‹ Le grand catéchisme de Canisius, ou, Précis de la doctrine chrétienne, appuyé de témoignages nombreux de l'Ecriture et des PèresChapitre 129 sur 139 · S. Grégoire de Nysse, in Vitâ S. Ephrem Syri, apostrophe · texte numérisé non relu

S. Grégoire de Nysse, in Vitâ S. Ephrem Syri, apostrophe

en ces ternies le saint dont il vient de faire l'éloge : « Voilà , 6 grand saint , ô illustre docteur , les éloges qu'il nous convient de vous adresser, quoiqu'ils ne vous soient pas nécessaires , et qu'ils soient d'ailleurs au-dessous de vos mérites. Quelle gloire peuvent ajouter nos faibles discours* à celle que vos mérites vous ont acquise? Mais cela servira du moins à l'avantage des vivants. Car l'éloge des grands hommes, et surtout des hommes de bien, est un aiguillon puissant qui porte les autres à bien faire à leur exemple. Ce qui m'a déterminé à accepter moi-même cet office, c'est, outre la réputation de vos talents et de votre vertu , la prière que m'a faite de m'en charger cet homme du même nom que vous à qui vous avez procuré sa liberté ; qui , fait prisonnier de guerre par les descendants d'Ismaël , et longtemps relégué loin de sa patrie , sans savoir comment il pourrait jamais satisfaire le désir qu'il avait d'y rentrer , a obtenu enfin ce qu'il souhaitait avec tant d'ardeur, par un effet admirable de votre protection. Car, se voyant cerné de tous côtés par les troupes de ces barbares , et dans le plus grand danger de perdre la vie, il n'eut d'autre ressource que de dire en vous invoquant : Saint Ephrem, venez à mon aide ; et cette invocation suffit pour lui faire éviter tous les périls, pour le faire échapper à la mort , et le ramener , grâce à vous et contre toute espérance, dans sa patrie. »

22. S. Chrysostôme, Serm. in adorât, venerabilium catenarum et gladii sancti et apostolorum principis Pétri : « Pour vous , ô Pierre, vous qui êtes la pierre et le fondement de l'Eglise de Jésus-Christ, chef suprême des apôtres, qui avez porté ces chaînes comme un criminel , et en avez fait un moyen d'opérer tant de guérisons; assistez-nous aujourd'hui touché de compassion pour nous, et que votre esprit soit toujours présent à ce lieu où nous sommes. Protégez ce temple où s'opèrent tant de miracles , et qui s'honore surtout de porter votre nom ; ce temple où vous avez voulu que soient déposées vos chaînes , comme un précieux trésor. Que ces chaînes soient la ligature qui ferme la plaie de nos âmes. Qu'elles soient le ciseau qui coupe les excroissances vicieuses , funestes effets de nos crimes ; qu'elles soient le médicament divin qui les guérisse. Qu'elles soient le bouclier protecteur qui mette en sûreté le troupeau de Jésus -Christ. Qu'elles servent à enchaîner les barbares eux-mêmes , à ramener les captifs , à enrichir des dépouilles ennemies cette ville qui se glorifie de votre protection. Qu'elles soient l'arme la plus puissante de notre bon et religieux empereur; qu'elles soient son

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rempart, sa forteresse, le gage de ses victoires et de ses triomphes , la terreur de ses ennemis , et le refuge de tous ceux qui se soumettront à son empire , etc. »

23. S. Ambroise, Lib. dévidais : « Elle avait une grosse fièvre , et ils le prièrent pour elle (Luc, IV, 58). Vous aussi vous avez des proches , qui peuvent prier Dieu pour vous , savoir les apôtres et les martyrs , si en leur rendant votre culte , vous en faites vousmême vos proches par des œuvres de miséricorde : car celui qui fait miséricorde est celui-là qui est le véritable prochain (Luc, X, 37). Faites miséricorde , et vous serez le prochain de Pierre. Ce 'qui fait lé prochain , ce n'est pas la proximité du sang , mais la conformité de la vertu ; car nous ne devons pas nous conduire selon la chair, mais selon l'esprit. Aimez à vous faire votre prochain de Pierre , votre allié d'André , afin qu'ils prient pour vous, et que vos passions, qui sont la véritable fièvre de votre âme , vous quittent , chassées de vous par la parole de Dieu... Vous avez donc , veuves à qui je m'adresse , un puissant secours à votre disposition , si vous savez vous faire de pareils alliés ou de pareils gendres qui protégeront aussi votre postérité. Pierre et André prièrent donc Jésus d'accorder à cette veuve sa guérison. Que n'avons-nous quelqu'un qui prie de même pour nous , et plaise à Dieu que ce soit ce même Pierre qui sait si bien prier pour sa belle-mère ! que ce soit aussi André, son frère ! Car s'ils pouvaient alors obtenir pour leur parenté , ils peuvent obtenir maintenant pour nous-mêmes et pour tout le monde. Vous voyez bien qu'une personne coupable de quelque crime n'est pas bien propre à prier, ni surtout à obtenir pour elle-même. Qu'elle sache donc employer des intercesseurs auprès du divin médecin. Des malades ne peuvent prier le médecin de les guérir , à moins que celui-ci ne soit d'abord appelé auprès d'eux par les prières de quelque autre. La chair est trop faible, la vigueur de l'esprit est trop affaiblie par la maladie du péché, trop enchaînée par ses liens , et le pécheur ainsi retenu ne saurait aller trouver le médecin qui pourrait le guérir. Appelons à notre aide les anges, qui nous ont été donnés pour gardiens. Implorons le secours des saints martyrs, dont les corps sont pour nous une puissante sauvegarde. Us peuvent obtenir de Dieu la rémission de nos péchés , eux qui ont lavé dans leur sang les fautes qu'ils pouvaient avoir à expier. Ces martyrs de notre Dieu veillent sur nous ; ils sont témoins de notre conduite et de toutes nos actions. Ne rougissons pas d'invoquer leur intercession dans nos faiblesses;

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eux-mêmes n'ont-ils pas connu les faiblesses de la chair, puisqu'ils en ont triomphé ? »

24. Le même, Orat. de fide ressurrectionis : « Si je ne me trompe dans le souhait que je forme d'être associé après ma mort plutôt aux anges qu'aux bêtes , c'est au moins une erreur que j'aime , et je ne souffrirai point qu'on m'enlève cette persuasion tant que je vivrai (1). Car quelle autre consolation me reste-t-il que l'espérance de vous être bientôt réuni, ô mon frère, de voir s'abréger la durée de ma séparation d'avec vous , et d'obtenir par votre intercession le prompt accomplissement de ce vœu? »

25. Le même , in caput XXII Lucœ : « Gomment vous évoquer, ô Pierre , pour apprendre de vous quelles étaient vos pensées au milieu de vos larmes? Comment vous évoquer, et de quel lieu? Sera-ce du ciel , où vous vous trouvez dès maintenant mêlé aux chœurs des anges? ou bien sera-ce du tombeau? Car il ne saurait être injurieux pour vous d'être dans un lieu , qui a été le théâtre de la résurrection de votre divin maître. Dites-nous à quoi vous out servi vos larmes. ?

26. S. Chrvsostôme, Hom. LXVI (2) ad populum Antiochenum : « Le Christ en mourant a attiré tout l'univers à ses pieds pour l'adorer. Et qu'ai -je besoin de parler de Jésus- Christ, puisqu'il a de même rendu ses disciples glorieux après leur mort? Et non-seulement la personne de ses disciples , mais leurs tombeaux eux-mêmes, les lieux et les temps où ils ont consommé leur martyre. Montrez-moi, si vous le pouvez, le tombeau d'Alexandre, et dites-moi le jour où il a cessé de vivre. Au lieu que les tombeaux des serviteurs du Christ sont tout éclatants de gloire, et font le principal ornement de la ville impériale ; les jours de leur martyre sont des jours de fête pour l'univers entier. Ce qui con-

(1) Quod si in hoc erro , libenter erro. « Ce mot, a dit M. Guillon (Biblioth. des Pères, 8-9, p. M9), a été cent fois reproduit dans nos chaires chrétiennes. L'ancien évêque de Senez : « O dogme glorieux ! dogme consolant^ fussiez-vous une erreur, pour m'exprimer comme saint Ambroise dans un pieux transport, fussiez-vous une erreur, que cette erreur me serait chère : Quod si in hoc erro'. libenter erro! Combien je la préférerais à l'odieuse vérité, qui ferait disparaître un préjugé si nécessaire pour le bonheur général de l'humanité, un préjugé si noble et si doux ! Qu'on me laisse mon préjugé , je veux mourir avec l'espoir de renaître. »

(2) C'est sans doute de l'homélie XXVI in Epist. H ad Corinthios, où se trouve un morceau tout semblable, que Canisius a voulu parler. L'édition de Saint-Maur ou de M. Gaume ne compte que vingt-et-une homélies qui soient intitulées ad populum Antiochenum.

cerne Alexandre est ignore de ses propres descendants ; ce qui concerne Jésus-Christ est connu même des barbares. Les tombeaux des disciples du crucifié sont plus renommés que ceux des empereurs eux-mêmes, non-seulement pour la grandeur et la beauté de leur structure , mais aussi , ce qu'il faut surtout considérer, pour l'empressement avec lequel ils sont visités. En effet, les princes eux-mêmes vêtus de pourpre viennent baiser ces tombeaux , et , déposant leur fierté , supplient les saints que ces tombeaux rappellent à leur mémoire de se faire leurs protecteurs auprès de Dieu ; quoique ornés du diadème , ils implorent l'appui du pêcheur et du faiseur de tentes même morts. Gomment donc oserez-vous nier la résurrection du maître de ces derniers, tandis que ceux-ci, tout morts qu'ils sont, voient à leurs pieds les maîtres du monde ? Et ce n'est pas seulement à Rome que vous pouvez jouir de ce spectacle ; c'est aussi à Gonstantinople, puisqu'ici même le fils de Constantin n'a pas cru pouvoir mieux honorer son père, qu'en plaçant son tombeau au vestibule du temple où s'élève celui du pêcheur ; et de cette manière, ce que les portiers sont pour les rois à l'entrée de leur palais , les rois le sont pour les pêcheurs à leurs tombeaux. Ceux-ci occupent l'intérieur du temple comme leur propre maison ; ceux-là se trouvent suffisamment honorés d'en occuper le parvis comme à titre de voisinage , ce qui doit faire comprendre même aux infidèles, qu'au jour de la résurrection, ce seront les pêcheurs qui auront le pas sur les empereurs. Car certainement, si la chose se passe ainsi à leurs tombeaux, il en sera de même à plus forte raison au jour de la résurrection générale. Ici donc Tordre est renversé : les princes sont à la place des sujets , et les sujets sont à la place des princes , ou plutôt ils occupent une place bien supérieure à celle que les princes occupent sur la terre. Que ceci ne soit pas une flagornerie, c'est ce que les faits démontrent , les princes contribuant eux-mêmes les premiers à relever la gloire des pêcheurs dont nous parlons. Tandis que les tombeaux des princes restent dans la solitude , les tombeaux de nos pêcheurs sont sans cesse visités avec honneur par une foule de monde. Une autre considération servira à vous convaincre combien les tombeaux de ces derniers sont préférables aux palais mêmes des empereurs. A ces palais vous voyez une garde nombreuse chargée d'écarter la foule ; aux tombeaux de nos martyrs au contraire l'accès est ouvert à tous indistinctement, pauvres et riches, hommes et femmes, esclaves et libres ; là règne la terreur, ici la joie. Mais , direz-vous , c'est un

beau spectacle que de voir un empereur brillant d'or et de pierreries , entouré de généraux , d'archontes , de préfets , de tribuns. C'est vrai même sous ce rapport ; mais ce que j'ai à vous montrer ici est tellement au-dessus de ce que vous venez de dire , que ce qui vous paraît maintenant si auguste ne vous semblera plus qu'un château de cartes. A peine entré dans un temple , votre pensée s'élève naturellement vers le ciel , et vous représente à l'esprit le Roi des rois, l'armée des anges, son trône dominant tous les trônes , sa gloire effaçant toutes les gloires. Un empereur donne à ses ministres la puissance , soit d'ôter, soit de rendre la liberté à ses sujets ; mais les ossements des saints ont reçu de Dieu une puissance bien plus grande et bien plus digne de notre vénération : celle d'évoquer et de tourmenter les démons , et de délivrer de leur tyrannie leurs misérables victimes. Quoi de plus redoutable qu'un tel tribunal , qui , sans avoir besoin d'exécuteurs de ses ordres, fait jeter les hauts cris , déchire les entrailles, flagelle, met à la torture , fait éprouver des ardeurs intolérables ? Et ainsi les corps de nos saints, quoique inanimés, commandent aux puissances invisibles; ce qui n'est en apparence que cendre et poussière exerce une action irrésistible sur les substances spirituelles. Aussi , tandis que personne peut-être ne quitte sa patrie pour visiter les palais des empereurs , beaucoup de princes ont entrepris des voyages lointains pour visiter ces tombeaux. En effet, le spectacle que ces monuments présentent de démons tourmentés et déchirés à coups de fouets , d'hommes châtiés et délivrés, ne donne-t-il pas au moins quelque idée de celui qu'offrira le jugement à venir?

27. S. Ephhem, Serm. de sanctis martyribus : « Nous vous supplions, bienheureux martyrs, vous qui avez affronté les tourments avec tant de courage pour l'amour du Sauveur, et qui en récompense jouissez du commerce intime de votre Dieu, de vouloir bien intercéder pour nous, pauvres pécheurs, qui portons en ce mo-' ment la peine de notre peu de ferveur, afin que Jésus-Christ nous prévienne de sa grâce et fasse pénétrer dans nos cœurs un rayon de sa charité sainte, en sorte que nous puissions l'aimer de toute notre âme. Heureux et glorieux martyrs, les anges et les hommes se plaisent de concert à vous appeler bienheureux... Maintenant donc, ô très-saints personnages, ô glorieux martyrs de Dieu , aidez-moi de vos prières , malheureux pécheur que je suis, afin que j'obtienne miséricorde en ce jour où tous les secrets des coeurs seront dévoilés (/ Cor,, IV, a) Aidé dans ma

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faiblesse par la vertu de vos mérites et de vos prières, j'ai chanté de mon mieux en présence de vos saintes reliques un hymne à votre louange et à votre gloire. Intercédez en ma faveur auprès du Tout-Puissant , afin que je puisse être sauvé par vos prières , et jouir avec vous d'un éternel bonheur. »

28. S. Jérôme, Epitaph. Paulœ vidtiœ ad Eustochhim, EpisL XXVII, cl: a Nous ne nous plaignons pas comme si nous l'avions perdue (sainte Paule) ; nous nous réjouissons plutôt de l'avoir acquise et de la posséder. Car, devant Dieu, tous les êtres sont vivants ; et quiconque est rappelé auprès de Dieu compte pour membre de la grande famille. Nous l'avons perdue, mais le ciel la possède ; tant que son âme habitait dans son corps mortel , elle était éloignée du Seigneur (// Cor., F, 8). » Au chapitre 6, saint Jérôme ajoute, en parlant des voyages de Paule dans la Terre- Sainte : « Ensuite elle visita les tombeaux des douze patriarches, et Sébaste , c'est-à-dire Samarie , nommée de ce nom qui signifie Auguste par le roi Hérode , en l'honneur de l'empereur Auguste. Là sont les prophètes Elisée et Abdias , et Jean-Baptiste , le plus grand des enfants des femmes. Elle fut témoin à ces tombeaux de spectacles effrayants : c'étaient des démons qui rugissaient au milieu d'affreux tourments, des hommes qui hurlaient comme des loups , qui aboyaient comme des chiens , qui faisaient entendre tour-à-tour le rugissement des lions , le sifflement des serpents , le mugissement des taureaux: d'autres faisaient la roue et marchaient sur la tête, etc. Ce spectacle excitait sa compassion, et elle implorait à chaudes larmes la clémence du Christ en faveur de ces misérables. » 11 dit encore, au chapitre 14: « Adieu, Paule, aidez de vos prières votre serviteur durant le peu de jours qu'il lui reste à vivre. Votre foi et vos œuvres vous ont mérité d'être avec Jésus-Christ : étant en sa présence , il vous sera plus facile d'obtenir ce que vous demandez. »

29. S. Augustin, Lib. de curâpro mortuis gerendâ, c. 4 : « C'est un témoignage touchant de notre affection pour ceux qui nous sont enlevés par la mort , que le choix que nous faisons des tombeaux des martyrs pour le lieu de leur sépulture : car s'il y a de la piété à ensevelir les morts, il doit y en avoir aussi à choisir le lieu de leur dernière demeure. Au reste, si ces devoirs rendus aux morts consolent les vivants , je ne vois guère en quoi ils peuvent être utiles aux morts eux-mêmes , à moins qu'en se rappelant le lieu de leur sépulture , on ne les recommande aux saints près desquels ils sont ensevelis , pour que ceux-ci se fassent leurs avocats

auprès de Dieu : ce qu'après tout on pourrait faire également , quand même on aurait été dans l'impuissance de les faire inhumer près de ces tombeaux. C'est ainsi que le lieu même où se trouve déposée la dépouille mortelle de celui qui nous était cher pendant sa vie , console notre douleur : en le plaçant près des tombeaux des saints que nous honorons , nous le recommandons à leur puissante intercession. »

30. Le même, de Baptismo, lïb. VII, contra Donatistas, c. 1 : « Le bienheureux Cyprien , maintenant que son corps corruptible n'appesantit plus son âme , et que cette demeure terrestre n'abat plus en lui l'esprit par la multiplicité des soins qu'elle occasionne (Sap., IX, 15), voit désormais sans nuage la vérité, dont la charité lui a fait faire la conquête. Qu'il daigne en conséquence nous aider par ses prières, enveloppés que nous sommes dans cette chair mortelle comme dans une nuée sombre et obscure, afin que nous puissions avec la grâce de Dieu imiter en quelque manière ses vertus. »

31 . S. Bernard , Serm. 66 in Cantica canticorum : *c Gardezvous des langues médisantes, gardez-vous des chiens (Phil. III } 2). Ils nous tournent en dérision , parce que nous baptisons les petits enfants , que nous prions pour les morts , que nous invoquons les suffrages des saints. Ainsi s'emploient-ils avec ardeur à proscrire le Christ dans des personnes de tout âge comme de tout sexe , dans les enfants comme dans les adultes , dans les morts comme dans les vivants. Ils allèguent contre les enfants l'impuissance de leur âge, et contre les adultes la difficulté de garder la chasteté. Ils empêchent les morts d'être secourus par les vivants , et les vivants de l'être par les morts admis dans le ciel. Mais qu'à Dieu ne plaise ! Le Seigneur n'abandonnera point son peuple (Ps. XCIV, 13) devenu nombreux comme le sable de la mer, et Celui qui a racheté tous les hommes ne voudra pas se contenter de ce petit nombre d'hérétiques révoltés contre la grande Eglise. Car la rédemption qu'on trouve en lui n'est pas faible, mais abondante (Ps. CXXIX, 7). Or, quel est le nombre de ces hommes, si nous le comparons à la grandeur du prix donné pour le rachat de tous ? En voulant borner à eux-mêmes les avantages de la rédemption , ce n'est pas nous qu'ils en privent ; c'est bien plutôt eux-mêmes. » Le saint conclut ainsi : « Les morts qui ont besoin de nos sacrifices et de nos prières , comme des prières des saints , en recevront l'application , s'ils en sont dignes , par l'entremise des anges ; et nous qui sommes sur la terre , nous ne serons pas non plus privés de l'assistance des saints du ciel auprès

de Dieu qui est partout , et en qui ils sont eux-mêmes partout par la disposition de leur charité. »

32. Théodoret, évêque de Cyr, De grœcarum affectioniim curatione, lib. VIII 9 qui est de martyribus : « Les martyrs sont donc véritablement les guides, les princes , les défenseurs, les protecteurs de l'humanité ; ils détournent les malheurs de dessus nous , et éloignent de nous les maux que voudraient nous faire les esprits malins. . . Les temples des martyrs se distinguent entre tous les autres édifices de nos contrées par leur majesté, par leur grandeur, par leur ornementation variée, par leur beauté enfin. Nous ne nous contentons pas de les visiter une fois ou deux , eu même cinq fois chaque année ; mais nous y célébrons souvent des fêtes, et souvent il nous arrive de ne passer aucun jour sans chanter des hymnes et des cantiques au Seigneur en l'honneur de ces martyrs. Ceux qui se portent bien, demandent à Dieu par leur intercession la conservation de leur santé ; ceux qui sont malades, lui demandent de la même manière leur guérison. Les époux qui ne peuvent avoir d'enfants , ont recours de même aux martyrs pour obtenir la fécondité ; ceux qui en ont déjà, ont recours à eux pour conserver ces fruits de leur union. Ceux qui ont à entreprendre des voyages, supplient les martyrs de les accompagner, ou plutôt de leur servir de guides. Ceux qui en sont de retour, leur en rendent grâces , comme leur étant redevables de ce bienfait : non qu'ils voient en eux d'autres dieux en quelque façon , mais parce qu'ils voient en eux des hommes divins , qui leur servent auprès de Dieu de puissants avocats et de bienveillants intercesseurs. Ce qui témoigne hautement que ces prières adressées avec ferveur aux martyrs ne sont pas dépourvues d'efficacité, ce sont tous ces ex-voto, indices manifestes des bienfaits reçus. Ce sont toutes ces effigies d'or ou d'argent que nous voyons suspendues aux autels des martyrs , et qui représentent les unes des yeux , d'autres des mains, d'autres des pieds dont on a recouvré l'usage. Dieu reçoit favorablement ces divers dons de la piété , quelque exigus qu'ils soient ; il ne les dédaigne pas , dès là qu'ils sont proportionnés aux facultés de ceux qui les lui offrent. Ces objets, exposés en spectacle à tout le monde , attestent irrécusablement la guérison qu'on a obtenue de telle maladie ou de telle infirmité , et par là-même la vertu du martyr dont on a imploré le secours. Cette vertu ellemême démontre à son tour que c'est un véritable Dieu, que celui pour qui les martyrs ont versé leur sang. »

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