‹ Le grand catéchisme de Canisius, ou, Précis de la doctrine chrétienne, appuyé de témoignages nombreux de l'Ecriture et des Pères (volume 3)Chapitre 56 sur 88 · CE QUE C'EST QUE LA JUSTIFICATION, ET QUELLES EN SONT LES CAUSES · texte numérisé non relu

CE QUE C'EST QUE LA JUSTIFICATION, ET QUELLES EN SONT LES CAUSES

« Cette disposition ou préparation est suivie de la justification même, qui ne consiste pas seulement dans la rémission des péchés, mais de plus dans la sanctification et le renouvellement de l'homme intérieur par la réception volontaire de la grâce et des dons qui l'accompagnent : ce qui fait que l'homme devient juste d'injuste qu'il était auparavant, et ami de Dieu de son ennemi qu'il était, pour être, selon l'espérance qui lui en est donnée, héritier de la vie éternelle.

» Cette justification, si on en recherche les causes, a premièrement pour cause finale la gloire de Dieu et de Jésus-Christ, et la vie éternelle. Pour cause efficiente, elle a Dieu même, qui nous purifie et nous sanctifie dans sa miséricorde, sans que nous l'ayons mérité, et nous marque du sceau et de l'onction de l'Esprit-Saint, promis dans les Ecritures, et qui est le gage de l'héritage que nous sommes appelés à posséder un jour. La cause méritoire de notre justification, c'est Notre-Seigneur Jésus-Christ, fils unique et bien-aimé de Dieu, qui, par l'amour extrême dont il nous a aimés, tandis que nous étions ses ennemis, nous a mérité notre justification et a satisfait pour nous à Dieu son père, par sa très-sainte passion endurée sur l'arbre de la croix. La cause instrumentale, c'est le sacrement de baptême, qui est le sacrement de la foi, sans laquelle personne ne peut être justifié. Enfin la cause formelle de la justification, c'est uniquement la justice de Dieu, non celle dont il est juste lui-même, mais celle dont il nous rend justes, et qui, quand une fois nous l'avons reçue de lui, nous renouvelle dans l'intérieur de notre âme, en sorte que nous ne soyons pas seulement réputés justes, mais que nous en portions le nom avec vérité et que nous le soyons véritablement, chacun de nous recevant en soi-même la justice selon la mesure qui lui convient, et selon le partage qu'en fait le Saint-Esprit, comme il lui plaît, et suivant la disposition et la coopération que chacun peut y apporter. Car quoique personne ne puisse être juste que celui à qui les mérites de la passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ sont communiqués, il faut entendre cependant que cela se fait dans la justification du pécheur, lorsqu'on vertu des mérites de celte même passion, la divine

charité est répandue par le Saint-Esprit dans les cœurs de ceux qui sont justifiés, et y demeure comme une qualité qui leur devient inhérente. De là vient que dans cette œuvre de la justification, l'homme reçoit, avec la rémission de ses péchés, tous ces dons infus appelés la foi, l'espérance et la charité, par son union avec Jésus-Christ, auquel il est enté pour ainsi dire. Car la foi elle-même, si elle n'est accompagnée de l'espérance et de la charité, ne suffit pas pour nous unir parfaitement à Jésus-Christ, ni pour nous rendre des membres vivants de son corps mystique. C'est en ce sens que nous disons avec beaucoup de vérité, que la foi sans les œuvres est morte et devient inutile, et qu'en Jésus-Christ, ni la circoncision, ni l'incirconcision ne sert de rien, mais que ce qui sert beaucoup, c'est la foi animée de la charité. C'est cette foi que les catéchumènes, conformément à la tradition venue des Apôtres, demandent à l'Eglise, lorsqu'au moment de recevoir le sacrement de baptême, ils demandent la foi (1) qui puisse leur procurer la vie éternelle; or elle ne la leur procurerait pas, si elle n'était accompagnée de l'espérance et de la charité. C'est pourquoi, on a soin aussitôt de leur faire entendre cette parole de Jésus-Christ : Si vous voulez entrer dans la vie éternelle, gardez les commandements. Aussi, dès qu'ils ont reçu le sacrement de régénération, et par son moyen la justice chrétienne et véritable, on leur recommande de la conserver pure et sans tache, comme une robe d'innocence qui vient de leur être rendue, en vertu des mérites de Jésus-Christ, en remplacement de celle qu'Adam a perdue par sa désobéissance tant pour lui-même que pour sa postérité, pour pouvoir se présenter avec elle devant le tribunal de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et parvenir ainsi à la vie éternelle. » Conc. Trid., sess. Vl, c. 7.

TÉMOIGNAGES DE i/ÉCRITURE.

4. Tite, lll3 5-7 : « II nous a sauvés, non à cause des œuvres de justice que nous aurions pu faire, mais à cause de sa miséricorde, par l'eau de la renaissance et par le renouvellement du Saint-Esprit, — qu'il a répandu sur nous avec une riche effusion, par Jésus-Christ notre Sauveur; — afin qu'étant justifiés par sa grâce, nous devinssions les héritiers de la vie éternelle selon l'espérance qui nous en a été donnée. »

2. / Corinthiens, VI, 12 : « C'est ce que quelques-uns d'entre

(1) Voir le Rituel romain.

362 TRAITÉ DE LA CHUTE DE l/HOMME

vous ont été autrefois; mais vous avez été lavés, sanctifiés et justifiés au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ et par l'esprit de notre Dieu. »

3. Ephésiens, I, 13-14 : « Après avoir cru à la parole de vérité, vous avez été scellés du sceau de l'Esprit-Saint qui vous avait été promis, — qui est le gage de notre héritage jusqu'à ce que soit consommée la délivrance du peuple que Jésus-Christ s'est acquis pour la louange et la gloire de son nom. »

4. Romains, V, 8-10 : « Mais Dieu a fait éclater son amour pour nous en ce que, lors même que nous étions encore pécheurs, Jésus-Christ est mort pour nous dans le temps marqué. — Maintenant donc que nous sommes justifiés par son sang, nous serons à plus forte raison délivrés par lui de la colère de Dieu. Car si, lorsque nous étions ennemis de Dieu, nous avons été réconciliés avec lui par la mort de son Fils, à plus forte raison étant maintenant réconciliés avec lui, nous serons sauvés par la vie de ce même Fils. »

5. Ephésiens, II, 4-6, 13-16 : « Mais Dieu, qui est riche en miséricorde, poussé par l'amour extrême dont il nous a aimés, — lorsque nous étions morts par nos péchés, nous a rendu la vie en Jésus-Christ, par la grâce duquel vous êtes sauvés ; — et il nous a ressuscites avec lui, et nous a fait asseoir dans le ciel en Jésus- Christ. — Mais maintenant que vous êtes en Jésus-Christ, vous qui étiez autrefois éloignés de Dieu, vous êtes devenus proches de lui par le sang de Jésus-Christ. — Car c'est lui qui est notre paix ; c'est lui qui des deux peuples n'en a fait qu'un ; c'est lui qui a détruit en sa chair le mur de séparation, cette inimitié qui les divisait; — et qui, par sa doctrine, a aboli la loi de Moïse chargée de tant de préceptes, afin de former en lui-même un seul homme nouveau de ces deux peuples, en mettant la paix entre eux ; — et afin que tous deux étant réunis en un seul corps, il les réconciliât avec Dieu par sa croix, y ayant détruit en lui-même leur inimitié. »

6. Romains, IV, 25 : « Il a été livré à la mort pour nos péchés, et il est ressuscité pour notre justification. »

7. Ephésiens, IV, 23-24 : « Renouvelez - vous dans l'intérieur de votre âme, — et revêtez- vous de l'homme nouveau, qui est créé selon Dieu dans une justice et une sainteté véritable. »

8. / Corinthiens, XII, 11 : « Or, c'est un seul et même Esprit qui opère toutes ces choses, distribuant à chacun ses dons, comme il lui plaît. »

9. Ephêsiens, IV, 7 : « Car la grâce à été donnée à chacun de nous, selon la mesure du don de Jésus-Christ. »

10. Romains, V, 5 : « Or, cette espérance ne trompe point, parce que l'amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par le

, Saint-Esprit, qui nous a été donné. »

41. // Corinthiens, I, 21-22 : « Or, celui qui nous confirme et nous affermit avec vous dans la foi en Jésus-Christ, et qui nous a oinls de son onction, c'est Dieu même; — et c'est lui aussi qui nous a marqués de son sceau, et qui, pour gage des biens qu'il nous a promis, nous a donné le Saint-Esprit dans nos cœurs. »

12. balaies, V, 6 : « Car, en Jésus-Christ, ni la circoncision, ni l'incirconcision ne servent de rien ; mais uniquement la foi qui est animée de la charité. »

15. Jacques, II, 14-26 : « Mes frères, que servira-t-il à quelqu'un de dire qu'il a la foi, s'il n'a pas les œuvres? La foi pourra-t-elle le sauver? — Si, par exemple, un de vos frères ou une de vos sœurs n'ont point de quoi se vêtir, et qu'ils manquent de ce qui leur est nécessaire chaque jour pour vivre, — et que quelqu'un d'entre vous leur dise : Allez en paix ; je vous souhaite de quoi vous couvrir et de quoi manger, sans leur donner néanmoins de quoi satisfaire aux nécessités de leur corps, à quoi serviront vos paroles? — Ainsi la foi qui n'est point accompagnée des œuvres , est morte en elle-même. — En sorte qu'on pourra dire : Vous avez la foi , et moi j'ai les œuvres; montrez-moi votre foi qui est sans œuvres , et moi je vous montrerai ma foi par mes œuvres. — Vous croyez qu'il n'y a qu'un Dieu, vous faites bien; les démons le croient aussi, et ils tremblent. — Mais voulez-vous savoir, ô homme vain, que la foi sans les œuvres est morte? — Notre père Abraham ne fut-il pas justifié par ses œuvres, lorsqu'il offrit son fils Isaac sur l'autel? — Ne voyez- vous pas que sa foi était jointe à ses œuvres , et que sa foi fut consommée par ses œuvres ? — Et j ainsi cette parole de l'Ecriture fut accomplie : Abraham crut ce que Dieu lui avait dit, et sa foi lui fut imputée à justice, et il fut appelé ami de Dieu. — Vous voyez donc que l'homme est justifié par ses œuvres, et non pas seulement par la foi. — Rahab aussi , cette femme débauchée , ne fut - elle pas de même justifiée par les œuvres , en recevant chez elle les espions de Josué , et les renvoyant par un autre chemin ? — Car comme le corps est mort lorsqu'il est sans âme, ainsi la foi est morte lorsqu'elle est sans les œuvres. »

14. Matthieu, XIX, 16-19 : « Et voici que quelqu'un s'approchant, lui dit : Bon maître, quel bien me faut-il faire pour gagner la vie éternelle ? — Jésus lui répondit : Pourquoi me demandez-vous ce qui est bon? Il n'y a que Dieu seul qui soit bon. Au reste, si vous voulez entrer dans la vie, gardez les commandements. — Et il lui dit : Quels sont ces commandements ? — Jésus lui répartit : Vous ne tuerez point ; vous ne commettrez point d'adultère ; vous ne déroberez point ; vous ne porterez point de faux témoignage ; — honorez votre père et voire mère, et aimez votre prochain comme vous-même. »

témoignages de la tradition.

1. S. Augustin, Lib. VI contra Julianum, c. 11 : « Ah! que ne savez-vous du moins goûter assez les dons de Jésus-Christ, pour croire qu'ils pourraient servir à vaincre la concupiscence ! Mais les Juifs, dites-vous , en avaient fait mépris, parce qu'ils le voyaient accorder son pardon aux péchés, que leur apprenaient à éviter les seules prescriptions de la loi. Comme si le pardon des péchés avait pour effet de délivrer l'homme de ces luttes de la chair contre l'esprit , qui faisaient dire à l'Apôtre : Je sais qu'il n'y a rien de bon en moi, c'est-à-dire dans ma chair (Rom., Vil ', 18), et autres passages de ce genre. Mais vous êtes conséquent à ce dogme de votre secte, d'après lequel la grâce de Dieu , donnée en vertu des mérites de Notre -Seigneur Jésus- Christ, consiste tellement dans le simple pardon des péchés, qu'elle ne prête aucun secours pour les éviter et pour vaincre les désirs charnels, en répandant sa charité dans nos cœurs, par l'Esprit-Saint qu'il nous a donné. Et vous ne considérez pas que celui qui disait : Je sens dans les membres de mon corps une autre loi qui combat contre la loi de mon esprit (Rom., Vil, 23) , et qui déclarait ne pouvoir être délivré d'un tel mal que par la grâce de Dieu, accordée en vertu des mérites de Notre-Seigneur Jésus- Christ, n'était pas Juif, et gémissait en cette occasion, non du malheur d'avoir péché, mais du danger qu'il y avait pour lui de pécher. »

2. Le même, Re tractât ioniim lib. /, c. 13 : « La grâce de Dieu non-seulement efface tous les péchés antérieurs dans ceux qui sont baptisés en Jésus-Christ, ce qui est le propre de l'esprit de régénération, mais guérit encore dans les adultes la volonté elle-même, que le Seigneur s'engage à diriger; ce qui est le propre de l'esprit de foi et de charité. »

5. S. Augustin, Epist. CV ad Sixtum : « Ne savons-nous pas qu'après que les péchés ont été remis, si le Saint-Esprit ne demeure dans cette maison qui vient d'être nettoyée et purifiée, l'esprit impur ne manque pas d'y revenir avec sept attires esprits, en sorte que le dernier état de ces hommes devient pire que le premier (Matth., XII , 45)? Et quant à cette habitation du Saint- Esprit dans une âme , ne savons-nous pas aussi par l'Evangile, que l'Esprit souffle où il veut (Jean, III, 8)? Ne savons-nous pas que la charité de Dieu, sans laquelle personne ne mène une bonne vie, est répandue dans nos cœurs, non par nous-mêmes, mais par le Saint-Esprit qui nous a été donné (Rom., V, 5)?...

» Personne n'est délivré et justifié que par la grâce de Dieu en Jésus-Christ Notre-Seigneur ; c'est par elle seule que l'homme est justifié ou délivré, tant du péché que nous tirons de notre origine, que des péchés personnels dont chacun se rend coupable dans le cours de sa vie, soit faute de connaître ses devoirs ou de vouloir les connaître, soit en les violant par une transgression ouverte de la loi connue, ce qui met le comble à l'iniquité. Or, cette délivrance et cette justification , Dieu ne l'opère pas seulement en remettant les péchés, mais en inspirant d'abord la foi et la crainte de Dieu, en donnant l'amour salutaire de la prière, et en accordant à la prière les grâces qu'elle sollicite, jusqu'à ce qu'après avoir guéri toutes nos langueurs, il affranchisse notre vie de toute corruption , et nous couronne pour jamais par l'abondance de ses miséricordes (Ps. Cil, 5-4) (1). »

4. Le même, Epist. CVI (al. 186) ad Paulinum : <i C'est la grâce de Dieu , par Jésus- Christ Notre-Seigneur, qui fait passer les enfants nouvellement nés, aussi bien que les adultes, de la mort que nous avons encourue par le premier Adam, à la vie que le second Adam communique; et cela ne se fait pas par la simple rémission des péchés, mais par un secours qui fait éviter le mal et pratiquer le bien à ceux qui sont en âge d'user de leur libre arbitre ; en sorte que , sans ce secours , nous ne saurions ni accomplir ni vouloir la moindre chose de ce qui regarde la piété et la justice, puisque c'est Dieu qui opère en nous le vouloir et le faire, selon son bon plaisir (Philip., H, 13) (2). »

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