Le concile de Milève, canon 3 (3) : « Quiconque dira que
(i) Cf. Traités choisis de saint Augustin ,.t Ier, p. 111, 136-137»
(2) Cf. Les Lettres de saint Augustin,ivtà. en français, t. V, p. 213-214.
(3) C'est le même que le canon 4 du concile de Carthage de l'an 418, Voir le Dictionnaire universel des conciles, t. Ier, col. 51b
la grâce de Dieu, qui nous justifie par Jésus-Christ, ne sert que pour la rémission des péchés déjà commis, et non pour nous aider encore à ne plus en commettre ; qu'il soit anatbème. »
6. Ibidem, canon h (1) : « Si quelqu'un dit que la même grâce de Dieu par Jésus-Christ ne nous aide à ne point pécher, qu'en tant qu'elle nous ouvre l'intelligence de ses commandements divins, afin que nous sachions ce que nous devons faire ou éviter, et non en ce sens que ce soit elle qui nous procure l'avantage d'aimer et de pouvoir accomplir ce que nous savons que nous devons faire; qu'il soit anathème. Car, puisque l'Apôtre dit que la science enfle, et que la charité édifie (I Cor., VIII, 1), c'est une grande impiété de croire que nous avons la grâce de Jésus- Christ pour ce qui enfle, et que nous ne l'avons pas pour ce qui édifie, puisque l'une et l'autre est un don de Dieu, c'est-à-dire, de savoir d'une part ce que nous devons faire, et d'aimer de l'autre à le faire, afin que la science ne puisse enfler, tandis que la charité édifiera. Et comme il est écrit que Dieu enseigne à l'homme la science (Ps. XXXIX, 40), il est écrit aussi que la charité vienl de Dieu (I Jean, IV, 7). »
7. S. Chrysostôme, Hom. III de pœnitentiâ : « Quand Dieu efface les péchés, il le fait de telle manière, qu'il ne reste ni cicatrice, ni même trace de cicatrice , mais il rend au pécheur pénitent toute la fraîcheur de sa première innocence. Non content de lui remettre la peine de ses péchés, il met en lui la grâce de la justice, et le traite désormais comme s'il n'avait jamais péché, w
8. Théophylacte , in caput II Evangelii secundum Marcum : « Levez-vous et emportez votre lit (Marc, II, 9), pour rendre le miracle plus évident , pour faire voir que la guérison n'est pas simplement apparente , et que ce n'est pas même une simple guérison, mais un surcroît de forces. Ainsi Dieu en use-t-il par rapport aux maladies de l'âme. Non-seulement il nous délivre de nos infirmités spirituelles , mais encore il nous remplit de vertu et de force, pour nous faire accomplir ses commandements. » On trouvera plus haut, article du sacrement de Baptême, question III, d'autres témoignages à l'appui de cette même vérité. V. t. II, pages 209-221.
9. S. Augustin, de spiritu et litterâ, c. 9 : « La justice qui
(1) C'est le même que le canon 5 de ce même concile de Carthage. V, ibidem*
vient de Dieu nous a été manifestée, dit l'Apôlre (Rom., III, 21); il ne dit pas, la justice qui vient de l'homme, la justice qui vient de la propre volonté, mais la justice qui vient de Dieu; non pas toutefois celle qui fait que Dieu est juste lui-même, mais celle dont il revêt l'homme, quand il le rend juste d'impie qu'il était... » Cette justice que Dieu donne par la foi de Jésus-Christ (ibid., 22), c'est-à-dire par la foi qui nous fait croire en Jésus-Christ. Or, de même que l'Apôtre appelle foi de Jésus-Christ, non celle que Jésus-Christ pourrait avoir lui-même, mais celle qui nous fait croire en lui, ainsi appelle-t-il justice de Dieu, non la justice qui tait que Dieu est juste, mais celle dont Dieu nous rend justes nous-mêmes. Car cette justice comme cette foi est bien la nôtre au fond; mais l'Apôtre l'appelle cependant la justice ou la foi de Dieu ou de Jésus-Christ, parce que c'est de Dieu ou de Jésus- Christ qu'elle nous est donnée. »
10. Ibidem, c. 11 : « C'est cette justice de Dieu qui, couverte comme d'un voile dans l'Ancien-Tcslamen!, nous est découverte dans le Nouveau; et elle est appelée la justice de Dieu, parce que c'est lui qui nous rend justes en nous la donnant, comme on dit le salut de Dieu (Ps. III, 3), pour signifier le salut qu'il nous procure : et c'est là cette foi venant de la foi dont l'Apôtre nous parle ailleurs (Rom., I, 17 ), c'est-à-dire la foi des fidèles venant de la foi de ceux qui la leur annoncent, véritable foi de Jésus- Christ, c'est-à-dire mise en nos cœurs par Jésus-Christ, et qui fait que nous croyons que c'est à Dieu que nous devons de vivre dans la justice, comme c'est à lui que nous devrons d'y vivre plus parfaitement un jour; et de là vient que c'est à lui que nous en rendons grâces, en lui déférant le culte qui n'est dû qu'à lui. »
11. Le même, in Expositione Psalmi CL : « On ne doit pas entendre la justice qui constitue juste Dieu lui-même, par celle qu'il crée en nous lorsque nous devenons justes de sa justice, comme le dit l'Apôtre (II Cor., V, 21). »
12. Le même, Tract. XXVI in Evangelium Joannis : « Que signifie cette justice de Dieu mise en regard de celle de l'homme? 11 faut entendre ici (Rom., X, 5-6) par justice de Dieu, non celle qui fait que Dieu est juste, mais celle que Dieu donne à l'homme, et qui fait que l'homme est juste par le don de Dieu. »
13. Le même, Epist. CXL (al. 120) ad Honoratum, c. 30 : « Ceux qui ne connaissent pas cette justice dont Dieu est l'auteur, ne se sont point soumis à lui pour la recevoir, et ont voulu établir
leur propre justice (Rom.; X, 5). C'est à cette fausse justice que l'Apôtre oppose la justice qui vient de Dieu, c'est-à-dire celle dont nous sommes justes par sa grâce, et qui fait que nous sommes sa justice (Il Cor., V, 21), lorsque nous vivons saintement, et que nous croyons en celui qui justifie l'impie. Mais il ne faut pas confondre cette justice que Dieu nous communique, avec la justice éternelle et immuable par laquelle Dieu est juste, et qui n'est autre chose que lui-même. C'est cette même justice, dont nous sommes justes par le bienfait de la grâce et de la miséricorde de Dieu, que David nous désigne quand il dit au psaume XXXV (v. 7) : Votre justice est comme les montagnes de Dieu; ce qui signifie ses saints.
» De même que, bien que ce salut dont parle David dans le troisième psaume (v. 9), soit appelé le salut du Seigneur, il ne Jaut pas entendre par-là cette félicité inaltérable dont Dieu jouit, mais celle dont il fait part à ceux qu'il sauve ; de même, quoique cette justice dont parle saint Paul au dixième chapitre de l'épître aux Romains (v. 3), soit appelée la justice de Dieu, il ne faut pas entendre par-là celle dont Dieu même est juste, mais celle dont il fait part à ceux qu'il justifie par sa grâce. Car l'une est la règle de l'autre, et les hommes doivent leur salut à celui à qui ils doivent leur justice (1). »
14. Le même, de Naturâ et Gratiâ, c. 63 : « Il n'est pas douteux que, même avant la passion de Jésus-Christ, les justes n'étaient justes que par la foi qu'ils avaient en lui, puisque c'est à lui seul que l'homme peut devoir l'Esprit-Saint qui nous a été donné, et a répandu la charité dans nos cœurs : charité qui seule peut rendre justes ceux qui le sont véritablement, à quelque temps d'ailleurs qu'ils appartiennent. »
15. Le même, Lib. I contra Pelagium et Celestium, seu lib. de gratiâ Christi contra prœdictos, c. 30 : « Dans tous les écrits que j'ai pu lire de Pelage et de Célestius, je n'ai trouvé nulle part qu'ils admettent de la manière qu'on le doit la grâce dont l'effet est de nous rendre justes, c'est-à-dire, qui répand l'amour de Dieu dans nos cœurs par l'Esprit-Saint qui nous a été donné. »
16. Le même, Lib. I de peccatorum meritis et remissione, ù. 9 : « Jésus-Christ trouve ses imitateurs dans ses saints par le zèle avec lequel ceux-ci s'adonnent à la pratique de la justice. C'est ce qui autorisait l'Apôtre à dire aux fidèles de Corinthe :
(i) Cf. lettres de saint Augustin, Paris, 1684, t. III, p. 602, 604,
Soyez mes imitateurs, comme je le suis moi-même de Jésus- Christ (I Cor., IV, 16). Mais outre cette imitation qu'elle nous inspire, sa grâce nous éclaire intérieurement et nous met en état de justice, par ce travail intérieur dont parle le même apôtre lorsqu'il dit : Ce n'est ni celui qui plante, ni celui qui arrose, qui est quelque chose, mais c'est Dieu qui donne V accroissement (ICor., III, 7). Car c'est cette grâce qui fait membres de Jésus-Christ les petits enfants, du moment qu'ils ont reçu le baptême, quoique certainement ils ne soient pas encore capables de l'imiter. De même donc que celui en qui tous recevront une nouvelle vie (ICor., XV, 22), outre ses exemples qu'il propose à notre imitation pour nous faire pratiquer la justice, nous donne cette grâce de l'Esprit- Saint, qu'il répand d'une manière mystérieuse dans l'âme des plus petits enfants; de même celui en qui tous sont morts, outre son exemple qu'il a laissé à ceux qui violent par leur propre volonté la loi de Dieu, a imprimé à tous ceux qui naissent de lui ou de sa race une tache secrète qui a pour foyer la concupiscence. »
17. Ibidem, c. 10 : ce Nous lisons (Gai., II, 16), que ceux qui croient en Jésus-Christ sont justifiés en lui : cela se fait par une communication et une inspiration secrète de la grâce spirituelle qui nous unit à Dieu, et fait de nous un même esprit avec lui (I Cor., VI, 17) : ce qui n'empêche pas les saints de se porter de plus à l'imiter. »
18. Le concile œcuménique de Vienne, tenu sous Clément V, in Clementinis, lib. I, tit. I de summâ Trinitate et fide catholicâ : a Comme les théologiens se trouvent avoir soutenu des sentiments contraires les uns aux autres sur ce qui concerne l'effet du baptême dans les enfants, quelques-uns d'eux allant jusqu'à dire que le baptême a bien la vertu de remettre le péché aux enfants, mais non de leur conférer la grâce, d'autres soutenant au contraire, qu'en même temps que le péché leur est remis, la grâce sanctifiante et les vertus divines sont infuses dans leurs âmes, non quant à l'acte ou à l'usage qu'ils auraient à en faire pour le moment, mais quant à l'habitude ; nous, prenant en considération l'efficacité générale de la mort de Jésus-Christ, dont le fruit est appliqué par le baptême également à tous ceux qui le reçoivent, avons jugé, avec l'approbation du saint concile, devoir adopter la seconde opinion, selon laquelle tant les enfants que les adultes reçoivent dans le baptême la grâce sanctifiante et les vertus infuses, comme plus probable, et plus conforme en
vi. 24
même temps que plus analogue au langage des saints et des théologiens modernes. »
19. S. Augustin, Epist. XXIX (al. 167) ad Hieronymum (lettre à saint Jérôme) : « A Dieu ne plaise qu'aucun fidèle se persuade que tant de serviteurs de Jésus-Christ, qui pour ne pas se tromper eux-mêmes, et afin que la vérité soit en eux (I Jean, I, 8), avouent très-sincèrement qu'ils pèchent, n'aient aucune vertu , puisque la sagesse en est une fort grande , et que, dès-là qu'ils ont de la piété, ils ont de la sagesse : car la Sagesse même nous apprend que ce qu'on appelle sagesse n'est autre chose que la piété (Job, XXVIU, 28, selon les Septante). A Dieu ne plaise donc que nous disions que tant de saintes âmes et de serviteurs de Dieu n'aient point de piété. Or, qu'est-ce qu'avoir de la piété, sinon servir Dieu, puisque la piété est appelée en grec eùa^eta, et mieux encore ôeoasêeia? Et qu'est-ce que servir Dieu, sinon l'aimer? La vertu, et la souveraine vertu, n'est donc autre chose que la charité qui part d'un cœur pur, d'une bonne conscience et d'une foi sincère (/ Tira., I, 5). Aussi est-elle la fin de la loi; et c'est avec grande raison que l'Ecriture dit qu'elle est forte comme la mort, soit parce qu'elle triomphe de tout obstacle, aussi bien que la mort, soit parce que le comble de la charité est d'aimer jusqu'à souffrir la mort pour ce qu'on aime...
» Il résulte, ce me semble, de ce que je viens de dire que les stoïciens se trompent lorsqu'ils disent que, tant qu'il reste encore des progrès à faire dans la sagesse, on n'a point de sagesse, et qu'il n'est vrai de dire que les hommes en ont, que lorsqu'ils en ont atteint la perfection. Ce n'est pas que les stoïciens ne reconnaissent qu'on peut faire des progrès dans la sagesse; mais ils soutiennent qu'on ne peut appeler sages que ceux qui sont entièrement sortis des ténèbres de l'ignorance et du vice, et qui se trouvent dans la région pure et sereine de la sagesse. Car, disent-ils, un homme est tout aussi bien noyé avec un pied ou même un pouce d'eau par-dessus la tête, que s'il y en avait mille piques. 11 en est de même de ceux qui sont encore dans le gouffre de l'ignorance et du vice : les uns y sont moins enfoncés que les autres; et parmi ceux-là, ceux qui tendent à la sagesse sont plus rapprochés de la surface; mais ils n'ont encore ni vertu ni sagesse, jusqu'à ce qu'ils soient tout- à-fait hors de l'eau et qu'ils puissent respirer l'air. Ce sera alors qu'ils posséderont la sagesse dans toute sa plénitude, sans qu'il reste rien en eux de tout ce qui lui est contraire, ni qui puisse être la source d'aucun péché.
w Mais cette comparaison, qui consiste à se représenter l'ignorance et les vices comme une eau profonde, et la sagesse comme l'air qui s'élève au-dessus, et où l'esprit qui était comme étouffé tant qu'il était dans cet abîme, respire tout-à-coup et reprend ivie quand il s'est élevé jusqu'à cette région, ne s'accorde pas, ce me semble, avec la doctrine de l'Ecriture. Il y en a une autre qui lui convient mieux; c'est celle qui assimile la sagesse à la lumière, et le défaut de sagesse aux ténèbres, si toutefois les objels corporels peuvent fournir des comparaisons qui servent à faire entendre des choses susceptibles de n'être saisies que par l'esprit. Ce n'est donc pas comme ferait un homme qui s'élèverait du fond de l'eau, et qui se trouverait tout-à-coup au-dessus, que nous passons du vice et de l'ignorance à la sagesse; mais nous le faisons par un progrès insensible, et semblable à celui par lequel un homme qui sort d'un antre profond passe des ténèbres à la lumière. Car dès avant même que cet homme soit tout-àfait au grand air, il ne laisse pas d'être éclairé peu à peu à mesure qu'il approche de l'orifice, de sorte qu'il y a dans les objets qui s'offrent à sa vue, et quelque chose de lumineux qui tient déjà de la lumière vers laquelle il s'avance, et quelque chose d'obscur, qui tient encore des ténèbres d'où il n'est pas tout-àfait sorti. Et c'est par-là qu'il est vrai, et que nul homme vivant n'est juste aux yeux de Dieu (Ps. CXLII, 2), et que ceux qui vivent de la foi sont justes cependant (Habac, II, 4), et que, comme on peut dire d'un côté que les saints sont revêtus de justice, les uns plus et les autres moins, on peut dire aussi d'un autre côté que personne ne vit ici-bas sans pécher, les uns plus et les autres moins, et qu'entre ces derniers mêmes on appelle le plus juste celui qui pèche le moins (1). »
20. Le même, Serm. XVI de verbis Apostoli, c. h : « Voici des hommes baptisés : tous leurs péchés leur sont remis en conséquence; les voilà justifiés de leurs péchés, nous ne pouvons en disconvenir; mais il leur reste à soutenir la lutte avec la chair, la lutte avec le monde, la lutte avec le démon. Or, celui qui est en lutte, tantôt blesse son ennemi, tantôt en est blessé lui-même, et est tantôt vainqueur, tantôt vaincu : qu'il fasse attention surtout à se trouver vainqueur au moment où il sortira de la carrière! Car si nous disons que nous n'avons pas de péché, nous nous
(1) Cf. Les lettres de saint Augustin, traduites en français, t. IV, p. 59M>99.
séduisons nous-mêmes, et la vérité n'est pas en nous (I Jean, I, 8). Si nous disons au contraire qu'il n'y ait en nous aucune justice, nous faisons injure aux dons que nous avons reçus de Dieu. Car s'il n'y a en nous aucune justice, il nous manque donc jusqu'à la foi. Si la foi nous manque, nous ne sommes pas chrétiens. Mais s'il est vrai au contraire que nous ayons la foi, il y a donc en nous quelque justice. Ce quelque peu même de justice, voulezvous en savoir la valeur? Le juste vit de la foi (Habac, II, 4). Le juste, dis-je, vit de la foi, parce qu'il croit sans voir encore l'objet de sa foi. »
Ibidem, c. 5 : « Nos chefs dans la voie de la sainteté, les apôtres, ces béliers généreux, non-seulement ont vu de leurs yeux, mais encore ont touché de leurs mains ce qu'ils nous ont annoncé (I Jean, I, 4); ce qui n'a pas empêché Notre-Seigneur, qui nous réservait à nous le don de la foi, de dire à un de ses disciples qui le touchait, qui le palpait, et qui s'écriait, en voyant la vérité de ses yeux, Mon Seigneur et mon Dieu : Vous avez cru, parce que vous avez vu; heureux ceux qui n'ont pas vu, et qui ont cru (Jean, XX, 29). C'est à nous qu'il songeait en disant ces dernières paroles : nous n'avons pas vu, mais nous avons entendu, et cela nous a suffi pour croire. Quoi! nous avons été proclamés heureux par la Vérité même, et il n'y aurait en nous aucune justice? Notre-Seigneur s'est rendu visible aux Juifs en les honorant les premiers de sa visite, et au lieu de le recevoir, les Juifs l'ont mis à mort; à nous au contraire il n'est point venu visiblement, et nous l'avons cependant reçu. Un peuple que je ne connaissais pas s'est mis sous mon empire; il m'a obéi, dès qu'il a entendu ma voix (Ps. XVII, 45). C'est nous qui sommes ce peuple, et il n'y aurait en nous aucune justice? Assurément il y a de la justice en nous. Soyons reconnaissants à Dieu de ce qu'il nous a donné, pour qu'il nous donne encore davantage , ou que nous ne perdions pas du moins ce que nous avons reçu de lui. Il faut donc en venir à ce troisième degré. Nous sommes justifiés en ce moment; mais la justice croîtra en nous, si nous prenons soin d'avancer de vertu en vertu. »
Ibidem, c. 8 : a Et où se trouve la vérité de ces paroles, Heureux ceux qui n'ont pas vu et qui ont cru? Elle se trouve en vous-même, puisque c'est en vous-même que se trouve votre foi. Est-ce que l'Apôtre peut nous avoir trompés en nous disant que Jésus-Christ habite par la foi dans nos cœurs (Ephes., III, 17)? Présentement il habite en nous par la foi ; plus lard il habitera
en nous par la claire vision qu'il nous donnera de sa présence. Il habite en nous par la foi, tant que nous sommes dans la carrière, tant que nous ne sommes pas parvenus au terme de notre pèlerinage : car tant que nous sommes dans ce corps, éloignés que nous nous trouvons du Seigneur, nous ne sommes que des pèlerins ici-bas (// Cor., V, 6). »
21. Le même, Lib. II Retractalionum, c. 33 : « J'ai composé trois livres dont le titre est, De peccatorum meritis et remissione; j'y traite plus particulièrement du baptême des enfants, et de la grâce de Dieu qui nous justifie , c'est-à-dire qui nous rend justes. »
22. Le même, de Spiritu et Litterâ, c. 26 : « Qu'est-ce qu'être justifié, sinon être fait juste? et par qui, sinon par celui qui justifie l'impie, en le faisant passer de l'impiété à la justice (1)? »
23. Ibidem, c. 27 : a Le péché est entré dans le monde par un seul homme, et la mort par le péché, et c'est ainsi qu'elle s'est répandue sur tous les hommes par celui en qui tous ont péché (Rom., V, 12). Comme il n'y a donc point à cet égard de distinction entre les hommes, ils ont tous besoin que Dieu fasse éclater sa gloire sur eux (ibid., III, 22), et qu'il leur communique la justice qui se donne gratuitement par sa grâce. C'est cette grâce qui, renouvelant l'homme intérieur, y grave de nouveau la justice que le péché avait effacée. Voilà quelle est la miséricorde de Dieu sur les hommes par Jésus-Christ Notre-Seigneur (2). »
24. Le même, Epist. LVII (al. 187) ad Dardanum, q. 1 , n. 17 : « Non-seulement Dieu n'habite pas dans tous les hommes, quoiqu'il soit partout; mais il n'habite pas même également dans tous ceux en qui il habite. Aussi voyons-nous qu'Elisée demanda que l'esprit de Dieu fût en lui au double de ce qu'il était en Elie (IV Rois, II, 9). Tous les saints ne sont donc plus ou moins saints les uns que les autres, que selon que Dieu habite plus ou moins dans les uns que dans les autres. »
Ibidem, n. 19 : <c Dieu ne se distribue pas par parties dans les corps ni dans les cœurs des hommes, en sorte qu'une partie de l'être de Dieu habite dans l'un, et une autre partie de son être dans l'autre, comme la lumière se partage et se distribue en plusieurs maisons par les ouvertures qu'elle rencontre; mais il est plutôt comme le son, qui, tout corporel et tout passager qu'il
(1) Cf. Le livre de saint Augustin de l'Esprit et de la Lettre, p. 100,
(2) Cf. Ibidem, p. 105-106.
est, a néanmoins cette propriété, qu'étant le même en soi, il est reçu différemment selon les différentes dispositions de ceux mêmes qui se trouvent également à portée de l'entendre : de sorte qu'un sourd ne l'entend point du tout, un homme qui a l'oreille dure ne l'entendra qu'à demi, et d'autres l'entendront plus ou moins,! selon qu'ils auront l'oreille plus ou moins fine, quoiqu'il lest frappe tous également. Or, si cela se trouve vrai du son, à combien plus forte raison n'est-il pas possible que Dieu, qui est une nature incorporelle, vivante et immuable, qui n'est ni divisible ni sujet au temps comme le son , qui n'a nul besoin de l'espace, ni du véhicule de l'air, ei qui subsiste éternellement en lui-même et par lui-même, soit présent tout entier à toutes choses, et tout entier à chacune, quoique ceux en qui il habite et dont il forme et édifie les cœurs par sa grâce, comme un temple où il se plaît, le possèdent les uns plus, les autres moins, selon la mesure de leur capacité? »
Ibidem, n. 20 : « 11 est vrai que saint Paul a dit qu'il y a diversité de dons (/ Cor., XII, h et s.), et qu'ils se distribuent et se partagent à chaque membre du même corps, dans lequel nous ne sommes tous ensemble qu'un même temple, et où néanmoins chacun de nous est le temple de Dieu, parce que Dieu n'est pas plus grand dans tous que dans chacun. Mais après que l'Apôtre a dit qu'il y a diversité de dons, il ajoute qu'il n'y a qu'un même esprit; comme après avoir fait plus bas l'énumération de tous ces dons, il ajoute : C'est un seul et même esprit qui opère toutes ces choses, partageant à chacun ses dons selon qu'il lui plaît. Ce sont donc ses dons qui se partagent, et non pas lui, puisqu'il demeure indivisible, toujours un et toujours le même (1). »
25. Le même, deSpiritu et Litterâ, c. 17 : « C'est la charité qui est cette loi de Dieu, à laquelle la prudence de la chair n'est point soumise, ni ne peut l'être (Rom., VIII, 7). Mais, comme pour réprimer par la crainte cette prudence de la chair, il y a une loi des œuvres, une loi qui tue les prévaricateurs, et qui, par des caractères gravés sur la pierre, ne fait que montrer ce que la charité accomplit; il y a une loi de la foi, et un esprit qui fait bien davantage : il vivifie ceux qui se conduisent par l'amour; et cette loi et cet esprit ne sont autre chose que la charité répandue dans le cœur des fidèles.
» Voyez à présent avec combien de justesse cette différence
(1) Cf. Lettres de saint Augustin, Irad. en français, t. V, p. 290-295.
entre l'une et l'autre loi est signalée dans ces paroles de l'A poire : // paraît que vous êtes la lettre de Jésus-Christ, dont nous n'avons clé que les secrétaires, et qui a été écrite, non avec de l'encre, mais avec l'esprit du Dieu vivant; non sur des tables de pierre, mais sur des tables de chair, qui sont vos cœurs (II Cor., III, 3). Il fait voir bien clairement par-là que l'une de ces deux lois est extérieure, et écrite au-dehors pour imprimer la terreur à l'homme, el que l'autre s'écrit au-dedans même de l'homme, pour le justifier intérieurement (1). »
26. Ibidem, c. 32 : « D'où vient donc cet amour, cette chari(é par laquelle la foi opère, sinon de celui de qui cette même foi l'a obtenue? A quelque degré que nous l'ayons, nous ne l'aurions pas, si elle n'avait été répandue dans nos cœurs par le Saint- Esprit qui nous a été donné (Rom., V, 5). Et cela ne doit pas s'entendre de la charité par laquelle Dieu nous aime, mais de cette charité par laquelle il fait que nous l'aimions, et qui est appelée la charité de Dieu, de la même manière que la justice par laquelle Dieu nous justifie est appelée la justice de Dieu (Rom., III, 21), et que le salut par lequel il nous sauve est appelé le salut du Seigneur (Ps. III, 9), et comme la foi par laquelle Jésus-Christ nous rend fidèles est appelée la foi de Jésus-Christ (Gai., II, 26). Voilà quelle est cette justice de Dieu, qu'il ne se contente pas de nous enseigner par les préceptes de la loi, mais qu'il nous donne même par l'infusion de son esprit. »
27. Le même, de Naturâ et Gratta, c. ultimo : « Une charité initielle est un état initiel de justice ; une charité qui grandit est ce même état de justice qui grandit et s'élève; une charité abondante, c'est une justice abondante ; une charité consommée est une justice consommée : mais il faut que ce soit une charité qui émane d'un cœur pur, d'une bonne conscience et d'une foi sincère (II Tim., I, S); et celte charité devient la plus grande qu'on puisse avoir ici-bas, quand on fait pour elle le sacrifice de sa propre vie : or, je serais étonné si celle-ci même n'était pas encore susceptible de nouveaux degrés de perfection dans le ciel. Quelque part cependant que se trouve cette charité parfaite à laquelle on ne peut rien ajouter davantage, ce n'est point par nos forces naturelles, ou par l'impulsion de notre seule volonté, qu'elle peut être répandue dans nos cœurs, mais par l'Esprit- Saint qui nous a été donné, et qui vient en aide à notre faiblesse
(1) Cf. Le livre de saint Augustin de l'Esprit et de la Lettre, p. 66-67.
en nous guérissant de nos langueurs. Cette charité parfaite n'est donc autre chose que la grâce qui nous sanctifie en vertu des mérites de Notre-Seigneur Jésus-Christ. »
28. S. Chrysostôme, Hom. V (al. 6) in Joannem : « Demandons, avec l'intelligence des mystères et l'orthodoxie de la doctrine, la grâce de mener une vie pure et sainte. Car en vain serions-nous versés dans l'étude des Ecritures, si nous n'avions soin de nous recommander en même temps auprès de Dieu par nos bonnes œuvres. La foi la plus éclairée et la mieux affermie, si elle n'est soutenue en même temps par une conduite exemplaire, ne nous préservera pas des supplices de l'enfer, et de ces feux qui ne s'éteindront jamais. Car de même que ceux qui auront fait le bien ressusciteront pour la vie éternelle, ceux, au contraire, qui auront commis le mal ressusciteront pour un supplice éternel. Faisons donc tous nos efforts pour ne pas perdre par le dérèglement de nos mœurs tous les avantages de la pureté de notre foi, et pour vivre de manière à paraître avec confiance au tribunal de Jésus-Christ, dont la vue seule fera notre souveraine félicité. Puissions-nous donc, dociles à ces enseignements, rapporter toutes nos actions à la gloire de Dieu (1)! »
29. S. Augustin, Lib. III contra duas epistolas pelagianorum, c. S : « Quoique la foi ne puisse sauver personne sans les œuvres, car la foi agréable à Dieu est celle-là seule qui opère par la charité ; cependant c'est par elle que nous pouvons obtenir le pardon de nos péchés, puisqu'il est vrai que le juste vit de la foi(HAB„ II, 4). )>
30. Le même, Hom. XVIL ex L, c. 2 : a Ecoutez l'Apôtre lui-même, cet habile prédicateur de la foi, ce grand défenseur de la grâce, écoutez-le dire à tous les chrétiens : A nos frères la paix et la charité avec la foi (Ephes., F/, 23). Voilà trois grandes choses nommées en même temps : la paix, la charité et la foi. L'Apôtre commence ici par la fin, pour finir par le commencement. Car c'est par la foi qu'on commence, et c'est par la paix qu'on doit finir, puisque c'est la foi qui nous fait croire. Mais cette foi doit être telle, qu'elle convienne à des chrétiens, et non pas seulement celle qui convient aussi aux démons. Car, comme l'a dit l'apôtre saint Jacques, les démons eux-mêmes croient et tremblent (Jac, II, 19). Aussi lisons-nous que les démons dirent
(1) Cf. S. Joannis Chrysostomi opéra, t. VIU, p. fcft, édit. de Montfaucon; p. 50-51, édit. de Gauine.
à Jésus-Christ, Vous êtes le fils de Z)?<?a ( Marc, III, 12). En cela les démons confessaient ce que les hommes refusaient de croire. Les démons tremblaient devant celui que les hommes ont fait mourir. Quoi donc! pour avoir dit : Vous êtes le Fils de Dieu, nous savons qui vous êtes (Marc, III, 12), les démons devront-ils régner avec le Fils de Dieu? Loin de nous cette pensée! Il faut donc mettre une grande différence entre la foi des démons et la foi des saints, et c'est là une distinction qu'il faut bien établir. Car saint Pierre a confessé aussi que Notre -Seigneur était le Fils de Dieu, lorsqu'à cette interrogation qui lui fut faite, Qui dites-vous que je sois ? il répondit : Vous êtes le Christ, le Fils du Dieu vivant (Matth., XYI, 16). Et Notre-Seigneur de lui dire alors : Vous êtes heureux, Simon fils de Jean. Mais, Seigneur, les démons vous ont adressé les mêmes paroles; pourquoi ne les avez-vous pas béatifiés aussi? Pourquoi? Parce que les démons n'ont dit que par crainte ce que Pierre a dit par amour. L'œuvre de notre salut doit donc commencer par la foi; mais de quelle foi s'agit-il? De celle que l'Apôtre a définie en ces termes : Ni la circoncision, ni l' incirconcision ne servent de rien; mais ce qui sert, c'est la foi (Gai., V, 6). Dites donc, ô apôtre, quelle foi? La foi qui opère par la charité. Cette foi qui opère par la charité, les démons ne l'ont pas ; elle n'est le partage que des serviteurs de Dieu, que des saints de Dieu, que de ceux qui par leur foi sont enfants d'Abraham, que des enfants de dilection, que des enfants de la promesse : c'est pour cela que l'Apôtre l'a identifiée ici avec la charité. L'Apôtre a nommé ces trois choses : A nos frères la paix, et la charité avec la foi. Quel est le principe de la paix et de la charité? quel est le principe de la charité avec la foi? Et comment pourriez-vous aimer, si vous ne croyiez pas à l'objet de votre amour? En nommant d'abord la paix, puis la charité, et enfin la foi, l'Apôtre a donc commencé par ce qui n'est que la fin, et fini par ce qui est le commencement. Pour nous, disons : Foi, charité et paix. Croyez, aimez, régnez. Car si vous croyez et que vous n'aimiez pas, vous ne séparez point encore votre foi de la foi de ceux qui disaient en tremblant : Nous savons que vous êtes le fils du Dieu vivant. Aimez donc ; car c'est la charité avec la foi qui vous obtiendra le bien de la paix. »
31. Le même, lib. V de Trinitate, c. 18 : a Aucun don de Dieu ne surpasse celui de la charité, etc. » Voir ce passage rapporté plus haut, article de la Charité, question I, témoignage 7, tome 1er, page 246.
32. S. Grégoire, lib. VI, epist. 15 ad Gregorium presbyterum et Theodorum diaconum Ecclesiœ Constantinopolitanœ : « Jésus- Christ, en descendant aux enfers, n'a délivré par sa grâce que ceux qui avaient eu foi en sa future venue, et qui avaient conformé leur vie à ses préceptes. Et il est certain que depuis son incarnation personne non plus ne peut être sauvé, si avec la foi on n'a pas la vie de la foi, puisqu'il est écrit : Ils font profession de connaître Dieu, mais ils le renient par leurs œuvres (TU., I, 16). Et saint Jean a dit de même : Celui qui dit qu'il connaît Dieu, et qui ne garde pas ses commandements, est un menteur (I Jean, II, 4). Jacques, frère de Notre-Seigncur, a dit aussi : La foi sans les œuvres est morte (Jac, IV, 20, 26). Si donc maintenant les fidèles ne sont point sauvés sans bonnes œuvres, et que les infidèles et les réprouvés, sans bonnes oeuvres à faire valoir, aient été sauvés à la descente de Notre-Seigneur dans les enfers, la condition de ceux qui n'auront pas eu connaissance de l'incarnation du Fils de Dieu aura été meilleure que celle de ceux qui sont venus depuis son incarnation. Or, pour se convaincre combien il serait déraisonnable de parler ou de penser de cette manière, il suffit de se rappeler ces paroles que Notre-Seigneur a dites à ses apôtres : Beaucoup de rois et de prophètes ont désiré voir ce que vous voyez, et ne Vont pas vu (Matth., XIII, 17). »
33. S. Fulgence, epist. II ad Gallam, c. 8 : « La foi et les œuvres de miséricorde n'auront plus lieu dans l'autre vie, puisqu'alors nous verrons à découvert ce que nous croyons maintenant sans le voir, et que d'ailleurs il ne pourra y avoir personne de misérable parmi les bienheureux, pour qu'il y ait lieu d'exercer la miséricorde à son sujet. Mais si la foi et les bonnes œuvres ne doivent plus être de mise après cette vie, elles sont obligatoires dans celle-ci. Car quiconque sera mort sans avoir la vraie foi ou les bonnes œuvres pour recommandation, quand même sa vie antérieure aurait été celle d'un serviteur vigilant et fidèle, n'en perdra pas moins le mérite de tout le bien qu'il aura fait, par cela seul qu'il n'aura pas persévéré jusqu'à la fin. »
34. Le même, lib. de incarnatione et gratiâ Jesu Christi, c. 26 : « La science qui consiste à connaître Dieu de manière à obtenir de la divine miséricorde le pardon de ses péchés, est bien différente de celle de ces hommes qui, connaissant Dieu, ne l'ont pas glorifié comme Dieu, ou qui ne lui ont pas rendu grâces, mais se sont égarés dans leurs vains raisonnements, et sont devenus insensés en s' attribuant le nom de sages; qui ont transféré l'honneur qui n'est
du qu'au Dieu incorruptible à l'image d'un homme corruptible (Rom., I, 21-23). Car comme la connaissance qu'ils avaient de Dieu n'était point accompagnée de la grâce de la foi qui opère par la charité, cette connaissance même qu'ils ont eue de lui les a rendus inexcusables. Ceux-là au contraire sont exempts de reproche, qui connaissent Dieu par la foi. Car, qui accusera les élus de Dieu? Personne assurément ; aussi tout contribue au bien de ceux qui aiment Dieu (Rom., VIII, 33, 28). Et personne ne les accuse, parce que c'est Dieu même qui les justifie, comme c'est lui qui glorifie ceux qu'il a connus d'avance de toute éternité et prédestinés selon ses desseins, afin que l'homme n'ayant plus à se glorifier de la loi des œuvres, celui qui se glorifie ne puisse le faire que dans le Seigneur, en mettant sa gloire dans la loi de la
foi qui opère par la charité C'est lui qui est notre paix, et qui
des deux peuples n'en fait qu'un (Ephes., H, 14). Mais cette paix ne saurait être obtenue sans la charité et la foi en Jésus-Christ, parce qu'étant justifiés par la foi, nous avons la paix avec Dieu par Jésus-Christ Notre-Seigneur, qui nous a aussi donné entrée par la foi à cette grâce en laquelle nous demeurons fermes, et nous nous glorifions dans l'espérance de la gloire promise aux enfants de Dieu (Rom., V, 1-2). Et cette espérance ne sera point confondue, parce que Vamour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par le Saint- Esprit qui nous a été donné (ibid., 5). »