Jacques, II, 24; comme dans le corps de la réponse
TÉMOIGNAGES DE LA TRADITION
1. S. Augustin, Lib. de moribus Ecclesiœ catholicœ, c. ultimo : « Le renouvellement de l'homme nouveau commence à la vérité dans les eaux saintes du baptême; mais c'est pour qu'il croisse ensuite, en faisant sans cesse de nouveaux progrès jusqu'à ce qu'il devienne parfait : ce qui arrive aux uns plus tôt, aux autres plus tard, quoiqu'il soit toujours vrai de dire que beaucoup s'avancent plus ou moins dans ces voies d'une vie nouvelle, comme on s'en convaincra, si l'on veut examiner la chose avec soin et sans passion.
» Cet ordre est absolument conforme à ces paroles de l'Apôtre :
Bien que l'homme extérieur se corrompe, l'homme intérieur se renouvelle de jour en jour (II Cor., IV, 16). Saint Paul nous dit donc que l'homme intérieur se renouvelle de jour en jour, afin de pouvoir devenir parfait; et vous (Manichéens), vous voulez qu'il commence par la perfection même (i). »
2. Le même, Lib. XIV de Trinitate, c. 17 ; « Sans doute que ce renouvellement qui est l'effet de la conversion ne s'opère pas en un instant, ou de la manière que s'opère celui qui se fait dans le baptême par la rémission qu'on y obtient de tous ses péchés : car, dans ce dernier cas, il ne reste pas un seul péché qui ne soit remis : mais, de même qu'autre chose est de n'avoir plus de fièvre, autre chose de se rétablir de cet état de langueur qui est la suite ordinaire de la fièvre ; de même encore qu'autre chose est de retirer de son corps une flèche qui s'y trouve enfoncée, autre chose de se guérir entièrement de la plaie que la flèche y a faite, ainsi le premier degré de guérison est d'écarter la cause de son mal, et c'est ce qui s'obtient par la rémission de tous les péchés; le second degré est de guérir le mal lui-même, et c'est à quoi l'on parvient en rétablissant peu à peu (Col., III, 10) en soi les traits de la ressemblance divine. Ces deux différents degrés nous sont marqués dans le psaume où nous lisons premièrement ces paroles : C'est lui (le Seigneur) qui vous pardonne toutes vos iniquités; et c'est ce qui a lieu dans le baptême ; et puis les suivantes : C'est lui qui guérit toutes vos infirmités (Ps. Cil, 3); ce qui se fait par des progrès journaliers, et à mesure qu'on rétablit en soi les traits de cette ressemblance. C'est aussi ce que l'Apôtre nous a indiqué de la manière la plus claire lorsqu'il a dit : Bien que dans nous l'homme extérieur se détruise, l'homme intérieur ne s'en renouvelle pas moins de jour en jour (II Cor., IV, 16). Or, l'homme intérieur se renouvelle par les progrès que l'on fait dans la connaissance de Dieu (Col., III, 10), c'est-à-dire dans une justice et une sainteté véritable (Ephes., IV, 24), comme le dit l'Apôtre dans les passages cités un peu plus haut. En renouvelant ainsi de jour en jour l'homme intérieur par les progrès que l'on fait dans la connaissance de Dieu, ou dans une justice et une sainteté véritable, on substitue en soi à l'amour des biens du temps celui des biens de l'éternité, à l'amour des objets visibles celui des biens invisibles, àj'amour des objets charnels celui des objets spirituels; on réprime et on
(t) Cf. les mœurs de VEglise catholique, p. 131-132,
affaiblit peu à peu le désir des premiers, et on s'attache en proportion tous les jours davantage à la recherche des seconds. »
3. Le même, lib. H de peccatorum meritis et remissione, c. 7 : « Par rapport à ce que nous lisons, que celui qui est né de Dieu ne pêche point, et ne peut pas même pêcher, parce que la semence de Dieu demeure en lui (I Jean, III, 9), comme par rapport à toute autre semblable expression de l'Ecriture, les pélagiens se trompent beaucoup par le peu d'attention qu'ils donnent à leur véritable sens. Car ils ne songent pas apparemment qu'on devient enfant de Dieu par cela même qu'on commence à le servir dans la nouveauté de V esprit (Rom., VII, 6), et que l'homme intérieur se renouvelle en nous à Vimage de celui qui nous a créés (Col., III, 10). Car il n'est pas vrai que, du moment où quelqu'un se trouve baptisé, toute infirmité soit guérie en lui; mais le renouvellement se fait en lui d'abord par la rémission de tous les péchés, et ce renouvellement fait ensuite des progrès, à mesure que l'on goûte davantage les choses de Dieu. Le reste demeure en espérance jusqu'à ce qu'il puisse s'effectuer, c'est-à-dire jusqu'à ce que le corps lui-même se renouvelle en devenant immortel et incorruptible, ce qui n'aura lieu qu'au jour de la résurrection
» Quoiqu'on reçoive dans le baptême la pleine et entière rémission de ses péchés, cependant si celui qui le reçoit se trouvait aussitôt parfaitement et à tout jamais changé en un nouvel homme; je ne parle pas ici de son corps, qui, comme il n'est que trop visible, continue de tendre à la corruption et à la mort, et ne sera renouvelé qu'à la fin des temps, alors que tout le sera; mais, faisant abstraction de son corps, si dans son âme ellemême, qui est l'homme intérieur, le baptême opérait un renouvellement parfait, l'Apôtre ne dirait pas : Bien qu'en nous V homme extérieur se détruise, l'homme intérieur ne s'en renouvelle pas moins de jour en jour (II Cor., IV, 16). Car à coup sûr celui-là n'est pas encore tout entier renouvelé, qui se renouvelle chaque jour de plus en plus, et il doit y avoir encore en lui du vieil homme, à proportion qu'il reste un renouvellement à y faire. »
h. Ibidem, c. 13 : « Non, mes frères, je ne pense point avoir encore atteint le but vers lequel je ne cesse de tendre. Mais tout ce que je puis faire maintenant, c'est d'oublier ce qui est derrière moi, et d'avancer toujours vers ce que j'ai devant moi, sans cesser de me diriger vers le but proposé à ma course, qui est de remporter le prix de la félicité du ciel, à laquelle Dieu nous a appelés par Jésus-Christ (Philip., III, 13--J4). L'Apôtre avoue qu'il n'a pas
lui-même alteint encore le but où il tend, qu'il n'a pas encore obtenu cette plénitude de justice qu'il voudrait acquérir en Jésus- Christ ; mais qu'il a hâte de s'avancer dans le chemin qu'il lui reste à faire , sans faire attention à celui qu'il peut avoir déjà parcouru; nous faisant entendre par-là qu'il s'applique à lui-même comme aux autres ce qu'il dit ailleurs, que bien qu'en nous l'homme extérieur se détruise, l'homme intérieur ne s'en renouvelle pas moins de jour en jour (II Cor., IV, 16). Tout parfait voyageur qu'il était, toujours était-il vrai qu'il n'avait pas encore achevé son voyage. Enfin, ce qu'il souhaite à ceux qu'il voudrait avoir pour compagnons de sa course, c'est qu'ils fassent comme lui, ainsi qu'il le leur témoigne en disant immédiatement après : Tout ce que nous sommes donc de parfaits, soyons dans les sentiments que je viens de vous marquer au sujet de moi-même ; et si vous en avez quelques autres , Dieu vous découvrira aussi quel cas vous devez en faire. Toutefois, poursuit-il, pour ce qui regarde le point auquel nous sommes déjà parvenus, suivons toujours la même ligne (ibid., 15-16). Cette ligne qu'il s'agit de suivre ne consiste pas dans la direction à imprimer au corps, mais dans celle qui est indiquée à l'âme pour avancer toujours dans la voie de la justice et parvenir ainsi à en atteindre la perfection , en se renouvelant de jour en jour par les progrès que l'on fait dans la foi, seul genre de perfection qui puisse convenir à notre état de voyage. »
5. Ibidem, c. 27 : « Nous devons songer et nous rappeler à l'esprit que le baptême ne nous procure autre chose que la pleine et parfaite rémission des péchés: mais que, quant à nos autres dispositions, le changement ne s'en fait pas tout de suite tout entier; que ce changement s'opère en nous à mesure que les prémices de vie spirituelle que nous avons reçues se développant lous les jours davantage, transforment en elles-mêmes par un renouvellement heureux ce qui nous reste encore du vieil homme, jusqu'à ce que, tout se trouvant enfin renouvelé, le corps luimême, d'animal qu'il est actuellement, devienne spirituel en devenant immortel et incorruptible. »
6. Le même, lib. VI contra Julianum, c. 7 : « Si celui qui, renonçant à la fornication et à l'ivrognerie, s'abstient à l'avenir de pareilles œuvres, devient bon par cela seul, et d'une bonté véritable, n'est-ce pas à lui que s'adressent ces paroles : Vous voilà maintenant guéri, ne péchez plus (Jean, V, 14)? et ne doit-il pas être appelé chaste et sobre? Ensuite, si en nourrissant en lui ces bons désirs par lesquels il remporte la victoire sur ses
vi. 20
402 TRAITE DE LA CHUTE DE l/HOMME
désirs criminels de fornication et de débauche, il devient tel qu'il n'était pas encore au moment de sa conversion ; si ses désirs criminels s'affaiblissent de plus en plus, s'il lui reste à leur faire de moins en moins la guerre, non que sa vertu faiblisse, mais parce que ses ennemis ne reviennent plus tant à la charge, et non parce qu'il renonce au combat, mais parce que sa victoire devient de plus en plus complète, ferez-vous difficulté de l'appeler meilleur qu'il n'était au moment de sa conversion? Et pourquoi, je vous prie, sinon parce que ses bonnes qualités ont pris de l'accroissement, et que ses mauvaises ont diminué à proportion? Il y a donc eu du progrès dans ce qui s'était d'abord formé de bon en lui, et de la diminution dans ce qui lui était resté de mauvais; et ce progrès a eu lieu depuis son baptême, et non dans son baptême même. Ainsi, quoiqu'il ait obtenu dans son baptême une parfaite rémission de ses péchés, il lui est resté cependant matière à amendement et à progrès à faire, par la vigilance à exercer et la lutte à soutenir contre ces légions de mauvais désirs qui continuent, nous n'en pouvons douter, de s'élever dans son âme, ce qui oblige l'Apôtre à nous dire à tous, baptisés ou non : Faites mourir les membres de Vhomme terrestre qui est en vous (Col., III, S) ; et : Si vous faites mourir par l'esprit les œuvres de la chair, vous vivrez (Rom., VIII, J3); et encore : Dépouillezvous du vieil homme (Col, III, 9). Ce n'est point déprécier la vertu du baptême, que de dire qu'il reste toujours quelque mal à guérir en celui qui l'a reçu, puisque c'est le baptême lui-même qui a pour effet, non-seulement de commencer en nous cette guérison par rapport au passé, mais encore de nous fournir les moyens de l'achever par rapport à l'avenir. Ainsi c'est avec bon droit qu'on attribuera au baptême notre guérison entière, puisque c'est à son efficacité qu'on en devra et le commencement et la fin. »
7. Le même, Serm. XVI de verbis Apostoli, c. 5 : <t Nous voilà devenus justes ; mais nous pouvons croître encore dans cet état de justice. Et comment cela? c'est ce que je me propose de dire, en conférant là-dessus, pour ainsi parler, avec vous, pour que chacun de vous, déjà établi dans l'état de justice par la rémission de ses péchés, qu'il a reçue dans le baptême avec les dons de l'Esprit-Saint, croisse et profite de jour en jour, jusqu'à ce qu'il parvienne à la consommation, je ne dis pas de ses jours, mais de ses progrès et de sa perfection spirituelle. »