesse*, les insensés méprisent la sagesse et la doctrine. »

8. Ibid., IX, 10 : a La crainte du Seigneur est le principe de la sagesse ; la science des saints est la vraie prudence. »

9. Job, XXVIII, 28 : « Il dit à l'homme : La sagesse consiste dans la crainte du Seigneur , et l'intelligence dans l'éloignement du mal. j>

10. Ecclêsiaste, VII, 19 : « Celui qui craint Dieu ne néglige rien. »

11. Proverbes, XIV, 26-27 : a Celui qui craint le Seigneur est dans une confiance pleine de force, et ses enfants auront sujet de bien espérer. — La crainte du Seigneur est une source de vie, en ce qu'elle fait éviter la chute qui donne la mort. »

12. Ecclésiastique, l, 16 et 22 ; comme dans le corps de la réponse.

13. Psaume IV, 3 : « Enfants des hommes, jusqu'à quand vos coeurs seront-ils appesantis? Pourquoi vous attachez- vous à la vanité et courez-vous après le mensonge? »

14. Proverbes, II, 10-15 : « Si la sagesse entre dans votre cœur, si la science fait la joie de votre âme, — la vigilance vous gardera, et la prudence vous défendra ; — • et vous échapperez à la voie du mal, et aux hommes qui tiennent des discours pervers; — qui abandonnent le chemin droit, pour s'avancer dans des voies ténébreuses ; — qui se réjouissent lorsqu'ils ont fait le mal, qui tressaillent de joie lorsqu'ils ont accompli l'iniquité ; — qui suivent des voies détournées , et qui marchent dans les chemins tortueux. »

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