‹ Le grand catéchisme de Canisius, ou, Précis de la doctrine chrétienne, appuyé de témoignages nombreux de l'Ecriture et des PèresChapitre 124 sur 139 · Ibidem, XX, 6, 27 : c< Si un homme se détourne pour aller · texte numérisé non relu

Ibidem, XX, 6, 27 : c< Si un homme se détourne pour aller

chercher les magiciens et les devins , et s'abandonne à eux par une criminelle fornication , il attirera sur lui le regard de ma colère , et je l'exterminerai du milieu de mon peuple. — Si un homme ou une femme se donne pour avoir l'esprit de Python , ou un esprit de divination, qu'ils soient punis de mort; ils seront lapidés , et leur sang retombera sur leurs têtes. »

8. Ecclésiastique , XXXIV, 4-5 : « Comment ce qui est impur peut-il rendre pur ? Et comment la vérité peut-elle sortir du mensonge ? — Les divinations de l'erreur , les augures trompeurs et les songes des méchants ne sont que vanité. »

9. Jean , IV, 23-24 : « Mais le temps vient, et il est déjà venu, où les vrais adorateurs adoreront mon Père en esprit et en vérité ; car ce sont là les adorateurs que mon Père demande. — Dieu est esprit , et il faut que ceux qui l'adorent , l'adorent en esprit et en vérité. »

10. Romains, X, 11-13 : « C'est pourquoi l'Ecriture dit : Tous ceux qui croient en lui ne seront point confondus. — Car il n'y a point en cela de distinction entre le juif et le gentil , puisque tous n'ont qu'un même Seigneur, qui répand les richesses de sa bonté sur tous ceux qui l'invoquent. — Car tous ceux qui invoquent le nom du Seigneur seront sauvés. »

41. I Jean, IV, 7-10, 13-14 : « Tout homme qui aime est né de Dieu, et il connaît Dieu. — Celui qui n'aime point ne connaît point Dieu, car Dieu est amour. — Dieu a fait paraître son amour pour nous , en ce qu'il a envoyé son Fils unique dans le monde , afin que nous ayons la vie en lui. — Cet amour consiste en ce que ce n'est pas nous qui avons aimé Dieu , mais que c'est lui-même qui nous a aimés le premier , et qui a envoyé son Fils comme moyen de propitiation pour nos péchés. — C'est par là que nous pouvons connaître que nous demeurons en lui, et lui en nous , parce qu'alors il nous a rendus participants de son esprit. — Et nous avons vu , et nous rendons témoignage que le Père a envoyé son Fils le Sauveur du monde. »

12. Matthieu, IV, 10 : « Alors Jésus lui dit : Retire-toi, Satan, car il est écrit : Vous adorerez le Seigneur votre Dieu , et vous le servirez lui seul. »

13. Luc , IV, 8 : « Jésus lui répondant , lui dit : Il est écrit : Vous adorerez le Seigneur votre Dieu , et vous ne servirez que lui. »

14. Isaïe , XLIII , 1-3 , 10-13 : « Et maintenant voici ce que dit le Seigneur qui vous a créé , ô Jacob, et qui vous a formé , ô

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Israël : Ne craignez point, parce que je vous ai racheté, et que je vous ai appelé par votre nom ; vous êtes à moi. — Lorsque vous marcherez à travers les eaux , je serai avec vous , et les fleuves ne vous engloutiront point ; lorsque vous marcherez dans le feu, vous n'en serez point brûlé , et la flamme sera sans ardeur pour vous ; — parce que je suis le Seigneur votre Dieu, le saint d'Israël, votre Sauveur. — Nul Dieu n'a été formé avant moi, et nul ne sera après moi. — C'est moi qui suis le Seigneur, c'est moi qui le suis, et hors moi il n'y a point de Sauveur. — C'est moi qui vous l'ai annoncé , c'est moi qui vous ai sauvés. — C'est moi qui suis dès le commencement. Nul ne peut m' arracher ce que je tiens entre mes mains ; quand j'ai résolu d'agir , qui pourra s'y opposer? »

15. J Timothêe, VI, 13-16 : « Je vous ordonne devant Dieu qui donne à tout la vie, et devant Jésus-Christ qui a rendu sous Ponce-Pilate un si bon témoignage, — de garder les préceptes que je vous ai donnés, en vous conservant sans tache et sans reproche, jusqu'à l'avènement de Notre-Seigneur Jésus-Christ , — que doit faire paraître en son temps celui qui est souverainement heureux, qui est le seul puissant, le Roi des rois, le Seigneur des seigneurs; — qui seul possède l'immortalité , qui habite une lumière inaccessible, que nul homme n'a vu ni ne peut voir, à qui appartient l'honneur et l'empire dans l'éternité. Amen. »

16. Romains, IX, 5 : « Desquels (Patriarches) est sorti, selon la chair, Jésus-Christ même, qui est Dieu, au-dessus de tout, et béni dans tous les siècles. Amen. »

17. Psaume LXXXIII, 12-13 : « Parce que Dieu aime la miséricorde et la vérité, le Seigneur donnera la grâce et la gloire. — Une privera point de ses biens ceux qui marchent dans l'innocence. Seigneur des armées, heureux est l'homme qui espère en vous! »

TÉMOIGNAGES DE LA TRADITION

4. S. Augustin, de Civitate Dei, lib. X, c. 1 : « Nous disons que ce qui s'appelle en grec latrie , et en latin servitude , mais servitude par laquelle nous honorons Dieu (qua colimus Deum), ou ce qui s'appelle en grec Gpncrxeta, et en latin Religio, mais religion que nous rendons à Dieu ; ou que ce qui s'appelle en grec 8eo<ïsi3sta , et que nous ne pouvons exprimer en un seul mot, mais que nous pouvons appeler le culte de Dieu ; nous disons, je le répète, que tout cela n'est dû qu'à Dieu, au seul vrai Dieu qui divinise ceux qui le servent fidèlement. Quels que soient donc

ces immortels et bienheureux habitants des demeures célestes , s'ils sont sans amour pour nous , sans désir de notre béatitude , ils ne méritent pas nos hommages. S'ils nous aiment, s'ils veulent notre bonheur, ils veulent sans doute que nous puisions à la même source. Le principe de leur félicité n'est-il pas celui de la nôtre? »

2. Le même , ad Deogratias, Epist. XL1X, quœst. 3 : « Tout ce que peuvent faire les impies pour excuser leurs sacrifices sacrilèges, leur culte rendu à des idoles, c'est d'attacher à chacune de leurs pratiques une signification ingénieuse. Vains subterfuges que tout cela ; car ces pratiques ont toujours pour objet la créature, au lieu de se rapporter au Créateur , à qui seul est dû ce culte religieux, appelé en grec Wpefa, latrie. Et nous ne disons pas que la terre, la mer, le ciel, le soleil, la lune, les étoiles, et les autres corps célestes qui peuvent échapper à notre vue, soient des démons ; mais comme les créatures sont les unes corporelles , les autres incorporelles, ou spirituelles comme nous avons coutume de les appeler , il est évident que tous nos actes religieux ont pour principe notre volonté, qui est un principe spirituel et supérieur à toute substance corporelle. D'où il suit évidemment qu'il est déraisonnable de sacrifier ou de rendre un culte à une créature corporelle quelconque. Ce culte ne pourrait donc s'adresser qu'à une créature spirituelle. Mais cette créature spirituelle elle-même, ou a la crainte de Dieu, ou n'a pas cette crainte : celles qui ont la crainte de Dieu , ce sont les hommes et les anges soumis aux lois de Dieu ; celles qui n'ont pas cette crainte, ce sont les hommes méchants et les mauvais anges, appelés aussi les démons. Par là il est assez clair qu'on ne doit sacrifier à aucune créature même spirituelle. Car plus une créature a la crainte de Dieu, moins elle se croit digne d'un honneur qu'elle sait n'être dû qu'à Dieu. A plus forte raison serait-ce un crime de sacrifier aux créatures qui n'ont pas la crainte de Dieu, ou aux démons. »

3. Le même , de Civit. Dei, lib. X, c. 1 : Il faut voir maintenant et expliquer , autant que Dieu nous en donnera le pouvoir , ce qu'il faut croire de ces esprits que les platoniciens appellent dieux ou bons démons , ou anges avec nous ; immortels et bienheureux esprits, qui habitent le ciel, dominations, principautés , puissances : quels hommages , quelle piété nous demandent-ils? en termes plus clairs, veulent-ils entrer en partage avec Dieu , ou bien veulent -ils que nous réservions à Dieu seul ces offrandes solennelles , ce religieux sacrifice de nous-mêmes ? — Tel est en effet le culte que l'on doit à la Divinité, ou, pour le

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dire d'une taçon plus expresse et plus énergique , à la Déité : culte que je ne puis exprimer en latin par un seul mot qui en rende suffisamment l'idée ; ce qui m'obligera à me servir pour l'exprimer d'un terme emprunté à la langue grecque. Partout où les saintes Ecritures emploient le mot Xarpeîa, nous traduisons par service (servitium). Mais ce service du aux hommes et dont parle l'Apôtre quand il recommande aux serviteurs la soumission envers leurs maîtres, se rend en grec par un autre terme. Celui de >arpe£a, dans la langue des écrivains sacrés, signifie toujours, ou du moins presque toujours, cette servitude qui regarde le culte de Dieu. Or, ce mot de cultus n'exprime pas exclusivement l'hommage dû à Dieu seul ; il désigne aussi ce tribut que nous payons à l'homme par l'hommage de notre présence ou de nos souvenirs. Et il ne se dit pas seulement des choses qui obtiennent de nous l'humble aveu de notre dépendance ; mais il s'étend même à celles qui dépendent de nous. De ce mot dérivent agricolœ, colonie incolœ, noms qui signifient laboureurs, colons, habitants; et les dieux euxmêmes, on les appelle cœlicolœ, non pas pour dire qu'ils révèrent le ciel, mais pour dire qu'ils l'habitent; célestes colons, expression différente de celle de colons vulgaires, dont la condition est attachée au sol natal dont ils doivent la culture à leurs maîtres, mais synonyme de cette expression de Tun des oracles de la langue latine :

Urbs antiqua fuit, Tyrii tenuêre coloni ;

« Ville antique , des colons tyriens l'ont habitée. » 11 les appelle colons ab incolendo et non ab agriculture ; et c'est en ce sens que ces ruches nouvelles, peuplées par les essaims envoyés des grandes villes, se nomment colonies. Ainsi, quoiqu'il soit très- vrai que ce mot , dans un sens propre et intime , signifie le culte dû à Dieu seul , comme il reçoit encore d'autres acceptions , il suit que la langue latine ne peut rendre d'un seul mot le culte que nous devons à Dieu.

» Car, bien que l'expression même de religion semble plus particulièrement désigner le culte de Dieu, et c'est pourquoi les latins l'emploient comme synoyme du mot grec 0p»i<Txeîa ; cependant, le langage habituel mettant dans la bouche de l'ignorant comme du savant qu'il faut garder la religion du prince , la religion du serment , etc. (1) , ce mot ne sauve pas l'équivoque , et sa signi-

(1) Il nous a été impossible de traduire ici littéralement saint Augustin, à cause de la différence du génie des deux langues.

fication n'est pas si rigoureusement restreinte au culte de la Divinité , que le respect des liens formés parmi les hommes n'ose l'usurper à son profit. C'est encore proprement du culte de Dieu que s'entend la piété, en grec euae|3sia. Et cependant elle se prend encore pour l'accomplissement des devoirs envers les parents ; et le peuple même en étend la signification aux œuvres de miséricorde . usage venu sans doute de ce que Dieu les recommande particulièrement ,, et témoigne qu'elles lui plaisent autant et plus que tous les sacrifices. Cette locution a fait attribuer à Dieu même l'expression de pieux. Les Grecs toutefois ne se servent pas en ce sens du mot ei)ce/2eiv, quoique celui de zùnfaioi reçoive une acception populaire de miséricorde. Aussi remarquons -nous dans certains passages de l'Ecriture , au lieu de efaspeta ( culte légitime) , eeoaépeta (culte de Dieu), employé de préférence pour rendre la distinction plus précise. Or, il nous serait impossible d'énoncer en un seul mot l'une ou l'autre de ces propositions. Donc, ce que la langue grecque désigne par >arpef«, et que la langue latine traduit par servilus (servitude), mais servitude uniquement vouée au culte de Dieu.... » Et le reste comme plus haut, p. 280, n. 1.

k. Le même, ibidem, c. 3 et 4 : « C'est à lui (au seul vrai Dieu) que nous devons cet hommage de servitude ou de latrie, soit par le culte extérieur, soit au fond de nous-mêmes. Car tous ensemble, et chacun en particulier, nous sommes son temple ; la société des fidèles, ou le cœur d'un seul fidèle, est également sa demeure, et il ne saurait être plus grand en tous qu'en chacun , puisque sa nature ignore les modifications de l'étendue ou de la division. Quand nous élevons nos pensées vers ce grand Dieu, notre cœur est son autel ; son Fils unique , le prêtre par qui nous le fléchissons : nous lui immolons des victimes sanglantes , quand nous combattons jusqu'au sang pour sa vérité ; nous brûlons devant lui le plus doux encens , lorsqu'une pieuse et sainte flamme nous consume en sa présence ; nous lui faisons en nous, de ces dons et de nous-mêmes, une offrande pacifique; dans certaines fêtes solennelles, à certains jours marqués, consacrés à la mémoire de ses bienfaits , de peur que le cours du temps n'en amène peu à peu un ingrat oubli, nous lui sacrifions sur l'autel de nos cœurs, au foyer d'une ardente charité, une victime d'humilité et de louanges. Afin de le voir autant que cela peut nous être donné , et de nous mettre en état de nous unir à lui , nous nous purifions de toute souillure de péché ou de convoitise impure, et c'est la vertu de son

nom qui nous sanctifie. Lui-même est la source de notre félicité et la fin de tous nos désirs. Nous attachant donc, ou plutôt nous rattachant ( car nous l'avions perdu en nous détachant de lui ) , nous reliant à lui pour ainsi dire ( d'où vient encore , dit-on , ce mot de religion), l'amour nous attire vers lui pour nous faire trouver en lui notre repos ; fin suprême , dont la perfection seule fait notre béatitude. Car ce bien final, sur lequel les philosophes ont tant disputé, consiste à être uni à ce Dieu immortel, dont les chastes embrassements rendent l'âme féconde en vraies vertus. C'est là le bien qu'il nous est prescrit d'aimer de tout notre cœur , de toute notre âme , de toutes nos forces ; c'est vers ce bien que nous devons être conduits par ceux qui nous aiment, et conduire nous-mêmes ceux que nous aimons : et ainsi s'accomplissent les deux préceptes auxquels se réduisent la loi et les prophètes : Vous aimerez le Seigneur votre Dieu de tout votre cœur, de toute votre âme, de tout votre esprit , et votre prochain comme vous-même. Car il faut que l'homme apprenne à s'aimer soi-même , et il lui est proposé une fin à laquelle il doit rapporter toutes ses actions pour être heureux : s'aimer en effet, c'est vouloir son propre bonheur, et cette fin, c'est de s'unir à Dieu. Lors donc qu'on recommande à celui qui sait déjà s'aimer comme il doit , d'aimer son prochain comme soi-même, que lui recommande-t-on, sinon d'exhorter son frère autant que possible à l'amour de Dieu ? Voilà le culte de Dieu , et la vraie religion , et la solide piété , et le service dû à Dieu seul. Quelles que soient donc ces puissances immortelles , quelle que soit l'excellence de leurs vertus , si elles nous aiment comme elles s'aiment , elles veulent que , dans l'intérêt de notre félicité, nous demeurions soumis à celui qui récompense leur soumission par la béatitude dont elles jouissent. Si donc elles ne rendent pas hommage à Dieu , elles sont malheureuses , car Dieu leur manque. Si elles rendent hommage à Dieu, elles ne veulent pas sans doute se laisser adorer à la place de Dieu. Que dis-je ? elles applaudissent, et, de toutes les forces de leur amour, adhèrent à ce divin oracle : Quiconque servira à d'autres dieux qu'au Seigneur, sera exterminé (Exod., XXII, 20).

» Car, sans parler ici des autres devoirs religieux qui composent le culte divin, quel homme oserait prétendre que le sacrifice soit dû à un autre qu'à Dieu ? Enfin , soit bassesse profonde , soit flatterie pernicieuse, l'homme a empiété beaucoup sur le culte de Dieu pour honorer l'homme ; sans qu'on cesse pourtant de tenir pour mortels ceux à qui l'on défère, qui l'honneur, qui la véné-

ration, qui même quelquefois l'adoration. Mais qui jamais a sacrifié à d'autres qu'à celui qu'il sait, ou qu'il croit, ou qu'il suppose Dieu? Or, l'antiquité du sacrifice est évidente par ceux qu'offrirent les deux frères Caïn et Abel. Dieu, dit l'Ecriture, rejeta celui de l'aîné, et regarda avec faveur celui du plus jeune. »

o. Le même, contra Faustum, lib. XV, c. 9 : « Ce mot Adonaï est un mot hébreu qui signifie Seigneur, ou pour mieux dire , souverain Seigneur, de la manière que Dieu seul mérite d'être appelé , comme le mot latrie , qui est d'origine grecque et signifie servitude ou sujétion , ne signifie pas indifféremment toute espèce de sujétion , mais celle-là seulement qui n'est due qu'à Dieu. »

6. Le même, ibidem, lib. XX, c. 21 : « Le peuple chrétien célèbre la mémoire des martyrs par de religieuses solennités, tant pour s'exciter à imiter leurs vertus , que pour s'associer à leurs mérites et s'aider de leurs prières : cependant ce n'est pas aux martyrs eux-mêmes, mais à Dieu seul, qui a fait les martyrs tout ce qu'ils sont , que nous offrons nos sacrifices , quoique ce soit sur leurs tombeaux que nous élevons nos autels. Car quel est le prêtre qui , célébrant les saints mystères sur ces tombeaux , ait jamais dit : C'est à vous , Pierre , ou Paul , ou Cyprien , que nous offrons ce sacrifice? Mais ce que nous offrons , nous l'offrons à Dieu qui a couronné les martyrs , tout en l'offrant sur les tombeaux de ceux que ce Dieu a couronnés , afin que la circonstance même du lieu réveille notre dévotion et ranime notre amour, tant pour ceux qu'il nous est donné d'imiter, que pour celui dont la grâce nous donne le pouvoir de le faire. Nous honorons donc les martyrs de ce même culte de piété en quelque sorte fraternelle ( eo cultu dilectionis et societatis ) , dont nous honorons dès cette vie les âmes saintes , que nous savons disposées à endurer les mêmes tourments pour la vérité de l'Evangile. Mais ce culte que nous rendons aux martyrs est d'autant plus accompagné de confiance , que rien ne peut plus leur faire perdre le fruit de la victoire qu'ils ont remportée , et que nous sommes pleinement assurés de leur triomphe dans une autre vie plus heureuse , ce que nous ne pouvons pas dire également de ceux qui combattent encore dans celle-ci. Mais pour le culte appelé par les grecs Wpeia ( latrie ) , comme il n'est dû qu'à la divinité , nous ne le rendons non plus et ne croyons pouvoir le rendre à d'autres qu'à Dieu. Et comme c'est à cette sorte de culte que se rattache la pratique des sacrifices (car c'est pour cela qu'on

286 t>tt DIALOGUE.

appelle idolâtrie le sacrifice offert à des idoles), nous n'offrons ni ne permettons d'offiir aucun sacrifice à des martyrs , non plus qu'à d'autres saints, ou à des anges, quelle que soit leur excellence; et si quelqu'un tombait dans cette erreur, l'Eglise ne manquerait pas de l'en reprendre, soit pour l'en corriger lui-même, soit pour en préserver les autres. De leur côté, les saints eux-mêmes, soit de la même nature que nous, soit de la nature angélique, s'opposent à ce qu'on leur offre ce qu'ils savent devoir n'être offert qu'à Dieu. C'est ce qui paraît clairement par l'exemple de. Paul et de Barnabe (Act., XIV, 7-17), qui, voyant les Lycaoniens, ravis qu'ils étaient des miracles que ces deux apôtres venaient d'opérer à leurs yeux , tout prêts à leur sacrifier comme à des dieux , déchirèrent leurs vêtements , et déclarant à ce peuple qu'ils n'étaient rien moins que des divinités , l'empêchèrent par là de leur rendre un honneur qu'ils savaient ne convenir à aucune créature. C'est ce qui paraît encore par cet autre exemple que nous fournit l'Apocalypse (XIX, 10 et XXII, 8,9) d'un ange qui défendit à saint Jean de l'adorer, et qui lui dit pour le détourner de le faire : Je suis un serviteur de Dieu comme vous et vos frères. Quant aux esprits superbes , tels que le diable et ses anges , ne nous étonnons pas qu'ils demandent pour eux des adorations et des sacrifices , comme cela se pratique dans les temples des Gentils... A nos yeux, c'est un moindre crime de revenir des tombeaux des martyrs dans un état d'ivresse, que d'être à jeun et de sacrifier aux martyrs. J'ai dit , sacrifier aux martyrs ; mais non, sacrifier à Dieu sur les tombeaux des martyrs : car, rien n'est au contraire plus ordinaire parmi nous, que d'offrir à Dieu un sacrifice sur ces tombeaux, mais ce sacrifice seulement qu'il nous a prescrit en cimentant avec nous sa nouvelle alliance : sacrifice qui , appartient au culte de latrie, et qu'il n'est permis d'offrir qu'à Dieu. »

Question vin.

Comment , après Dieu , nous honorons et invoquons les saints.

Il n'est pas question ici de tous les saints en général , c'est-àdire de tous ceux qui ont été sanctifiés et régénérés en Jésus- Christ , comme on voit saint Paul les appeler de ce nom en plusieurs endroits de ses épîtres; mais nous entendons seulement parler de ceux qui ont obtenu dans le ciel la récompense de leur sainteté. C'est de ces derniers que le même apôtre a déclaré, que par la foi ils ont conquis les royaumes , accompli les devoirs de la justice , et reçu l'effet des promesses.

DU DÊCALOGl'K. $87

Ces saints vraiment saints, c'est-à-dire sans tache et sans ride, sont les membres les plus beaux du corps de l'Eglise , les organes privilégiés de l'Esprit-Saint , et sur lesquels le péché ou le mal ne peut plus avoir de prise. Ils doivent se chercher, tant dans la nature angélique , que dans la famille humaine : créatures vraiment prédestinées, placées au plus haut degré du bonheur et de la gloire , à qui il est donné de jouir éternellement dans le ciel de l'abondance de tous les biens , et de vivre inséparablement unis à Notre-Seigneur Jésus-Christ!

Aussi peuvent-ils par sa grâce avoir connaissance de ce qui se passe ici-bas parmi nous ; et comme ils sont embrasés d'amour pour leurs frères même absents , ils s'intéressent à notre salut , nous aident continuellement de leurs suffrages et de leurs vœux , et prennent d'autant plus à cœur le succès de notre cause, qu'ils n'ont plus à s'inquiéter au sujet de la leur, et que tous leurs instants sont des actes parfaits de charité comme de toute autre vertu compatible avec leur état de béatitude.

Nous avons donc bien sujet de vénérer ces lumières éclatantes , ces flambeaux , ces colonnes de l'Eglise , et qui sont après Dieu son plus magnifique ornement ; nous avons bien sujet d'estimer, de louer, d'imiter et d'aimer ces saints , plus que toute autre créature, quelle qu'en soit d'ailleurs l'excellence ; nous avons bien sujet de les honorer autant que nous le permet notre bassesse , ces âmes , ces esprits élevés à ce haut point de dignité ; nous avons bien sujet enfin de les implorer ou de les invoquer dans la mesure de la piété chrétienne , non sans doute pour qu'ils nous accordent par eux-mêmes , mais pour qu'ils demandent de concert avec nous à l'auteur de tous les biens les choses dont nous avons besoin, et qu'ils nous aident, malgré notre indignité, de leur puissante intercession.

Cette manière d'honorer et d'invoquer les saints , si elle se fait dans l'ordre , c'est-à-dire , si elle laisse en son intégrité le culte et l'honneur dû à Dieu seul , et que nous avons déjà appelé latrie, ne présente assurément aucun inconvénient, et n'est point en contradiction avec l'Ecriture ; mais il est justifié par les témoignages les plus irrécusables qui aient autorité dans l'Eglise , et est de nature à nous procurer les plus grands avantages.

Ce culte rendu aux saints, ces invocations que nous leur adressons avec l'Eglise , bien loin d'obscurcir la gloire de Jésus- Christ notre Seigneur et notre Sauveur, lui donnent un plus bel éclat et ne font que l'augmenter et l'étendre. Car la vertu et la

288 DU DÊCÀtOGUE.

gloire de ce divin rédempteur brille particulièrement en ce qu'i! se montre puissant , glorieux , admirable non-seulement en lui* même , mais encore dans tous ses saints ; que non content de les honorer le premier, il veut qu'ils reçoivent un surcroît d'honneur et dans le ciel et sur la terre ; et que par leur entremise et en leur considération, il nous accorde beaucoup de biens et nousj pardonne beaucoup de péchés , quelque indignes que nous puissions être par nous-mêmes de ces faveurs. Et ce sont des textes de l'Ecriture assez connus , que ceux qui nous insinuent qu'Abraham, Isaac, Jacob, David, Jérémie, quoique morts déjà, ont utilement intercédé pour des vivants.

C'est ce qui fait que les Pères , en parlant des saints , les appellent fréquemment nos protecteurs , nos patrons , nos intercesseurs. Et c'est à bon droit sans doute qu'ils le font , puisque l'expérience nous atteste que les suffrages des saints , implorés avec humilité et confiance au nom de Jésus-Christ , procurent souvent à ceux qui les implorent une grande abondance de grâces.

C'est pourquoi l'Eglise a condamné de tout temps ceux qui , comme Vigilance , refusent aux saints et à leurs sacrées reliques les honneurs que leur défère l'Eglise catholique.

Et il ne faut pas écouter les calomniateurs de ce culte , qui voudraient faire entendre que par là nous rendons aux saints des honneurs divins , que nous les adorons comme des dieux , que nous mettons de simples créatures au même rang que le créateur. L'injustice de cette accusation est rendue évidente par quantité de preuves que nous pourrions alléguer, mais en particulier par la forme de ces supplications antiques et solennelles , connues sous le nom de litanies, et dans lesquelles on commence par honorer et invoquer Dieu et les personnes divines , tout autrement que les saints et que tous les ordres de saints.

De là est venu aussi l'usage de ces fêtes en l'honneur des saints , que saint Augustin justifiait contre Fauste le Manichéen , en ces termes : « Le peuple chrétien célèbre la mémoire des martyrs par de religieuses solennités , tant pour s'exciter à les imiter, que pour s'associer à leurs mérites et s'aider de leurs prières. » (Voir question précédente, témoignage 6, p. 283) (VIII).

vm.

Quomodo prœter Deum Sanctos colimus et invocamus ?

De sanctis, hoc est, sanctificatis et in Christo renatis omnibus hoc loco non agi»

mus , sicut Paulus hoc nomen ad Christianos omnes crebrô refert ; sed eos intelligimus, qui vera suae sanctitatis in cœlo praemia sunt consecuti. De quibus idem Paulus testatur , quod per fidem viçermt régna.

DU DECAI.OGUE.

TÉMOIGNAGES DE L'ÉCRITURE

1 . Romains, /, 7 : « A vous tous qui êtes à Rome , bien-aimés de Dieu , et appelés pour être saints. »

2. // Corinthiens, l, 1 : « Paul, apôtre de Jésus-Christ par la volonté de Dieu , et Timothée son frère , à l'Eglise de Dieu qui est à Corinthe , et à tous les saints qui sont dans toute l'Achaïe. »

operati sunt justifiant , et adepti sunt repromissiones.

Ac hi verè quidem sancti et immaculati sine macula et ruga , haec praestantiora ecclesiae msmbra, et electa prorsus organa divini Spiritus, in quae peccatum ac malum jam nullum cadere potest. Qui sancti partim ex angelica, partim ex humana natura constant, creaturae quidem illae omnium nobilissimae, ac beatissimae, quibus datum est, ut summis et aeternis in cœlo bonis affluant, et cum Christo Domino semper conjunctissimè vivant.

Igitur et illius gratia , quae apud nos in terris geruntur , possunt intelligere : et quoniam eximia in fratres etiam absentes charitate flagrant : salutis nostrae cura tanguntur, nobis perpetuo favent, et optant quaeque salutaria, tantoque studiosius causam nostram agunt, quo sunt minus de seipsis solliciti, quoque majorem sincerae charitatis ac virtutis^omnis, qua3 beatis congruit, perfectionem continenter exercent.

Est igitur cur haec caeli lumina et ecclesiae firmamenta simul et ornamenta post Deum maxima veneremur : est cur sanctos nos prae caeteris mortalibus quantumlibet excellentibus, magni faciamus, praedicemus, imitemur, et amemus plurimum ; est cur eosdem tanta talique dignitate jam auctos magnis afficiamus honoribus , pro nostra quidem exiguitate : est denique cur eos ipsos pro Christiana pietate compellemus, sive invocemus, non sanè ut per se largiantur, sed ut apud Deum omnis boni largitorem nobiscum precentur, sintque vel immerentibus faventes et efficaces intercessores.

Cujusmodi cultus et invocatio, si rectè fiât, nimirum ut summus ille cultus et honor summo Deo debitus, quem \a.Tpzla.v diximus , intégré constet , nihil sanè habet incommodi, neque cum scriptura pugnat, sed firmis ecclesiae testimoniis comprobatur, multumque affert utilitatis.

Quôd autem hune in modum sanctos colimus et cum ecclesia invocamus , ade5 Ghristi Salvatoris etDomini nostri gloriam non obscurat, ut etiam magis illustret, amplificet, augeatque. Hic enim Christi Redemptoris virtus eximia splendescit ac gloria, quôd is non quidem in se tantiim, sed in sanctis etiam suis est, apparetque potens , gloriosus , mirabilis , quôd eosdem honorât ipse, nimisque honorari vult in cœlo et in terra , quôd per eos itidem , et propter eos multa largitur , et parcit saepe immerentibus. Nec enim obscurum est, quod Abraham, Isaac, Jacob, David, Jeremias , quanquam defuncti , vivis tamen profuisse legantur.

Unde Patres, cùm de sanctis loquuntur, suffragatores eos et intercessores, patronosque nostros fréquenter appellant. Nec immérité sanè, quôd sanctorum fida suffragia, cùm humiliter et piè in Christi nomine implorantur, experientia teste multis opitulentur.

Quare jam pridem damnati sunt Vigilantiani, qui sanctos et horum reliquias sacras suis fraudant honoribus, quos illis ecclesia tribuit orthodoxa.

Nec audiendi etiam calumniatores, qui fingunt divinum honorem in homines hac ratione transferri, sanctos pro Diis adorari, creaturas Creatori à Catholicis exaequari. Nam longé secùs rem habere , cum alia multa convincunt, tum verus et solennis illa testatur supplicatio, quam litaniam vocant, ubi Deus divinaeque personae primum, ac multô quidem sublimius, quàm sancti et sanctorum ordines omnes coluntur et invocantur.

Hinc et illae de sanctis institutae feriae , quas Augustinus adversus Faustum Manichaeum scribens, ita défendit: Populus Christianus, inquit, memorias martyrum religiosa solennitate concélébrât, et ad excitandam imitationem, et ut meritis eorum consociitur, atque orationibus adjuvetur.

290 DIT DéCAtOGTJE.

3. Philippiens, IV, 21-22 : « Saluez de ma part tous les saints en Jésus-Christ. — Tous les saints vous saluent. »

h. Colossiens, I, 1-2, 4 : « Paul, apôtre de Jésus-Christ par la volonté de Dieu, et Timothée son frère. — A nos saints et fidèles frères en Jésus-Christ, qui sont à Colosse. — Depuis que nous avons appris quelle est votre foi en Jésus-Christ , et votre charité envers tous les saints.... »

5. A Philémon, 7 : « Votre charité, mon frère , nous a comblé de joie et de consolation , à la nouvelle que les saints ont reçu tant de soulagement de votre bonté. »

6. Apocalypse , VII, 9-17 : « Je vis ensuite une grande multitude que personne ne pouvait compter, de toute nation , de toute tribu, de tout peuple et de toute langue : ils étaient debout devant le trône et devant l'Agneau , vêtus de robes blanches , et tenant des palmes en leurs mains. — Ils chantaient à haute voix : Gloire à notre Dieu, qui est assis sur le trône , et à l'Agneau qui nous a sauvés. — Et tous les anges se tenaient debout autour du trône , et des vieillards , et des quatre animaux ; et ils se prosternèrent devant le trône, et ils adorèrent Dieu, — en disant : Amen : bénédiction, gloire, sagesse, action de grâces, honneur, puissance et force à notre Dieu , dans les siècles des siècles : Amen. — Alors un des vieillards prenant la parole, me dît : Qui sont ceux-ci qui paraissent revêtus de robes blanches? et d'où sont-ils venus? — Je lui répondis : Seigneur, vous le savez. Et il me dit : Ce sont là ceux qui ont passé par la grande tribulation , et qui ont lavé et blanchi leurs robes dans le sang de l'Agneau. — C'est pourquoi ils sont devant le trône de Dieu , et ils le servent jour et nuit dans son temple : et celui qui est assis sur le trône étendra sur eux son pavillon de gloire : — Ils n'auront plus ni faim ni soif, et le soleil ni toute autre chaleur ne les incommodera plus ; — Parce que l'Agneau qui est au milieu du trône sera leur pasteur; ils les conduira aux fontaines d'eaux vives : et Dieu essuiera toutes les larmes de leurs yeux. »

7. Hébreux, XI, 33 : « Par leur foi, les saints ont conquis les royaumes , ont accompli les devoirs de la justice , ont reçu l'effet des promesses. »

8. Ephêsiem, V, 27 : « Pour faire paraître devant lui l'Eglise pleine de gloire, n'ayant ni tache , ni ride, ni rien de semblable, mais toute sainte et irrépréhensible. »

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