XX NOTICE SUR CANISIUS
années, soit par la nonchalance des professeurs, soit par la malignité des novateurs, qui, comme on l'a souvent remarqué , ne s'accommodent pas trop de cette manière de raisonner qu'on tire de la dialectique. Ses soins s'étendirent jusqu'aux dernières classes de la grammaire. Ceux qui ne conçoivent pas à quel point la charité est ingénieuse et condescendante , seront peut-être surpris qu'un personnage de ce mérite ait pu s'abaisser jusqu'à traduire lui-même les rudiments de Codret ; mais comme un homme apostolique, qui n'a point d'autre but que le salut des âmes , ne perd jamais ce point de vue, lors même qu'il paraît s'occuper de tout autre chose , il y ajouta un petit abrégé de la doctrine chrétienne , afin qu'en même temps que les enfants s'appliqueraient à apprendre les premiers éléments des sciences profanes , ils apprissent insensiblement ceux de la science de Jésus-Christ (cet abrégé de la doctrine chrétienne fut comme la première pierre de l'édifice qu'il éleva dans la suite en composant son grand catéchisme). Il introduisit encore dans l'académie quelques pratiques de piété , qui pussent attirer la bénédiction du ciel sur les professeurs et sur les écoliers ; il faisait souvent pour cela des sermons en latin à ces mêmes écoliers , pour leur inspirer l'horreur du vice et l'amour de la vertu; enfin, agissant de concert avec Févêque d'Aichstadt, qui était chancelier-né de l'université, il n'omit rien pour rétablir la discipline et la piété , qui se ressentaient beaucoup du libertinage des prétendus réformateurs.
» Notre-Seigneur bénit le travail de son serviteur : l'université changea de face en peu de temps ; c'est ce qu'elle a cru devoir marquer dans ses archives comme un témoignage authentique de sa reconnaissance : là , après des éloges extraordinaires qu'elle fait de l'esprit , de la doctrine et de la vertu de l'incomparable Canisius (c'est le terme dont elle se sert) , elle reconnaît de bonne foi qu'elle lui doit, aussi bien qu'à ses confrères, le rétablissement de sa gloire et la conservation de la saine doctrine.
» La charge de vice -chancelier de l'université vint à
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vaquer en ce temps -là ; elle était considérable pour l'honneur et pour le revenu : on la lui présenta; mais il la refusa constamment , et quelque instance qu'on lui fît , on ne put jamais la lui faire accepter.
» Comme le bruit des belles choses qu'il faisait en Bavière pour le bien de la religion se répandait dans toute l'Allemagne , plusieurs prélats tâchaient à l'envi de procurer le même avantage à leurs diocèses. Ils le conjuraient par leurs lettres de ne pas refuser le secours de son zèle dans ce pressant besoin où se trouvait la religion parmi leurs peuples. Phlugius, évêque de Naumbourg (1) en Misnie, l'invita à passer en Saxe ; les chanoines de Strasbourg, rétablis depuis peu dans leur église , d'où ils avaient été chassés par les hérétiques, le prièrent de vouloir bien venir achever par la force de sa doctrine et de son éloquence, ce que l'empereur avait commencé de faire par son autorité ; les évêques de Frisingue et d' Aichstadt le conjurèrent de la manière la plus pressante de vouloir bien "se rendre , en qualité de leur théologien , au concile qui recommençait à Trente par le zèle de Jules III, et où les Pères Laynez et Salmeron étaient déjà par ordre de ce pape , en qualité de théologiens de sa sainteté.
» Le duc Albert tint ferme contre toutes ces pressantes sollicitations , et ne voulut nullement permettre à Canisius de sortir de ses Etats , jusqu'à ce qu'il se vît obligé de le céder au roi des Romains son beau-père : ce dernier prince avait employé pour cela l'autorité du pape et celle de son général ; saint Ignace donc en écrivit au duc , et le supplia très -humblement de vouloir bien se passer quelque temps de Canisius, qu'il ne ferait que prêter au roi Ferdinand (ce sont les termes de sa lettre) , l'assurant qu'il le lui renverrait le plus tôt qu'il lui serait possible.
» Le duc se rendit à ces instances : Canisius partit pour Vienne , où Ignace avait envoyé depuis peu , de tous les endroits de l'Europe, plusieurs ouvriers remplis de zèle pour
(1) Cette ville fait partie aujourd'hui de la province de Saxe, dans les étals prussiens.