‹ Le grand catéchisme de Canisius, ou, Précis de la doctrine chrétienne, appuyé de témoignages nombreux de l'Ecriture et des Pères (volume 3)Chapitre 34 sur 88 · Ibidem^ c. 12 ; « Nous savons que cette profession de foi · texte numérisé non relu

Ibidem^ c. 12 ; « Nous savons que cette profession de foi

est un renoncement au péché, et qu'elle est inséparable de la rémission que nous en recevons dans le baptême. Et persuadés par les discours de ces saints hommes, nous n'avons que des anathèmes pour les choses de ce monde, qui sont si fragiles, si caduques, si sujettes au changement, si pleines d'incertitude, et où l'on ne trouvera jamais que vanité et affliction d'esprit : car elles n'ont pas plus de réalité que des songes, que des ombres, que des vapeurs qui s'élèvent dans l'air et se dissipent aussitôt. Le plaisir qu'elles nous procurent est aussi fugitif qu'il est futile; ou plutôt ce n'est pas un plaisir, mais une séduction que nous présente ce monde pervers, que nous ne devons pas aimer, mais plutôt haïr et détester, comme nous l'apprend une expérience journalière. Car tout ce que le monde donne à ses amis, il le leur enlève presque aussitôt comme par colère, et après les avoir dépouillés de tous ces biens, il les voue couverts d'opprobres à d'éternels supplices. Ceux qu'il élève le plus haut, il se plaît à les abaisser et à les affliger le plus, et les rend ainsi le jouet de leurs ennemis. Tels sont ses bienfaits, et voilà à quoi se réduisent ses faveurs. Il est à proprement parler l'ennemi de tous ceux qui l'aiment ; il ne fait que tendre des pièges à ceux qui lui obéissent le plus, il cause la chute de ceux qui s'appuient sur lui, et achève de ruiner ceux qui mettent en lui leur confiance. Il fait alliance avec les insensés, qu'il séduit par de flatteuses promesses, sans autre intention que d'en faire ses dupes et ses victimes ; et tandis que ceux-ci se donnent sincèrement à lui, il fait voir bientôt qu'il n'a pas voulu faire autre chose que de les tromper, en n'acquittant envers eux aucune de ses promesses. Après les avoir un jour appâtés par des mets délicats, il les livre le lendemain en proie à ses ennemis. Aujourd'hui il fait roi celui que demain il fera esclave. Aujourd'hui il comble de richesses celui que demain il réduira à une extrême misère. Aujourd'hui il place sur sa tête une brillante couronne ; demain il le traînera dans la boue. Aujourd'hui il l'enivre d'honneurs; demain il le chargera de chaînes. Un jour il lui concilie la bienveillance générale ; bientôt après il le rendra l'objet de l'exécration de tous. Aujourd'hui il le fera nager dans les plaisirs ; demain il le plongera dans les larmes et dans le deuil. Ecoutez maintenant quelle est la fin qu'il leur prépare. De tous ceux qui se seront amourachés de lui, il en fera autant d'habitants de l'enfer. Voilà sa pensée arrêtée, voilà où il en veut venir. Il ne pleure point ceux que la mort enlève, il ne s'apitoie point sur ceux qui survivent. Après

avoir fait le malheur des premiers en les engageant dans ses filets, il tourne les mêmes ruses contre ceux qui restent, ne voulant pas que personne puisse échapper à ses pièges. Tous ceux donc qui s'attachent à un maître si méchant et si cruel, et qui, après avoir abandonné leur souverain bien par une extrême folie, ne soupirent qu'après les biens présents sans s'occuper de l'avenir, et en même temps qu'ils recherchent avec fureur les plaisirs de leurs corps, laissent périr leur âme d'inanition et dans le plus affreux dénuement ; je les compare volontiers à un homme qui fuit une licorne furieuse, et qui, ne pouvant soutenir le bruit même de ses affreux rugissements, prend une fuite précipitée dans la crainte qui le saisit de devenir sa proie. Mais tandis qu'il précipite sa course, voilà qu'il tombe dans un fossé profond, et tandis qu'il y roule, il s'accroche avec la main au tronc d'un arbre, qu'il saisit fortement ; puis s'aidant de ses pieds, il grimpe dans cet arbre et se croit désormais en sûreté. Mais tout-à-coup, regardant derrière lui, il aperçoit deux rats, l'un blanc et l'autre noir, qui rongent à qui mieux mieux l'arbre auquel il s'est accroché, et sont sur le point de le couper par ses racines. Bien plus, jetant dans le fossé un regard scrutateur, il aperçoit au fond un énorme dragon dont les yeux lancent la flamme, et qui, le regardant d'un air furieux, brûle déjà de le dévorer. Regardant encore plus près de lui, et à l'endroit où ses pieds se sont accrochés, il aperçoit les têtes de quatre aspics qui s'avancent en dehors, du côté du fossé où il se tient toujours. Puis levant les yeux en haut, il voit quelque peu de miel dégoutter des branches de cet arbre où il est cramponné. Sans faire attention à l'extrême danger qu'il court, et auquel un instant de plus peut le faire succomber, menacé qu'il est en dehors du fossé par la licorne, qui déjà le dévore des yeux, dans le fossé lui-même par ce cruel dragon qui le regarde aussi comme sa proie, tandis que l'arbre auquel il se tient grimpé est sur le point d'être coupé par ses racines, et que l'endroit où ses pieds se sont arrêtés lui présente de nouveaux périls; oubliant, dis-je, tous ces dangers, il s'occupe de goûter le miel dont la douceur présente un appât à sa sensualité. Voilà la figure exacte de ceux qui s'attachent aux biens séducteurs de ce monde, et voici l'explication que je vais vous en donner. Cette licorne est l'image de la mort, qui est continuellement à la poursuite des mortels et s'efforce de les atteindre. Ce fossé, c'est le monde, qui renferme des pièges et des maux de toute espèce. Cet arbre que nous tenons des deux mains, et que deux rats sont occupés à

ronger par les racines, c'est la carrière que chaque homme doit parcourir, dont chaque nouveau jour et chaque nouvelle nuit emportent quelque chose, et dont bientôt il ne reste plus rien. Les quatre aspics désignent les quatre éléments qui entrent dans la constitution du corps de chaque homme, et dont le dérangement ou le défaut d'harmonie emporte la dissolution du corps lui-même. Ce dragon au regard enflammé et sanguinaire vous représente l'horrible gouffre de l'enfer, ouvert à tous ceux qui préfèrent les voluptés du siècle présent aux biens à venir. Ces quelques gouttes de miel sont l'image des fausses douceurs dont le monde se sert pour tromper ses partisans et les empêcher de pourvoir à leur salut. »

h. Ibidem, c. 13 : « Josaphat, charmé de cetle parabole, dit au saint vieillard : « Qu'il y a de vérité et d'esprit dans tout ce que vous me dites ! Je vous prie donc de ne point vous lasser de me parler ainsi en figures, pour me faire bien comprendre ce que c'est que la vie présente, et quels biens elle procure à ceux qui s'y attachent. » Le vieillard reprit alors en ces termes : « Ceux qui, épris de l'amour des plaisirs de cette vie et cédant à leur attrait, préfèrent ce qui n'est rien et qui ne dure qu'un instant à ce qui est immuable et qui durera toujours, ressemblent à un homme qui avait trois amis, dont deux lui inspiraient un tel attachement, qu'il aurait couru pour eux tous les dangers et les aurait défendus aux dépens de sa propre vie, mais dont le troisième au contraire lui était si peu agréable, qu'il n'avait pour lui ni égards ni prévenances, et ne lui témoignait qu'une faible, ou plutôt qu'une fausse amitié. Or, il se présenta un jour d'affreux gendarmes, chargés de le traîner sans délai aux pieds du roi, à qui il avait à rendre compte de dix mille talents qu'il lui devait. Ainsi réduit à l'extrémité, cet homme cherchait s'il trouverait quelqu'un qui pût lui être de quelque secours dans ce terrible compte à rendre à un puissant monarque. Il va donc trouver le premier et le plus cher de ses amis, et lui parle en ces termes : et Vous savez, mon cher ami, comment en mainte et mainte occasion je n'ai pas craint d'exposer ma vie pour sauver la vôtre. Mais aujourd'hui c'est moi que la nécessité oblige à implorer votre secours. Quel appui pouvez-vous donc me promettre? et quel espoir puis-je mettre en vous? » L'autre lui répond : « Je ne suis point votre ami, brave homme, et je ne sais qui vous êtes. J'ai bien d'autres amis avec qui je dois aujourd'hui me mettre en gaieté ; je ne veux plus d'autres amis que ceux-là.

Je n'ai donc à vous donner que deux cilices, que vous pourrez porter dans votre voyage, et qui du reste ne vous seront d'aucun avantage; vous n'avez rien de plus à attendre de moi. » Perdant ainsi tout espoir de ce côté, d'où il attendait le plus, il va à son second ami, et lui dit : « Veuillez vous rappeler en ce moment combien je vous ai toujours honoré et quels services je vous ai rendus. Mais tombé aujourd'hui dans un affreux malheur, c'est moi à mon tour qui ai besoin d'un appui. Dites-moi donc comment vous pourrez me venir en aide. » L'autre lui répond : « Aujourd'hui mes affaires m'empêchent absolument de m'occuper de la vôtre; car je suis accablé d'occupations, et je ne sais comment y faire face. Je ferai pourtant avec vous quelque peu de chemin, quoiqu'après tout, cela ne doive vous servir de rien; et puis, rentré chez moi, je me remettrai à mes affaires. » Ainsi notre homme s'en retourne les mains vides, destitué de tout appui, et s'en voulant à lui-même de la vaine espérance qu'il avait placée dans d'ingrats et perfides amis, et de tant de peines inutiles qu'il s'était autrefois données pour eux. Il s'en va cependant trouver son troisième ami, dont il n'avait pas fait le moindre cas jusque-là, et qu'alors qu'il était heureux il n'avait jamais invité à entrer en part de ses joies. Tout honteux de son ancienne conduke à son égard et les yeux baissés vers la terre, il lui tient ce langage : « C'est à peine si j'ose ouvrir la bouche devant vous ; car je ne sais que trop que je ne vous ai jamais rendu de services et que je ne vous ai jamais montré d'amitié. Mais n'ayant trouvé dans l'affreux danger qui me presse aucune ressource auprès de mes autres amis, c'est à vous que j'ai recours, vous conjurant d'oublier mon ingratitude, et de ne pas me refuser le secours, si faible qu'il soit, que vous pourrez me prêter. » Cet ami lui répond alors d'un air gracieux : « Vous pouvez compter sur mon amitié la plus sincère, et pour preuve que je n'ai point oublié les services, si modiques qu'ils puissent être, que vous m'avez rendus, je vais vous les rendre à mon tour avec usure. Bannissez donc toute crainte, car je vais prendre les devants, et prier le roi de ne pas vous livrer entre les mains de vos ennemis. Ainsi, mon cher, ayez bon courage, et ne vous laissez point abattre par le chagrin. » Alors cet homme, pénétré de componction et fondant en larmes, se dit à lui-même : « Malheureux que je suis, que dois-je regretter le plus, ou des prévenances que j'ai eues pour d'ingrats et faux amis, ou de mon ingratitude pour cet ami sincère ? » Josaphat, que tout CQ

récit avait captivé, en demandait l'explication. Barlaam lui dit alors : « Le premier de ces amis, c'est l'abondance et l'amour des richesses, qui sont si dangereuses pour l'homme, et la cause pour lui de tant de chagrins. Quand le jour de la mort est arrivé, cet homme n'emporle de toutes ces richesses que quelques linceuls, qui lui serviront pour sa sépulture. Le second de ces trois amis, c'est une femme et des enfants et les autres proches, avec qui nous sommes tellement liés que nous pouvons à peine nous séparer d'eux, et que par amour pour eux nous négligeons le salut de notre corps et de notre âme. Or, quand nous nous trouvons au moment de la mort, aucun de ceux-là ne nous est de quelque secours , excepté qu'ils consentent à accompagner notre corps jusqu'à son tombeau ; après quoi, rentrés chez eux, ils s'occupent tout entiers de leurs propres affaires, sans plus penser à celui qui leur était autrefois si cher. Mais pour le troisième ami, celui à qui nous n'avions témoigné que de l'indifférence et du mépris, et qui maintenant encore nous inspire si peu de sympathie, c'est le concert des bonnes œuvres, ou la réunion de toutes les vertus, telles que la foi, l'espérance, la charité, la miséricorde, la bénignité, vertus qui prennent le devant, lorsque notre âme quitte notre corps, pour plaider notre cause auprès de Dieu, et nous délivrer des mains de nos ennemis et de nos cruels bourreaux, qui nous attendent dans l'air pour nous faire rendre un compte sévère de nos actions, et nous revendiquer à eux s'il leur est possible. C'est là cet ami sincère, vertueux et reconnaissant, qui n'oublie aucune des bonnes actions que nous avons pu faire, quelque peu considérables qu'elles aient été, et qui s'empresse de nous en récompenser avec usure. »

5. Ibidem, c. 14 : « Josaphat lui dit à son tour : « 0 le plus sage des hommes, Dieu veuille vous rendre heureux dans toutes vos entreprises! Vos excellents discours ont porté la joie dans mon âme. Insistez donc avec moi sur le tableau que vous avez commencé à me faire de la vanité des choses du monde, et ditesmoi la manière dont je dois m'y prendre pour vivre en paix et sans inquiétude. » Barlaam reprit ainsi son discours : « Ecoutez donc aussi à ce sujet la comparaison que je vais vous dire : J'ai entendu parler d'une grande ville dont les habitants étaient dans l'usage de choisir pour leur roi un étranger et un inconnu, qui ignorât complètement les coutumes du pays, de lui abandonner pendant une année l'administration de toutes leurs affaires, et de lui laisser pendant tout ce temps la liberté de faire d'eux tout ce

qu'il voudrait. Mais ce temps écoulé, tandis qu'exempt de tous soins il passait tranquillement ses jours dans le luxe et la mollesse , et se flattait d'occuper le trône jusqu'à la fin de ses jours, ses sujets se soulevant tout-à-coup contre lui, le dépouillaient de ses habits royaux, et le réduisant à une honteuse nudité, le promenaient comme en triomphe par toute la ville, puis ils le reléguaient dans une grande île fort éloignée, où manquant de vêtements aussi bien que d'aliments, il avait à souffrir misérablement, de la faim et de la nudité , de sorte que le bonheur inopiné dont il avait auparavant joui se changeait pour lui en un malheur non moins inattendu. Il arriva donc que les habitants de cette ville, toujours fidèles à leur antique usage, appelèrent une fois à régner sur eux un homme doué d'une grande pénétration d'esprit. Celui-ci ne se laissant point séduire par la bonne fortune qui lui était échue, et se gardant bien d'imiter l'imprudence de ceux qui avaient régné avant lui, et qui tous avaient fini d'une manière si misérable, cherchait avec sollicitude par quel moyen il pourrait mettre en sûreté ses propres affaires. Tandis qu'il était tout occupé de cette pensée, un sage conseiller le mit au courant de la coutume du pays, et lui apprit quel lieu lui était d'avance destiné pour son exil, lui donnant à entendre par-là ce qu'il avait à faire pour se mettre en sûreté. Une fois instruit de ce secret, et assuré qu'un jour viendrait où il serait relégué dans cette île, en laissant à d'autres ce royaume comme il lui avait été laissé à lui-même, il ouvrit ses trésors, tandis qu'il en avait encore la libre disposition, et confiant à des serviteurs fidèles une grande quantité d'or, d'argent et de pierres précieuses, il les chargea d'en faire le transport dans cette île où il devait lui-même être envoyé plus tard. Quand l'année fut révolue, les habitants s'étant soulevés le dépouillèrent, et l'envoyèrent en exil comme ils avaient fait des autres rois. Il y trouva ses devanciers qui, moins sages que lui, se trouvaient réduits à une extrême misère à la suite de leur royauté, qui avait été si courte, tandis que luimême, pour avoir envoyé devant lui ses richesses, pouvait passer le reste de ses jours dans une extrême abondance et dans le bonheur le plus complet, sans avoir plus rien à craindre de ses perfides sujets, et en n'ayant qu'à se féliciter du sage parti qu'il avait pris. Or bien, figurez-vous que cette ville vous représente le monde où nous sommes, et qui est si vain, si trompeur. Les habitants de cette ville, ce sont les démons, qui sont comme les princes du monde ou de ce siècle ténébreux, et qui, après

nous avoir alléchés par les plaisirs qu'ils nous présentent, voudraient nous faire accroire que cet état fugitif de prospérité durera toujours, et nous bercent de l'espérance d'en recueillir perpétuellement les fruits. Après nous être ainsi laissé abuser sur notre avenir, tandis que nous éloignons de notre esprit la pensée de ces autres biens qui nous seraient assurés pour l'éternité, et que nous ne mettons rien en réserve pour ce dernier voyage qu'il nous faudra faire, nous nous trouvons tout-à-coup surpris par la mort. Et alors les perfides princes des ténèbres, au service desquels nous aurons employé tous nos instants, nous dépouillant de tous les biens delà vie présente, nous entraînent dans des lieux ténébreux, où le jour ne luit jamais , et où nous nous trouvons séparés de tous les vivants. Quant à ce bon conseiller, qui fait la révélation de tout à ce roi plus sage que les autres et lui donne un conseil si salutaire, représentez-vous que c'est moimême qui, tout indigne que je suis de cette honorable mission, viens à vous pour vous montrer la voie sûre que vous avez à suivre, et vous conduire comme par la main vers ces biens éternels, où je vous engage à mettre toute votre espérance, en vous détachant de ce monde séducteur. Moi-même j'ai autrefois aimé ce monde, et misérable que j'étais, je prenais plaisir à ses saints divertissements. Mais ayant fait sagement réflexion à la manière dont tout se passe ici-bas , où les hommes se succèdent continuellement les uns aux autres, sans qu'aucun puisse y avoir une demeure assurée, où ni les riches ne peuvent compter sur leurs richesses, ni les puissants sur leur puissance, ni les sages sur leur sagesse, ni les heureux sur leur bonheur, ni les voluptueux sur la durée de leurs plaisirs, ni tous les autres sur les biens dont ils jouissent, mais où tout passe et s'écoule comme un torrent qui va se perdre dans la mer, j'ai compris bientôt qu'il n'y avait en tout cela que vanité sans aucun profit. »

On peut voir de plus, au chapitre VI de ce même ouvrage, la comparaison qu'on y fait d'un roi qui envoie la trompette de la mort à la porte de la maison de son frère, qui l'avait repris d'être descendu de son char pour embrasser en qualité de hérauts de la mort deux hommes qui s'étaient présentés à lui couverts de haillons.

6. S. Jérôme, in caput I Ecclesiastœ, sur ces paroles : Vanitas vanitatum, etc. : « Si tout ce que Dieu a fait est très-bon, comment se fait-il que tout soit vanité, et non-seulement vanité, mais encore vanité des vanités? Expression qui a pour but de montrer combien cette vanité de toutes choses est absolue , de

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même que cette autre semblable, le Cantique des cantiques, a pour but de relever la sublimité de ce poème. A ce même sens reviennent ces paroles du Psalmiste : En vérité, tout homme qui vit sur la terre, et tout ce qui est dans V homme, n'est que vanité (Ps. XXXVIII, 6). Si tout homme qui vit n'est déjà que vanité, tout homme mort est à coup sûr vanité des vanités. Nous lisons dans V Exode (XXXIV, 50) , que le visage de Moïse jetait un tel éclat, que les enfants d'Israël ne pouvaient le contempler en face. Et pourtant l'apôtre saint Paul soutient que cette gloire dont il éclatait n'était pas même une gloire en comparaison de celle de l'Evangile. Cette gloire de la loi, dit-il, n'était pas même une gloire, si on la compare à celle de l'Evangile (II Cor., III, 10). Nous pouvons donc dire de même , que le ciel , la terre , la mer et tout ce qu'ils contiennent, sont des biens en eux-mêmes, mais qui sont comme rien si on les compare à Dieu. Et de même que la lumière d'une lampe suffit à nos besoins pendant la nuit, et que, le jour venu, son éclat disparaît devant celui du soleil ; que la lumière de ce dernier astre efface pareillement à nos yeux celle des étoiles, qui, dans une nuit profonde, nous paraissent pourtant si brillantes ; ainsi, à la vue de l'univers et de tant d'êtres variés qu'il contient , je m'extasie sur la grandeur de tous ces ouvrages ; mais considérant ensuite que tout cela n'est que passager, et que le monde tend vers sa fin, tandis que Dieu seul demeure toujours le même , je suis comme forcé de dire et de répéter : Vanité des vanités, et tout n'est que vanité. L'hébreu porte habel habalim

CD v3H b^H pour ces mots vanitas vanitatum, que tous les inter-

prêtes grecs , à l'exception des Septante , ont rendus par àr/xbs àTjawv; ce que nous pourrions rendre nous-mêmes par vapeur légère ou souffle à peine sensible qui se dissipe en un instant. Ce mot vanité indique donc quelque chose de caduc. Car les choses visibles sont temporelles, comme dit l'Apôtre , au lieu que les invisibles sont éternelles (II Cor., IV, 18). Ou bien encore, parce que les créatures sont assujetties à la vanité, qu'elles soupirent et sont comme dans le travail de l'enfantement, en attendant la manifestation des enfants de Dieu (Rom., VIII, 19-22) , puisque ce que nous avons maintenant de science et de prophétie est très-imparfait (I Cor., XIII, 9). Tout n'est en effet que vanité, jusqu'à ce que tout soit amené à l'état parfait (ibid., 10)...

» Après avoir dit en général que tout est vanité , il en vient au détail, et commençant par les hommes, il fait voir combien sont

vaines leurs diverses occupations , soit qu'ils se fatiguent à amasser des richesses, ou à élever des enfants, ou à briguer des honneurs, ou à bâtir des édifices, et que, surpris par la mort au milieu de leurs entreprises, ils entendent ces paroles leur être adressées : Insensé que tu es, on va te redemander ton âme cette nuit même; et pour qui sera ce que tu as amassé (Luc, XII, 20)? Surtout si l'on fait attention qu'ils n'emportent rien de tout le fruit de leurs travaux , mais qu'ils rentrent nus dans la terre d'où ils ont été tirés. »

7. S. Grégoire-le-Grand, Lib. V, c. 2, in lib. I Regum : « Vanité des vanités, et tout n'est que vanité. Car, en comparaison des biens éternels , tout ce qui est temporel est vanité , même les biens. En effet, tout ce qui, dans ce monde, peut donner de la joie , nous procurer de l'élévation , nous mettre en un état prospère, est vanité, puisqu'il faut se donner tant de peine pour l'acquérir, et puis le perdre au bout de si peu de temps. N'est-il pas d'expérience que ce qu'il y a de plus grand dans le monde tombe bientôt en ruine , que ce qu'il y a de plus beau ne tarde pas à se flétrir, et que le bonheur enfin, quel qu'il soit, s'envole rapidement? C'est au moment où la fortune semble sourire le plus, où l'on paraît jeter le plus d'éclat dans le monde , que l'on voit tout-à-coup ses espérances détruites, tous ses projets renversés par un changement soudain, ou par une mort prématurée. Les joies du siècle ne sont donc que vanité et mensonge, puisqu'elles trompent ceux qui les recherchent , en leur promettant d'être durables, tandis qu'elles ne font que passer. »

8. S. Augustin, Lib. II de Genesi contra Manichœos, c. 28 : « Rien n'est propre à retirer les hommes du péché, comme la pensée d'une mort prochaine. »

9. Le même (1), Serm. CXX de tempore : « C'est un mal sans remède, que de lâcher tellement la bride à ses vices et à ses passions , qu'on oublie le compte qu'il faudra rendre à Dieu. Je regarde comme un des plus terribles châtiments du péché , ce malheur qu'a le pécheur d'oublier et de cesser de craindre le

jugement avenir Que personne de vous, mes bien-aimés, ne

se repose trop sur ses sentiments actuels de piété ; que personne ne dise non plus dans son cœur : Je ne dois pas tant me troubler ou m'inquiéter du mauvais état de ma conscience, ni tant

(1) Ou plutôt Eusèbe d'Emèse, véritable auteur de ce sermon. Y. Nat. Alex., HisU eccl., t. Ya

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m'affliger de me voir coupable ; puisque le larron sur la croix a obtenu en un instant le pardon de ses crimes, je présume que les miens me seront pardonnes de même. D'abord il faut considérer dans ce larron , non pas simplement la brièveté de sa pénitence, mais surtout sa ferveur, et la difficulté du temps où il se trouvait, et où les justes eux-mêmes étaient ébranlés. Et puis, commencez par me montrer en vous-même une foi semblable à celle du larron , et je vous permettrai alors de vous promettre à vousmême un bonheur semblable au sien. C'est le démon qui vous inspire celte sécurité , afin de mieux vous perdre , et on ne saurait compter combien de personnes ont été victimes d'une semblable présomption. Que l'exemple de tant de monde que la mort a enlevés dans un moment ou , se flattant d'un aussi vain espoir, ils vivaient dans le désordre et dénués de bonnes œuvres, vous serve à vous guérir de cette persuasion. Mettons -nous tous les jours en garde contre une mort qui ne vise qu'à nous surprendre , qui nous viendra toujours au moment où nous nous y attendrons le moins, et sera pour nous un mal sans remède, et prévenons ce jour fatal avant qu'il nous prévienne lui-même. C'est s'abuser soi-même et ne pas prendre la mort au sérieux, que de se dire : Peut-être qu'à la fin Dieu me pardonnera. Gardons-nous bien de tomber dans cette illusion : premièrement, parce qu'il est dangereux de compter sur une grâce aussi tardive ; ensuite , parce que c'est une extrême folie de renvoyer à la fin de la vie, à un temps où l'on sera devenu presque incapable de rien, l'affaire si importante de l'éternité. C'est une chose détestable aux yeux de Dieu , que de pécher avec plus de liberté parce que l'on compte sur une pénitence qu'on renvoie à la vieillesse. 11 est difficile, croyez-moi, que ces artificieux délais vous obtiennent les moyens de faire une bonne mort. Auprès du scrutateur des cœurs, l'artifice ne sert de rien pour le salut. Le bon larron, dont nous parlions tout-à-1' heure, qui ne faisait plus le métier de se tenir en embuscade le long des chemins, mais qui était entré dans la voie royale en se tournant vers Jésus- Christ, qui n'aspirait plus à d'autre butin qu'à l'avantage de vivre éternellement, ni à d'autres dépouilles qu'à celles qu'il remportait sur l'enfer, n'avait point remis à dessein son salut à tin autre temps, n'avait point par un calcul artificieux reculé sa conversion aux derniers moments de sa vie, n'avait point différé l'espérance de sa rédemption jusqu'à l'heure fatale où il n'y aurait plus pour lui d'espérance, puisque jusque-là il ne connais-

sait ni Jésus-Christ ni sa religion. S'il l'avait connu, peut-être n'aurait-il pas été des derniers à se ranger au nombre des apôtres, puisqu'il a été le premier à devenir héritier du royaume des cieux. Si donc il s'est rendu si agréable à Dieu, c'est que ce moment où il a embrassé la foi n'était pas le dernier par rapport à lui-même, mais plutôt le premier de sa vocation. Nous devons, à son exemple, pourvoir à notre salut dès que nous nous sentons appelés", et tous les jours nous tenir prêts ; régler tellement notre vie entière , que nous n'ayons rien qui nous gêne au moment de notre mort. Ayant sans cesse présente à l'esprit la pensée de notre fin dernière et du jugement qu'il nous faudra subir, écrions-nous sans cesse avec le bon larron : Souvenez-vous de moi, Seigneur, lorsque vous serez entré dans votre royaume (Luc, XXIII, 42). »

10. S. Grégoire-le-Grànd, Hom. XXXIX in Evangelia : « Les paroles qui suivent conviennent fort bien à une âme qui se perd : Au moins en ton jour (Luc, XIX, 42), ce jour présent où tu jouis de la paix. Le jour de l'âme pécheresse est le temps de cette vie où elle goûte une joie passagère. Et les choses dont elle jouit lui donnent la paix, parce qu'en mettant toute sa joie dans les choses de la terre, en établissant sa félicité dans les honneurs de ce monde , en s'abandonnant aux voluptés , en bannissant de son âme la crainte des châtiments futurs , elle jouit d'une fausse paix dans son jour, sans considérer le malheur effroyable de la damnation éternelle qui l'attend dans le jour à venir, qui ne sera plus le sien. Car elle sera affligée en ce jour futur, jour bien différent, qui sera le jour des joies des justes, et tout ce qui contribue maintenant à sa paix se changera pour elle en sujets de rage et de désespoir; furieuse contre elle-même de n'avoir pas appréhendé durant sa vie la damnation où elle se verra précipitée, et d'avoir fermé les yeux pour ne pas voir les maux dont elle ne pourra plus désormais se garantir.

» C'est pourquoi Notre -Seigneur dit à cette âme : Mais maintenant cela est caché à tes yeux. Car l'âme pécheresse qui est tout entière abandonnée aux choses présentes, et comme absorbée dans les voluptés de la terre, se cache à elle-même les maux futurs, parce qu'elle craint de troubler sa joie présente par la prévoyance de l'avenir ; de sorte que, s'oubliant soi-même parmi les fausses douceurs et les trompeuses délices de cette vie, que fait -elle autre chose que se précipiter dans les flammes éternelles? De là vient qu'il est écrit : N'oubliez pas les maux dans le temps où vous jouissez des biens (Ecclù, XI, 27). Et saint Paul a vi 13

dit aussi : Que ceux qui se réjouissent soient comme ne se réjouissant pas (I Cor.;, VII, 30); parce que, si nous avons en ce monde quelque sujet de nous réjouir, nous devons le faire avec une telle modération , que la pensée du jugement à venir ne sorte jamais de notre mémoire ; afin que l'âme étant ainsi pénétrée de la crainte de ce dernier examen de tous ses péchés, sa joie présente soit tempérée par la pensée de la sévérité du juge devant lequel il lui faudra comparaître. C'est encore pour cela qu'il est écrit : Bienheureux V homme qui est toujours dans la crainte; mais celui qui a le cœur dur tombera dans le mal (Prov., XXVIII, 14). Car le poids des châtiments du juge éternel sera d'autant plus intolérable, qu'on l'aura moins redouté en s'abandonnant comme on le fait au péché

» 11 faut savoir que la marque indubitable qui nous fera connaître si nous sommes véritablement instruits par les enseignements de la vérité, c'est que nous considérions avec une frayeur continuelle les maux à venir dont nous sommes menacés , selon ces paroles d'un ancien sage : Dans toutes vos actions, souvenezvous de votre fin, et vous ne pécherez jamais (Eccli., VII, 40). C'est pourquoi nous devons tous les jours méditer ces paroles de notre Sauveur : Au moins en ton jour où tu jouis de la paix; mais maintenant tout cela est caché à tes yeux. Car, pendant que ce souverain juge nous souffre encore, pendant qu'il retient encore sa main pour ne pas nous frapper, pendant qu'il nous accorde encore quelque délai, dans l'attente de la vengeance dernière , nous devons penser continuellement à ces maux effroyables qui nous menacent ; en y pensant, il faut gémir, et en gémissant, travailler à les éviter. Il faut sans cesse considérer nos péchés passés ; en les considérant, il faut les pleurer ; en les pleurant, il faut les effacer de notre âme. Et nous ne devons jamais nous abandonner sans mesure à la joie des prospérités temporelles , ni nous laisser éblouir par le faux éclat de quelques biens périssables, de crainte qu'après nous avoir aveuglés, ils ne nous fassent tomber dans les feux éternels.

» Et en effet, si nous y pensons sérieusement, nous reconnaîtrons, par les paroles mêmes de la vérité, quels seront un jour les reproches et la confusion dont il accablera ces âmes négligentes qui n'auront pas eu soin de prévenir les maux à venir. Au moins, leur dira-t-il , en ton jour où tu jouis de la paix; mais maintenant tout cela est caché à tes ijeux. Car nous devons considérer attentivement combien sera épouvantable pour nous

l'heure de notre dernière séparation; quelle sera pour lors la frayeur de notre esprit ; quel sera le souvenir des maux que nous aurons faits ; quel sera l'oubli de toute notre félicité passée ; de quelle appréhension nous serons saisis en présence de notre juge, et quelle sera la considération que nous ferons alors de ses jugements. » Voir plus haut , article de l'Extrême-Onction , question III, témoignage 6, t. III, page ISS.

41. S. Isidore, Lib.IHdesummo bono, c. ultimo : « Malgré tout le désir que les saints ont d'être délivrés des misères de cette vie, et de sortir de la prison de leur corps, Dieu veut souvent qu'ils restent longtemps sur la terre, pour s'affermir de plus en plus dans la patience par une longue expérience des maux présents. Beaucoup n'ont que du dégoût pour la vie, et craignent cependant de mourir, comme la plupart le font bien voir lorsqu'ils se voient réduits à l'extrémité, et c'est ainsi que par deux dispositions contraires, ils ont tout à la fois, et l'ennui de la vie et l'appréhension de la mort. Chacun doit se tenir continuellement sur ses gardes, et avoir toujours présent à l'esprit le terme de ses jours, afin que cette pensée l'invite à porter en haut ses regards, et à se défier des trompeuses caresses que lui fait le monde. Car il est écrit . Dans toutes vos actions souvenez-vous de vos fins dernières, et vous ne pécherez jamais (Eccli., VII, 40). L'heure de notre fin est incertaine, et la mort nous enlèvera au moment où nous y penserons le moins. Que chacun use donc de diligence, et prenne garde d'être surpris en état de péché, en sorte qu'il ne cesse de pécher qu'en cessant de vivre. Le diable, qui ne se lasse pas de nous pousser à notre perte, allume dans nos cœurs la flamme des vices, pour que, la mort venant à nous surprendre, il nous fasse partager ses tourments. Souvent des riches, tandis qu'ils sont tout fiers de leur puissance et tout enivrés de leur fortune, se voient enlevés à tous ces biens par une fin imprévue, et précipités tout-à-coup au fond de l'enfer, pour y brûler éternellement dans les flammes. C'est d'eux que le Prophète a bien sujet de dire : Ils passent leurs jours dans les plaisirs, et en un moment ils descendent dans les enfers (Job, XXI, 13). Le spectacle de la mort d'un impie, dont les exemples, tandis qu'il était vivant, ont peut-être été pour un grand nombre un moyen de séduction, est bien propre à ramener au bien, par la perspective de ses tourments, ceux qu'il a pu égarer. C'est ce qui a fait dire au Psalmiste ; Le juste se réjouira en voyant la vengeance de Dieu contre les impies s il lavera ses mains dans le sang du pécheur

(Ps. LVIh H). Les justes en effet lavent leurs mains daris le sang des pécheurs à la mort de ceux-ci, parce que la vue de ce qu'ils souffrent leur sert à eux-mêmes à purifier leur vie. Quan$ on a été témoin d'une fin si malheureuse , non-seulement on est frappé de terreur pour soi-même, mais encore on se sent porté à détourner les autres de les imiter. A leur dernier moment, les élus eux-mêmes sont saisis de frayeur, parce qu'ils ignorent si ce sont des récompenses qu'ils ont à recevoir, ou si ce ne seront pas plutôt des châtiments. Quelques-uns d'entre eux profitent de ce dernier moment qui leur reste pour se purifier de leurs moindres péchés ; d'autres sont remplis de joie en ce moment même par la représentation qu'ils se font d'avance des biens éternels. Quelque saintement qu'on ait vécu dans ce monde, on peut craindre, quand on est au moment d'en sortir, qu'on n'ait mérité d'être puni dans l'autre vie. Car personne n'est sans péché, et ne saurait être sans inquiétude au sujet du jugement que Dieu portera sur lui, puisque nous aurons à rendre compte même des paroles inutiles qui nous seront échappées. Ce qui rend précieuse en particulier la mort des justes, c'est la paix dont leur âme jouit au moment de paraître devant Dieu, et qui leur donne le pressentiment d'être bientôt admis à la société des saints anges, puisque leur sortie de ce monde est mêlée de tant de douceurs. Quant aux méchants, ce sont les anges apostats qui les reçoivent à l'instant de leur mort, pour devenir désormais leurs bourreaux dans les supplices qu'ils auront à endurer, après avoir été leurs instigateurs dans tout le mal qu'ils ont commis. Bien que la piété nous fasse un devoir de pleurer à la mort des justes, la foi nous en fait un autre de ne pas nous désoler dans de telles occasions. Car ceux-là seuls ont une mort déplorable, que l'enfer engloutit à la fin de leur vie ; mais comment pourrait l'être la mort de ceux qui ne quittent le monde présent que pour être élevés au comble de la joie dans le séjour céleste? »

12. S. Bernard, Serm. I in festo omnium sanctorum: «Souvenez-vous dans toutes vos actions de vos fins dernières, et ne souffrez point que l'horreur de la mort, que le redoutable examen du jugement, que la crainte des supplices éternels, s'éloignent des yeux de votre cœur. Pensez à la misère de votre pèlerinage; repensez aux années de votre vie dans l'amertume de votre âme; souvenez-vous des dangers de la vie humaine et de votre propre fragilité : et si vous persévérez dans ces pensées salutaires, je vous assure que vous sentirez très-peu tout ce qui vous paraîtra

fâcheux au dehors, lorsque votre cœur .sera tout occupé de la considération de vos misères intérieures. Le Seigneur même ne permettra pas que vous soyez sans consolation ; car il est le Père des miséricordes et le Dieu de toute consolation (II Cor., J, d); et il accomplira entièrement la promesse de la vérité : Bienheureux ceux qui pleurent, parce qu'ils seront consolés (Matth., V, 5). Vous connaîtrez encore que cette sentence s'accorde très-bien avec celle de Salomon , qui dit qu'il vaut mieux entrer dans une maison de deuil que dans une maison de festin (Eccles., VIL 3) (1). »

d3. Le même, Serm. de primordiis, mediis et novissimis nostris; voy. plus haut, question I, témoignage 1, page 3.

14. S. Chrysostôme, Homélie XV au peuple d'Antioche : « Si ïa crainte n'était pas un bien , les pères ne donneraient pas des gouverneurs à leurs enfants, les législateurs ne donneraient pas des magistrats aux villes. Rien de plus affreux que l'enfer; mais rien de plus utile que la crainte de l'enfer, puisqu'elle nous obtient la couronne du royaume céleste. Où est la crainte, là ne se trouve pas l'envie; où est la crainte, l'amour des richesses ne vient pas troubler l'âme ; où est la crainte, la colère s'apaise, les mauvais désirs sont réprimés, les passions déréglées sont bannies; et de même que, lorsqu'une maison est gardée sans cesse par une troupe de soldats, ni brigand, ni assassin, ni aucun autre malfaiteur n'ose en approcher; ainsi, lorsque la crainte s'empare de nos âmes, aucune passion déshonnête n'y entre facilement, toutes s'enfuient et se retirent, chassées de tous côtés par la force impérieuse d'une frayeur salutaire : et ce n'est pas le seul avantage qu'elle nous procure ; nous en recueillerons un autre bien plus grand encore. Non-seulement elle chasse de notre cœur les passions criminelles ; mais elle y introduit aussi toutes les vertus avec une extrême facilité. Où est la crainte, se trouve l'empressement à faire l'aumône, la ferveur de la prière, les larmes sincères et abondantes, les gémissements pleins de componction. Non, rien ne consume plus parfaitement les péchés, rien ne fait plus accroître et fleurir la vertu que le sentiment d'une crainte continuelle : aussi est-on également éloigné, et de faire le bien lorsqu'on n'éprouve pas ce sentiment, et de faire le mal lorsqu'on

l'éprouve

* Ecoutez Salomon raisonner sur cette même vérité, Salomon nourri dans les délices et revêtu du souverain pouvoir. Et que

(l) Cf. Sermons <ie. mint Bernard sur les fêtes des saints, trad. de ». Ant. de Saint-Gabriel } p, m&m,

198 DES QUATRE FINS DERNIÈRES DE i/HOMME.

dit ce monarque? Il vaut mieux aller dans une maison de deuil, que dans une maison où le riche content célèbre un festin (Eccli., VII, 3). Gomment! que dites-vous? Il vaut mieux aller dans un lieu qui n'offre que des larmes, des gémissements et des lamentations, des images de tristesse et de désespoir, que dans un lieu qui présente la joie des danses, le son des instruments, l'éclat des ris, une abondance de délices, et tous les plaisirs de la table? Oui, sans doute. — Pourquoi cela? — Pourquoi! c'est que l'un engendre des idées licencieuses, et que l'autre fait naître de sages réflexions. . . Celui qui entre dans une maison de deuil pleure aussitôt le malheureux qui n'est plus, quand même il serait son ennemi. Combien donc n'est-elle pas préférable à une maison où la joie éclate? Dans l'une l'ami même éprouve un sentiment d'envie, dans l'autre l'ennemi même verse des larmes. Mais n'est-ce pas une disposition infiniment agréable à Dieu que de ne pas nous réjouir du malheur des personnes qui nous ont fait du mal? Nous tirons encore du spectacle que nous offre une telle maison d'autres avantages qui ne sont pas inférieurs à ces premiers. On se rappelle ses fautes, on songe au tribunal redoutable devant lequel tous les hommes doivent paraître, et au compte qu'ils doivent y rendre : eût-on essuyé de la part des hommes une infinité de maux, eût-on dans sa maison mille chagrins, on en remporte chez soi le remède ; on pense que bientôt on sera soi-même dans un semblable état, que les plus fiers y seront aussi, que toutes les choses présentes, agréables ou fâcheuses, sont passagères : on dépose donc tout sentiment de tristesse, d'envie, de haine; et, déchargé de ce fardeau, on revient chez soi plus libre et plus léger. Dès-lors on devient plus doux, d'une humeur plus facile, on se montre plus honnête et plus sage, parce que la crainte des châtiments futurs est entrée dans notre âme, et qu'elle y a consumé toutes ces épines. Pénétré de cette vérité, Salomon disait qu'il vaut mieux aller dans une maison de deuil que dans la maison d'un riche qui célèbre un festin. L'âme trouve dans l'une le calme et le repos ; elle n'emporte de l'autre que des soucis et des peines : l'une produit l'orgueil, et l'autre au contraire produit la crainte, source et principe de toute vertu. Si la crainte n'était pas un bien, le Fils de Dieu ne parlerait pas si souvent des peines et des supplices de l'autre vie. La crainte est pour nous un rempart assuré et une tour inexpugnable (1). »

(1) Cf. Homélies, etc., de saint Jean Chrysostùme, trad. par l'abbé Auger, t. 1er, p. iao-125»

15. Le même, Hom. Il in Epist. II a^ Thessalonicenses : « Que la perspective du royaume de Dieu nous excite à faire le bien. Il est vrai qu'une âme généreuse, et qui a une charité mâle, n'a pas besoin, pour s'animer à la vertu, soit de la crainte des supplices, soit de la pensée du royaume qui lui est offert, et qu'il lui suffit pour cela de penser à Jésus-Christ, comme faisait saint Paul. Mais nous, qui sommes plus faibles, animons-nous du moins à la pratique du bien par la considération du bonheur du ciel et des peines de l'enfer, et que ce double motif nous engage à établir une salutaire réforme dans nos mœurs. Si quelque chose en ce monde vous paraît grand et beau, pensez au royaume des cieux, et ce qui avait d'abord captivé votre admiration vous paraîtra moins que rien. S'il se présente au contraire à vos regards quelque chose de propre à vous effrayer, pensez à l'enfer, et ce qui vous avait paru si effrayant, vous ne ferez plus qu'en rire. Si vous sentez s'allumer en vous une passion impure, pensez aux feux éternels, pensez à la frivolité, ou pour mieux dire, à la nullité du plaisir qui se trouverait pour vous dans le péché luimême. Car si la seule crainte des lois humaines est si puissante sur nos esprits , qu'elle nous contient et nous empêche de faire le mal, combien ne devra pas être plus puissante la pensée des maux de l'autre vie, de ces supplices éternels, de ces feux qui ne s'éteindront jamais? Si la crainte d'un roi mortel suffit pour prévenir tant de crimes , combien ne devra pas être plus efficace la crainte du roi éternel?

» Mais comment pourrons-nous entretenir continuellement en nous cette crainte? Ce sera en faisant de l'Ecriture sainte le sujet habituel de nos méditations ou de nos lectures. Car si la seule vue d'un homme mort frappe si vivement nos esprits, quel effet ne produira pas sur nous h représentation que nous nous ferons des supplices de l'enfer, et de ces feux qui ne s'éteignent point, et de ce ver qui ne meurt point? Si nous pensions toujours à l'enfer, nous n'y tomberions pas si facilement C'est pour ce motif que Dieu nous en fait si fréquemment la menace. Si la pensée de l'enfer ne nous était pas avantageuse, Dieu ne nous la rappellerait pas comme il le fait sans relâche; mais comme il connaît la puissance qu'un tel souvenir exerce sur nos esprits, il ne cesse de nous le rappeler, pour qu'il serve de remède aux maux de nos âmes.

» Gardons-nous donc bien de négliger l'avantage qui nous reviendra de ce souvenir; mais qu'il nous accompagne partout,

dans nos repas du matin comme dans ceux du soir. Les conversations de plaisir ne sont d'aucune utilité à notre âme, et ne font au contraire que l'énerver ; au lieu que des entretiens graves et sévères corrigeront notre mollesse , et réprimeront en nous les mauvais désirs. Les récits que nous faisons, ou qu'on nous fait à nous-mêmes, des bouffonneries de théâtres, ne nous rapportent d'autre profit que d'allumer en nous des flammes impures, que de nous rendre plus hardis à commettre le mal. Ou bien encore, si c'est la conduite des autres qui fait la matière de nos entretiens, nous trouverons souvent notre perte dans cette curiosité. Mais celui qui s'entretient de l'enfer n'a rien à craindre de fâcheux de pareils propos qu'il tiendra : ils ne serviront qu'à le rendre plus réservé.

» Il y a quelque chose de pénible dans ces entretiens, ditesvous. Mais quand vous ne parleriez jamais de l'enfer, votre silence en éteindrait-il les feux? ou si vous en parlez, en brûleront-ils davantage? Hélas! que vous en parliez ou que vous n'en parliez pas, ces flammes seront toujours les mêmes. Croyez-moi, parlezen toujours, afin de n'y tomber jamais. Il est presque impossible de se laisser aller à commettre le péché, quand on s'occupe continuellement de l'enfer. Ecoutez l'Ecriture : Souvenez-vous de ne qui pourra vous arriver à la fin de votre vie, et vous ne pécherez jamais (Eccli., VIL 40). Il ne peut se faire qu'une âme qui a l'appréhension du compte qu'il lui faudra rendre n'y regarde pas à deux fois au moment de commettre quelque action mauvaise : un tel souvenir, se représentant à sa pensée, ne lui permettra pas de rien faire qu'un monde corrompu puisse seul approuver. Et si un simple entretien sur l'enfer suffit pour nous rendre si humbles et si timorés, le souvenir continuel que nous en aurons ne devra-t-il pas purifier nos cœurs à l'égal du feu le plus ardent?

» Pensons au royaume du ciel, mais moins encore qu'à l'enfer. La crainte et les menaces font plus d'effet sur les esprits que les promesses. Je connais maintes personnes qui ne tiendraient nul compte des biens qu'on leur promet, si elles n'avaient à envisager en même temps les maux qu'elles ont à craindre ; et moi aussi, je serais content, si je n'avais aucune peine, aucun supplice à endurer.

» Je vous le répète, mes frères, nul de ceux qui ont toujours l'enfer devant les yeux ne tombera dans l'enfer ; comme aussi nul de ceux qui s'en moquent actuellement n'évitera d'y tomber un jour. Jugez-en par ce qui se passe ici-bas. Ceux qui méprisent

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la justice, et ses lois, et ses supplices, ne manquent guère de se les attirer, et ceux au contraire qui les craignent, ce sont ceuxlà qui y échappent. Il en sera de même de l'enfer. Si les Ninivites n'eussent appréhendé la destruction de leur ville, elle leur serait arrivée très-certainement; mais comme ils l'ont appréhendée, ils n'en ont point éprouvé le malheur. Si les hommes qui vivaient du temps de Noé avaient eu peur du déluge, ils n'en auraient point été victimes ; et si les Sodomites avaient eu peur des feux du ciel, ils n'en auraient point été dévorés.

» C'est un grand mal que de mépriser les menaces. Quand on les méprise, on ne tarde pas à en éprouver les effets. Rien ne saurait donc nous être plus avantageux que de nous entretenir de l'enfer. Des entretiens de cette nature purifient plus nos âmes, que ne peut le faire le feu sur l'argent le plus épuré. Aussi voyez ce que disait le prophète David : Vos jugements sont toujours devant mes yeux (Ps. XVIh 33). Jésus-Christ aussi, dans l'Evangile, nous parle fréquemment de l'enfer : car, quoique ces sortes de sujets ne soient pas agréables, il n'en est pas moins utile de s'en occuper.

» C'est ce qui est vrai en général de toutes les choses vraiment salutaires, et vous ne devez pas en être étonnés : car les remèdes et les médicaments font d'abord peine aux malades, mais ensuite ils leur donnent la samé. Que si nous ne pouvons supporter les noms mêmes de ces peines, comment supporterons-nous ces peines elles-mêmes? Si nous ne pouvons souffrir qu'on nous parle du feu de l'enfer, n'est-il pas visible que dans une persécution, si l'on nous présentait le fer et le feu, nous ne pourrions en soutenir l'épreuve? Accoutumons nos oreilles à ne pas montrer tant de délicatesse. Cette mollesse même nous rendrait ces maux inévitables. Si nous étions accoutumés à occuper notre esprit de choses terribles et effrayantes, nous nous accoutumerions aussi à les endurer. Mais si nous sommes tellement énervés que nous ne puissions en supporter le nom seul, que ferons-nous en présence des choses elles-mêmes?...

» C'est pourquoi le Sage nous donne cet avis important : Que tous vos entretiens soient sur la loi du Très-Haut (Eccli., IX, 25).

» Je vous en conjure donc, mes frères, du moment où vous retirez vos enfants de nourrice , ne les occupez point de contes ridicules. Qu'ils apprennent dès ce premier âge qu'il y a un jugement, qu'il y a un enfer, et qu'ils se pénètrent de componction à ces pensées. Si celte crainte s'enracine dans leurs âmes,

elle leur procurera de grands avantages. Quand l'esprit aura été imbu dès le jeune âge de ces vérités qui l'humilient, il ne sera pas aisé dans la suite d'en perdre la crainte ; mais dompté, pour ainsi dire, par la pensée de l'enfer, on réglera tous ses pas comme un coursier devenu docile : on ne dira , on ne fera rien que de raisonnable, et ni la jeunesse, ni les richesses, ni l'indépendance où l'on se trouvera par suite de la mort d'un père ou d'une mère, ni autres choses semblables qui perdent tant de jeunes gens, ne pourront occasionner notre perte, tant cette pensée, suffisante pour écarter de nous tous les dangers , sera fortement imprimée dans notre esprit.

» Réglons donc au moyen de ces graves entretiens notre personne même en premier lieu, puis nos femmes, nos enfants, nos domestiques, nos amis, et si cela se peut aussi, nos ennemis. Ainsi couperons-nous racine à bien des péchés. Il est toujours plus avantageux de s'occuper de matières tristes, que de sujets divertissants.. .

» Je vous le dis encore une fois, mes frères, ne fuyons point la pensée de l'enfer, et ce sera pour nous fuir l'enfer. N'ayons point d'horreur de graver dans notre mémoire ces effroyables supplices, pour n'être point un jour précipités dans ces supplices. Si le mauvais riche dont il est parlé dans l'Evangile avait eu présente à l'esprit la pensée de ces feux, il n'aurait pas commis les péchés qui les lui ont fait encourir; mais pour ne s'être jamais occupé l'esprit de ces flammes dévorantes, il a fini par en devenir victime.

» N'est-ce pas un effroyable aveuglement, Chrétien lâche et indigne de ce nom , que d'avoir à paraître tôt ou tard devant le tribunal de Jésus- Christ, et de vous entretenir continuellement de toute autre chose que de cette affaire? Si vous aviez un procès à soutenir devant un juge, ne fut-ce, comme il arrive souvent, que pour des choses de rien , vous y penseriez la nuit et le jour, vous en parleriez à toute heure et à tout instant ; ce serait l'unique-sujet de tous vos entretiens comme de toutes vos pensées : et lorsqu'il s'agit pour vous de rendre compte de toute votre vie, et de subir un jour le châtiment de tout le mal que vous aurez fait, vous ne souffrez pas même que les autres vous fassent souvenir de ce jugement, ni du juge devant qui vous aurez à paraître?

» N'est-ce pas là aussi la source de tous nos maux, que tandis que, si nous avons quelque affaire temporelle à débattre

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devant des hommes comme nous, il n'y a point de mouvements que nous ne nous donnions, point d'amis que nous ne sollicitions, point d'instants dans la journée ou dans la nuit que nous n'y pensions, point de moyens de succès que nous ne mettions en œuvre ; lorsqu'il s'agit au contraire de paraître bientôt peut-être devant le tribunal de Jésus-Christ, nous ne fassions rien ni par nous-mêmes, ni par les autres, nous n'ayons pas même recours aux prières pour nous rendre notre juge favorable? Et cependant, comme il prolonge les délais avant de nous juger! Gomme, tant il est éloigné de vouloir nous surprendre au milieu de nos désordres, il nous donne dans sa clémence tout le temps nécessaire pour nous en corriger! comme il n'omet rien dans sa bonté de ce qui dépend de lui pour nous ménager notre conversion! Mais nous nous rendons tout inutile, et nous nous attirons par notre insouciance un châtiment qui n'en sera que plus terrible.

)> Ah! que Dieu détourne de nous un si grand malheur! Commençons maintenant du moins à rentrer en nous-mêmes. Ayons l'enfer devant les yeux; pensons à ce compte redoutable qu'il nous faudre rendre ; afin que, sans cesse occupés de ces pensées, nous nous détournions du vice, nous pratiquions la vertu, et puissions ainsi obtenir les biens que Dieu a promis à ceux qui l'aiment (I). »

16. S. Augustin, Tract. IX in Epistolam I Joannis : a Dès que l'on commence à croire au jour du jugement, on commence aussi à le craindre : et tant qu'on le craint , on ne l'attend pas avec confiance , et par conséquent on n'a pas une charité parfaite. Ce n'est pas qu'il faille pour cela désespérer qu'elle ne le devienne : car puisque c'est le commencement, pourquoi désespérer de la fin? Quelqu'un demandera peut-être quel est ce commencement. Je lui répondrai : C'est la crainte. Ecoutez l'écrivain sacré : Le commencement de la sagesse, c'est la crainte du Seigneur (Eccli., /, 16). Nous voyons en effet que celui qui craint le jour du jugement commence à corriger ses mœurs et à se tenir en garde contre ses ennemis, c'est-à-dire contre ses péchés. Cette crainte fait revivre en lui l'homme intérieur, y fait mourir les membres de l'homme terrestre, en lui faisant pratiquer ce que dit l'Apôtre : Faites mourir en vous les membres de l'homme terrestre (Col, III, 5). Ce que l'Apôtre appelle les membres de

(1) Cf. S. Joannis Chrysostomi opéra, t. XI, p. 519-522, édit. de Montfaucon ; Homélies ou Sermons de saint Jean Chrysostôme3ivtô. de Sacy et de Fontaine, t. VI, p. 150-157.

204 DES QUATRE FINS DERNIÈRES DE l/HOMME.

l'homme terrestre, ce sont les vices principaux auxquels les hommes sont sujets sur la terre; car il nomme aussitôt l'avarice, l'impudicité , et les autres péchés dont il fait l'énumération. A mesure que celui qui a commencé de craindre le jour du jugement fait mourir en lui les membres de l'homme terrestre, il y fait revivre et y fortifie les membres de l'homme céleste , qui sont les bonnes œuvres ; et à mesure que ces membres de l'homme céleste revivent et se fortifient, l'homme commence à désirer ce qu'auparavant il avait si fort raison de craindre. Car il craignait que Jésus-Christ ne vînt pour le condamner comme pécheur ; au lieu que maintenant il désire qu'il vienne pour le récompenser comme juste. Lorsque l'âme, comme une chaste épouse de Jésus-Christ, s'est mise une fois à désirer la venue de ce divin époux, elle ne soupire plus qu'après ses caresses ; elle renonce à toutes les affections par lesquelles elle lui avait été infidèle; et par cet heureux changement, la foi, l'espérance et la charité la rétablissent dans l'état de virginité dont elle était déchue...

» La crainte ne se trouve pas dans la charité (1 Jean, IV, 18). Que dire donc de celui qui craint le jour du jugement? Nous dirons qu'il ne le craindrait pas, si sa charité était parfaite. Car la charité parfaite le rendant parfaitement juste , il n'aurait rien à craindre ; au contraire, il aurait toute raison de désirer que l'iniquité ait son terme et que le règne de Dieu arrive. La crainte ne se trouve donc pas dans la charité. Mais dans quelle charité? Ce n'est pas dans celle qui n'est que commencée, mais dans celle qui est parfaite. Aussi notre Apôtre ajoule-t-il ? Mais la charité parfaite chasse la crainte. Commençons donc par craindre Dieu, puisque l'Ecriture nous avertit que c'est là le commencement de la sagesse. La crainte prépare en quelque sorte l'habitation à la charité. Mais quand la charité est une fois entrée dans un cœur, la crainte lui cède la place et se retire. Car plus la charité fait de progrès, plus la crainte s'affaiblit; plus la charité pénètre avant dans nos cœurs, plus elle en éloigne la crainte. La crainte diminue à proportion que la charité augmente; la crainte augmente à proportion que la charité s'affaiblit. Cependant, si nous n'avions pas du tout de crainte, la charité ne trouverait pas d'ouverture pour entrer dans notre cœur, comme nous voyons que dans les ouvrages de broderie on fait entrer la laine J ou la soie dans le canevas au moyen d'une aiguille qui pénètre la première dans le canevas, puis en sort pour faire place à la

laine ou à la soie qui y pénètre à son tour. C'est ainsi que la crainte se saisit la première de l'âme ; mais ce n'est pas pour y demeurer : car elle n'y est entrée que pour y introduire la charité (1). »

17. Le même, in Ps. CXXVII : « Ce n'est pas en général toute sorte de crainte que la charité bannit selon le témoignage de saint Jean. Car le psaume (XVIII, 10) dit formellement : La crainte du Seigneur qui est chaste subsiste dans les siècles des siècles. Il y a donc une crainte qui subsiste; il y en a une autre qui est expulsée. La crainte qui est expulsée n'est point chaste; celle qui subsiste l'est.

» Quelle est la crainte qui est bannie? Ecoutez ceci, je vous prie. Il y en a qui n'ont point d'autre crainte que celle de souffrir ici quelque mal, de tomber dans quelque maladie, d'endurer quelque perte, de perdre quelque enfant ou quelque ami, d'aller en exil, d'être condamné à la prison, de souffrir quelque affliction semblable. Ces maux leur donnent de la crainte, et les font trembler. Cette crainte n'est pas encore une crainte chaste. Allons plus loin. Un autre ne craint peut-être pas les maux de ce monde ; mais il craint l'enfer dont Jésus-Christ nous menace, comme vous l'avez entendu dans l'Evangile : Le ver qui les ronge, a-t-il dit, ne mourra point, et le feu qui les brûle ne s'éteindra point. Quand les hommes entendent des paroles si terribles, comme ils savent que ces choses arriveront très-certainement aux méchants, ils sont saisis de crainte, et s'abstiennent de pécher. Il est vrai qu'ils ont la crainte ; mais ils n'aiment pas encore la justice. Cependant, en s'abstenant de pécher même par motif de crainte, ils s'habituent à la justice; ce qui leur paraissait dur leur devient aimable; insensiblement ils s'affectionnent à Dieu, et ils commencent à bien vivre, non plus parce qu'ils craignent la peine, mais parce qu'ils aiment l'éternité. Ainsi la charité a banni la crainte ; mais à cette crainte qui est bannie, en succède une autre qui est chaste... C'est celle qui a l'amour pour principe. Cette autre crainte qui n'est pas encore chaste craint la présence du Seigneur et ses châtiments. On fait par crainte le bien que l'on fait, non par crainte de perdre le souverain bien que vous savez, mais par crainte de souffrir les maux que vous savez aussi. Ce qu'on craint, ce n'est pas d'être

(1) Cf. Les Traités de saint Augustin sur l'Evangile de saint Jean et mr l'éçttre aux Partîtes* t. IV, p. 276-284.

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privé de la douceur ineffable des embrassements du divin époux, mais c'est d'être jeté dans les flammes de l'enfer. Il est vrai que cette crainte aussi est bonne , elle est utile ; mais elle ne subsistera pas de siècle en siècle : ce n'est point là cette crainte cbaste qui subsistera toujours (1). »

18. Le même , Serm. XIII de verbis Apostoli, c. 13 : « Ne nous conduisons donc plus avec crainte, mais avec amour; non plus comme des esclaves à l'égard de leurs maîtres, mais comme un fils à l'égard de son père. Car celui qui ne se conduit bien que par la crainte du châtiment, n'aime pas Dieu, ne mérite pas d'être compté au nombre de ses enfants ; Dieu veuille cependant qu'il ait du châtiment une véritable crainte. La crainte convient à l'esclave, l'amour à celui qui est libre; et pour ainsi parler, la crainte est l'esclave de l'amour. Pour que le démon ne se rende pas maître de votre cœur, que l'esclave en garde l'entrée, et en assure ainsi la possession à son maître. Agissez, je le veux, par crainte du châtiment, si vous n'êtes pas encore capable d'agir par amour de la justice. Le maître une fois venu, l'esclave pourra se retirer ; car l'amour parfaitement établi chasse la crainte

(IJOAN.,IV, 18). ))

19. Le même, Serm. XIX de verbis Apostoli, c. 8 : « Quand vous me dites : Je crains l'enfer, je crains de brûler, je crains d'être puni éternellement, devrai-je vous répondre que vous craignez mal à propos, que vous craignez vainement ? C'est ce que je n'oserais faire, puisque Notre-Seigneur lui-même n'a voulu substituer à la crainte qu'une autre crainte : Ne craignez pas, a-t-il dit, ceux qui tuent le corps, mais qui après cela ne peuvent plus faire d'autre mal; craignez plutôt celui qui peut précipiter le corps et Vâme dans l'enfer : oui, je vous le déclare, craignez celui-là (Matth., X, 28; Luc, XII, 4-5). Puis donc que Notre-Seigneur nous a proposé et si fortement inculqué ce motif de crainte, en ajoutant même à ce qu'il nous a dit des paroles de menaces, puis-je, moi, vous dire que vous craignez sans raison? Je ne saurais vous le dire. Craignez, oui, craignez; point de crainte mieux placée que celle-là ; point de chose que vous deviez craindre davantage. Mais je vous demanderai : Si Dieu ne vous voyait pas quand vous êtes à faire quelque action, et que vous n'eussiez à craindre d'être déféré par personne à son tribunal, feriez- vous cette action? Examinez- vous vous-même là-dessus. Car vous

(i) Cf. Sermons de saint Augustin sur les Psaumes, t. VI, p. 5S7-56I.

n'avez pas à repondre à ehacune de mes paroles ; soyez vousmême votre examinateur. Feriez-vous cette action? Si vous vous répondez à vous-même que vous la feriez, c'est donc le châtiment que vous craignez, et non la chasteté que vous aimez; vous n'avez donc pas encore la charité ; votre crainte est servile ; c'est la peur que vous avez du mal, et non l'amour que vous avez du bien. Mais cependant craignez, afin que cette crainte vous serve de sauvegarde et qu'elle vous initie à l'amour. Car cette crainte que vous avez de l'enfer et qui vous empêche de faire le mal vous retient du moins, et s'oppose à ce que vous commettiez le péché vers lequel le penchant vous entraîne : la crainte est comme une garde placée à l'entrée de notre cœur, comme un moniteur chargé de nous rappeler les prescriptions de la loi ; c'est la lettre qui menace, et non encore la grâce qui vient en aide. Que cette crainte cependant vous serve de sauvegarde, en vous retenant sur le point de faire le mal ; mais que la charité vienne ensuite : à mesure que la charité entrera dans votre cœur, la crainte en sortira. La crainte vous empêchait de faire même ce qu'autrement vous auriez voulu faire ; la charité vous empêchera de faire la même chose, quand même vous pourriez la faire impunément. «

20. Le même, Lib. de sanctâ virginilate : <c La crainte ne se trouve point avec la charité; maisj comme dit l'Apôtre, la charité parfaite expulse la crainte (I Jean, IV, 18) ; je veux dire toutefois la crainte des hommes, et non la crainte de Dieu ; la crainte des maux temporels, et non celle du jugement final. Prenez garde de vous élever, mais tenez-vous dans la crainte (Rom., XI, 20). Aimez la bonté de Dieu, craignez sa justice : ces deux motifs vous interdisent également d'être orgueilleux. Car si vous aimez, vous devez craindre d'offenser grièvement celui que vous aimez et qui vous aime. Eh! quelle offense plus grave pourriez-vous commettre, que de vous rendre coupable d'orgueil devant celui qui, par amour pour vous, s'est exposé à tant de mauvais traitements de la part des orgueilleux ? »

21. Le même, Serm. CCXIVde tempore, c. 1 : « En redoutant le châtiment dont Dieu menace le pécheur, on s'accoutume à aimer la récompense qu'il promet au juste ; et c'est ainsi que la crainte du châtiment contribue à l'amendement des mœurs. La bonne conduite produit à son tour la bonne conscience, et la bonne conscience finit par dissiper la crainte du châtiment. Sachons donc le redouter, si nous voulons n'avoir pas à le redouter. Sa-

chons trembler à temps, pour n'avoir plus à trembler dans la suite; car, comme Ta dit saint Jean, la crainte ne se trouve pas dans la charité, mais la charité parfaite expulse la crainte. C'est là un mot plein de sens et de vérité. Si donc vous ne voulez pas de la crainte, voyez auparavant si vous avez cette charité parfaite qui expulse la crainte. Que si au contraire vous vous débarrassez de la crainte avant d'avoir cette charité parfaite, vous avez dès-lors l'orgueil qui enfle, au lieu de la charité qui édifie. Car de même que, quand on est en bonne santé, on chasse la faim non par le dégoût qu'on témoigne pour les aliments, mais au contraire par l'usage qu'on en fait, ainsi, quand on a une bonne conscience, on chasse la crainte non par la vanité, mais par la charité parfaite. »

22. S. Bernard, Serm. II in die apostolorum Pétri et Pauli : « Etudions-nous, mes frères, à vivre de la vie des justes; mais souhaitons encore davantage de mourir de leur mort. Aussi la sagesse préfère-t-elle les derniers temps des justes, en nous jugeant, comme elle veut le faire, dans le lieu où elle nous trouvera. Il est certainement lout-à-fait nécessaire que la fin de cette vie présente soit unie au commencement de la vie future : car la dissemblance de l'une avec l'autre serait trop insupportable; et, pour me servir d'une comparaison très-commune, de même que celui qui voudrait coudre ou lier deux ceintures ensemble tâche de rendre uniformes les deux bouts qu'il faut joindre , afin qu'ils soient plus propres à cette union, sans se mettre fort en peine des autres parties; de même, quelque spirituelle que paraisse notre conduite pendant la vie , si la fin doit en être charnelle , elle ne pourra s'ajuster avec cette vie spirituelle, et la chair et le sang ne pourront jamais posséder le royaume de Dieu (I Cor., XV, 50). Mon fils, dit le Sage, souvenez-vous de vos fins dernières, et vous ne pécherez jamais (Eccli., VIL 40) ; parce qu'en effet ce souvenir rend une âme extrêmement timorée, et la crainte bannit le péché et ne tolère point la négligence.

» C'est là aussi ce qui faisait dire à Moïse de quelques-uns : Plût à Dieu qu'ils fussent sages, et qu'ils eussent l'intelligence et la prévoyance de leurs dernières fins (Deut., XXXII, 29). Dans ces paroles je remarque trois vertus qui nous sont particulièrement recommandées, la sagesse, l'intelligence et la prévoyance; vertus qu'il me semble pouvoir rapporter à trois temps différents, de sorte que nous pouvons par elles retracer en nous une certaine image de l'éternité, en réglant le présent avec sagesse, en jugeant le passé avec intelligence* «t en nous assurant par pré-

voyance le bonheur de notre avenir. En ces trois points, en effet, je vois l'abrégé et la perfection de toute notre conduite spirituelle, qui consiste à disposer sagement notre vie actuelle, à nous rappeler le passé dans l'amertume de notre cœur, et à donner tous nos soins à la prévoyance des choses futures. Vivons dans ce siècle, dit l'Apôtre, avec sobriété, avec justice, avec piété (Tit., II, 12); en sorte que la sobriété soit gardée dans le temps présent, que les temps passés qui se sont écoulés sans aucun fruit de salut soient rachetés par une satisfaction salutaire, et que nous opposions le bouclier de la piété aux périls qui nous menacent pour l'avenir. Aussi n'y a-t-il que la piété qui soit propre à toutes choses (I Tim., IV, 8); la piété, qui n'est autre chose que le culte humble et dévot que nous rendons à Dieu ; et nous ne pouvons pas pourvoir comme il faut à nos fins dernières, à moins de penser sérieusement et continuellement à tous les dangers dont nous sommes menacés, et d'apprendre par ce moyen à nous méfier de notre vertu et de nos mérites, et à nous confier avec une piété sincère et une intention pure en la seule protection de Dieu, de qui vient toute grâce et tout don parfait (Jac., I, 47), aussi bien que la consommation de notre bonheur et la mort précieuse qui est l'objet de nos désirs.

» Ces trois choses nous ont été spécialement recommandées par le Sauveur, dans le sermon des huit béatitudes qu'il fit à ses disciples : Heureux les pauvres, heureux ceux qui sont doux, heureux ceux qui pleurent (Matth., V, 3 et s.). Heureux ceux qui goûtent les choses de l'autre vie, et qui méprisent celles de la vie présente par le grand désir qu'ils ont des biens célestes. Heureux ceux qui pensent à leurs fins dernières, qui reçoivent avec douceur la parole intérieure, destinée à sauver leurs âmes (Jac., I, 21), et dont le cœur n'aspire qu'à l'héritage éternel. Heureux ceux qui, réfléchissant sur leurs premiers égarements, ne cessent de laver leur couche de leurs larmes. Voyez-vous ce que le saint prophète désire, ce qu'il souhaite d'obtenir à ceux pour qui il prie? Plût à Dieu qu'ils fussent sages, qu'ils eussent V intelligence et la prévoyance de leurs fins dernières! Comme s'il disait en termes moins obscurs : Plût à Dieu qu'ils eussent l'esprit de sagesse, d'intelligence et de conseil! Dieu veuille, mes frères, que ces dons se trouvent en nous, que nous disposions doucement toutes nos affaires par notre sagesse, que nous condamnions par notre intelligence nos péchés passés, et qu'un bon conseil nous fasse pourvoir à notre salut à venir. Dieu veuille que nous soyons sages vu \u

pour régler notre eonduilc eu celle vie, que nous concevions la vérité des choses pour nous reprendre de notre vie passée, et que par la vivacité de notre foi nous puissions obtenir de la divine miséricorde l'heureux accomplissement de tous nos désirs. C'est ce triple bien qui nous fera parvenir au salut éternel : une vie réglée, un jugement équitable, et une foi pieuse et sincère (1). » 23. Le même, Epist. CCXCII, à un homme du monde qui avait tâché de détourner son parent du dessein d'embrasser la vie religieuse : « Plût à Dieu que vous eussiez la sagesse et l'intelligence, et que vous prévissiez à quoi tout se terminera; que vous eussiez de la sagesse pour les vérités divines, de l'intelligence pour les vanités du monde, et de la prévoyance pour les maux à venir! Vous auriez horreur des supplices de l'enfer; vous soupireriez après les délices du ciel, et vous mépriseriez tout ce qui se voit ici-bas (2). »

Question VII.

A quoi peut se réduire toute la doctrine contenue dans cet ouvrage?

Cet ouvrage tout entier se réduit à ces deux choses : la sagesse et la justice chrétiennes. A la sagesse appartiennent les chapitres de la foi et du symbole de la foi, de l'espérance et de l'oraison dominicale, de la charité et du décalogue. Car la foi, l'espérance et la charité sont les trois vertus dans lesquelles, comme l'a remarqué saint Augustin, les saintes Ecritures font consister la vraie sagesse de l'homme. A ces chapitres nous avons joint ceux des commandements de l'Eglise et des sacrements. Car, comme les vertus dont nous venons de parler ne sauraient subsister sans le recours aux sacrements et l'observation des commandements de l'Eglise, la fidélité au contraire à ces mêmes devoirs contribue admirablement à nous procurer ces mêmes vertus, à nous y affermir, à nous en faciliter le progrès et à nous y perfectionner. C'est ainsi que nous avons employé toute la première partie de cet ouvrage à traiter de ce qui concerne la sagesse chrétienne.

La seconde, qui a la justice pour objet, nous montre dans un rapide tableau le développement de ses deux principales fonc-

(1) Cf. Les Sermons de saint Bernard sur les fêtes des saints, trad. de D. Ant. de Saint-Gabriel, p. 188-192.

(2) Cf. Les lettres de saint Bernard, traduction de Villefore, tome II, p. 311-312.

tions, qui sont, d'un côté la fuite du mal, et de l'autre la recherche et la pratique du bien. Car, comme le dît saint Chrysostôme, il ne nous suffit pas pour obtenir notre salut de nous abstenir du mal, si nous n'avons soin en même temps de faire le bien et de pratiquer la vertu. A ces deux principales divisions nous avons rattaché certains chapitres qui peuvent plus particulièrement concerner, soit le mal à éviter, soit le bien à faire. Tobie, ce personnage aussi sage que vertueux, exprime succinctement tous les devoirs auxquels peut s'étendre la vertu de justice et qui en font le prix, lorsqu'il donne l'avis suivant à son fils, et dans sa personne à tous les enfants de Dieu ; Ne craignez point, mon fils; nous menons à la vérité une vie pauvre, mais nous n'en serons pas moins riches, si nous craignons Dieu, si nous nous tenons éloignés de tout péché et que nous fassions de bonnes œuvres. Ainsi apprenons-nous à connaître l'ensemble des obligations du chrétien, qui ne se bornent pas à la pratique de la vertu de foi, mais qui exigent de plus la conformité de la vie entière aux principes de la sagesse et de la justice chrétiennes. Le cœur sage et intelligent, nous dit l'Ecriture, s'abstiendra du péché, et il réussira dans les œuvres de justice.

Toutefois, pour ne pas dépasser les bornes étroites que nous nous sommes prescrites, terminons ici cet ouvrage destiné à l'instruction des fidèles, et particulièrement de ceux d'entre eux qui ont le plus besoin d'instruction. Nous conclurons tout ce que nous avons dit par ces belles paroles de FEcclésiaste, qui devraient être comme le cachet de toute la vie humaine : Craignez Dieu et gardez ses commandements; car c'est là tout V homme,.

0 Dieu, soutenez et amenez à sa perfection ce que vous avez fait en nous (VII).

Quœ est summa eorum, quœ in hoc libro continentur ?

Summa totius operis duabus rébus continetur, Sapientiâ et Justitiâ chrislianâ. Ad Sapientiam haec capita, videlicet de fide, «t Symbolo Fidei, de Spe et Oratione domiijicâ, de Charitate et Decalogo referuntur. Nam fides, spes , charitas, illœ virtutes Mint, quibus veram hominis sapientiam, ut Augustinus annotavit , divina Scriptura concluait. Accessit porrô de praeceptis Ecclesiœ, et de Sacramentis tractatio.

Sicut enim praedictae virtutes absque Sacramentis et prseceptis Ecdcsice rectè obser-

vais subsistere non possunt, ita eorum accessione efficaciter nobis inseruntur, insertae confirmantur, augentur et perficiuntur. Itaque in iis, quae ad Sapientiam referimus , explicandis , prior libri pars absolu ta est.

Posterior, quae circa Justitiam versatur, duas ejus partes tum ad mala fugienda, tum ad bona consectanda spectantes, breviter enucleat. Etenim abstinere à malis , Chrysostomo teste , non satis est nobis ad salutem, nisi adsit etiam bonorum possessio et virtutis actio. Utrique igitur parti capita nonnulla, quae praecipuè ad malorum, bonorumque discrimen observandum per-

DES QUATRE FINS DERNIÈRES DE l/HOMME.

TÉMOIGNAGES DE i/ÉCRITURE.

4. Psaume XXXIII, 15; voir plus haut, chapitre des péchés, question I, témoignage 2, t. III, page 552.

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