‹ Le grand catéchisme de Canisius, ou, Précis de la doctrine chrétienne, appuyé de témoignages nombreux de l'Ecriture et des Pères (volume 3)Chapitre 46 sur 88 · Ibidem, Homélie XI : « Le corps de l'homme est sans · texte numérisé non relu

Ibidem, Homélie XI : « Le corps de l'homme est sans

(i) Cf. Homélies de sain Chrysostôme sur saint Matthieu, t. II, p. 18-16; S. Joannis GLrysmlomi opéra, t. VII.

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doute admirable dans sa structure ; mais l'âme l'est bien davantage à cause de l'excellence de sa nature particulière; et non pas seulement pour cette raison, mais aussi parce que, tandis que le corps reste invariablement ce que l'a fait le suprême ouvrier, ou n'oppose aucune résistance aux mouvements qu'on veut lui imprimer, l'âme, au contraire, est maîtresse de ses actions , et n'obéit à Dieu lui-même qu'autant qu'elle le veut ; j car Dieu ne veut point nous rendre bons et vertueux malgré» nous , puisqu'alors ce ne serait même plus vertu en nous , mais il veut que nous soyons bons par le propre mouvement de notre volonté , et que nous embrassions de nous-mêmes le parti de la vertu. Aussi les soins à donner à l'âme présentent- ils plus de difficultés que ceux que réclame le corps. »

21. S. Cyrille de Jérusalem, Catéchèse IV : « Sachez bien que l'âme est maîtresse de ses actions , c'est-à-dire douée de liberté ; qu'elle est un des plus beaux ouvrages de Dieu , créée immortelle à l'image de son créateur , qui l'a gratifiée lui-même d'immortalité, avec le pouvoir de faire ce qu'elle veut. Car vous ne péchez pas par une suite nécessaire de ce que vous êtes au monde , et ce ne sont point , comme le prétendent quelques-uns, les mouvements des astres qui vous forcent à commettre l'impiété. Pourquoi refuser de vous accuser vous-même? Pourquoi rejeter votre faute sur des astres qui en sont innocents?...

» Nous péchons par l'effet de notre propre volonté. N'écoutez point ceux qui vous débitent là-dessus des fables. Vous savez bien dire : Je fais ce que je ne veux pas (Rom., VII, 15); mais rappelez-vous aussi ces autres paroles de l'Ecriture : Si vous le voulez et que vous m' écoutiez, vous serez rassasiés des biens de la terre (Isaïe, I, 19) ; et ces autres encore : De même que vous avez fait servir vos membres à l'injustice et à V iniquité, faites- les servir maintenant à la justice pour votre sanctification (Rom., VI, 19)...

» L'âme est douée de libre arbitre : le démon peut bien la solliciter, mais il ne saurait du tout la forcer. Qu'il vous suggère des pensées impures, vous y consentirez si vous le voulez ; vous y résisterez si vous n'en voulez pas. Car si c'était par nécessité que vous vous porteriez au mal, pourquoi Dieu aurait-il fait l'enfer? Et si vous pratiquiez la justice par nécessité, et non par votre propre volonté, pourquoi Dieu vous promettrait-il des couronnes? Le mouton est un animal fort doux , et cependant on ne le récompense point pour sa douceur, parce qu'en effet elle lui vient, non de sa volonté, mais de sa nature. »

22. S. Jérôme, contre les Pélagiensj prologue : « Nous répondons brièvement aux calomniateurs, qui jettent contre nous leurs méchantes paroles, qu'il appartient à des manichéens de condamner la nature de l'homme , et d'ôter le libre arbitre , et de supprimer le secours de Dieu ; que c'est encore une insigne folie de dire que l'homme est ce qu'est Dieu , qu'il faut entrer dans la royale voie, de manière à n'incliner ni à gauche, ni à droite, et qu'il nous faut croire que les mouvements de notre volonté sont toujours gouvernés par le concours de Dieu (1). »

23. Le même, Lib. II adversùs Jovinianum, c. 2 : « Dieu nous a faits libres, et nous ne sommes nécessités ni à la vertu ni au vice. Autrement, si nous y étions nécessités, il .n'y aurait plus matière , ni à châtiments , ni à récompenses. De même que c'est Dieu qui amène nos bonnes œuvres à la perfection (car il ne dépend* ni de celui qui veut, ni de celui qui court, mais de Dieu qui fait miséricorde {Rom., IX, 16), que nous puissions les accomplir), ainsi, en fait de désordres et de péchés, c'est nous qui semons le mal en nous, et c'est le démon qui l'achève. »

24. Le deuxième concile d'Orange, canon 15 : « Le libre arbitre ayant été affaibli dans le premier homme , et rendu comme malade , ne peut être réparé que par la grâce du baptême. »

25. Ibidem, canon 25 (ou plutôt, conclusion des vingt -cinq décrets) : « Nous devons donc enseigner et croire, suivant les passages de l'Ecriture rapportés ci-dessus, et les définitions des anciens Pères, que, par le péché du premier homme, le libre arbitre a tellement été abaissé et affaibli , que personne depuis n'a pu aimer Dieu comme il faut, croire en lui , ou faire le bien en vue de lui, s'il n'a été prévenu par la grâce et par la miséricorde divine. »

26. S. Augustin et les autres évoques, dans leur lettre synodale au pape Innocent 1 (Epist. XCV, al. 77, inler Epist. S. Augustini) : a Nous prions Dieu que cet esprit, dont nous avons reçu le gage, vienne au secours de notre faiblesse, afin que nous puissions surmonter les tentations et nous défendre du péché. Aussi est-il clair que, lorsque nous disons à Dieu : Ne nous laissez pas succomber à la tentation, nous ne le prions, ni de nous faire hommes, puisque c'est notre nature même que de l'être, ni de

(i) Cf. OEuvres choisies de saint Jérôme, trad. par Collombet, t. VIII, p. 278-279.

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nous donner le libre arbitre, puisque nous l'avons reçu dès le premier moment de notre existence, ni même de nous pardonner nos péchés , puisque c'est ce que nous demandons plus haut par ces paroles de la même prière : Pardonnez-nom nos offenses; ni enfin de nous donner sa loi , puisque succomber à la tentation c'est pécher, et que pécher c'est aller contre la loi , contre une loi, dis-je, déjà existante. Mais ce que nous demandons, c'est de ne point pécher, c'est-à-dire, de ne faire aucun mal, comme l'Apôtre le demandait pour les fidèles do Corinthe : Je prie Dieu, leur disait-il, que vous ne fassiez aucun mal (II Cor. 3 XIII, 7). Par -là il est évident, qu'encore bien que nous ayons un libre arbitre, comme personne ne saurait en douter, il ne suffit pas que nous l'ayons pour ne point pécher, c'est-à-dire pour ne point faire de mal, si la grâce ne nous aide et ne soutient notre faiblesse.

» La prière même que nous faisons est donc une preuve des plus claires du besoin que nous avons de la grâce. Que Pelage reconnaisse cette grâce que tous les jours nous demandons à Dieu, et alors nous nous réjouirons de le voir dans des sentiments si orthodoxes , soit qu'il les ait eus d'avance , soit qu'il y revienne après les avoir quittés.

» Il faut bien distinguer entre la loi et fa grâce. Le propre de la loi, c'est de commander, et celui de la grâce, c'est d'aider et de secourir; et de même que la loi ne nous ordonnerait rien si nous n'avions pas de volonté à nous , la grâce ne viendrait point à notre aide, si notre volonté se suffisait à elle-même.

» L'Ecriture nous ordonne de ne point faire le mal, lorsqu'elle dit en propres termes : Evitez le mal (Ps. XXXVI s 27) ; et cependant elle nous enseigne qu'il faut demander à Dieu la grâce de ne point le faire : Nous ne cessons, dit saint Paul, de prier le Seigneur que vous ne fassiez aucun mal (II Cor., XIII, 7). Elle nous ordonne de faire le bien, lorsqu'après avoir dit : Evitez le mal, elle ajoute : Et pratiquez le bien; et cependant nous prions Dieu qu'il nous accorde la grâce de le pratiquer, puisque c'est ce que faisait saint Paul quand il disait aux Golossiens : Nous ne cessons de prier Dieu pour vous..., afin que vous vous conduisiez d'une manière digne de Dieu, cherchant à lui plaire en toutes choses, par toutes sortes de bonnes œuvres et de propos édifiants (Col., I, 40). De même donc que nous reconnaissons le libre arbitre de l'homme dans le devoir qui lui est imposé d'observer tous ces préceptes, que Pelage reconnaisse aussi la néces-

site de la grâce dans toutes ces prières faites à Dieu, pour qu'on puisse les observer (1). »

27. S. Prosper, Lib. I de Vocatione gentium, c. 8 : « Il n'est pas à propos que l'homme combatte son ennemi sans protecteur, puisqu'ayant déjà perclu la victoire , il ne doit pas s'aventurer à mesurer ses forces avec celles d'un ennemi victorieux, à qui il n'a pas fait résistance, lorsqu'il les avait saines et entières; mais il doit attendre le secours, et espérer la victoire de celui qui seul Ta remportée, sans se laisser vaincre lui-même par aucun ennemi. Or, s'il la désire, qu'il ne doute point que ce désir ne lui soit donné par avance de la même main qui lui donne la victoire ; et qu'il ne croie pas qu'il ait perdu son libre arbitre, pour s'être laissé conduire par l'esprit de Dieu, puisqu'il ne l'avait pas même perdu quand il s'était assujetti à la tyrannie du démon, qui lui avait à la vérité corrompu le jugement, mais qui n'avait pu le lui ôter. Il n'est donc pas croyable que le divin médecin nous ôte , en nous guérissant , ce que notre ennemi n'a pu détruire en nous par toutes les plaies qu'il nous a faites; croyons plutôt qu'il guérira nos plaies, sans porter atteinte à l'intégrité de notre nature. Mais ce que la nature a perdu, ne saurait être réparé que par son auteur (2). »

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